‹ Monographie de la voie sacrée éleusinienne [microform] de ses monuments et de ses souvenirsChapitre 25 sur 48 · LE DÈME DES LAGIADES · texte numérisé non relu

LE DÈME DES LAGIADES

Le jardin botanique et la maison de Hasséki, construite avec les pierres du pavement du Temple de Thésée (1), se trouvent à l'entrée du Bois des Oliviers, véritable jardin formé par les irrigations du Céphise, que la Voie Sacrée traverse'immédiatement après dans toute sa largeur et qui s'étend en longueur pendant plusieurs lieues, depuis les environs du Pirée jusqu'au village de Dervisch-Aou, site probable du dème des Eupyrides (2), Malgré les ravages exercés par Antigène (3) et par Sylla (4), dont l'un coupait et l'autre brûlait les oliviers autour d'Athènes, malgré les dévastations plus récentes des Ottomans, la plupart des arbres qui composent aujourd'hui le Bois des Oliviers doivent être considérés comme ayant été plantés dans l'antiquité. Il en est qui ont jusqu'à 20 pieds de tour. Les plus vieux sont entièrement creux et ne vivent plus que par leur écorce, ce qui rend impossible de calculer leur âge. Deux de ces arbres, et parmi les plus jeunes comparativement, puisque le tronc en était encore plein, ayant été abattus pendant mon se-

(1) Gell, Itinerary of Greece, p. 30.

(2) Voy. Hanriot, Recherches sur les dèmM, p. 45.

(3) Pausan. I, I, 1;I, 30, 4.

(4) Plutarch, Syll. 12. — DioCass. fragm. J21, p. 43.

cond séjour en Grèce, j'ai pu reconnaître, d'après le nombre de couches successives du bois, que l'un avait 652 et l'autre 530 ans d'existence. C'est un bel âge, même pour des arbres.

En traversant le Bois des Oliviers il est impossible de ne pas se souvenir des beaux vers de Sophocle dans son OEdipe à Colone(\), qui restent toujours la plus exacte en même temps que la plus poétique description de cette partie des environs d'Athènes.

(( Nulle part le rossignol ne fait plus souvent entendre « ses plaintes harmonieuses, parmi les buissons ver- (( doyants, sous la voûte que forme le lierre à la teinte « foncée, entre les rameaux chargés de fruits de la « plante sacrée, impénétrable au soleil et à tous les « vents qui troublent l'air. C'est ici que Bacchus pro- « mène ses orgies, escorté des Nymphes ses nourrices.

« Tous les jours on y voit se renouveler, sous la « rosée du ciel, le narcisse à la grappe élégante, court ronne antique des Grandes Déesses, et le safran qui (( brille comme l'or. Les sources sans repos du Céphise « n'y diminuent jamais, et leurs canaux conduisent (i incessamment un flot pur et rapide dans tous les dé- « tours de la vallée. Le chœur des Muses s'y complaît « et Vénus y arrête son char.

« Ni l'Asie, à ce que j'entends dire, ni la grande île « de Pélops, séjour des Dorions, ne voient naître l'oli- (( vier qu'ici le sol produit sans culture. Le fer des en- « nemis le respecte, et ses rameaux propices à nos « enfants déploient leur glauque feuillage sans que ni « jeune ni vieux, parmi nos adversaires, ose y porter

« la main pour le détr-uire : car il est protégé par l'œil (( toujours ouvert de Jupiter Morius, uni à Minerve au . « regard d'azur. »

C'est dans la traversée de ce bois que se trouvait sur le bord de la Voie Sacrée le dème des Laciades, Aajttaâac OU Aaxi£rç(l), appartenant à la tribu 0Enéide(2). Ce dème a dû une grande illustration historique à la branche des Éacides, descendant dePhilseusfils d'Ajax, qui était venue s'y établir et s'y faire inscrire parmi les citoyens athéniens (3). De cette race sortirent en effet le premier Miltiade, fondateur et tyrannos de Chersonèse en Thrace, Miltiade, le vainqueur de Marathon, etCimon son fils, personnages dont la filiation, d'après Hérodote (4) et Plutarque (5), peut s'établir de la manière suivante pendant six générations :

Cypsélus.

Miltiade I, fondateur de Chersonèse.

Stésagoras, Cimon.

Miltiade II, celui de Marathon.

CimoH. Elpinice.

ThesLlus,

qui porta l'accusation

contre Alcibiade et les Hermocopides (6).

(1) Pausan. I, 37, 1 et 2. — Plutarch. Cim. 4; Alfiih. 22. — Steph. Byz. s, V. — Hesych. s. v. — Phot. s. v.

(2) Corp. inscr. graec. n" 141, 268, ete.

(3) Herodot. VIII, 36.

(4) Vlll, 34-39.

(5) Cim. 4.

(6) Plutarch. Âleib. 22.

Plularque nous montre par des exemples authentiques que le grand Miltiade et son petit-fils Thessalus avaient leur état ciyil au dème des Laciades.

Ce sont sans doute leurs descendants, le MànSr.c, Aandhç, mentionné l'an 4 de l'Olympiade CXIII dans un des inventaires de l'arsenal du Pirée (1); le ;

Mt^Tta^QU Aax,ta^rjç et le MtXjna^riç 0[eGaa])vOÎi Aa^ia^y/C,

qui figurent tous deux dans une liste de citoyens athéniens datant du commencement du premier siècle avant l'ère chrétienne (2).

