CHAPITRE IV
Anomalies
Dans le chapitre de la’ pathologie dentaire qui traite des anomalies, la part qui doit être réservée à la dent de six ans est considérable.
ANOMALIES DE FORME. — Souvent la couronne de la première grosse molaire supérieure présente à sa face interne un tubercule supplémentaire plus ou moins accusé, plus ou moins volumineux et placé, tantôt au milieu de la face linguale, tantôt plus près du collet, et un peu plus en arrière. À l’union du tubercule avec la dent se trouve un sillon qui présente fréquemment un ou plusieurs points de carie.
Les anomalies des racines sont plus nombreuses pour la dent de six ans inférieure que pour la supérieure. Celle-ci a présenté quelquefois quatre racines, il est moins rare de les voir soudées, les deux externes se réunissant pour constituer une grosse racine très volumineuse. La soudure des racines est généralement en rapport avec la diminution du volume des dents.
Il peut arriver que les trois racines soient très divergentes ; il s’agit le plus souvent de premières grosses
molaires supérieures très massives, très résistantes et aussi très solidement implantées ; cette divergence rend généralement l'extraction pénible et périlleuse en ce sens qu’elle peut se compliquer ou de fracture de la dent, ou de fracture d’une portion alvéolaire, plus ou moins étendue du maxillaire.
D’autres fois, au contraire, les racines convergent, ce qui constitue pour l’extraction la complicalion de la dent barrée.
En bas, la première grosse molaire présente fréquemment trois racines et c’est en général la racine antérieure qui est dédoublée. Exceptionnellement, au coniraire, "law dent a" quatre”"racines. Par, contre (et c’est presque la règle) chacune des deux racines normales possède un sillon médian vertical qui permet à la pulpe de se dédoubler en deux petits canaux à peine accessibles à la sonde la plus fine.
Pour la racine antérieure, on peut dire que ie canal se dédouble d’une façon presque constante (constante même pour le D' Amoëdo(1)); pour la racine postérieure, la règle est moins absolue et souvent encore un large canal permet d'y faire une désinfection facile et complète.
ANOMALIES DE VOLUME. — En général, le géantisme de la dent de six ans n’est pas spécial à cette dent et, quand elle offre cette anomalie, toutes les autres ont également leur volume exagérément augmenté. Il peut arriver que le géantisme soit partiel, exclusivement coronaire ou exclusivement radicuiaire. Cette dernière anomalie, nous l'avons observée en particulier chez les individus à mâchoires insuffisamment développées, en raison de la
(1) D' Amoëdo. — Communic. orale.
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présence de tumeurs adénoïdes dans les fosses nasales et le pharynx (1).
Par opposition au géantisme, le microdontisme ou infantilisme de la dent de six ans ne se présente jamais qu’à l’état d’anomalie partielle, intéressant seulement cette dent.
Anomalie extrèmement rare: dent réduite de volume, amoindrie dans toutes ses proportions, c’est en quelque sorte une dent d'enfant au milieu de dents d’adulte (2).
ANOMALIES DE NOMBRE. — On ne connaît pas d'exemple d'absence de la première grosse molaire (3).
ANOMALIES D'ÉRUPTION. — Quelquefois la dent de six ans peut être en avance d’une et même deux années, plus rarement en retard d’une année sur l’époque normale de son apparition.
ANOMALIES DE STRUCTURE. — SUPERFICIELLES. — ÉROSIONS. — Le professeur Fournier (4) donne des érosions la définition suivante : « on désigne sous ce nom diverses malformations dentaires se produisant au cours de la vie intra-
(1) Dans les cas de géantisme radiculaire de la dent de six ans inférieure, nous ne saurions trop déconseiller pour l’extraction l'usage du davier dit « bec de faucon » ; on s’expose avec cet instrument à fracturer la table alvéolaire interne, souvent la table externe, quelquefois même la portion basilaire, ou encore à fracturer la dent. Avec un puissant davier angle droit ordinaire, manœuvré prudemment, on parviendra toujours à enlever la dent de six ans à racines géantes.
(2) Fournier. Syphilis héréditaire tardive. Paris, 1886.
