‹ Monographie de la voie sacrée éleusinienne [microform] de ses monuments et de ses souvenirsChapitre 8 sur 48 · IV1IAH2I0Y · texte numérisé non relu

IV1IAH2I0Y

TYNH

Epa)Tt[o]y Ay;u"/irpiou MtXr.aia^ AcrxXrjTCu'i^ou MtXr,atou yùvr, (2) .

Sur une stèle ronde en marbre bleu de l'Hymette.

Nous avons déjà remarqué, dans notre volume consacré aux inscriptions d'Eleusis, combien les épitaphes de Milésiens étaient multipliées dans FAttique.

Dodwell (3) rapporte comme trouvées dans des fouilles faites par un Écossais, le docteur Macmicbaël, immédiatement au sortir de la porte Dipyle, les quatre

(1) ÉtpïiiJ-. àpx- n° 539. — Rhangabé, Ant. hellén. n" 1828.

(2) Ibid. n" 508. — Ibid. n" 1878.

(3) Tour in Greece, t. I, p. 415.

inscriptions suivantes, qui portent à dix-sept en tout le nombre des monuments épigraphiques fournis anciennement par cette portion du parcours de la Voie Sacrée.

ÂPXE212 OPAITTA

Ap-)(eatç, ©parra (1).

Dodwell donne les deux lignes comme formant deux inscriptions séparées, mais M. Bœckh, avec toute raison , les a réunies en une seule. La désignation de l'origine des étrangers par leur peuple , et non par leur Yille natale, est rare dans Tépigraphie attique. L'épitaphe suivante en fournit un autre exemple..

ANTirONH M0A02I2

hvTiyôvf) MoÀoa[cj]4 (2).

APMOAIA

KYNIA

OlVlOAniXOY

rVNH

Apiio^ta. Kuvta j O/i/oXcoty^ou ywri (3).

Gynus était une ville de la Locride (4).

(1) Corp. inscr. graec. n" 854.

(2) Ilid. n» 8T4.

(3) Ihid. n° 862.

(4) Strab. IX, p. 293. - Tit. Liv. XXYIIT/G. — Plin. IV, 7. — Pomp. Mel. I!, 3.

NIKANAP02

ASKAHPIAAOY

KTAENNITH2

'Ni'AdvdpQi; Aa'/.lri'ïïixèov Kr...v£V/]ç (1).

îl y a évidemment ici une erreur dans la copie de Dodwell. KTAENNÏTH2 ne se rapporte à aucun nom de ville grecque connue. Peut-être faut-il corriger KTAMENITH2, de Gtemense dans la Thessalie (2) ?

C'est au même point qu'a été tirée de terre, en 1810, une des plus belles stèles funéraires qui se conservent dans les collections archéologiques d'Athènes. Haute de l'",75 et sculptée dans un bloc de marbre du Pentélique, elle montre, sous un fronton soutenu par deux pilastres carrés d'ordre dorique, et dont l'architrave porte l'inscription

OPA21KAEIA

la figure d'une femme assise, les genoux enveloppés d'un manteau, le haut du corps vêtu d'une tunique transparente, sous laquelle se dessinent les formes opulentes de la poitrine, la tête penchée et exprimant la tristesse. Sa fille, encore tout enfant, s'appuie contre ses genoux. Debout devant elle, est une esclave drapée qui tient ouverte la pyxis carrée dans laquelle Phrasiclée va prendre les bijoux de sa dernière parure. La forme des lettres de l'inscription dénote l'époque de

(1) Corp. inscr. graec. n» 8G1.

(iJ) Ptol.m, 13,44.