En entrant dans le dème, la première chose que l'on rencontrait était un têménos dédié au héros éponyme Lacius (3). Ce héros, dont Ottfried Miiller (4) et M. Welcker (5) se sont assez longuement occupés, appartenait au cycle des légendes sur la diffusion et Fétahlissement du culte d'Apollon, qui dans l'Attique correspond à l'arrivée des Ioniens (6), car aux époques antérieures nous n'en trouvons aucune trace. On l'appelait indifféremment PaVao; et Aa>cioç, et dans la liste des dèmes de l'Attique nous en trouvons un, de la tribu Acamantide(7), dont le nom, P^jt/^at, semble se rattacher à la forme P<z3twç, comme Aaxia^ai à la forme Aa'xtoç. Ottfried Miiller pense que Pa'jtwç, interprété comme « le déguenillé» par les grammairiens d'époque

( I ) Bœckh, Urkunden ûber das Seewesen des Àttischen Staates, n° XIV, col. a, 1. 18, 39 et 61.

. (2) l^oss, Demenvon AUika, n° ii.

(3) Pausan. I, 37,1.

(4) Prolegomena au einer wissenschaflUchen Mythologie^ p. 138 et suiv ; Vie Dorier, 1. 1, p. 113 et 22G.

(5) Ver epische Cyclus, p. 209.

(6) 0. Millier, Die Dorier, 1. 1, p. 237 et suiv.

(7) Phot. Lexic. y° PaxCSoti.

postérieure, était le véritable nom, et que AaV.toç n'en était qu'une forme Cretoise, tenant au dialecte particulier de ce pays dans lequel on disait \(km pour paxw (1). M. Welcker au contraire, et son opinion nous semble préférable, considère Aaxtoç comme la forme primitive. Il la tire de la même racine que le verbe Xaff/.w, aoriste Oaxoi/, « retentir, crier, » et par extension rendre des oracles, ce qui lui donnerait un sens analogue à celui du nom de Bp^cyx^^ ^^ ^^^ Bpayxt^ai dlonie, dérivé de pyîyvueiv (cpwvr'v) avec le (3 qui remplace un digamma initial.

Voici ce que Ton racontait sur ce Lacius ouRhacius. Après la prise de Thèbes par les Épigones, Tirésias et sa famille furent envoyés à Delphes avec les principaux captifs et le butin. Le célèbre devin mourut en roule et sa fille Manto arriva seule au sanctuaire d'Apollon Pythien (2), où elle reçut le don des oracles et fut rangée au nombre des Sibylles (3). Après quelque temps de séjour, le dieu l'envoya à l'étranger pour y répandre son culte. Arrivée à l'endroit où fut plus tard Colophon, elle fut saisie par des Cretois qui venaient d'y fonder une colonie sous la conduite de Rhacius. Elle épousa leur chef et établit avec lui l'oracle d'Apollon à Glaros. Rhacius et Manto eurent un fils nommé Mopsus,qui fut le colonisateur grec d'une notable portion de la Cilicie, dont il chassa les Cariens. Lorsque, quelques générations après, les Ioniens passèrent d'Attique en Asie, les Cretois de Colophon se fondirent

( 1 ) Hesych. v° Adxti.

(2) Apollodor. 111,7, 4. - Pausan. VII, 3, 1; IX, 33, 1. — Scliol. ad Apollon. Rhod. I, v. 308.

(3) Diod. Sic. IV, 66.

parmi eux, comme étant également Grecs (l).Tel est du moins le récit de Pausanias. Celui , plus ancien , qui se trouvait dans la Thébaïde cyclique (2), en différait sur quelques points. Rhacius, fils de Lébès (nom qui rappelle celui de la colonie ionienne de Lébédus), y était donné comme originaire de Mycènes. Manto, partant de Delphes, avait reçu d'Apollon l'ordre d'épouser le premier homme qu'elle rencontrerait sur sa route. Cet homme fut Rhacius, avec lequel elle quitta la Grèce pour aller fonder Toracle de Claros. C'est probablement d'après cette version de l'histoire que le souvenir de Lacius se trouvait en rapport avec un lieu situé sur la Voie Sacrée, car il devait être censé avoir passé par là avec Manto pour aller s'embarquer sur le golfe Saronique et se rendre en Asie Mineure. D'ailleurs, dans une fable spéciale, Rhacius et Claros étaient présentés comme fils de l'Athénienne Creuse, fille d'Érechthée, et d'Apollon (3), ce qui nous ramène en pleine Attique. Dans ce dernier cas on substituait quelquefois au nom de Rhacius celui de Rranchus (4), qui, ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure, a la même signification.

Un autre Lacius (5) ou Rhacius (6), attribué à une époque postérieure, mais dont le mythe avait exactement le même caractère, était considéré comme le fondateur héroïque de l'oracle d'Apollon à Phasélis dans la Lycie. On le disait tantôt d'Argos, et tantôt de Lindus dans l'île de Rhodes.

(1) Pausan. VII, 3, I.

