ÉTRANGER
Pour la Suisse: Genève.
425. — Lettre de M. le Directeur de la police centrale, en date du 27 septembre 1878 :
« L'usage adopté chez nous et qui a été suivi jusqu'à ce jour, consiste à garder les chiens séquestrés pendant trois jours, afin de donner à leurs propriétaires le temps de les réclamer. Au bout de ce terme, tous ceux qui n’ont pas été réclamés sont abattus (assommés).
« Nous serions volontiers partisans d’un systéme moins cruel; si toutefois vous croyez devoir nous communiquer vos idées à ce sujet, nous vous en serions très reconnaissants. »
La lettre est muette sur le mode de capter les chiens dans les rues.
Pour la Belgique: Bruxelles.
126. — Lettre de M. le Bourgmestre, en date du 28 septembre 1878 :
« En réponse à votre lettre du 18 de ce mois, j'ai honneur de vous faire connaitre qu'à Bruxelles on emploie, pour la mise à mort des chiens en fourrière , la pendaison combinée avec l'assommement.
« Ce travail est exécuté par deux ouvriers dont l'un fixe au cou du chien le nœud coulant d'une corde mince, mais solide, attachée par l’autre bout à une poutrelle élevée à environ deux mètres audessus du sol. Au moment où cet ouvrier, qui a ‘élevé l'animal à une certaine hauteur, le laisse retomber brusquement à corde tendue, l’autre ouvrier l’assomme à coups de maillets appliqués -Sur le haut du crâne. La mort est instantanée, -foudroyante, sans convulsions ni douleur.
« L’asphyxie et l’écrasement du cerveau ne laissent pas à l'agonie une durée de plus d’une seconde.
« Après de nombreuses expériences faites ici, notamment par M. le médecin-vétérinaire Inspecteur en chef de l’abattoir de cette ville, en présence de plusieurs membres de la Société protectrice des
animaux, il reste démontré que le système indiqué ci-dessus atteint le mieux et le plus rapidement le but final. »
Mon avis est qu'on peut faire mieux encore.
(Voy. mes conclusions, 138.)
Pour la Hollande: Amsterdam.
127. — Lettre de M. le Commissaire en chef de police, en date du 7 octobre 1878. — Extrait.
« Dès qu'un chien soupçonné enragé parcourt la ville, un agent de police est envoyé à sa poursuite pour le tuer. Le chien mort est livré à un vétérinaire qui fait son rapport.
« Pour les chiens errants dans les rues, payant ou non l'impôt, ils sont saisis par un employé appelé attrapeur de chiens, mis dans une charrette fermée, et, sous la conduite d'agents de police, déposés dans les étables du marché aux bestiaux, où ils sont gardés trois à quatre jours. S'ils sont réclamés, les propriétaires payent une petite redevance pour nourriture; en cas contraire, ils sont
tués par la police au moyen de pilules eppog nées.
Pour l'Allemagne: Berlin.
128. — Lettre de M. Witter, fermier général de la charognerie fiscale de Berlin, en date du 8
octobre 1878. Cette lettre m'est adressée par M. le président de la police royale, avec ces mots : « En vous remerciant de votre intéressante lettre du 30 septembre, la présidence de la police royale de Berlin vous envoie sous ce pli les explications de M. Witter chargé de cette mission, et une brochure relative aux gardes de police et mesures à prendre.
« Les chiens dépourvus d’une marque de limpôt payé, ainsi que ceux trouvés dans les rues sans museliére, sont attrapés par des employés au moyen de lacets faits de fil de laiton flexible , et transportés au dépôt sur un char construit pour cet usage.
« On ne peut saisir ainsi que les chiens âgés de plus de trois mois.
« Au milieu dudit dépôt de la charognerie de Berlin , situé en ville, dans l'intérêt des habitants réclamants, se trouve le cachot des chiens en fourrière. Ils y sont conservés pendant trois jours et
nourris de pain et de viande bouillie. Passé ce
terme, s’ils ne sont pas réclamés, ils sont mis à mort. |
« La manière de les tuer consiste dans un coup appliqué avec une courte massue de bois sur la partie supérieure du nez. Cette méthode est constatée par l'expérience comme une des plus convenables ; l’étourdissement et la mort s’ensuivent
nie ph
immédiatement, tandis que l'empoisonnement conduit à des scènes bien fâcheuses. »
Pour l'Angleterre : Londres.