Philippe ou d'Alexandre. La sculpture, d'une perfection rare dans les monuments de cette catégorie, a encore le style de la grande époque, mais avec cette grâce délicate et un peu morbide qu'avait introduite l'école de Praxitèle. Brisée en deux morceaux, cette œuvre, vraiment de premier ordre, est maintenant a l'entrée de l'Acropole, derrière le petit poste d'invalides cliargés de la garde des ruines. Stackelberg (1) en a publié une gravure qui ne rend qu'imparfaitement le charme du style. En 186Ô, j'en ai fait prendre un moulage, que l'on trouvera dans les galeries de notre École des Beaux-Arts.

C'est aussi dans un tombeau de la porte Thriasienrie qu'a été découvert (2) le fameux vase Burgon actuellement au Musée Britannique, la plus ancienne amphore panathénaïque parvenue jusqu'à nous, dont l'inscription constitue un si précieux document sur l'état de la paléographie athénienne vers le vi^ siècle avant notre ère (3)* Un autre monument céramographique d'une grande importance est sorti de la même localité, au témoignage de Dodwell (4) et de Stackelberg (5) : c'est le beau vase à ligures rouges, représentant Jupiter, lETS , debout devant un autel et recevant la libation de la Victoire, NIKE, sujet évidemment agonistique, publié d'abord par Stackelberg (6),

(J) Die Grâber der Ilellenen, p'. I, n° 2.

(2) Dodwell, Tour inGreece^ t. I, p, 455. — Fauvel, Magasin encyclopédique, 1813, t. V, p. 363, indique cependant un autre lieu de découverte.

(3) Millingen, Âne. uned. mon. pi. I.— Corp. inscr. graec. n" 33 — Rosej. lascript. graec. vetusl. p. 14. •— Franz, Elem^epigr. gxaec. n° 42.

(4) Tour in Greece, t. I, p. 467.

(6) Grdher der Ilellenen, p. 15.

(G) Ibid. pl.XVlII.

puis par MM. Ch. Leiiorraant et de Witte (1), Au re-^ vers, élaient figurées Junon et Hébé.

Du reste, la vénération attachée à la Voie Sacrée y avait multiplié les sépultures jusqu'à ce point de son étendue, bien avant que renceinlé de la ville n'eût été établie à la distance où la placèrent Tliémistocle et Cimon. Les vases figurés dans là planche ÎX de l'ouvrage de Staçkelberg proviennent tous lie tombes voisines de l'église d'Ayta Tpidc. Ils àppartiennèiit à la catégorie que M. de Witte a nommée vases de style primitif (2). Les monuments de cette catégorie découverts à Santoriii et à Milo:(3) peuvent éii*e attribues avec certitude à une antiquité de dix, ou Éaême de douze et treize siècles avant l'ère chrétienne. A Athènes , M. Burgon en a trouvé dans des tombeaux sur le tlaiic Sud de TAcropole (4). Comme il était absolument contraire aux usages religieux des Grecs de placer des sépultures dans l'intérieur des'villes, on doit conclure de ce fait que les poteries peintes de travail tout à fait primitif indiquent, sur le sol athénien, l'époque otila ville était encore exclusivement renfermée dans l'enceinte de Cécrops, ou du moins celle où elle ne s'étendait encore que sur un seul des côtés du rocher de l'Acropole.

Mais quelques résultats qu'eussent déjà produit ces recherches anciennes, ils n'approchaient pas de ceux

(ï) Élite des monuments céramographiques, 1. 1, jj], XIV.

(2) Galette des Beaux-Arts, t. XiV, p. 265.

(3) Bullet. de VInst. arch. 1829, p. 126. — Gerhard, Ann. de Vlnst. arch. t. IX, p. 134. — A. Brongniart et Riocreux, Description du musée céramique de Sèvres, pi. XIII.

