‹ Monographie de la SaôneChapitre 39 sur 47 · TITRE IV · texte numérisé non relu

TITRE IV

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QUELQUES MOTS SUR LA SAONE ENVISACÉE SOUS LE RAPPORT DE l'histoire NATURELLE.

Congid(!rée eous le rapport de l’histoire naturelle, la Saône peut embragscr trois points : ia géologie, le régne animal et le régne végétal. Je ne veux qu'indiquer ce que chacun de ces points |)eut présenter do plus saillant.

aiotooti D« LA «AÔni.

Le versant occidental de la vallée de la Saône, du côté de la source de cette rivière, se prolonge vers Langres et se rattache à une petite chatne de montagnes jurassiques, voisines de cette ville. C’est sur ce versant que coulent l'ApCncc, la Manse, le Salon, la Vigeanne, la Venelle, la Tille et la Bèze qui prennent naissance dans la Haute-Marne et portent leur tribut à la Saône.

La Saône, depuis sa source à Vioménil, coule sur le grès bigarré , jusqu'à Fignéville, puis sur le muschelkalk, jusque près de Chàtillon-sur-Saône oô elle traverse de nouveau le grès bigarré et un lambeau de terrain granitique; et, dès qu'elle parvient dans le départeraeut de la llaute-Saône, elle coule successivement sur le grès bigarré, le muschelkalk, le lerrain keupérieti, le terrain tiassique, le terrain jurassique, le terrain de minerai de fer pisiforme et le terrain moderne (l).

Nous avons déjà dit que le sol de la vaste plaine que traverse

(I) Staîiàtiqut ntinenilogitiue tt ytotogiqut ân tl^pariment de h Honte- Saùnt^ par M. TmaiiUt PH'

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UE LA SAOME.

la Saône est formé par un dépôt du transport, constituant une couciie de marne argileuse, plus ou moins sablonneuse, plus ou moins mélangiie de cailloux roulés et d'oxide de fer pisiforme et géodique.

La surface du terrain diluvien forme deux vastes plateaux découpés par do petites vallées qui plongent légèrement vers le lit de la Saône, à partir du pied du Jura et de celui des montagnes de Bourgogne et du Lyonnais et constituent des bourrelets de lô it 20 mètres au-dessus des eaux moyennes de la rivière.

Le dépôt occupant tout l'espace compris entre le lit de la Saône et les deux bourrelets du terrain diluvien renferme toutes les espèces de coquilles qui vivent dons tes eaux de cette rivière.

L’on a trouvé, près de Chôlon, en creusant le canal du Contre, des ossements d'éléphants ; dans la Côte-d’Or, des ossements d'éléphants, de mastodontes, de rhinocéros, etc. ; animaux qui caractérisent l’époque diluvieune (1).

Vers la fln du dernier siècle (17 avril 1784), M. i.olière a découvert, près de Trévoux, des ossements pétriQés de grands animaux dont les analogues n’existent plus , notamment une dent molaire de 19 cenlimètres, ainsi que d’énormes vertèbres, dont la description est faite dans les Mémoires de l’Académie de Dijon.

Je me borne à constater ces simples faits. Aux hommes de la science de dire, après cela, les phénomènes et les révolutions dont ces faits sont le témoignage, dans la contrée que baigne la Saône.

« La présence d’un noyau granitique montagneux, dit M. Michel Chevalier /"yournaj de* Débats du iü novembre 1843),bordée assez exactement à l’est et à l'ouest par des lignes dirigées comme le méridien, a imposé au moins à une partir des fleuves de la France méridionale et centrale de couler du nord au sud ou du sud au nord. Ainsi la France présente sur les deux flancs du plateau du midi et du ceulre deux grandes voies de communication européenne : l’une à l’est tracée par la Saône et le Rhône i c'est celle qu'ont suivie 4 diverses époques les Barbares fondant

(i) Siatiuique du dépatiemeni d» SuôiW’fl Loéru, p«r M. IUcvt. .f*

M4 DE LA SAONE.

(le la Ormanlc ou de la Gaule meme sur ritalic , les Cimbree H les Tentons, par exemple ; l’autre à l'ouest qui est indi(|U(ic par le cours de la Vienne et du Clain, de Tours à Poitiers et à Angouléme. Par là passèrent les Goths, quand ils allèrent conquérir l’Espagne. »

CH(VPITRE 11. V,',

ProduclioD (lu régne anioul et du règne régètel. '

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La Saône n’a rien qui la dilTérencic essentiellement des autres rivières de France, sous le rapport des productions du régne animal et dn régne végétal. Sans entrer dans la nomenclature de ces productions, nous nous bornerons simplement à fournir à cet égard quelques indications sur ce qui semble plus particulièrement pouvoir frapper l’attention. , c .

Kioni AftiMAt..

