‹ Monographie de la rageChapitre 33 sur 120 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Influence de la gestation.

45. — Il était sans doute curieux et intéressant de savoir si une fonction physiologique, comme la gestation, peut entraver, retarder, arrêter l’évolution d’une affection virulente comme la rage, tan-. dis qu’elle est sans influence sur celle de la syphilis. Les phénomènes qui se passent du côté de la matrice à l'époque de la vie fétale seraient-ils une condition d’attermoiement pour la durée habituelle d'incubation de la rage?

Cette question nouvelle et importante paraît avoir été soulevée pour la première fois dans la Santé publique, par l'un de ses collaborateurs les plus distingués, M. L. Henry, vétérinaire à Féreen-Tardenois. « Chose curieuse, dit-il (15 février 187%), les deux vaches étaient en état de gestation au moment de la morsure, et la maladie (rage) ne s’est déclarée, dans les deux cas, que 8 à 10 jours aprés la mise bas, c’est-à-dire après 100 ou 101 jours d’incubation. »

46. — Cette simple indication frappa un autre observateur non moins zélé et attentif, M. Heu, vétérinaire à Chaumont (Oise), qui a publié dans le même journal (1874, p. 8k) l'intéressante observation suivante :

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« Le 10 novembre 1871, un serrurier de ma localité m’apportait, dès le matin, le cadavre d’un petit chien bull-terrier, afin que j'en fisse l’autopsie. Cet homme s'était déterminé à tuer son chien, parce que, la veille, il avait mordu une jeune femme à la main gauche. Depuis quelques jours, ce chien était devenu très irascible, mordeur, déchirant tout ce qu’il trouvait, et, n’eùût été l'épaisseur de sa galoche, le maître aurait été mordu au pied.

« L'autopsie me fit voir dans l'estomac des corps étrangers, tels que de la paille, des morceaux de fer et des parcelles de bois blanc arrachées aux parois de la niche; la tunique muqueuse de l'estomac était vraiment imjectée. Je me prononçai pour l'existence de la rage.

« Quoique le propriétaire du chien ne parût pas se résigner à MON avis, par mesure de précaution, je prévins le mari de la jeune femme mordue que le chien était mort de la rage; mais je l’engageai à n’en dire mot devant sa femme, de crainte de l'effrayer. On se plut à penser tout le contraire de ce que je disais, et l’on me répondit que, dans tous les cas, il n’y avait pas de danger, puisque le pharmacien avait aussitôt cautérisé la morsure avec la pierre infernale.

« L'avenir devait malheureusement se charger de désillusionner ceux qui croyaient mes assertions erronnées.

« Le 16 mai 1872, la jeune femme, qui était enceinte, fut prise tout à coup d'attaques nerveu-

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