(4) Samuel Birch, History of ancient poitery and porcelain, t, I, p. 256,

qui, cette année môme, ont définitivement illustré le monticule de VAyloc Tpidq. Dans le mois de mai 1863 un paysan , cherchant du sable dans la partie occidentale de ce monticule, rencontra le sommet de tombeaux antiques encore en place, et une fouille régulière, immédiatement organisée sur le point où il venait de faire cette découverte, amena le déblaiement d'une série de monuments funéraires, qui, par leur beauté et leur conservation, surpassent tout ce qu'on avait trouvé dans l'Attique en fait de restes du même genre (1). Malgré la crise révolutionnaire que traversait en ce moment la Grèce, l'attention publique se détourna des débats orageux de l'Assemblée Constituante-, des préoccupations relatives à Tinstallation de la nouvelle monarchie, des dangers de luttes à main armée entre les partis qui se disputaient le pouvoir et allaient peu de jours après ensanglanter les rues d'Athènes, pour se porler exclusivement pendant quelques jours sur cette découverte pacifique et sur les lumières nouvelles qu'elle fournissait à là science; car les Grecs d'aujourd'hui sont, comme leurs ancêtres, avides, avant tout, des choses du savoir et de l'intelligence. Ils ont une passion vraiment digne d'estime pour les monuments de leurs ancêtres, et, dans ces pierres pour lesquelles les Turcs avaient un si pro-

(I) Sur ces monuments, voy. Rhangabé, dansTEùvoi^iadu 31mai/12juin et du 4/16 juin 1863. -- Carie Wescher, Revue archéologique , nouv. ser. t. VlU, p. i6-20; p. 82-84; p. 89-92; p. 351-357; pi. XII, XIII et XV.— Logiotatidis, dans la XpusaXKXz du 13/25 juin 1863. — Rhousopoulos, dans l'ÉcpYllJ.ep'l; àçi)(awloyiY.r\ , nouY. sér. 1. 1, p. 279-284; p. 295-301; pi. XLUI et XLIV, — Nous avons puisé de nombreux renseignements dans les notices de ces quatre érudits et nous les avons complétés par nos propres observations sur les monuments originaux pendant noire dernier séjour à Athènes, en septembre et octobre 1863.

— 3li) —

fond mépris , ils savent lire les litres de noblesse do la race à laquelle ils se font gloire d'appartenir.

Les tombeaux découverts en mai 1 863 sont disposés sur une seule ligne, qui formait le côté gauche de la Voie Sacrée, et en indiquent la direction précise.

L'attention est tout d'abord attirée par un groupe de trois tombeaux de famille remontant, d'après la forme des lettres de leurs inscriptions , aux premiers temps de l'époque macédonienne.

Au centre de ce groupe est une grande stèle plate et étroite en marbre pentélique, haute de 4 mètres, surmontée d'un acrotère du travail le plus élégant, et fixée au-dessus d'une base rectangulaire (1). Elle est ornée de deux rosaces sculptées en relief, au-dessous desquelles on lit l'inscription suivante, qui contient l'épitaphe de deux frères :

ArAOÙN ÀrAOOKAEOYi

HPAKAEriTHS

inSIKPATHS ArAOOKAEOYl

HPAKAEHTHS (2)

AySoùv AyaBoyJéo\)ç, HpaxXewrvîc;-.

ScdCtïtpsiTyiç AyaQoxXeouç É^ayleèrriq-,

 droite de cette stèle s'élève un monument pïuê

(1) Rev. arch. nouv. sér. t, VUI, pi. XUI, n»3.

(2) Nous continuons à appliquer à ces inscriptions la série des numéros d'ordre par lesquels nous avons désigné les inscriptions plus anciennement découvertes aux environs de la Porte Dipyle.

petit, d'une forme qui ne s'était pas encore rencontrée jusqu'à présent, mais dont un second exemple a été découvert tout à côté. C'est tin édicule de 2 mètres environ de hauteur, en marbre gris de'FHjniettfe ^composé d'une niche carrée que ^fîanqwent deux finsés^d'un style très-pur, surmontées d'ùiïé'Aisé^ wt'd'irne 'corniche décorée à^ ^on sommet^ dkiiï certain - ii(MI5i^è ^de petits ornements^ = placés; à distantes égédes ^t • taifôs en antéfîxes (1). Sur la frise est l'inscriptïori r - '

-- '■ Afkotïii' ■-^-■^^'■^'^

Af/^OOKAEIOYI -

HPAKAEIflTHX

Ce tombeau était donc spécialement consacré au souvenir de Fun des deux frères dont la mention est réunie sur la stèle voisine.