Parmi les poissons, le brochet, la carpe, la lotte, la perrhe, l’anguille, le barbeau, etc., sont les plus répandus dans la .Saône ; ((uelquefois le saumon remonte cette rivière -, la lamproie y a des passages marqués et l’alose y suit les trains de sel. Le cariieau de la Saône est fort recliercbé. C’est une espèce de poisson eunuque ou mâle impuissant dont l’impuissance favorise le développement. M. de la Tourelle qui a publié des Observalions sur le carpeau dit que celui de la Saône est le plus recherché. •Suivant lui, les gros carp((aux de celte rivière iMèseul de 8 à 10 livres, et, de son temps, on les envoyait généralement à Paris où ils se payaient, dit-il, jusqu’à 10 louis.

~ Le sable de la Saône est souvent parsemé de petits coquillages, chargés d’une petite broderie rouge sur un fond blanc : c’est une nérile (nerita fluviatilis. Linn.) Beaucoup de moules inutiles sillonnent les bords de l’eau , ut les vers ou plus proprement les larves qui donnent les espèces dilTérenles d’éphémères.

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l)B LA SAONE. t4.'>

criblent la terre. Le même jour qui éclaire à la fois leur seconde naissance ou leur métamorphose, leur hymen ou leur ponte, les ensevelit dans l'eau où les poissons les attendent et s'en engraissent. (Slalistigiie du département de F Ain, par .V. liossy, page 209. »

Parmi les oiseaux de la SaOnc, il y en a qui y résident constamment ; d'autres n'y viennent que passagèrement.

Au nombre des premiers sont la poule d'eau, le plongeon, la foulque ou morelle , le canard sauvage , la sarcelle , le martinpêcheur au plumage diapré, etc.

Parmi les oiseaux de passage, l’on remarque notamment la grue, la cigogne, le héron, le grèbe, le harle, le bécosson, le chevalier, la guinette, l'alouette de mer, le cincle, le courlis, le vanneau, le pluvier, l’hirondelle de mer, etc.

Outre ces divers oiseaux dont l'apparition est à peu près régulière, les grands froids et peut-être des combinaisons de saisons et de température amènent quelquefois sur la .Saône et sur nos étangs des oiseaux rares et qui n'y demeurent qu'autant que durent les causes qui les y ont apportés. Ainsi le cygne et l'outarde apparaissent dans certaines années, quand le froid est très rigoureux. Suivant ce qu'on rapporte, on y aurait vu aussi la sarcelle rouge et noire ou religieuse de ta Louisiane, le canard à collier de Terreneuve, et jusqu'à l'ibis, cet oiseau auquel jadis la reconnaissance publique éleva des autels.

XÙilll TÉOKTAL.

L'utrirularia vulgaris , Farundo phragmites , le typhus tatifolia, le ceratophillum demersum, le myriojihyllum spicalum, le verticillatum et le pilularia globutifera se trouvent fréquemment sur les bords de la Saône.

Parmi les plantes rares, l'on rencontre sur la pelouse de la montagne de Couzon dont le pied est baigné par la Saône, le genet horrible (genista horrida), classti dans les légumineuses. Ce sous-arbrisseau, de couleur cendrée, de 2 à 3 décimètres, à rameaux lisses qui deviennent épineux en vieillissant, a des Heurs

d’un jaune pAle, nsser. Krandex et entonnées de bracléee ; il fleuril en juin et ejti juillet (t).

Sur In mAme mnnlogm', «‘gaiement nu dexeoun dos carriAres et dans les taillis, croit l’aphyllanthes de Montpellier (Aphyllatilhfs MoDupftUtnsis), de In raniiile des JoncKs. Ce sont les racines de cette plante qui servent à faire les brosses (rousses) des drapiers.

Hans les prairies d’Ansc et aux Iles de Royes, l’on rencontre le frtHillaire damier (frettllaria muleagrrs), cl, à peu pri's aussi sur tous les bords de In Saône, l’euphorbe A feuilles de saule (Kuphorhia salMfolia).

Tout récemment, en 1851, M. Seringe, directeur du jardin des plantes de Lyon, a di^convert, dans la vnllile de Sntlionay, le carex .appauvri fearex depauprrata], p.areil A celui que l’on trouve dans le bois de Vincennes.

Kndn, entre le pont d'.Ainay et le pont do In Muintière , tout prés de l'embouchure de la Saône, l'on trouve la v.allisncrie spirale f l'of/isnerta xpirofix), plante rare, dont de Jussieu , dans .son Généra, a si poétiquement décrit les circonstances génératrices et A laquelle Castel et Dclille ont consacré de beaux vers. Cette plante a une véritable célébrité en botanique, A raison des phénomènes merveilleux, et s’il était permis de le dire ainsi, admirablement instinctif, qui accompagnent et amènent sa fécondation.