{2) Ap. Schol. od Apollon. Rhod. I, v. 308,

(3) Eulecn. Glos. aÏNicandr. Âlexipharm. v. 9.

(4) Philostrat. E-pû^. 41.

(5) Alhen. VII, p. 297. — Steph. Byz. V ré).»;. i(fi) steph. Byz. v nati.!pu>.(a.

On ne saurait, on le voit, méconnaître rintime rapport du héros Lacius avec la religion de l'Apollon Pythien d'Athènes, surnommé Patroiis, mais appelé aussi Clarius et Panionien dans une inscription de la cité de Minerve (1). Il n'est en réalité qu'une forme héroïque du dieu dans son rôle d'inspirateur des oracles. Nous retrouverons le culte de cet Apollon sur la Voie Sacrée dans le défilé du Corydallus et dans le dème de Thria; nous l'avons déjà signalé à Eleusis môme dans le Lycorium révélé par une inscription (2). N'en soyons pas surpris. La route d'Eleusis était aussi celle qui conduisait d'Athènes à Delphes et que parcourait la théorie pythique envoyée chaque année par les Athéniens. Nous avons déjà montré, d'ailleurs, dans le Commentaire des inscriptions trouvées à Eleusis (3), comment le culte ionien d'Apollon Patroiis s'était allié et fondu avec celui des Grandes Déesses. Le lien avait été fourni par le personnage d'Iacchus, identique àDionysus dans la religion mystique, en même temps qu'Apollon se confondait avec Dionysus par bien des points de contact. Ainsi à Delphes on disait tantôt qu'Apollon avait été enterré sous le trépied pythique (4), tantôt que Dionysus avait reçu la sépulture sous l'omphalos (5). A Athènes on adorait un Apollon Cisseus (6), qui pos-

(1) Corp. inscr. graec. n» 465. — Voy. notre Recueil des inscriptions d'Eleusis, p. 260»

(2) Voy. notre Recueil des inscriptions d'Eleusis, n" G2.

(3) P. 262 et suiv.

(4) Porphyr. Vit. Fythagor. 16. "*"

(6) Philochor. ap. Johan. Malal. Chronic. II, p. 45. — Cedren. Compend. 1. 1, p. 43. — Syncell. 1. 1, p. 36, éd. de Bonn. — Cf. de Witte, Nouv. ann> de l'Inst. arch. t. II, p. 330.

(6) iEschyl. ap. Macrob. Saiurn. I, 18.

sédait une partie des attributs de Bacclius, et en même temps un Dionysos Melpomenos (1) qui offrait bien des analogies avec TApollon Citharède. Or ce Dionysos Melpomenos était en rapport étroit avec les divinités d'Eleusis, puisque c'était à lui qu'on avait consacré en expiation la maison de Polytion , oii avait eu lieu la fameuse et sacrilège parodie des mystères qui donna lieu au procès d'Alcibiade (2). Enfin Euripide (3) in-: voquait en ces termes un seul et même dieu :

L'identification entre Dionysus et Apollon, qui for-r niait ainsi le lien entre le culte introduit par les Ioniens et la vieille religion péïasgique d'Eleusis, était loin d'être étrangère au personnage du héros Lacius ou Rhacius. Deux versions, probablement d'origine attique, du mythe de ce héros, tout en racontant son histoire exactement de même que les autres, substituent au nom habituel de l'époux de Manto, l'une celui de Zagréus (4), l'autre celui de Bacchiade (5), ce qui montre qu'il pouvait passer pour une forme héroïque du Dionysus de Delphes aussi bien que de l'Apollon Pythien.

Le bois sacré du héros Lacius devait être arrosé par le ruisseau qui, descendant du Lycabette et y prenant sa principale source derrière A^u7reXôzy,7:o; (l'ancienne Alopèce) (6), puis se joignant dans le Bois des Oliviers

(1) Pausan. I, 2, 4 et 31, 3.

(2) Pausan. loc. cit.

(3) Ap. Macrob. Saturn. I, 18.

(4) Schol. ad Nicandr. Theriac. v. 958.

(5) Schol. ad Nicandr. Alexrpharm. v. 11.

(6) Leake, Topography of Athen. 2' édition, p. 442.

au ruisseau de Uccx-r^aLa, traverse la route d'Eleusis trèspeu après le jardin botanique. Au passage de ce ruisseau, du temps de Gell (1), on voyait encore trèsdistinctement les traces de l'ancienne Voie Sacrée que la chaussée moderne a complètement recouvertes. Sur ses bords, avant sa jonction avec le ruisseau àeUotzriaix et dans la partie de son cours oîi il séparait le territoire du dème des Laciades de celui de l'Académie, à 300 mètres environ à droite de la route, presque en face du jardin botanique, se trouve une petite église à demiruinée, bâtie sur l'emplacement et avec les débris d'un édifice religieux antique. A nos yeux elle représente l'hérotim dédié à l'époux de Manto par les habitants du dème qui le considérait comme son éponyme. L'intervalle entre cette église et la route était probablement rempli par le téménos et le bois qu'il renfermait , comme ceux de presque tous les héroiims. Après l'enceinte sacrée de Lacius, la série des tombeaux reprenait son cours des deux côtés de la route. Derrière la ligne des sépulcres devaient se trouver des champs cultivés, ceux-là même oii les raves poussaient en si grande abondance que les Athéniens avaient pris l'habitude de dire, par une injure proverbiale, aux adultères reconnus : on Aa/iaSat(2), faisant ainsi allusion au supplice étrange appelé TïocpazàiJ.k îtal pacpavi^cùaiç, que l'on infligeait aux coupables d'adultère et dans lequel une grosse rave jouait le principal rôle (3). C'est probablement sur ce proverbe qu'étaient fondés le titre et la

(1) Iiinerary of Greece, p. 30. — Unedited antiquilies of Attica, p. 3.

