PRÉLIMINAIRES
4. — Le 10 mai 1861, j'ai publié sur la rage, dans l'Écho médical de Neuchâtel (Suisse), rédigé par léminent docteur Corna, un article de onze pages, reproduit en tout ou en partie par divers journaux scientifiques français et étrangers.
Depuis cette époque, soit en 18 ans, j’ai soigneusement recueilli, dans les nombreuses publications de tout genre qui ont passé sous mes yeux, tout ce qui se rattachait à cette affreuse maladie. J’ai pu conserver ainsi bien des documents qui se fussent égarés ou perdus, et réunir aujourd’hui en un faisceau, ce qu'on ne trouve que disséminé et en partie dans les publications officielles ou spéciales sur la matière. |
Malgré les nombreux écrits qui se sont succédés depuis dix-huit cents ans, on n’est guère plus avancé aujourd’hui sur les causes de la rage qui se développe d’elle-même, ou sans contagion, sur les animaux qui peuvent en être atteints. Celse, qui vivait la première année de l’ère chrétienne, conseillait déjà la succion et la cautérisation comme le meilleur mode de traitement (88).
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9, — En attendant que la science ait fait la découverte d’un remède certain contre la rage, il existe des données acquises par l’expérience, et qu'il importe de divulguer dans la plus large mesure possible ; si elles ne rassurent pas complétement l'esprit public justement alarmé, elles peuvent empêcher une fausse sécurité, et prévenir bien des malheurs.
Il faut mettre au premier rang :
LES SYMPTÔMES EXTÉRIEURS DE LA RAGE CHEZ LES ANIMAUX SOUPCONNÉS D’EN ÊTRE ATTEINTS. — LE MODE DE TRAITEMENT LE PLUS SUR.
Suivant M. Sanson, professeur à l’école vétérinaire de Grignon, « il n’existe qu’un seul moyen « efficace, certain, de préserver l’homme des dan- « gers incessants que lui fait courir sa cohabita- « tion avec les espèces animales domestiques sus- « ceptibles de contracter spontanément la rage ; ce « moyen consiste à répandre, autant que possible, « la connaissance de l’affreuse maladie , à mettre « chacun en mesure de discerner les signes par « lesquels elle s'annonce, afin que l’on puisse pren- « dre, pour sa sécurité et celle d’autrui, toutes les « mesures propres à rendre l’animal qui en est « atteint absolument incapable de nuire. »
Suivant le docteur Proust, membre de l’Institut et de l’Académie de médecine, un petit livre à bon marché, pouvant pénétrer dans les campagnes, serait fort utile.
Rien, en effet, ne saurait valoir, comme préservatif, la possibilité de saisir le moment où l’animal
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enragé va devenir dangereux, toutes les fois qu’il est possible de le faire. Et dès qu’il existe des signes caractéristiques de la rage autres que les accès de fureur accompagnés d'envie de mordre, il est facile de comprendre combien il est utile de propager le
plus possible cette importante notion dans le public.
3. — C’est dans ce but que j'ai écrit ce livre, fruit de dix-huit ans de recherches, moins pour exposer des faits parfois reproduits, mais épars, que pour vulgariser, dans l'intérêt général, des documents d’une grande importance, dus à des savants français et étrangers, au nombre desquels je dois mettre en première ligne les professeurs dans nos écoles vétérinaires, et les membres éminents du conseil d'hygiène du département de la Seine, M. Bouley en tête, composé, on le sait, de personnages d’un grand renom.
Comme on le pense bien, je n’ai pu ni voulu écrire cet ouvrage pour les hommes de Part, qui possèdent des traités spéciaux sur la matière; je l'ai rédigé, au contraire , d’après les conseils des deux savants, MM. Sanson et Proust, précédemment cités, de manière à servir à toute personne sachant lire, afin de répandre plus facilement et plus largement les utiles documents dont il se compose.
Par la même raison, je n’ai pu, sans les approfondir, que donner une idée des diverses questions se rattachant à la rage, pour que le lecteur en puisse connaître la nature, et s’initier ainsi à tant
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de points importants qui embrassent l’histoire générale de cette affreuse maladie.
4. — La rage des animaux domestiques et sauvages a existé depuis les temps les plus reculés, soit depuis l’époque où l’homme s’est associé au chien. Au rapport d’Athénodore, philosophe et médecin du temps de Plutarque , la lèpre et la rage apparurent e2 Italie pour la première fois au temps d’Asclépiade qui vivait cent ans avant Jésus-Christ. Mais , 400 ans avant Asclépiade, Démocrite, contemporain d'Hypocrate, traite de la rage du chien, celle de l’homme n’ayant été constatée que longtemps après. Celse, l’élégant écrivain latin du premier siècle de notre ère, en parle longuement. Plus tard, nombre d'animaux carnassiers et herbivores furent atteints de cette maladie.
D. — La Gazette médicale de Lyon, du 5 avril 1868, indique le nombre des chiens alors déclarés et fiscalement enregistrés en France d’après la loi du 2 mars 1855. Il était de quatre millions. Il a été reconnu que le nombre des chiens est en proportion directe, non-seulement de l’état giboyeux de la contrée, mais de l’aisance de sa population. En limitant à 15 centimes par jour la nourriture de chacun d’eux, cela fait deux cent dix-neuf millions dé francs par an, somme suffisante pour éteindre la mendicité! |
En Angleterre et dans la principauté de Galles , seulement, une statistique officielle, déposée au commencement de 1878 à la Chambre des communes , constate que le nombre des chiens s’ac-