PREMIÈRE OBSERVATION
On trouve dans le Progrès médical, des 16 et 23 juin 1873, sur deux cas de rage chez l’homme, deux observations recueillies par M. Landouzy, interne des hôpitaux de Paris , et que je résume comme suit :
Thil Edouard, 20 ans, ébéniste, est mordu à la main, le 46 avril 1873, par un chien à qui il venait d'infliger une verte correction. Ce chien quitta alors la maison sans qu'on sût jamais ce qu'il était devenu. Thil ne prit pas garde à sa morsure, qu'il cautérisa avec de l’eau-de-vie et à laquelle il n'avait plus Jamais songé !.
Le 45 juin, Thil ne put dormir, 1l se promena
toute la nuit, ne pouvant trouver ni repos, ni sou-
lagement à son malaise général. Il se présente le
A6 à l'hôpital Beaujon.
Il se plaint d'avoir mal à la gorge et d’une douleur précordiale. L'examen de la bouche et du pharynx, la percussion et l’auscultation du thorax ne font rien découvrir. « Je ne puis avaler, dit-il, et, par moment, je ne puis respirer : j'ai Comme un grand poids au niveau du cœur. »
1 L'eau-de-vie est tout à fait insuffisante pour cautériser en l'espèce.
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Examiné dans son lit, pas de fièvre, pas d'appétit depuis quelques jours; agitation, inquiétude,
il n’est bien nulle part. Un verre de tisane est bu
sans difficulté. — Rien dans les urines.
Le lendemain, 1l se plaint d’avoir soif, d’étrangler, de manquer d'air. Il sent qu'il va mourir et
dit qu'on veut l’empoisonner. Il se plaint qu’en lui.
parlant on lui souffle sur la figure et la poitrine, et qu'on lui fait froid. L'air le fatigue à l'excès, et produit sur lui l'effet d’un grand vent.
La face est inquiète, d’une mobilité extrême,
exprimant tantôt la souffrance, tantôt la terreur. À chaque instant le malade fait avec efforts des mouvements de déglutition , puis expectore des crachats blancs, mousseux. Pouls régulier à 80; température du corps, 38 ; peau fraîche.
Spasme pharyngien après une gorgée de tisane. Le malade accuse une angoisse plus forte et se met à cracher abondamment, faits qui se reproduisent plus fortement au moment de la visite, quand il est entouré par les personnes de service.
Son excitation devient plus grande, 1l ne reste pas une minute en place; tantôt il s’assied d'un bond sur son lit avec des mouvements de tête, des grincements de la face qui semblent vouloir happer l'air, tantôt il se recouche en ramenant vivement les draps jusque sur son menton pour éviter, dit-il, le vent qui souffle de tous côtés.
Thil semble haletant, sa parole est entrecoupée, et la respiration se fait par quatre ou cinq inspira-
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tions se succédant brusquement. A ces convulsions respiratoires, succèdent une respiration normale et un calme relatif que fait cesser la vue d'un miroir; à ce moment, frisson général, spasme dela gorge et respiration haletante. Les pupilles sont également dilatées ; la sensibilité à la douleur est retardée et un peu émoussée.
L’agitation devient extrême; à plusieurs reprises, dans la brusquerie de ses mouvements, le malade manque de se jeter en bas du lit. On lui met la camisole de force avec beaucoup de peine; Thil, bien musclé, se défend vigoureusement sans chercher à mordre. — Crachotement mousseux très abondant.
Traitement. Chloral six grammes en lavement ; ensuite, chlorhydrate de morphine, deux centigrammes en injection sous-cutanée.
Après quelques instants de calme, le malade se roidit contre les liens qui l’étreignent et fait de grands efforts pour dégager ses membres. Rapidement, l'excitation cesse et la face exprime une sorte de béatitude et de jouissance en même temps que le malade prononce des paroles incohérentes.
Bientôt le crachement cesse. Thil est immobile, couché sur le dos ; la face et les lèvres deviennent violacées, et, de chaque côté de la bouche, coule en grande quantité de la salive blanche et mousseuse. L'insensibilité est presque complète.
La température, sous les aisselles, monte à 42 degrés 8, et reste à ce maximum jusqu au moment
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de la mort qui survient à midi, 24 heures après son séjour à l'hôpital, une incubation de deux mois et une invasion de moins de deux jours.
64. — AurToprsie 24 heures après la mort. Rigidité cadavérique considérable.
Encéphale. — Turgescence des vaisseaux de la pie-mêre sur la convexité des hémisphères. Le sang qui s'écoule des sinus est noir et abondant. À l’œil nu, rien du côté du bulbe ni de la moelle.
Thorax, cœur. — Petit, ferme, ne renfermant pas de caillots. Les parois ventriculaires sont mouillées par un sang légérement poisseux, manifestement moins noir que celui des sinus ou de la veine cave, et dont la teinte peut être comparée à celle de la cire rouge.
Poumons. — Enphysème des sommets et du bord antérieur. Sur la plèvre viscérale des lobes supérieurs, petites échymoses irréguliérement disséminées. Dans les lobes inférieurs, plusieurs gros noyaux d'infiltration sanguine, noyaux d’un noir foncé. — La muqueuse des grosses bronches et de la trachée à une teinte rouge vif ; elle est couverte de mucosités sanguinolentes. La muqueuse laryngée est fortement injectée. — La muqueuse buccale ne présente ni vésicule, ni érosion ; la langue est grosse, ses papilles sont volumineuses.