Le génitif ÂyotBoYleiwc, pour A'ya^oxJéouç est, comme l'a remarqué M. Wescher, une forme tout à fait insolite. Quant à Épmlumnç, avec la diphthongue ei, c'est la plus ancienne forme de l'ethnique d'Hpax^^sta, celle qui se rencontre constamment dans les inscriptions d'Athènes antérieures à l'archontat d'Euclide (2), et qu'Etienne de Byzance (3) cite conjointement avec la forme HpaxAswr/iç. Les manuscrits de Thucydide, de Xéno-

fl) Rev. arch. nouv. sér. t.VlII, pi. Xlf, n»^ 2, 7 et 9; pi. XUI, n" l,el:2.

(2) Voyez un exemple dans Rhangabé, Ant, Hellcn. n° 260.

(3) V" Hpax>se(a.

phon, de Platon offrent toujours cette dernière orthographe. Peut-être dans rinscription qui nous occupe, l'emploi de la forme Hpà/j£j(<!)Ty]ç, après qu'elle avait cessé de, figurer dans l'usage ordinaireyé celui du génitif .;^ycc8ax?.etou5î?CQnstituentrilsrées particularités caraetéijisitiqu^s du?dia!ectë ionique; La ■patrie d'Agathon et deiSosicrateisemit^jalors Héraclée d^Ionie (1^. En tous XfiSj il 3est{inaposs^bla;dHadmettre la conjeetuTO proposée sous une fpfmejtrèsrdubitative, il est vrai, par l'illustre M. Bœckh (2) pour expliquer la multiplication extraordinaire des épitaphes d'HpajtXecoTat à Athènes et dans toute l'Attique, conjecture qui conclurait à l'existence d'un dème appelé HpaxXetpc ou HpaîtAetov. En effet, la plupart du temps l'épithète HpajtXgcÔTVîç accompagne des noms propres étrangers à l'Attique, et jamais cet adjectif ethnique ne s'est rencontré dans les inscriptions appliquées à un personnage dans lequel on soit obligé de reconnaître sans hésitation un citoyen d'Athènes, comme un archonte, un prytane ou un soldat levé sur les catalogues publics (3).

Mais l'intérêt principal du tombeau d' Aga;thon ne réside pas dans son. inscription. Ce qui en fait un monument du premier ordre pour l'histoire de l'art, ce sont les peintures dont il est encore orné, non que la cause de l'architecture polychrome, décidément gagnée auprès de tous ceux qui ont étudié les ruines de la Grèce, ait besoin de démonstrations nouvelles, mais parce que l'on n'avait pas encore rencontré sur le sol

(1) Strab. XIV, p. 437. — Plin. Hist. nat. V, 29. — Ptol. V,2, 9.

{2) Corp.inscr. graec.t.},^. 622.

(3) Voy. Rhangabé, dans rEùvo|x(a du 31 mai / 12 juin 1863.

hellénique un monument qui eut conservé dans un t3tat aussi complet, et avec des couleurs aussi vives, des traces de toutes les parties de sa décoration peinte. Le plafond de la niche présente des caissons de formes diverses, disposés de manière à faire paraître le monument beaucoup plus grand, avec une habileté de perspective qui rappelle les tours de force exécutés en ce genre par certains artistes italiens du xvi" siècle, entre autres celui que les ciceroni font admirer aux touristes dans le palais Spada, à Rome. De larges bandes jaunes, formant des carreaux réguliers et imitant les poutres d'un plafond, dérobent à la vue une partie de ces caissons, qui paraissent ainsi rejetés dans Féloignement^ de telle façon que chacun d'eux ne montre que lé quart de sa surface (1). La paroi du fond, dans laquelle on remarque un trou de scellement qui devai^«ervir à fixer une offrande en métal, était également peinte. Mais on n'y remarque plus que des traces fugitives de couleur, parmi lesquelles on croit reconnaître le tracé de la bordure rouge des chlamydes de deux personnages debout côte à côte. S'il en est ainsi, la peinture de cette partie du monument aurait représenté les deux frères mentionnés dans la stèle collective. Enfin les ornements de la corniche offrent aux regards des vestiges évidents de coloration.

