‹ Monographie de la rageChapitre 96 sur 120 · PARIS ET SA FOURRIÈRE · texte numérisé non relu

PARIS ET SA FOURRIÈRE

124. — Je ne sais comment on y saisit les chiens errants, mais je sais qu’une fois en fourrière et non réclamés après 48 heures, 1ls sont mis à mort par strangulation. Ce moyen ne vaut pas mieux que l'assommeme:t.

A la suite de la mort si regrettable du jeune Montigny, qui eut lieu en juin 4878, par suite des morsures de son propre chien, qui était enragé (67), le Préfet de police, sur l'avis du Conseil d’hygiène, rappela, par une ordonnance, les anciens règlements concernant la police des chiens. En voici les principales dispositions :

« Ilest défendu d’élever et d'entretenir dans les habitations un nombre de chiens tel que la süreté et la salubrité des habitations voisines se trouvent compromises.

« Ilest défendu, dans tous les temps, de laisser vaguer ou de conduire, même en laisse, des chiens sur la voie publique s'ils ne sont pas muselés.

« Ils devront, en outre, avoir un collier soit en métal, soit en cuir, garni d’une plaque de métal où seront gravés les noms et demeures des personnes auxquelles ils appartiendront.

Le. 48922

« Les chiens devront être tenus muselés dans l'intérieur des magasins, boutiques, ateliers et autres établissements ouverts au public, même lorsqu'ils seront à l’attache.

« Il est défendu de laisser circuler ou de

conduire sur la voie publique, même en laisse et

muselé, aucun chien de la race des bouledogues, métis ou croisés. Il est également défendu de tenir ces animaux, quand bien même ils seraient à l’attache et muselés, dans les magasins, boutiques, etc.

&« Dans l’intérieur des habitations ou des cours, jardins et autres lieux non ouverts au public, les bouledogues, métis ou croisés, devront toujours être tenus à l’attache et muselés. »

La rigueur de ces mesures, difficilement praticables dans certaines parties, mais nécessaires pour les bouledogues, édictées sans doute sous l'influence de l'émotion générale produite par la mort du fils Montigny, fit conduire en fourrière 6,849 chiens, dont la plupart portaient le collier et la museliére. C’est qu'on donnait À fr. 50 cent, de récompense à toute personne qui amenait un chien en fourrière, que l’on prenait où l'on pouvait, devant les magasins, en coupant leur laisse.

Ces 6,849 chiens subirent la mort par pendaison |

De ARE ES

J'ai pris ces chiffres, en août 1878, dans un journal de Paris dont j'ai oublié le titre.

La fourrière à Paris.

124 bis. — Dans un de ses numéros des premiers jours du mois d'août 1878, le Figaro, sous le pseudonyme Zgnotus, l'un de ses plus éminents rédacteurs, a publié un long et intéressant article sur la fourrière à Paris. À ce moment, j'étais au Congrès international d'hygiène de Paris, et je n'eus connaissance de cet écrit, plein de tristes vérités, que le 4° décembre courant (1878), alors que la troisième partie de ce livre était toute composée, par une traduction en italien, consignée dans le n° 3 du Bollettino della Società protettrice degli animali, a Firenze. Je dois cette communication à l’extrême obligeance de M. le chef de la police municipale de Florence, à qui je m'étais adressé, comme à d’autres villes, pour avoir des renseignements sur le sujet qui nous occupe. Je lui en témoigne ici mes sincères remerciments.

Dans cet article du Figaro, dont je vais reproduire les passages les plus saillants, je retrouve avec satisfaction les idées et les vues que j'ai longuement exposées à propos des cruautés inutiles commises sur de pauvres bêtes, ainsi que sur les promptes et radicales réformes à apporter dans ce point si important de la question.

LA ASUS . Le directeur de la police hésita d'abord d’introduire le rédacteur du Figaro dans cet immense bâtiment qu'on nomme fourrière, parce que, disait-il, on fait en ce moment une triste opérahon ; nous sommes obligés de tuer des chiens par centaines, caplurés par suite du dernier arrété les concernant.

Cet arrêté est sans doute celui dont J'ai reproduit les articles principaux (124).