(3) Magitol. Loc. cit.
Le D' Hugenschmidt, dans Ia séance de novembre 1895 de la Société de stomatologie, a signalé le cas d’une première grosse molaire disparaissant pour être remplacée par deux petites molaires supplémentaires; de sorte que la mâchoire de ce côté présentait quatre bicuspidées consécutives.
(4) Fournier. Presse médicale, mai 1894,
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folliculaire de la dent et se traduisant par une altération particulière de la couronne qui semble usée, rongée, vermoulue, sur une certaine étendue de sa surface. Or, la lésion n’est en rien due à une usure. Elle est le résultat d’une formation vicieuse de la dent, la conséquence et la traduction d’un arrêt temporaire dans son développement ».
Toutes les dents permanentes peuvent être exposées à l'érosion, mais il est rare qu’elles soient toutes frappées à un degré égal. La première grosse molaire, dont la calcification, nous l’avons vu, commence vers le sixième mois de la vie fœtale, EST LA PLUS FRÉQUEMMENT ATTEINTE. Viennent ensuite les incisives inférieures et supérieures, dont la calcification commence vers le premier mois après la naissance; les canines, qui se calcifient à partir du quatrième mois; puis les prémolaires. La deuxième grosse molaire et la dent de sagesse sont rarement affectées, car les troubles de la deuxième année ne sont guère causes d’érosion. Cela va nous expliquer tout à l'heure l'influence de la syphilis héréditaire sur la dent de six ans en particulier. Car c’est dans le courant de la vie intra-utérine, puis dans les deux ou trois premiers mois de la vie extra-utérine que la syphilis héréditaire manifeste surtout son influence (1).
Rappelons à présent les considérations sur lesquelles insiste le professeur Fournier pour l'intelligence de l'érosion
1° L’érosion dentaire est une lésion contemporaine de l’époque de la formation de la dent;
(1) Welander (in Nord. med. Arkiv. 1895, XXVII, 3) a observé des érosions dentaires chez un sujet atteint de syphilis acquise peu de temps après la naissance.
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2° L’érosion dentaire est la conséquence d’une énterruplion momentanée survenue dans le processus de la dentification à l’époque où se constitue la dent;
3° L’érosion est le résultat d’une influence morbide d'ordre général. En effet, ajoute le professeur Fournier, elle constitue des altérations multiples et disséminées du système dentaire; des altérations symétriques affectant de part et d'autre des dents homologues; des altérations systématiques. Or, au nom de la logique, il n’est qu’une cause d'ordre général qui soit capable de réaliser de telles lésions.
Quelles peuvent être ces causes d'ordre général ?
Ce sont d’abord toutes les maladies de la femme enceinte ou du fœtus lui-même, très probablement susceptibles de réagir sur l’évolution du système dentaire du fœtus et, en particulier, Ia syphilis. ELLES ENTRAÎNENT SURTOUT DES LÉSIONS SUPERFICIELLES DE LA DENT DE SIX ANS, des érosions, car les troubles qui leur correspondent sont des altérations dans la calcification du chapeau de dentine coronaire, dont la hauteur varie, suivant l’âge du fœtus, der0mn1-27222
Puis, ce sont toutes les maladies du jeune âge, Fauchard (1), Fournier (2), Tomes (3), Broca ont admis l'influence des pyrexies de l'enfance, du scorbut, de la coqueluche, de la scrofule ; Castanié (4), Magitot invoquent presque exclusivement l'influence des convulsions éclamp-
(1) Fauchard. — Le chirurgien dentiste, Paris, 1786.
(2) Fournier. — Dict. en 60 vol., art, Dent., 1814.
(3) Tomes. — Traité de chirurgie dentaire.
(4) Castanié. — De l'érosion des dents permanentes. Thèse, Paris, 1874.
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tiques, ainsi que M. Quinet (1) dans un mémoire à l’Académie de Belgique, et Rattier dans sa thèse (2).
Parrot (3) n’admet que la syphilis hérédilaire, n'acceptant même Île rachitisme que parce qu’il fait de cette affection une forme de la syphilis héréditaire.
