ACTION DE LA RAGE SUR LA SENSIBILITÉ PHYSIQUE ET MORALE
50. — La sensibilité physique diminue notablement chez le chien enragé, tandis que la sensibiité morale est au plus haut point surexcitée. Quand on le frappe, qu’on le brûle ou qu’on le blesse, dit M. Bouley, il ne fait entendre ni les plaites, mi les cris par lesquels les animaux de son espèce expriment leurs souffrances, ou même simplement leurs craintes. Pourtant la sensibilité n'est pas éteinte en lui, et il possède le sentiment de sa conservation. Si on allume sous lui la litière de la niche où il se trouve, il s'échappe du foyer et se tapit dans un coin pour échapper aux atteintes de la flamme. Quand on lui présente une barre de fer rougie au feu, et qu’emporté par la rage il se jette sur elle et la mord, il recule immédiatement après l’avoir saisie. Le fer rouge appliqué sur ses pattes le fait fuir de même. Dans ces circonstances, on voit que l’animal souftre, sa figure le dit ; mais il ne fait entendre ni plaintes n1 gémissements. Il est à noter cependant que le chien n'a reculé devant le feu qu'après en avoir subi les profondes atteintes. De plus, certains sugels ne lâchent pas la barre de fer rouge qu'ils ont saisie entre leurs dents.
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51 — Les chiens atteints de la rage ne perçoivent donc pas les sensations douloureuses aussi vite et au même degré que dans l’état normal, et c'est ce qui explique comment ils peuvent assouvir leur fureur jusque sur eux-mêmes, et rester insenstibles à leurs propres atteintes. On a vu des chiens qui se rongeaient et S’arrachaient complétement les chairs des membres et des pieds. M. Bouley cite un épagneul du comte Demidoff qui couchait ordinairement sur le lit de son maïtre, et qu'une plaie avait fait reléguer pendant une nuit sur le palier de l'escalier. Le lendemain matin, le domestique trouva, sur la premiére marche, la queue de l’épagneul favori, complétement séparée du tronc; et c’est le chien lui-même qui s'était infligé cette mutilation. Il était enragé, et pourtant il fit un long trajet en compagnie du domestique, qui ne reconnut en rien cette maladie.(A.-G. Melon, le Pays, 8 juillet 1877.)