Ce monument et un autre du même genre découvert tout à côté, dont nous nous occuperons bientôt, viennent entièrement confirmer l'opinion émise par Letronne(2) sur les tombeaux peints dont parle Pausanias. Raoul

(1) Rev, arch. nouv. sér. t. VIII, pi. XII, n" 8.

(2) Ledres d'un antiquaire à un artiste, p. 226-252.

Rochette (1) avait supposé que le Périégète de la Grèce faisait allusion à des chambres sépulcrales décorées de peintures à l'intérieur, comme on en a trouvé dans un grand nombre de nécropoles de l'Étrurie. Mais Fauteur des Lettres ctun antiquaire à un artiste fit remarquer avec justesse que dans ce cas les peintures n'auraient pu être visibles qu'après la violation du tombeau, et que Pausanias parle de sépultures intactes et non violées. Il était donc impossible d'admetire une autre hypothèse que celle d'après laquelle les peintures auraient été exécutées à l'extérieur, sur de petits monuments placés, au-dessus des tombeaux. Les fouilles de VkyU Tptàç sont venues fournir deux exemples de ce genre de monuments funéraires, dont la critique de Letronne avait par avance deviné l'existence.

Il suffit, du reste, de relire les passages où Pausanias parle de tombeaux peints, pour voir qu'il s'y agit bien évidemment de monuments comme celui d'Agathon* Le premier se rapporte à une sépulture située sur la route de Bura à Égire, en Achaïe, à peu de distance du Grathis : « A droite de la route est un tombeau, et sur (( ce monument, IW tî5 ijvri^axi, vous voyez un homme « debout auprès de son cheval, peinture presque efface cée, ajuu^pàv ypacfriy (2). » A propos de Tritœa d' Achaïe, le Périégète dit encore : « Avant d'entrer dans la ville, « on voit un monument de marbre blanc, remarquable « sous d'autres rapports, mais principalement pour les « peintures qui sont sur le tombeau, Y.od ovx ri-'^icxa. ïm

(1) Journal des Savants, 1833, p. 275^, 279 et 369. — Peintures antiques inédites, p, 423 et suiv.

(2) Pausan. VII, 25, 13.

^< xodç, ypa^iaiç ai ewtv kt toû lacfou, ouvrage de Nicias(l); ^( savoir : une femme jeune et belle assise sur un siège «. d'ivoire; devant elle est une suivante tenant un pa- <( rasol, et un jeune homme debout, encore imberbe^ « vêtu d'une tunique avec une chlamyde jetée par- « dessus; près de lui un esclave, portant des javelots, « tient en laisse des cliièns de chasse . Nous n'avons pu « savoir le nom des deux personnages, mais tout lé « monde peut présumer qu'un mari et sa femme Ont « reçu là leur sépulture commune (2). » CeNicias, que Pausanias, dans un autre endi*bit (3), dit avoir été le meilleur peintre de son temps (4), paraît avoir eti, du reste, une véritable spécialité pour là peinture des tombeaux, car Pline (5) cite parmi ses ouvrages les plus remarquables la décoration d'un monument funéraire d'Éphèse, Epàesi vero e^i Megahyzi sacerdotis Ephesiae Dianaè sepulcrum. Le troisième passage de Pausanias se trouve dans sa description d€ la nécropole de Sicyone : « En continuant de marcher et en se dé- (( tournant comme pour aller à la ville, on voit le « tombeau de Xénodice, femme morte en couches ; il «n'est pas fait selon F usage du pays (6), mais de la

(1) Sur cet artiste, qui fïorissait vers la cxvnr • olympiade , -voy. Sillig, tatalogus artificum, p. 296 et suiv.

