‹ Monographie de la rageChapitre 26 sur 120 · M. Percheron fils, vétérinaire à Paris · texte numérisé non relu

M. Percheron fils, vétérinaire à Paris

HS

a publié dans le Recueil de Médecine vétérinaire, n° de juillet 1875, deux cas de spontanéité auxquels il ajoute complétement foi, tant à cause de la grande honorabilité des maîtres que du modus vivendi exceptionnel des animaux.

Le premier se rapporte à un de ces chiens minuscules que l’on importe d'Angleterre, et que la mode à acclimaté chez nous, mais en les titrant si haut en favoritisme, que leur prix, aujourd'hui, vaut celui d’un cheval de la meilleure provenance.

« Son portrait, peint par un animalier célèbre, a figuré dans l’un de nos derniers salons. Pendant trois ans, il occupa le Paris du bois de sa petite personnalité. Jamais ses mignonnes pattes ne touchèrent le pavé de nos rues. Vaniteux à l'excês, et professant pour le vulqum pecus des chiens le plus souverain mépris, 1l les regardait dédaigneusement du haut de son huit-ressorts, drapé dans une confection rehaussée d'or provenant de chez la bonne faiseuse. Il n’eût jamais commerce avec aucun d'eux, pas même avec ceux de son monde qu'il eût pu voir sans déroger.

€ Un jour vint, cependant, où ce familier d’une des plus fastueuses maisons de Paris tomba malade. La rage venait de fondre sur lui comme sur le dernier des vagabonds. Il avait quatre ans.

« Le second chien semblait une boule de soie blanche marquée d'un point noir qui figurait le nez. C'était un de ces chiens liliputiens, si fort

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prisés autrefois, au dire de Strabon, des patriciennes de Rome, sous le nom de canes melisei, et non moins choyés par nos grandes dames d'aujourd'hui sous celui de chiens de Malte. Sa maîtresse, une douairière du noble faubourg, dépensait journellement pour lui, en soins de toute nature, de quoi satisfaire les exigences de plusieurs enfants gâtés à la fois. Comme le précédent, ne vivant que dans l'intimité, 1l ne se souciait pas plus de ses congénéres que s’il eût été le seul de son espèce. Ses promenades avaient lieu chaque jour en voiture ou sur les bras. Quelquefois, cependant, quand sa maîtresse, désireuse de faire quelques pas sous une allée ombreuse du bois, quittait son landau, il descendait avec elle, mais en laisse. Surveillé alors avec un soin jaloux, on écartait de l’ombrelle tous les chiens qui faisaient mine d'approcher, et un vieux valet de pied, esclave de sa consigne, avait ordre de pourchasser les intrus aussi loin que ses jambes séniles le lui permettaient.

« Malgré tout, la rage s’abattit sur lui comme sur l’autre ; il avait sept ans. »

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