INFLUENCE DE LA PEUR
38. — La frayeur peut accélérer l'invasion de la rage ; elle peut même, ainsi que l’attestent bon nombre d'exemples, causer lhydrophobie simple ou non contagieuse. Voici, d'après Barbantini, le cas intéressant d’un jeune homme qui, ayant été
MA Agen ee
mordu par un chien qu'il se figurait enragé, eût des symptômes d'hydrophobie dès le cinquième jour après la morsure , et allait y succomber lorsqu'on amena dans sa chambre le chien qui l'avait mordu, lequel était bien portant. Cette vue le tranquillisa, et, quatre jours après, il était parfaitement rétabli.
39. — Le journal le Mont-Cenis (Savoie), du 4 octobre 1876, reproduit le fait suivant de rage occasionnée par la peur.
€ Il y a trois mois, à peu prés, une dame Deveny, domiciliée passage de Clichy, n° 4, était mordue par un chien épagneul qu'elle avait et qu'elle aimait beaucoup. Elle frappa l'animal, qui s'enfuit en hurlant. Le soir, il ne rentra pas au logis.
« Le lendemain, en voyant qu'il n’était pas de retour, la pauvre femme se sentt prise d’une terrible inquiétude.
« Mon Dieu, se disait-elle, s'il était enragé
« Et sa tête se mit à travailler d’une façon terrible. Dès ce moment, commencérent à se produire des phénomènes nerveux dont l'intensité alla en augmentant. La malheureuse offrait tous les symptômes de l’hydrophobie. Le huitième jour, elle mourait dans des crises affreuses, et on l’enterra.
« Personne ne pensait plus à cette triste aventure, et la maison avait déjà un autre locataire, lorsque, à la profonde surprise de tous les habi-
SD 2? Mg
tants du quartier, le chien vint gratter à la porte du logis. On s’empara de lui, on le conduisit au vétérinaire qui constata que le chien n’avait jamais eu le moindre symptôme de rage ; 1l n'avait pu, par conséquent, l’inoculer à sa maitresse.
40. — Un vétérinaire a raconté à l’un des rédacteurs du Figaro l'exemple suivant, publié dans le n° du 27 juin 4877 de ce journal :
&« Un de ses amis avait été mordu à la jambe par un chien griffon, qui avait été immédiatement envoyé dans un hôpital où 1l était gardé à vue. Le blessé, fort inquiet, venait voir tous les matins le quadrupède enfermé, et s'inquiétait — avec un soin que l’on comprendra — de ses faits et gestes. Le vétérinaire rassurait son ami, et lui disait, à chacune de ses visites : « Le chien n’arien, je te « le garantis, et si je le garde, c’est pour ton édifi- « cation personnelle. »
€ Mais voilà qu’un soir le griffon donne les signes de l’hydrophobie la plus évidente. Le vétérinaire le tue immédiatement. Se rappelant qu’un chien de la même portée, de la même couleur et absolument pareil était en la possession d’un de ses clients, il y courut et obtint de lui que l’animal lui fût confié pendant deux ou trois mois. Il le plaça dans la cage du défunt.
« Le blessé, le lendemain, ne s’aperçut pas de la substitution, et, au bout de trois mois, il se trouva complétement rassuré. Jamais 1l ne res-
pe ou sentit le moindre malaise et il se porte à merveille!
Et pourtant, il avait été mordu par un chien ab- ‘solument enragé, dont les crocs avaient pénétré
assez avant dans ses chairs pour que l’inoculation ne fut l’objet d’aucun doute! »
Nous ferons, à ce fait rapporté par le Figaro,
les réflexions suivantes :
Le blessé, dont il vient d’être question, avait sans doute, ce que le vétérinaire ne dit pas, été cautérisé; sans cela, si, comme ce docteur l’affirme, l’inoculation avait réellement eu lieu, le malade serait mort de la rage.
&O bis. — Voici, d'après le même journal, un
fait plus concluant encore, publié dans un de ses
numéros d'octobre 4877 :
« Au commencement de la semaine dernière,
M. B..., marchand boucher, établi avenue de
Neuilly, soignant un jeune chat malade, voulait lui faire prendre de force du lait chaud. La bête, irritée, le mordit à la main. Quelques heures après, M. B... éprouva une vive douleur à l'endroit de
la blessure. Sans demander le concours d’un mé-
decin, il se contenta de faire cautériser la petite plaie.
« Le lendemain, à son lever, M. B... fut frappé
d’épouvante : auprès de la cheminée, le chat était
étendu sans vie.
&« M. B..., craignant que le chat fût enragé, le fit examiner par un vétérinaire, qui déclara que
1 ! # Ed g à 077 RENE