(2) Pausan. VU, 22, 6.

(4) Voy. Letronne, Lettres d'un antiquaire à un artiste, p. 463. (6) Hist. nat. XXXV, 40.

(G) Ceci se rapporte à ce que le Périégète disait quelques lignes plus haut (II, 7, 2) : « Quant aux Sicyoniens, ils enterrent le plus souvent d'une « manière semblable à celle-ci : après avoir mis le corps en terre, ils con- « struisent dessus une base en pierre, surmontée de colonnes qui suppor- « tent un faite disposé comme les frontons, principalement ceux des temples. '.< Ils n'y placent aucune inscription ; ils se contentent de prononcer le nom

— 45 ■— « manière qui convenait le mieux pour y placer ïa

«peinture {i), r.snoimat. de ,ov y.arà zoy èmp^wptov rpoTrow,

« dll de, àv xfi ypacpv? if-dliaza, app.o^oi;. Cette peinture est « cligne d'être vue autant qu'aucune autre (2). »

il est facile de rassembler un assez grand nombre d'autres textes relatifs à cet emploi de la peinture à la place de la sculpture dans la décoration, extérieure des tombeaux, et de preuves, que les artistes les plus célèbres ne rougissaient pas d'y. trayaiUer^ Telle est l'anecdote rapportée par Pline (3) à prppps^ du peintre Nicomaque , qui 11 orissait un peu avant Apelle , et que les auteurs anciens citent parmi ceux qui avaient porté l'art à sa perfection (4). Ayant fait marché avec Aristrate, tyran de Sicyone, pour peindre le tombeau que celui-ci érigeait au poëte Télestès, et ayant fixé le jour 011 le travail devait être achevé, il n'arriva que très-peu de temps avant ; déjà le tyran furieux s'apprêtait à le punir; mais en peu de jours l'artiste exécuta les peintures avec une célérité et un art admirables (5). Une touchante épigramme du poëte Perses (6) décrit le sujet peint sur le tombeau (7) d'une jeune femme morte en couches, nommée Néotime, fille de Mnésylla et d'Aristote. On voyait dans cette peinture la jeune femme dans les bras de sa mère, tandis que le mal-

« tout seul du défunt, sans faire mention de son père, et disent adieu « au mort. »

(1) Cette forme, éminemment propre à recevoir des peintures, n'est- elle pas celle même du tombeau d'Agathon ?

(2) Pausan. U, 7, 3.

(3) Hist. nat. XXXV, 36.

(4) Voy. Slllig, Catal. artific. p. 300.

(5) Voy. Letronne, Lettres d'un antiquaire à un artiste, p. 2-10 et suiv.

(6) Brunck, Analect. t. II, p, 4. — Anthol. Palat. VU, 130.

(7) Voy. Letronne, p. 245 et suLv..

heureux père s'abandonnait à sa douleur. Dans une autre petite pièce, sans nom d'auteur (1), le poète s'adresse au peintre : « Cesse, lui dit-il, de peindre « les rames et les rostres d'un navire sur ce tombeau, « qui ne renferme qu'une cendre froide,

(( C'est le monument d'un naufragé ; mais pourquoi « veux-tu rappeler à celui qui est là sous terre le triste « sort qu'il a trouvé dans les flots? » Enfin nous lisons dans une épigramme d'Agathias le Scholaslique sur la mort du jeune poète Eustorgius : « Maintenant la tombe « le possède; au lieu de lui-même, nous ne voyons que « son nom et sa figure peinte. »

Kal Tov |jLev 'AOLxijei ^ôovioi; Toccpoç* àvTÎ S'exervou Ouvo{ji.a y.ai ypa^p^^cov j^ptifJLaxa SspxofxeÔa (2).

