‹ Monographie de la rageChapitre 47 sur 120 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

65. — Le nommé Shaumacher, 25 ans, mécanicien, vivait avec deux chiens. L’un de ces chiens, vers le milieu de mai 1873, devint méchant, hargneux, et semblait toujours vouloir mordre. Shaumacher résolut de le pendre, et, ce faisant, fut mordu à la main. Il ne fit aucune attention à cette morsure. Trois Semaines environ aprés, il fut mordu par son autre chien qu'il battait. Malade seulement depuis la veille, Shaumacher, dans la journée du 23 juin, se plaint d’un malaise général qu'il ne peut expliquer, mais qui l’inquiète beaucoup. Il ne dort pas, ne peut rien prendre, et se décide à aller au bureau central.

C'était le 24 juin. — IL à l'œil hagard, les pupilles très dilatées. On lui apporte un verre d’eau. A cette vue, le malade frissonne, sa figure se contracte, un spasme de la gorge survient, la déglutition est impossible, et les efforts ne semblent aboutir qu'à l'expulsion de crachats blancs, mous- SeUX.

Les médecins de service diagnostiquent un cas de rage confirmée, et font porter sur un brancard le malade à l'hôpital Beaujon.

Shaumacher y est de suite en proie à une excitation trés grande. La parole est brève, rapide, fréquemment coupée par un crachement mous-

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seux. Il semble haletant, 1l étouffe, 1l demande à boire et veut qu'on ne le laisse pas longtemps souffrir. Il demande de leau à grands cris.

« N'ayez pas peur de m'en donner, ajoute-t-il, je n’en boirai pas trop, puisque Je ne puis avaler. »

Des morceaux de glace sont mis à sa disposition dans sa main; après une certaine hésitation, il les met dans sa bouche sans qu’il en résulte n1 spasme, ni crachement.

Pouls régulier, plein, entre 80 et 92. L’auscultation du poumon et du cœur ne révêle rien. — Sensibilité à la douleur manifestement retardée. Urines normales.

Après quelques hallucinations, et deux chutes de son lit à terre, on lui met la camisole de force avec la plus grande difficulté ; il lutte pour empêcher, dit-il, qu'on ne l’étouffe. Il semble épuisé; la figure est baignée de sueurs.

Traitement. — Quart de lavement avec 6 gram.

de chloral; injection sous-cutanée de 3 centigrades de chlorhydrate de morphine. Pouls à 100 degrés, respiration rapide, bruyante; écoulement abondant de salive de chaque côté de la bouche.

Les membres sont en résolution, les conjonctives sont à peine sensibles, le malade asphyxie.

De 4 heures 30 à 5 heures, la température du corps est de 42 à 43 degrés.

Mort une heure après l'entrée à l'hôpital, après 30 jours d'incubation et 2 jours d'invasion.

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65 bis. — Auropsie, 24 heures après la mort.

Une heure après la mort, la température s'était maintenue à 43 degrés; la rigidité était déjà considérable. Homme robuste, bien musclé. Sugillations dans les parties déclives ; au milieu de la face interne du übia droit, cicatrice de la dimension d'une pièce de 50 centimes ; à l'articulation de l'index droit, deux cicatrices allongées et saillantes de couleur mate.

Encéphale.— Xnjection de la pie-mére plus marquée à la convexité des deux hémisphéres, sang noir et abondant dans les sinus.

Thorax. — Echymoses sous-pleurales ; dans les lobes inférieurs, noyaux d'infiltration sanguine. La muqueuse des bronches et de la trachée est recouverte de mucosités peu épaisses, spumeuses et rosées. Il en est de même du larynx.

Cœur. — Léger pointillé échymotique au péricarde.

Endocarde. — D'un rouge vif, le sang trés fluide, poisseux, couleur groseille.

Estomac. --- Il contient une bouillie noire. La muqueuse est violacée, et légérement injectée dans le grand cul-de-sac.

Le plus souvent, on trouve, dans l'estomac des chiens morts de la rage, des corps étrangers, paille, bois , foin, laine , etc.; mais ce caractère n'est pas général. Suivant une statistique de Bruckmuller, professeur à l'institut vétérinaire de Vienne

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