(2) Corp. parœm. graec. éd. Leutsch et Schneidewin, 1. 1, p. 4C7, et t. II, p. 779. — Suid. \° nXaxiàSat.

(3) Voy. Petit, Leg. Attic. p. 464.

donnée ^e la pièce des Aaxia^ai par Philippide (1), l'un des poëtes les plus renommés de la Comédie Nouvelle.

La situation basse de toute cette localité, dans le fond de la vallée du Céphise, au pied des dernières pentes qui descendent à partir d'Athènes, doit fournir l'étymologie du nom desLaciades ou Laciens. Il est bien évident, en effet, que là, comme dans la plupart des cas, le nom du dème n'a pas été dérivé de celui du héros éponyme, mais que bien au contraire celui-ci a été choisi d'après le nom préexistant du dème. Si l'orthographe Aanta^/îç est la plus fréquente, on en trouve cependant une autre dans les inscriptions, AAKKIAAH2(2), et celle-ci doit être plus conforme à l'étymologie (3). Elle nous ramène en effet à la racine XaV^xoç, «fond, partie basse d'une plaine, » dont le sens correspond parfaitement à la situation du dème des Laciades (4).

Entendu dans sa signification étymologique, le nom des AaxaAt s'employait dans une acception plus large que celle d'un simple dème. On a trouvé dans un trou creusé sur le flanc du rocher horizontal du Pnyx, une borne qui devait indiquer la limite d'une des divisions suivant lesquelles on faisait asseoir le peuple à l'Assemblée. Elle porte l'inscription :

(1) PoUux, IX, 38; X, 37.— Cf. Meineke, Fragm. comie. graec. 1. 1, p. 473.

(2) On objectera sans doute que la finale âB-t\<; semble indiquer un ancien nom de famille d'Eupatrides appliqué plus tard au dème où elle avait fixé sa résidence. Mais la forme Aaxieî? , presque aussi employée que AaxtâSat , détruit cette apparence d'origine patronymique.

(3) Voy. entre autres exemples Corp. inscr. graec. n° 268. — É^r\\i. àp^. n° 3330.

La forme AaxiàSat se prête également à cette étymologie, car dans le latin lacus, correspondant à la forme grecque ordinaire Mxxo;, on ne trouve aussi qu'un seul c.

(4) Voy. Hanriot, Recherches sur les dèmes, p. 48.

AAKIAAHN TPITTY02

AoCMOcèôùV TptTTUOÇ (1).

(Place) de la trittye des Laciades,

Les explications que donnent les grammairiens antiques sur ce qu'était la trittye dans la constitution athénienne sont fort confuses. On n'y distingue qu'un point bien certain, c'est que c'était une très-ancienne subdivision de la tribu, remontant aux temps primitifs où il n'y avait dans FAttique que quatre tribus, comprenant chacune trois i sections. PoUux (2) dit : Ots

[jLévxoi TsaGapsi; viaocv al cpuXat, etç rpia uepy] i-Adazn àtriprixo, ytai zo ji/epoç toOto e>taXetTO rpiTtù; zat eSvoç îtat (yparpta. Harpocration (3) : TptTTuç éazi to rpixov piepoç tvjç cjiyXwç. Avx'n yàp BiYipnxo de, xpta lÀipm, xpixxvq v.cd Wvn v.où c^parpioc; (4), Quelques-uns des anciens compilateurs de lexiques paraissent croire que les trois noms ïQvoc, cpparpta et xpixxvc, s'appliquaient indifféremment à chacune des trois divisions (5), et qu'ils étaient synonymes (6). Mais nous pensons avec M. RhangabéCT) que cette interprétation repose sur un malentendu. Chacun des trois noms paraît indiquer plutôt une manière différente de subdiviser la tribu :

1° En trois castes, Wvn, basées sur la naissance, la

(0 ÉcpYiti, àpx- n» 1289. — Rhangabé, Ant. hellén. n" 890.

(2) VJII, ÏU.

(3) Y" TpiTTiJç.

(4) Cf. Aristot. ap. Phot. v" Nauxpapta.

(5) Schol. ad Pseudo-Plat. Axioch. p. 263.

(6) Suid. V" revïiTai, 4»pdîi;opeç et 4»paTpta.— Poil, lll, 62; VllI, 149 et lli. —Steph. Byz. y ^'pa-cpta.