129. — Lettre de M. le Commissaire en chef de la police de Londres, en date du 8 octobre 1878 :
« J'ai l'honneur de répondre aux questions que yous m'avez posées :
« 4° Les chiens errants dans les rues, sans être conduits par quelqu'un, sont saisis par la police et conduits à une station de police, où on prend leur signalement pour le porter à la connaissance de tout le district ou quartier. On les transporte ensuite à la maison pour les chiens perdus et abandonnés, dans des voitures spéciales qui passent quotidiennement devant toutes les stations de police.
« 2° Si un chien errant est saisi portant un collier avec l'adresse d’une personne, une communication en est aussitôt envoyée par la poste au propriétaire, et le chien est gardé à la station de police pendant trois jours; s’il n’est pas réclamé dans ce délai, l’animal est conduit à la maison pour les chiens perdus comme les autres chiens dépourvus de collier.
« Si les chiens ainsi gardés trois jours et non réclamés ont de la valeur, on les vend au profit
de l'institution. En cas contraire, on les met à mort par l'acide prussique.
« L'homme préposé à ces fins s'appelle gardien de la maison. »
Cette lettre nous montre déjà combien sont louables et supérieurs à ceux des autres nations les procédés de nos voisins d’outre-manche en l’espèce. Ce n’est pas tout. Leurs sentiments humanitaires pour les chiens, comme on va le voir, s’y font jour et s’y pratiquent pour ainsi dire comme s’il s'agissait de l'espèce humaine.
Ainsi, on a fondé à Londres, en 1867, une maison d'asile, dite maison temporaire pour les chiens perdus et abandonnés, patronnée par le souvernement. Cette institution a publié, en 1877, une brochure, qui est le compte-rendu de lassemblée annuelle d’une société ayant pour but la fondation et l'entretien de cette maison temporatre. Ce compte-rendu comprend une série de listes de membres donateurs, spécialement de
dames, et un procès-verbal financier.
En dix ans, la maison a déjà recueil quatrevingt-treize mille chiens, soit vingt-six par jour!
Sur ce nombre, mille étaient soupçonnés de rage à leur entrée dans l’asile, ou y sont devenus enragés.
Pour l'Espagne: Madrid.
130. — Lettre de M. José Diœutas, président de la municipalité de Madrid, en date du 23 octobré 1878 :
« Cher M. Bonjeän, M. le gouverneur civil m'a envoyé une lettre par laquelle vous demandez divers renseignements pour votre ouvrage intitulé : Monographie de la Rage.
« J'éprouve un vrai plaisir à vous procurer ce que vous désirez.
« Pendant quelque temps on ramassait les chiens circulant sans muselière, ou suivant leurs maîtres sans être tenus en laisse. Les hommes chargés de ce service recevaient 75 cent. pour chaque chien par eux amenés à un dépôt-établi à cet effet, à Madrid. Là, on les gardait trois jours. S'ils étaient réclamés dans ce délai, le propriétaire payait une amende de 5 fr. et 1 fr. pour chaque jour passé au dépôt; en cas contraire, on les tuait ‘.
« Ce système occasionnait beaucoup de désagrément , on dut y renoncer. Actuellement, Îles chiens errants sont tués par de la sétrychnine enveloppée dans un morceau de viande.
« Les personnes chargées de répartir lé poison sont les gardes municipaux; ils font généralement
? En les assommant sans doute.
cette opération à l’aube du jour, quand les chiens sont occupés à fureter les rebuts dans les rues.
« Une fois tués, ils sont recueillis et conduits à une fabrique d'engrais artificiel que possède l'entrepreneur de ce service.
€ Il est interdit de la manière la plus absolue de tirer partie de ces animaux ; les peaux mêmes ne peuvent pas servir, parce qu'un des effets de la strichnine est de faire tomber le poil et de détruire le cuir.
