‹ Monographie de la Commune de VendesChapitre 4 sur 78 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Pourquoi nous avons choisi la commune de Vendes.— Ce que nous savons de l’histoire générale de Vendes.

$ 1:. — Pourquoi nous avons choisi la commune de Vendes.

Nous ne comprenons vraiment un être vivant que si nous connaissons l’évolution des innombrables cellules qui le composent. À notre avis, la famille, et non pas l'individu, est la cellule constitutive de toute nation. Dans cette monographie nous essaierons d'étudier la commune de Vendes (1), un de ces 36.000 agrégats stables de familles qui forment la France.

Nous avons choisi ce modeste village parce que nous l’aimons. Nous en connaissons tous les habitants, dès notre plus tendre enfance nous avons partagé leurs joies et leurs douleurs et, à plus d’un point de vue, nos intérêts

(1) Canton de T'illy-sur-Seulles, arrondissement de Caen (Calvados).

sont les mêmes. Trop souvent peut-être, nous avons négligé d'observer, comme ils méritaient de l'être, quelques-uns des nombreux faits si intéressants qui ont surgi autour de nous et, cependant, le présent s'enfuit à tired'aile.... Aussi, que de fois, ignorant ce qui n'est déjà plus, nous saisissons imparfaitement le pourquoi de la situation actuelle ! L'étude que nous entreprenons aura l'avantage de nous forcer à regarder attentivement ce que, jusqu'alors, nous avons à peine vu ou seulement aperçu et à interroger le passé, si fécond en enseignements de toute sorte, ce passé dont le présent n'est que la continuation, la résultante, l'aboutissant nécessaire... Nous comprendrons mieux les vivants quand nous connaîtrons «les morts qui parlent en eux ».

$ 2. — Ce que nous savons de l'histoire générale de Vendes (1).

Vendes (2) porte, au moyen âge, les noms de Venneis, Venna, Veneciæ, Vennes. L'orthographe actuelle est relativement récente. Dans le testament de Gervais Chrétien (3), nous voyons pour la première fois le mot « Vandis », c'est-à-dire seulement à la fin du XIV° siècle. On à fait venir ce nom de la peuplade scandinave des

(1) Dans ce paragraphe nous pourrions parler des possesseurs du sol, car l’histoire d'une petite commune, surtout sous l’ancien régime, se confond en grande partie avec celle de son sol. Afin d'éviter des redites cette question sera traitée dans la section 1re du chapitre 1x. (Le sol.)

(2) Venneis, 1151 (Charte de l'abbaye d'Aunay).—Venna, 1200 (2b1d.). — Parrochia de Vennis, 1201 (Charte de l'abbaye de Fontenay, 98). — Vennes, 1277 (Cartularius Normaniæ, n° 904, p. 218).—Venna, Venda, Vandes, 1640 (Charte d'Ardennes). — Veneciæ (cf. de Gaumont : Séat. Mon., I, p. 256).

(3) Publié par le Docteur Le Paulmier : « Item lego Ecclesiæ parochiali beati Marlini de Vennis seu Vandis.... etc. » (Notice sur Gervais Chrétien; Évreux, 1897, imprimerie de l'Eure).

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Wendes; nous croyons que l'étymologie est beaucoup plus simple. Le mot celtique « Vind », qui veut dire ruisseau, eau courante, serait l’origine du nom de Vendes, comme Vannes qui s'appelait également Vennes, Venetæ, capitale des Venetes, comme Venetia, ete. On retrouve le mot Vind très clairement indiqué dans Vendœuvre (1), autrefois Vindabriga, en celtique : (le pont de la rivière), et Tallevende (2): (Talavinda, le ruisseau de la vallée).

A l'époque gallo-romaine, Vendes était traversée par une voie importante, venant (83) de Vieux (4) (Arigenus) pour aller à Briovera (Saint-Lo) (5), et atteignant la Seulles au Pont-Blanc; le camp romain de Hottot le commandait non loin de cet endroit (une autre voie devait traverser perpendiculairement celle-ci vers le Pont-Blanc, pour aller, d'un côté à Juvigny (6) (Juviniacus) et à Bayeux (7) (Augustodurus, plus tard Bajocassium), et de l'autre au pays du Mans par le Plessis-Grimoult (8). Les populations étaient appelées les Viducasses ou Biducasses (peuple de la côte de Bayeux). Plusieurs noms attestent l'antiquité de la commune, tel que les Pierrefites (pierres levées); un nom de rue: la rue Ravend, débris de l'ancienne voie romaine venant du Mans, doit tenir son nom d’un fait se rapportant à l'histoire ecclésiastique : la translation des reliques de saint Ravend, amenées de Macé, près de Séez, à Saint-Vaast (9).

