PLAIES VENIMEUSES
Morsures de serpents. — Piqüres d'insectes.
Par sa nature, ce livre étant surtout destiné à être mis entre les mains des maires, des instituteurs et de l'habitant des campagnes, j'ai cru faire une chose utile en rappelant ici les moyens de se traiter dans ces cas en l'absence du médecin.
Morsure de vipère.
1143 — Quand on est piqué par une vipère, on ressent immédiatement une vive douleur à la partie blessée, douleur qui va en augmentant rapidement. La peau prend une teinte violette ou bleuàtre, qui devient ensuite livide et s'étend de proche en proche.
Le membre enfle progressivement, et c’est là un des signes caractéristiques de cette blessure.
Si l'on n'arrête promptement les effets du venin, le malade est bientôt pris d'étourdissement, de convulsions, fréquemments suivis d’une termi-
naison funeste.
Si on se trouve éloigné de tout secours, il faut faire de suite, si la chose est possible, une ligature modérément serrée au-dessus de la piqüre, et la supprimer si elle donne lieu à quelques accidents. On fait saigner la plaie le plus possible en la comprimant, et même, au besoin, en l'agrandissant avec un instrument tranchant, et on la suce fortement, ce qui ne présente aucun danger si la bouche ne contient aucune excoriation.
Si l'hémorrhagie a été abondante, le péril est en partie évité.
Il faut cependant, aussitôt qu’on le pourra, cautériser la plaie avec un fer rougi à blanc, comme on le fait pour les morsures des chiens enragés (408 ), c'est le plus sûr moyen à employer. L'effet des autres caustiques, alcali volatil, acide phénique, etc., quoique salutaire, n'est pas aussi cer- Cas
En même temps, on fait boire au malade dix à douze gouttes d’ammoniaque dans un verre d’eau, répété à une demi-heure d'intervalle. Ce moyen parait être le complément de la cautérisation.
Si l'enflure et la teinte livide diminuent sous l’influence de ces moyens, elles ne tarderont pas à disparaître, et le malade pourra se passer de tout autre soin. Mais si ce traitement n'arrête pas les progrès du mal, il faut prompiement recourir au médecin le plus proche.
Piqüre d'abeilles. :
414 — Les piqûres d'abeilles, plus fréquentes, sont bien moins dangereuses, bien que pouvant être suivies de douleurs assez vives.
Dés qu’on a été piqué par un de ces insectes, on s'assurera Si l'aiguillon est resté dans la plaie. Dans ce cas, on l’enlévera comme une épine ordinaire à l’aide de pinces, de ciseaux, etc. Si la douleur cesse, tout autre soin devient inutile ; si elle: continue, on cautérise en appliquant à plusieurs reprises sur la plaie de l’'ammoniaque ou de l'acide phénique. À défaut de ces caustiques on peut employer, mais avec moins de succés, du persil haché ou des feuilles d'oseille écrasées, de façon à ce que le jus puisse pénétrer dans la plaie.
Si la douleur persiste, un cataplasme émollient, de farine de lin ou de polinte, en aura bientôt triomphé.
Piqüre de mouches.
445. — IT faut toujours se défier de la pipüre du Taon ou mouche charbonneuse, parce que cet insecte peut avoir butiné sur des cadavres d’animaux en putréfaction qui ont succombé à des maladies contagieuses, comme le charbon, la pustule maligne, etc. Ces terribles maladies se communiquent facilement par la piqûre de la mouche, qui
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occasionne une douleur assez vive pour qu'il soit facile de la reconnaître. Il se produit de l’enflure autour de la plaie, la fièvre survient souvent. Il faut donc se hâter de cautériser la partie blessée avec de l’ammoniaque ou de l'acide phénique, qu’on fera pénétrer le plus avant possible dans la plaie à l’aide d’une épingle ou de la pointe de Ciseaux.
Si la douleur ne disparaît pas, on fait, s'il est possible, comme pour la morsure de la vipére, une ligature au-dessus de la blessure qu’on cautérise ensuite profondément à l’aide du fer rouge.
C’est dans ce cas qu'il importe de recourir promptement à un médecin, car les symptômes peuvent s’aggraver el amener un funeste résultat.
Insectes divers.
416. — En dehors des piqüres plus ou moins graves dont il vient d’être question, il en est d’autres, faites par de petits insectes, tant à la campagne qu'en ville, qui ne présentent d'autre inconvénient qu'une démangeaison plus ou moins vive, parfois très pénible. Un petit point blanc sous forme de bouton indique la partie piquée; il suffit de le toucher plusieurs fois, à quelques minutes d'intervalle, avec de l’alcali volatil, pour voir cesser la démangeaison. Si elle persiste, on recouvre la partie piquée d'une compresse imbibée
d’aleali étendu de sept à huit fois son poids d’eau, ou bien d'eau sédative.
En terminant, faisons ressortir la nécessité de trouver de l’ammoniaque ( alcali volatil) et de l'acide phénique dans toutes les cures, chez tous les maires et les instituteurs, au moins pour les communes privées de médecins et de pharmaciens. Ces remèdes sont d’une incontestable utilité, d'un emploi presque journalier, et d’un prix minime. On peut ainsi et souvent, en parant aux premiers accidents, prévenir bien des malheurs.