(T) Ant. hellén. t. II, p. 136.

distinction aristocratique, probablement les evnaz^lèai, les ye(xi[j,opQh les â/j/jtioupyoi ;

2° En trois confréries, cpparptat, se proposant l'entretien de sanctuaires communs;

3° En sections, ipaïueç, qui, comme leur nom l'indique et comme les auteurs le rapportent, étaient aussi au nombre de trois. Les trittyes se subdivisaient chacune en quatre naucrariesfj); or ce qu'on sait de la nature de cette dernière division (2) prouve que la trittye devait avoir un caractère essentiellement administratif et financier.

La distinction tout aristocratique des ï^n n'avait plus aucune raison d'existence après les institutions de Solon, et surtout après la réorganisation démocratique deClisthène. Mais les deux autres divisions, en phratries et en trittyes, n'avaient rien de contraire à l'esprit des nouvelles lois; aussi furent-elles maintenues. Les phratries, comme collèges religieux et peut-être même comme institution d'état civil (3), reviennent dans un très-grand nombre de décrets athéniens, avant et après l'archontat d'Euclide; nous manquons seulement du moyen de savoir si la phratrie continuait à être le tiers de la tribu, même après que le nombre de celles-ci eut été porté de quatre à dix, ou si elle comprenait encore, comme auparavant, la douzième partie du peuple athénien. Les naucraries avaient été formellement conservées par Solon et par Glisthène. Quant

(1) Poil. VIII, 108.— Phot. y Nauxpapte,

(2) Poil. VIII, 108.— Phot. et Hesych. s. i?.— Voy. Bœckh, Slaatshaushaît. der Àthen. 1. II, ch. xxi; 1. IV, ch. vi et xii.

(3) Voy. Egger, Mémoires d'histoire ancienne et de philologie, p. 113 et suiv.

aux trittyes, on trouve plusieurs mentions de leur existence aux beaux siècles d'Athènes. Platon (1) dit des ambitieux : kv (jly] arpxrriyYJaon Bvvodvtoci , rpnT\japxovai •

Eschine (2) : Àp^ovraç ovç où cfuXat xaî al rpizrvec, xal

oi èviiÀQL i^ locozm «ipoOi/tai zot ^npiôaici '/jp-h}i-OLza ^icf.yfupi'Q.iv.

Un décret de l'an 2 de la GXVIIP Olympiade (3) cite les chefs des trittyes, et les fait intervenir dans un office financier. Il est encore question d'une trittye dans le fragment d'un autre décret, également postérieur à l'archontat d'Euclide (4).

L'incertitude que nous indiquions sur le nombre et l'étendue des phratries après Solon et Clisthène ne saurait exister au sujet des trittyes. Il est positif que les anciennes avaient été conservées, dans leur nombre primitif de douze, et qu'elles représentaient une division du pays basée sur ses conditions topographiques. Nous connaissons en effet, outre la trittye des Laciades, deux autres circonscriptions du même genre par des textes épigraphiques de la belle époque. L'une est celle des ÉTrootpetç (5), dont la situation est déterminée par l'inscription n" 82 du Corpus de M« Bœckh, l'autre celle des Msc67eioi(6), bien connus pour être les habitants d'une des divisions territoriales les plus anciennes et les plus naturelles de l'Attique. Il est probable, en outre, que lorsque Plutarque, parlant du rôle d'un certain Sosiclès à la bataille de Sa-

(1) Respuhl. p. 475.

(2) Contr. Ctesiph. p. 58.

(3) É<pTfi|Ji. àpx. n° 4J.— Rhangabé, Ant. hellén. n" 443.

(4) Rhangabé, Ant. hellén. n° 448.

(5) IMd.

(6) È<ff\\i. àpx. n" 369. — Rhangabé, Ant. hellén, w 799.

lamine, l'appelle 6 ne§tgùç(l), il le désigne par l'indication de sa Irittye, au lieu de celle de son dème. Ces exemples permettent de bien comprendre ce qu'était la trittye^ et comment cette division avait gardé le caractère essentiellement territorial que la tribu avait perdu depuis Clisthène.

La irittye des Aa^iSon devait comprendre, avec le dème même des Laciades, tous les autres dèmes situés dans le A^xz-oç autour du Géphise, c'est-à-dire dans le Bois des Oliviers actuel. Elle se distinguait ainsi de la trittye des rie^ielç, qui comprenait évidemment la partie plus élevée de la plaine d'Athènes, vers les environs d'Acharuse,

Ces dernières considérations ne peuvent plus laisser de doutes sur l'étymologie du nom du dème des Aanizic, ou Aania(5ai etsur sa signification purement en rapport avec les particularités locales. Ainsi le nom de ce dème et celui du héros qu'on y vénérait comme éponyme se montrent à nous entièrement indépendants dans l'origine, et sortis de deux sources différentes. D'un côté, la ra<;e ionienne, dans les différentes parties de son vaste domaine, avait, depuis les temps les plus reculés, au nombre des personnifications mythologiques de ses légendes un héros Lacius ou Rhacius, manifestation d'Apollon dans son rôle prophétique et dans son pouvoir d'inspirateur des oracles; de l'autre, il existait en Attique une localité appelée, d'après son assiette naturelle, par une désignation évidemment, elle aussi, très-ancienne, a le bas-fond, » Xa'jtjto; ou Xaitoç. A une époque postérieure, lorsque les conquérants ioniens

{{) Plutarch. Themistocl. H.

se furent établis en Attique et y furent devenus les maîtres, l'analogie extérieure des noms, jointe à cette circonstance que le bourg des Laciens était situé sur les bords de la route par laquelle les théories sacrées se rendaient d'Athènes à Delphes, porta ces conquérants à y localiser le culte de leur héros Ad%iQc, qui en devint ainsi l'éponyme ; une de ces généalogies fabuleuses qui abondent dans les traditions de la Grèce se forma dès lors dans l'imagination populaire, et à la place du nom Aaxtsrç, qui désignait simplement les habitants du lieu nommé Iumc, ou IdvMv, on vit naître cefui de Aaicta^at, dont la désinence impliquait un rapport de filiation avec le héros Lacius.

