AO ESE
« Une demi-heure aprés, le remêde n'avait pas encore opéré, lorsque, tout à coup, une forte comotion électrique, comparable à une fusée d’artifice, me parcourul tous les membres, des pieds à la tête, produisant dans toute la peau une sensation de chaleur et un frémissement général, accompagnés d'une envie de fuir et d’un sentiment de terreur indéfinissable.
€ Il m'a semblé avoir dans les yeux tout un feu d'artifice, je rebondis comme mû par un ressort.
« Au même instant, le transport au cerveau se déclara, j'avais perdu connaissance de mes actes. »
« Le patient garda dans le délire l’idée dominante de se contenir et de chercher à reprendre possession de lui-même.
« Cependant, dans cet état, les convulsions deviennent plus fréquentes. Elles sont toujours accompagnées du même sentiment de frayeur et du besoin de réagir et de fuir. Les forces musculaires sont prodigieusement augmentées, on est infatigable. La contraction des jarrets détermine des chutes subites où l’on tombe de toute sa roideur. La surexcitation nerveuse est telle, qu’on est à peu près insensible à la douleur (50).
« Les figures des personnes, même les plus familières, paraissent furieuses, menaçantes et provocantes. Et, contrairement au sentiment de terreur générale qui arrive intérieurement par se-
cousses , l’on est intrépide et prêt à braver tous les dangers extérieurs. ;
« Le paroxisme de la rage avait commencé à deux heures et demie de l'après-midi. A dix heures du soir, le remède commença à agir, et, le lendemain, il ne restait plus qu'une grande prostration. »
M. Laporte, de Plymouth, a fait connaître le fait suivant par une lettre adressée au Times en octobre 1877. « Un Chinois, mordu par un chien enragé, était en proie aux crises causées par la terrible maladie , lorsqu'on lui ingurgita de l'eau dans laquelle on avait fait bouillir des feuilles de datura stramonium. Huit jours après, le Chinois était complétement guéri. »
90. — Ces hommes, contrairement à ce qui est admis jusqu'ici, sans réserve, auraient donc été guéris de la rage, et de la rage déclarée, peu importe que ce soit par le datura ou tout autremoyen. On peut se demander si les chiens qui les ont mordus étaient bien enragés, et, dans ce cas, si l’inoculation rabique a eu lieu. Je rappelle ici que, sur cent personnes mordues par des animaux enragés, les deux tiers, en moyenne, échappent à la conta- -gion, quand la frayeur ne vient pas provoquer l'explosion du mal (77).
Quelque consolantes que seraient ces guérisons , nous n osons les admettre. Nous pensons que les hommes mordus ont pu, sous l'influence
de la peur, contracter une affection nerveuse qui aurait probablement cédé un peu plus tard, sans l'emploi du datura, les symptômes décrits dans ces cas ayant fort peu d’analogie avec ceux éprouvés par les malheureux atteints de la rage et qui y succombent (6%).