Mais revenons à la description des tombeaux découverts sous la butte d'Àyia Tptaç.

A gauche de la grande stèle d'Agathon et de Sosicrate, se dresse une stèle plus large et beaucoup moins haute, en marbre pentélique, décorée d'un basrelief qu'encadrent deux antes et que surmonte un fronton (3). Sur la bande inférieure du fronton est gravée l'inscription suivante :

KOPAAAIONArAOnNOSrVNH

KopaXXtoy AyaOcovoç yovri.

(i) Brunck, Analect. t. IH, p. 294. — Antliol. Palat. VII; 279.

(2) lUd. t. III, p. 68. — AnUiol. Palat. VU, 689.

(3) Rev. arch. nouv. sér. t. VIII, pi. XIII, n" 5.

M. Wescher (1) a proposé quelques conjectures au

sujet du nom de la femme enterrée dans cette stèle à

côté de son mari. «C'est KopaA).tov, nom neutre, qui

(' signifie corail, et dans lequel il faut Yoir sans doute

« une allusion flatteuse à la couleur éclatante des lè-

« Yres, qui est un des attributs de la beauté. On voit

« par cet exemple que ce n'étaient pas les courtisanes

c< seules qui portaient ces sortes de noms, dont l'em-

c( ploi semble indiquer un mélange de dédain et de

((galanterie; on les donnait même aux femmes de

« condition libre, et l'épigraphie grecque en offre de

« nombreux exemples. » Il nous semble au contraire

-que ce nom propfe neutre, et à la signification fort

caractérisée, ainsi que l'absence d'indication de patrie

ou de parenté, constituent des preuves manifestes et

difficiles à contester de ce fait que Corallion était une

ancienne courtisane épousée par le métèque Agatlion,

car ces mariages scandaleux se présentaient encore

assez souvent dans la société antique.

Le bas-relief, d'un bon travail de sculpture courante , mais sans finesse , représente quatre personnages, dont deux sur le devant, presque en ronde-bosse, et deux autres à l'arrière-plan , sculptés en méplat , avec un relief à peine sensible ; ils sont groupés dans une de ces scènes d'adieux, indéfiniment répétées sur les stèles et les vases funéraires de l'Attique. Sur le premier plan, Corallion est assise, et son mari Agathon, debout en face d'elle, lui tend la main pour le dernier adieu. Les deux figures du fond sont un homme vu de face, probablement le Sosicrate-

(1) Rev, arch. nouv. sér. t. VIII, p. 19.

(le la grande stèle, beau-frère de la morte, et une jeune femme vue de profil. Cette dernière est-elle une sœur de Corallion ou la femme de Sosicrate? On ne saurait le dire. Son nom nous eût probablement été révélé par un quatrième monument dont l'emplacement a été trouvé immédiatement à la gauche des trois précédents. Malheureusement le monument est détruit, et la base seule en subsiste encore. Dans tous les cas, le basrelief funéraire de Corallien prouve que cette jeune femme mourut avant les trois autres membres de sa famille, et que son tombeau dut être le premier élevé.

A gauche de sa stèle se voit encore un dernier tombeau, sans inscriptions ni sculptures. C'est une espèce de sarcophage simulé {car il n'a pas de couvercle qui puisse se lever) en marbre pentélique, placé sur une base parallélogrammatique en pierre calcaire et présentant un de ses petits côtés sur la route. Chacune des faces est encadrée dans des moulures encore peintes. La moulure supérieure porte des oves, et l'inférieure des rais de cœur, dont le fond, peint en bleu, est contourné par un filet rouge (1).