Si nous insistons sur ce point, ce n'est pas à cause de son importance intrinsèque, qui est assez médiocre, mais parce qu'il se rattache à un ordre de faits dont on rencontre fréquemment les exemples dans l'étude des cultes antiques. C'est dans presque tous les cas à tort que certains érudits se sont efforcés d'affecter une origine restreinte et locale aux surnoms qui désignent les diverses formes des divinités ou aux héros, qui ne sont que des personnifications plus rapprochées de l'humanité, des aspects différents, des attributs et des facultés des êtres divins. L'origine en est toujours, au contraire, une conception générale, supérieure aux notions de lieu, de temps et d'espace, conception embrassant l'un des points de vue sous lesquels peut se montrer la Divinité dans les données du panthéisme naturaliste, un des principaux phénomènes par oh son existence se manifeste, une de ses forces, une de ses évolutions. Ce n'est que plus tard que le

surnom divin ou le personnage héroïque se localise dans un endroit déterminé, prenant par là un nouveau caractère, qui n'efface pas, du reste, la marque de son essence originelle et générale.

Plus d'une fois la nature du culte ainsi localisé a influé sur le nom de l'endroit qui en était devenu le siège. Ainsi la conception de l'Apollon Delphinien n'était pas dans l'origine limitée à un seul sanctuaire, et elle a précédé le changement du nom de la localité de Pytho en celui de Delphes, changement qui marque dans les traditions de la Grèce, comme il a dû le faire dans la réalité des faits, l'époque oii le fils de Latone commença à y être adoré et oii son culte y supplanta une plus ancienne religion , tellurique et orgiaque. D'autres fois le nom du lieu et celui de la forme divine ou de la personnification héroïque provenaient d'origines parfaitement différentes, l'un tenant aux circonstances du sol, l'autre à une idée générale; mais le culte s'est fixé dans ce point précis parce que la circonstance saillante de l'aspect ou de la situation des lieux, qui avait donné naissance à l'appellation topique, coïncidait avec le symbole auquel se rapportait l'épithète divine ou le nom héroïque. Le cap Colias, dans les environs d'Athènes, était ainsi nommé à cause de sa forme qui, en s'avançant dans la mer, offre avec une jambe humaine une ressemblance du genre de celle que les enfants remarquent entre une botte et la forme de l'Italie dans les atlas géographiques, 6 Bs zônaq ourwç zodeizai,

kyY.EiiJ.evoc, yap iart. v.cd ô^otoç avôpcÔTTOu îtciliXw (1). En même

(I) Steph. Byz. -v" KtùTviâç. -- Cf. Schol. ad Aristophan. Lysistr. v. 2. — Suid. v" Koj)xtdi6oç xspaixyjeç et Ko>v£a. — Hesych. v° Ko)>viciC(;. — Eustath. ad OioTiys, Perieg. v. 952. — Harpocrat. v° KwXiàç.

temps Ykj^hTodiie-jambe ou Colias était une divinité conçue dans les imaginations du symbolisme antique indépendamment de tout lieu spécial, et se rattachant originairement aux doctrines des sanctuaires de l'Asie (1). Mais dans l'Attique, son temple se fixa tout naturellement sur le promontoire qui portait le même nom qu'elle et dont la forme reproduisait son symbole essentiel. En visitant, il y a quatre ans, les ruines de Cnide, mon attention a été très-particulièrement frappée de la disposition du promontoire, qui, relié au continent et à cette ville par une étroite langue de terre, forme le point où la cqte d'Asie Mineure, après avoir descendu du Nord au Sud depuis le Bosphore, tourne horizontalement vers l'Est pour aller se terminer dans le golfe d'Alexandrette. Les trois pointes que ce promontoire dirige dans les flots vers le Levant, le Couchant et le Midi, comme trois fronts ou trois faces, sont évidemment l'origine de son nom antique de TptoTrtov (2). D'un autre côté la conception d'un dieu solaire à trois faces ou à trois yeux, que représente le Zeus Triopas(3), FApollon Triopius (4), le héros Triops ou Triopas (5), remonte aux plus anciennes époques de la religion pé-

(1) Voy. De Wltte, Nouv. Ann. de Vlnst. arch. 1. 1, p. 75-101.

(2) Scyl. Garyand. Peripl 99. — Herodot. lY, 38. — Diod. Sic. V, 61. — Plin. V, 28.