« Imaginez-vous, dit le signataire Zgnotus, environ trois cents chiens placés trois par trois dans des cellules fermées à barrières, à trois ou quatre étages, et dont le corridor est gardé des deux côtés. À notre arrivée, on fait silence comme lorsqu'on jette une pierre dans une mare de grenouilles. Plusieurs employés sont occupés à retirer, parmi les chiens non réclamés, ceux qui sont malades, laids ou vieux ; ceux-ci sont condamnés à mort, les autres sont vendus aux enchères. C’est vraiment le cas de dire, comme Proudhon dit brutalement aux ouvrières : « Malheur à celle qui n’est ni jeune ni belle ! »

€ Un bâton ferré fait sortir de leurs cellules les pauvres bêtes vouées à la mort, et qui, inuülement, se fourrent dans un coin de leur prison ; on les alourdit d’abord à coups portés sur la tête, et, ainsi étourdis, on les traîne sanglants à l'extrémité du chenil, où ils sont étranglés, penûus à des grappes, à des crocs semblables à ceux qu’on voit

dans les magasins des bouchers pour y accrocher la viande.

« Leur agonie dure cinq à six minutes ! Souvent le chien n’est qu'étourdi du premier coup ; alors il hurle, il se défend ! quelquefois les gardiens sont mordus ; le jour précédent, l’un d'eux avait par malheur reçu un Coup de clé sur le front par un de ses camarades, il en avait encore la figure sanglante. Ces pauvres gens sont au désespoir d’être forcés de faire cette terrible opération. Deux cents assassinats par Jour ! Il y à une grande voiture où l’on jette ces chiens, que les oriente emportent.

« Quelquefois les passants entendent sortir de ce char mortuaire et étrange des cris suffoqués : c’est un chien qui se sent encore au milieu de ces morts amoncelés.

« Cependant, les garçons de la fourrière donnent à chacun de ces animaux le coup de grâce, pour étemdre ce qui reste en eux de vie, comme lorsqu'on éteint avec le pied un reste de feu dans la cendre chaude ! Et toute cette scène se détache en relief d'un fond couleur marc de raisin... comme les fonds des tableaux de Bonnat.

« Ces assassinats légaux ont lieu en présence des chiens survivants, accroupis au fond de leurs cellules. Quand je traverse de nouveau la salle, ils me jettent des regards désespérés qui me déchirent le cœur. Un petit bouledogue, aux oreilles de Satin et aux yeux luisants et immobiles comme la

chouette; un griffon, avec la tête comiquement enjouée, espèce de chien-clown, se dresse en sautant sur les pattes de derrière... Il veut attendrir ses bourreaux! Dans son cerveau se rallient des idées douloureuses ; le passé s’y confond avec le présent: il se rappelle qu’on l’a battu quelquefois.pour le faire danser |

« Certainement, on abat le bœuf, mais le bœuf ne sait pas qu'on le conduit à l’abattoir ; la poule ignorante court gaîment après la ménagère qui vient d’égorger une autre poule. Mais le chien, il voit la mort! Son agonie a lieu en pleine connaïissance! Tous ces malheureux renfermés vivent épouvantés dans leurs cellules, comme vivrait un condamné qui dormirait auprés de sa guillotine.

« On tue donc par centaines...

« Cela est nécessaire...

&« La loi Grammont est sortie tout entière de notre xix° siècle. Ou va donc la société protectrice des animaux, si elle ne visite pas la fourriêre ? Le chien devrait être son principal client.

« Sans entendre vouloir rendre Paris pacifique et calme comme mon village... [serait plus facile de sucrer la Méditerranée comme une tasse de café | Je n’entends pas non plus défendre la vie des chiens condamnés. Mais je demande que leur mort soit digne d’eux..…., soit digne de nous.., de Paris, de la société française, de l'humanité. »

En face de procédés aussi barbares, aussi indi-

gnes de notre temps et de notre civilisation, les autorités compétentes de Paris, préfecture de police ou municipalité, abandouneront, je l'espère, sans retard, un système aussi cruel, qui abrutit en même temps les hommes chargés de ce triste métier. Elles se décideront enfin, et ce n'est pas l'argent qui leur manque, à recourir à l’asphyxie par submersion ou par l'acide carbonique, à l'exemple si méritant de l'Amérique, des États-Unis, de Florence, Rome, Naples, Milan et autres villes d'Italie, qui ont eu la généreuse initiative de ce progrès si humanitaire.

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