En 1317, naissait un homme dont le nom appartient à

(1) Commune de l’arrondissement de Falaise,

(2) (Saint-Martin-de-Tallevende, arrondissement de Vire),

(3) Cette voie porta plus tard le nom de voie Tesson.

(4) Arrondissement de Caen.

(5), Département de la Manche.

(6) Commune limitrophe de Vendes, arrondissement de Caen, (7) Département du Calvados.

(8) Arrondissement de Vire.

(9) Petite commune voisine de Vendes.

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l'histoire de la province, nous pouvons même dire à l'histoire du pays tout entier, Gervais Chrétien. W n’était pas, comme on l’a cru longtemps, le fils de simples paysans, mais d’une famille noble; peut-être, son père était-il possesseur de terres à Vendes (1). Envoyé à Paris, mener un lévrier au dauphin Jean, duc de Normandie, celui-ci, frappé de l'intelligence du jeune Normand, le fit instruire au collège de Navarre. Reçu maitre ès arts, entré dans les ordres, et devenu maître en médecine, il fut attaché au dauphin Charles.

Gervais s'enrichit rapidement; chanoine de Rouen et de Bayeux, il fonda à Paris un collège, dit collège de Maitre Gervais, collège qui devint l’un des embryons du lycée Louis-le-Grand. Les fondations charitables faites par Gervais Chrétien en faveur de Vendes seront étudiées plus loin.

Les pièces conservées dans les archives de la fabrique nous montrent surtout, de 1444 à 1715, des fondations pour obits. Au XVI° et au XVII siècle, nous avons à signaler comme faits particuliers, sur lesquels d’ailleurs nous aurons à revenir, la présence à Vendes d'une petite église calviniste assez vivante. Elle dépendait du consistoire de Saint-Vaast, colloque de Caen (2). Le consistoire de Saint-Vaast comprenait 200 fidèles environ, habitant Vendes, Audrieu. Mondrainville, Grainville et surtout Noyers (3). Les fidèles de la religion réformée avaient à Vendes leur cimetière, c'était, suivant l'usage, « un terrain en friche, tenant des deux côtés entre deux chemins ». Ce terrain, qui porte

(1) Le Paulmier: Notice sur Gervais Chrétien; Évreux, imprimerie de l'Eure, 1897, p. 5.

(2) Achives du Calvados, C. 1590.

(3) Essais sur l'histoire du protestantisme, de l’édit de Nantes à ta Révolution, par M. Galland, p. 62 et 69.

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encore le nom de cimetière des Huguenots, était situé en effet à l'intersection de deux routes. La nouvelle mairie à été construite en partie sur ce terrain.

En 1676, notons la naissance de Charles Porée. Le rôle du Père Porée comme éducateur est connu; tout le monde sait qu'il fut le maître de Voltaire, qui lui conserva {toujours une respectueuse affection.

La Révolution fut, à Vendes, ce qu’elle a été dans beaucoup de petites communes de Basse-Normandie, c'est-àdire, assez calme. L'église fut consacrée au culte de la Raison,les cloches et les ornements envoyés au chef-lieu de district, mais personne ne fut sérieusement inquiété. Il résulte d’une tradition conservée de façon précise que, pendant tout le temps où leur église fut fermée ou affectée au culte de la déesse Raison, les fidèles se réunissaient chaque dimanche dans le cimetière, à la porte de l'édifice, et chantaient les offices. Le culte se célébrait dans le pressoir appartenant alors à M. Denis Madeleine, actuellement propriété de M. Desprès. Le registre de la municipalité renferme l'enregistrement d'une innombrable quantité de décrets, de non moins nombreuses réquisitions de toute nature, et c’est tout.

Après la Révolution, lorsque les églises furent rouvertes, les paroisses voisines, Saint-Vaast, Juvigny, Tessel et Bretteville-sur-Bordel, furent réunies à Vendes pour le culte; bientôt elles recouvrèrent successivement leur autonomie.

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