(3) Voy. Creuzer, Symbolik, 1. IX, c. 3; t. Ilï, p. 843, de la traduction de M. Guigniaut. — Otlfr. MùUer, Handb. der Archxol. § 349, 2. — Gerhard, Antike Bildwerke, p. 19, note 21. -— Panofka, Arûiœologischer Commentar %u Pausanias Buch II Kap. 24, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1853, § 6.

(4) Herodot. I, 144.

(5) ApoUodor. I, 7, 4. — Diod. Sic. V, 6G et 6t. — Steph. Byz, v° Tpto'mov. — Ovid. ¥etom. VIII, v. 751. — Schol. ad Theocrit. IdylL XVII/v. 68 et 69. — Cf. Panofka, Musée Blacas, p. 56. — Cli. Lenormant et De Witte, El. des mon. céramogr. 1. 1, p. 44.

Jasgique (1). Lorsqu'une colonie dorienne s*établit à Cnide, l'aspect du promontoire placé devant la nouvelle ville était de nature à attirer les regards de ceux qui en fondaient les sanctuaires; le promontoire aux trois pointes, TptoTrtov, leur parut le séjour désigné du dieu aux trois faces, TptoTra;; aussi un temple d'Apollon Triopien s'y éleva bientôt et devint le siège des fêtes appelées Triopies, où se réunissaient les députés de toutes les cités de la Doride (2)'; une légende postérieure fît du héros Triopas le fondateur mythique de la ville (3). Dans les exemples de ce genre, le nom et le culte, bien qu'indépendants Fun de l'autre, ont un lien commun d'origine, car les mêmes circonstances locales ont donné naissance à l'appellation de l'endroit et déterminé le choix de la forme divine ou du héros que l'on y a adoré. Mais il est facile de citer aussi des cas analogues à celui du dème des Laciades, où la ressemblance extérieure entre un nom de lieu et un nom divin, bien que ceux-ci eussent dans l'origine des significations sans aucun rapport l'une avec l'autre, a déterminé le choix du culte local et semblé donner un caractère topique à une épithète dont la nature était générale. LaDéméter sombre et affligée qui porte le surnom d'Â/ata, sur lequel nous aurons à revenir dans le chapitre suivant, se localise en Achaïe et y devient une véritable Gérés achéenne (4), ce qui modifie complètement sa signification. C'est à ce titre qu'elle est la protectrice de la

(1) Nous nous occuperons longuement de celte conception symbolique dans notre chapitre VllI.

(2) Herodot. I, 144. — Schol. ad Theocrlt. Idyll XVII, v. m.

(3) Diod. Sic. V, 61. — Schol. aà Theocrlt. loc. cit.

(4) Voy. Gerhard, Griechische Mythologie^ % 406, a. ~ Preller, Demeter und Persephone, p. 393.

Ligue Achéenne, qui place l'image de la déesse sur ses monnaies de bronze (1), à ce titre qu'elle reçoit une nouvelle épithète, cette fois purement locale, celle de ïioLva)(ak (2), A la protection spéciale qu'on lui attribuait ainsi sur une portion de la Grèce doit être rapportée l'origine des nombreuses et importantes dédicaces que, sous la domination romaine, le convenîm des Achéens jQt en l'honneur de Déméter dans les sanctuaires d'Éleusis (3). Lorsque l'on rencontre en Achaïe , à la source' du fleuve Sélinus (4), une ville du nom de'Tritœa (S), il n'est guère permis de douter que cette ville, comme la cité homonyme de la Phocide (6) située dans des conditions analogties, n'ait été appelée par les Pélasges la « ville des eaux » et n'ait tiré son nom de la vieille racine aryenne que représente le sanscrit trit^ tri, signifiant « rive, rivage, » et donnant naissance au mot trito, « lac, eau (7). » De la même racine dérivent les appellations du Tritaâptya védique (8), « celui qui est né au milieu des eaux, » de Triton et d'Amphitrite dans la mythologie grecque (9), des nombreux fleuves

(1) Sestini, Sofva le medaglie antiche relative alla Confederanione degli Achei, Miian 1817.

(2) Pausan. VII, 24, 2.

(3) Voy. notre Recueil des inscriptions d'Eleusis, n°' 16, 58 et 69.

(4) Leake, Morea,t. IF, p. 117.

(5) Herodot, 1, 145. — Strab. VIII, p. 386. — Pausan. VII, 22, 4. — Steph. Byz. v° TpfcaCa.

(6) Herodot. VUI, 33. — Thucyd. III, 101. - Plin. Hist. nat. IV, 4. — Steph. Byz. V TpCteia.

(7) Voy. Benfey, Griechisches Wuraellexicon, y TptT6i.

(8) Benfey, Die Hymnen des Sama-Veda, p. 83. — Rig-Véda, trad. Langlois, 1. 1, p. 287.

(9) Voy. Guigniaut, Religions de l'antiquité, t. II, p. 1317. — Maury, Revue archéologique, t. V, p. 550; Histoire des religions de la Grèce, 1. 1, p. 96. — Brzoschka, De geogr. mythic. p. 33 et suiv. — K. Eekerman, Lehrluch der Religionsgeschichte, t. II, p. 43. — Bréal, Hercule et Cacus^ p. 17.