• l.a Vttllisneria epiralis porte des (leurs mAlcs sur un pédicelle court, terminé en un spadix muni d’une spathe A deux ou quatre lobes profonds ; autour de celle tige, elles se réunissent eu une petite tête arrondie, de couleur blanche ; chacune d'elles, qui est fort petite, présente un calice A trois lobes et deux étamines. I,es fleurs femelles sont, au contraire, toujours solitaires au haut d’un pédioelle filiforme roulé en spirale et plus long que les feuilles ,

• Lorsque le moment de la fécondation est arrivé, la spathe

(I) Voir U Flére frmçaiit, jwir t)frj.HlM)UC , n® 5817 j — et la Worr l^mnahe , par Balais, lom 1, psg. ISO.

ÜE LA SAU^E.

(lui tleura uiàles «'ouvre, et ccllea-ci, «e détachiml de leurs petits supports, viennent Hotter librement à la surface de l’eau. Jusque-là, les Oeurs femelles étaient restées au fond, retenues par leurs hampes qui forment une spirale à tours serrées ; mais, en ce moment, ce ressort semble se détendre, la spirale écarte ses circonvolutions et la lleur arrive ainsi jusque à la surface du liquide dont elle suit les ondulations. Agitée de la sorte dans un étroit espace, elle rencontre les fleurs mâles <iui répandent sur elle leur pollen. La fécondation s’étant ainsi o^térée, la hampe resserre de nouveau sa spire et le fruit va se développer et se mûrir au fond de l’eau (I). <

Admirable chose oû l’un semble voir l’intelligence mélée aux instincts et aux mystères do la reproduction !

Là se termine ce que je voulais dire de la SaAne. Dans le principe, ce n’éUiit que de simples notes patiemment recueillies, éparses et nécessairement confusi^s. Sur un encouragement !uni, j’ai cherché à les coordonner ; mais, en déllnilive, ce ne sont toujours (|ue de simples notes. A d’autres de les fiV-onder et de faire connaître, comme il convient, cette Itelle rivit‘n(, sous tons ses rapports de productions , de géographie , d’industrie , comme aussi de l’Iiistoirc du pays.

(ic fut sur les rives de la Saône que César commen(;a d’abord à Hxer la fortune de Rome dans les (iaub's, par la première victoire ((u’il remporta sur les Helvètes. C’est sur cei mème.s rives ipie se livra, vers la lin du II' si("‘clc de notre ère, entre Sévère et Albin, la fameuse bataille dans lacpielli* ces deux coiupétilcurs de Home se disputèrent l’einpire du inonde.

Pendant tout le leiu|)s que dura la domination romaine dans les Cailles, la Saiine fut conslammeni le point de mire on les peuples de la Cermanie cherchèrent à porter leurs eampements; et c’est le cours de cette rivière ipic suivirent ces mêmes peuples

^1) Diciionnoirc d'hUioùe uaiurtlle dt (/'(Jaiciit, au inui Vatlitutnc.

148 DE LA SAONE.

lorsque, au V' siècle, ils s’élancèrent sur l'Italie pour aller abattre les derniers étais du colosse romain.

De même qu’au temps des Celtes, la Saône avait été le sujet d’incessantes querelles entre les Cducs et les Séquanes, de même aussi, pendant tout le moyen-ôgc, depuis le partage des Etats de Louis-le-Débonnaire, en 843, cette rivière fut l’objet de disputes sans cesse renouvelées entre les souverains de France , de Bourgogne, d’Allemagne et de Savoie.

C’est sur les bords de la Saône que la Batterie humaine éleva un temple où fut dressé le premier autel dédié à Auguste, témoignage de la grandeur et de l’abaissement de ces temps, et c’est aussi sur les borda de la Saône, s’il faut en croire la tradition locale, qu’apparut le Labarum qui conduisit à la victoire les troupes de Constantin.

C’est sur les bords de la Saône qu’a été nourrie dans les . principes de la religion ebrélienne. Sainte Clotilde dont la foi a jeté des semences si fécondes pour la civilisation.

Enfin Bonaparte, ce géant de notre épo()ue, a passé quatre ans de sa jeunesse sur les rives delà Saône où il préluda à sa grande destinée par d’éphémères écrits en faveur de la liberté , de cette liberté qu’il devait peu après étonITcr au milieu des prestiges de la gloire.

D’autres diront ces choses. Pour nous, nous nous sommes attaché surtout au\ détails de la Saône , à reproduire ees détails, ù saisir et ù constater les faits que le temps emportait, les faits les plus minimes, à les étudier alln de les mieux comprendre, de les mieux juger, et partant, afin de mieux jouir de notre Saône, cette rivière par excellence, la plus belle de toutes les rivières, riche de tant d’attraits, pour celui-là surtout qui, né sur ses bords, en fait son élément de vie qui l’attire, le distrait et le charme chaque jour. Aussi, advienne que le destin le jette dans quelque autre contrée, alors, pour lui, le fleuve natal résume tous ses souvenirs comme toutes ses espérances ! Pour lui, en un mol, la Saône, c’est la luitrie dans la pairie, le pays dans le pays.

Diaiti- Goojjli

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