Quant au professeur Fournier (Soc. de dermatologie, 14 novembre 1895), il envisage la syphilis, dans ces anomalies dentaires de structure, comme une cause prédisposante générale, sans lui assigner un rôle absolument spécifique. « Je suis convaincu, dit-il, que les altérations osseuses, dentaires, etc., les malformations et autres troubles que l’on constate chez les sujets issus de syphilitiques, sont non point syphilitiques de nature, mais syphilitiques d'origine. Elles peuvent être produites par d’autres infections et doivent être rangées dans le groupe des lésions parasyphilitiques.
Ce sont surtout des anomalies de structure profonde de la première grosse molaire qu’entraînent les troubles de la première enfance.
Quant à la syphilis acquise, Welander (4), le premier, a signalé des anomalies de structure dues à cette maladie, mais il n’a pas rencontré des altérations au moins superficielles sur la première grosse molaire. '
Quoi qu’il en soit de toutes les causes, voyons l'aspect d’une dent de six ans, présentant des érosions. La couronne est souvent atrophiée, séparée des racines par une rigole circulaire; elle paraît comme enchâssée dans le
(1) Magitot. — Bulletin et mém. de Soc. de chir., 1875. Quinet. — Bulletin de l’Acad. de Belgique, janvier 1879.
(2) Rattier. — Contribution à l'étude de l'érosion dentaire. Thèse, Paris, 1879, (3) Parrot, — Syphilis dentaire. Congrès de Reims, 1880. (4) Welander. — Nord. Med., Arkiv. XXVII, 3, 18%, loc. cit.
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segment radiculaire. La surface triturante est irrégulière, hérissée d'éminences rugueuses, coniques ou grenues, creusée d’aniractuosités plus ou moins profondes, dont quelques-unes pénètrent jusqu’à l’ivoire. Cet aspect est celui de la lésion jeune; avec les années il se modifie, sous l'influence de la mastication la surface trituranie s’use, Reste alors une dent doublement remarquable d’abord en ce qu’elle est notablement raccourcie, ensuite en ce qu’elle se termine par une surface absolument plane (Fournier).
ANOMALIES DE STRUCTURE PROFONDE. — Nous avons vu tout à l’heure que si les anomalies de structures superticielles correspondent à des troubles intra-utérins, ceux de la première enfance entraïnaient des anomalies de structure profondes; Car à cette époque la calcification du chapeau de dentine est faite et les parties profondes se minéralisent. Ce sont donc elles qui auront à subir le contre-coup des troubles généraux de la première enfance.
Comme dans les premiers mois de la vie extra-utérine ce sont les incisives et les canines qui commencent leur calcification, il est fréquent qu’à des troubles dans la siructure interne de la dent de six ans répondent des érosions des incisives et des canines.
Ces troubles de structure profonds sont les espaces interglobulaires de Czermak. Et ici la lésion, au lieu de se limiter à des petits groupes espacés et peu prononcés, s'étend à des espaces plus larges, prolongés dans divers sens et remplis d’une matière noirâtre, granuleuse. Ce sont ces espaces interglobulaires, auxquels Kolliker attribuait à tort une ressemblance avec les cavités osseu-
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ses (1), erreur que Czermak et Wedl se sont efforcés de relever (2). Au-dessus et au-dessous de la lésion, le reste du tissu a conservé sa composition normale.
Quelquefois les désordres sont doubles, à la fois superficiels et profonds. C’est ainsi que Magitot a pu observer jusqu’à trois couches superposées, dans une dent qui présentait manifestement jusqu'à trois étages d’érosion. Ces couches sont alors régulièrement concentriques, séparées par des zones plus ou moins étendues de dentine normale et d'autant plus marquées qu’elles sont plus près de la limite extérieure de l'ivoire. Il est très probable que le voisinage de la pulpe, fournissant à l’ivoire des matériaux de réparation, est la cause du caractère peu marqué des lésions très profondément placées.
(4) Kôlliker. Histologie, 2° édition franç., Paris, 1856, p. 424. (2) Histol. pathol. Londres, 1855, p. 511.
Frey. — 3.