Triton, dont l'un, dans les légendes, entoure Fîle enchantée où se passe l'enfance de Bacchus (1), tandis que les autres, dans la réalité, se rencontraient en Crète, auprès de Gnosse (2), en Thessalie (3), en Arcadie, auprès d'Aliphères (4), en Béotie, près d'Alalcomènes (5) et en Thrace (6), du lac Tritonis en Libye (7) et d'un dernier fleuve Triton qui en sortait (8), des villes de Tritonum en Doride (9) et de Tritonus en Macédoine (10) ; de là vient aussi le surnom d'Athéné TptToyÉveta (1 1). L'idée de triplicité n'est pour rien dans le nom de la ville de Tritsea, mais les Grecs, qui oublièrent très-vite la signification véritable de la racine trit^ remarquèrent une ressemblance entre ce nom et les mots qui dans leur langue impliquent la notion du nombre trois. Or le triple Jupiter (12), qui était^ est et sera (13), ou la triade des personnages su-

(1) Diod. Sic. III, 68.

(2) Diod. Sic. V, 70. — Voy. Pashley, Travels in Creta, t. I, p. 224. — Forbiger, Handb. der ait. Geogr. t. I, p. 404; t. III, p. 1034.

(3) Steph. Byz. v" TptTwv.

(4) lUd.

(5) Pausan. IX, 53, 6. — Voy. Leake, Travels in Northern Greece, t. II, p. 136. — Kruse, Hellas, t. H, p. 476.

(G) Vib. Sequest. p. 27, éd. Oberlin.

Le NU fut aussi surnommé TpCtwv par les Grecs : ïzetz. ad Lycophr. Cassandr. v. 567.

(7) Herodot. IV, 178 et 191. — Pomp. Mel. 1, 7. — Plin. V, 4.

(8) PtoU IV, 3, 19.

(9) Tit.-Liv. XXVIII, T.

(10) Steph. Byz, y" Tpl-zmoq.

(11) Voy. Guigniaut, Religions de Vantiquité, t. il, p. 1317. — Kuhn, Zeitschrifi fur vergleichende Sprachforschung, t. 1, p. 463. — - Maury, Histoire des religions de la Grèce, 1. 1, p. 96,

(12) Le triple Jupiter à Corinthe : Pausan. II, 24, 4 et 5.— Jupiter à trois yeux dans la citadelle d'Argos : Pausan. II, 24, 5. — Voy, Ch. Lenormant et De Witte, El des mon. céramogr. t. I, p. 43 et suiv. — Panofka, Arciœolo" gischer Commentar liu Pausanias Bmh H Kap. 24, § 6,

(13) Pausan. X, 12, 5.

prêmes entre lesquels se partage l'empire du monde, Zeus, Posidon et Pluton (1), était une des plus vieilles et des plus hautes conceptions religieuses desPélasges, sans contredit la plus générale de toutes. Elle se localisa à Tritsea d'une manière toute spéciale (2), par suite d'une interprétation symbolique et raffinée du nom de cette ville, et l'adoration de la triade des dieux souverains devint le culte éponyme d'une localité dont l'appellation n'avait à l'origine aucun rapport avec l'idée religieuse qui s'installa dans son sanctuaire.

Cette tendance à localiser le culte est essentiellement inhérente à la nature humaine ; elle s'est reproduite dans les habitudes populaires même au sein du christianisme, particulièrement dans le culte de la Vierge et des Saints; elle y a même donné naissance à des faits qui ne sont pas sans analogie avec ceux que nous venons de rapporter. On nous permettra d'en citer ici un exemple assez frappant pour que nous ne voulions pas le laisser de côté, malgré notre profonde répugnance pour les rapprochements, dont abusent certains érudits de nos jours, entre des faits religieux d'ordre aussi absolument différent que ceux qui se sont produits dans le christianisme et dans le polythéisme. Il y a sur le bord de la mer en Normandie, non loin de Caen, une localité que les plus anciennes chartes appellent Livrande, Une église y a été fondée dans le moyen âge sous le vocable de la Vierge « libératrice du

(1) Ils sont représentés sur un vase peint dans une égalité parfaite, avec les mêmes traits et les mêmes attributs : Archxologische Zeitung, t. IV. pî. XXVII, n° 2. — Panofka, Archxologisciier Commentar au Pausaniasy pi. III, n° 16.

(2) Pausan. VII, 22, 6.

péril de la mer, » et rapidement elle est devenue un lieu de pèlerinage célèbre, objet d'une immense dévotion dans toute la contrée environnante. Le nom du lieu présentait une lointaine analogie de son avec l'idée du but pour lequel on invoquait spécialement la Mère de Dieu dans ce sanctuaire. Avec le temps une confusion étrange s'est établie dans le langage populaire, à tel point qu'aujourd'hui le village s'appelle, même officiellement, La Délivrande, au lieu de Livrande, et que l'image miraculeuse de la Vierge est désignée par le nom de Notre-Dame de la Délivrande, nom dans lequel les marins normands retrouvent à la fois l'indication du lieu où ils vont prier et celle du secours qu'ils implorent dans les vœux qu'ils font pendant la tempête.

Mais il faut maintenant revenir à notre dème des Laciades, dont cette digression nous a fort éloignés.

L'église que nous considérons comme ayant remplacé le temple du héros éponyme de ce dème renferme une inscription funéraire :

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