« Je vous serai très reconnaissant de m'envoyer, pour la bibliothèque municipale, deux exemplaires
de votre ouvrage quand il sera publié. » Pour l'Italie : Rome et Naples.
131. — Naples. — Lettre de M. Alexandre Filippi, chef des gardes mumicipales, en date du 12 octobre 1878 :
« Je suis heureux, Monsieur Bonjean, de pouvoir répondre à vos désirs au sujet des chiens.
« L'homme chargé de saisir Les chiens errants et enragés est désigné sous le nom spécifique de cannattiere ou accalappiatore (valet de chiens).
« Cet homme, par la force magnétique, arrive presque à charmer le chien errant qui s'arrête bientôt et se laisse ensuite prendre facilement.
« Si le chien est enragé, on l’attrape dans un nœud coulant, et, comme les chiens errants, on le
conduit au dépôt dans une charrette destinée pour ce service.
« Cette charrette, qui contient au fond des ouvertures pour le passage de l’air, est divisée en petits carrés dont chacun peut contenir un chien quelconque. Ces ouvertures ont aussi pour but de permettre à ces animaux de vaquer à leurs besoins pendant leur transport au dépôt.
« Si, après trois jours, les chiens ne sont pas réclamés, on les fait mourir par asphyxie.
& Pour les chiens enragés, on les conduit à l’école vétérinaire. » |
Je regrette que l'honorable auteur de cette lettre n'ait pas indiqué le genre d'asphyxie, et le mode de procéder. Je crois pourtant savoir qu'il s’agit du mode d’asphyxie employé à Florence et décrit plus loin (443 bis).
132. — Rome. — Lettre de M. le Directeur de la police municipale, en date du 31 octobre 1878 :
« De retour à Rome, je m'empresse de répondre aux demandes de votre lettre du 2 courant :
« À Rome, comme à Milan et à Florence, les chiens errants sont attrapés par un fouet élastique portant un anneau coulant à l’une de ses extrémités. Ainsi pris, on les enferme dans un char et on les transporte au dépôt situé hors d’une porte de la ville.
« Les chiens sont gardés pendant trois jours à la disposition des propriétaires.
€ S'ils ne sont pas réclamés, le gardien du dépôt les tue au moyen de coups portés par une massue en fer sur la tête de l'animal que l’on retient au moyen d'une corde fixée à un tronc de bois.
« Cependant l'administration doit changer ce système, et a déjà approuvé la construction d’une chambre d'asphyxie, comme à Florence.
« L'homme préposé à ce service figure dans le budget de la ville sous le nom de : attrapeur de chiens. »
États-Unis : New-York.
433. — C'est à la submersion qu'on a, avec raison, recours aux Etats-Unis pour faire périr les chiens en fourrière et non réclamés.
Voici, d'après le Figaro du 28 juillet 4878, comment le Courrier des États-Unis, en termes un peu fantaisistes 1l est vrai, rend compte d'une de ces exécutions :
« Cent cinquante chiens ont été mis à mort, en expiation de la négligence de leurs maîtres de ne pas s'être conformés aux règlements municipaux.
« Les derniers moments des condamnés ont été adoucis dans la mesure du possible. On leur a servi un déjeuner comme la plupart n’en avaient jamais fait de leur vie : viande, gâteaux, eau à
discrétion. Ils s’en pourlêchaient encore les babines, quand a paru l’exécuteur en chef, précédant l'instrument du supplice, une cage en fer, montée sur de petites roues. Le lugubre appareil a roulé lentement d'un bout à l’autre de l'entrepôt des chiens, recevant au passage les condamnés. Quand la cage a été pleine et solidement fermée, elle a été roulée ser une grande manivelle installée à l'extrémité de la jetée.
« Les poulies ont crié, les chaînes ont grineé, et manivelles et poulies ont commencé leur descente dans la riviére. Il y a eu beaucoup de protestations sous forme d'aboiements, mais tout bruit a cessé dès que la cage a disparu sous l'eau. »