Tout à côté, la pioche des ouvriers a mis à découvert un vase funéraire en marbre pentélique, de la forme ordinairement donnée à cette sorte de monuments, sans inscription, brisé et renversé de sa place antique. Il porte sur sa panse la scène d'adieux, si fréquente sur les tombeaux attiques, entre le mort assis dans sa dernière demeure et le parent survivant debout, qui prend congé de lui, avec cette seule particularité qu'au lieu de se passer, comme le plus sou-

(1) Rev. arch. nouv. sér. t. VIH, pl.Xll, n°' 5 et 11 ; pl.XIII, rys.

vent, entre un homme et une femme, elle retrace les figures de deux hommes, barbus tous les deux, probablement d!un père et de son frère ou de deux frères, -y.^:.- ^>:. ,.uSvw -vh;

A droite du groupe de sépultures construites pour la famille défriches raétèques, probablement adonnés au commerce;; doiitAgathOn était le chef , on a trouvé un nouveau tombeau, exactement semblable à celui d'Agatljon pour sa forme (J) et sa décoration peinte. Le ^plafond de la niche est orné du même système de caissons; la paroi du fond présente de nombreux vestiges» de couleur, parmi lesquels il est malheureusement impossible de distinguer les contours d'aucune figure. Au sommet de cette paroi on voit écrit en grandes lettres peintes d'une belle forme, du temps d'Alexandre environ , le nom

AI0NYXI02

qui était suivi d'un ethnique dont par malheur les traces ne permettent de rien lire. À l'extérieur, la frise

-...il",; - . ! .

porte l 'inscription suivante, tracée en deux groupes parallèles dé deux lignes chacun :

OOEI2MOX0ÔXEPAINÔNEnANAPA2ITÔI2ArAOOI2IN ZHTEINHYPHTAIAEAO00>l02EYA0riA

H22YTYXnNE0ANE2AI0NY2IEKAIT0NANANKH2 KOINON<t5EPXEct>ONH2PA2INEXEI20AAAMON

CO Avec celte différence cependant qu'il est surmonté d'un fronton , que n'offre pas le tombeau d'Agathon,

Bien que gravée avec grand soin, cette inscription contient une faute au commencement de la première ligne. Au lieu de O0EI2, il devrait y avoir ovBek, forme attique bien connue pour oûâetç, car jamais, même dans l'orthographe la plus archaïque, la négation où n'est écrite par un simple 0. Quant à Te du mot AE qui suit HTPHTAl, il doit nécessairement pour la quantité sélider devant l'a d'AOeONOZ. HYPHTAI par un H, pour gvpYiToti, est, du reste, nouveau : on ne connaissait jusqu'à présent cet emploi de l'augment temporel que pour l'imparfait wpiawv et pour les aoristes r.upoy,

r,vpé9r,v.

L'inscription entière fournit une belle épigramme funèbre en deux distiques :

OùOeU |ji.6^Go<; ETiaivov eu' àvSpàcri toT; àYaOoïcrtv

ZrjTsïv Yj'jpiTjTai S'acpGovoç eôXoyfà.

H; au Tuytbv l'ôaveç^ Atov6aie, >taî xôv àvàYXTf)*;

Kotvov «ï>epaecpov7)<; Tiôcaiv ej^eii; SràXajxov.

« La louange n'^est pas difficile à rechercher pour les « braves; pour eux Féloge se trouve en abondance. « C'est après l'avoir obtenu, ô Denys, que tu es mort « maintenant et que tu occupes la couche de Proser- « pine, commune à tous par la nécessité. »

Les deux premiers vers expriment une idée qui se retrouve très-fréquemment dans les épitaphes métriques. Nous y noterons l'emploi du mot eùXoyta dans son sens le plus ancien et le plus classique de « louange. » C'est dans le môme sens que Thucydide (1 ) a dit : Kai zyjv evloyiav a//a., êcp of; vw Asyw, cpavepàv anikzioi^

v,o(.Qiat(Xç,', Pilldare : evloyia c^opar/yt cuviopo; (1), et l^ap/écav yLXtdxz^at. V.OLI eùAoyiay TrpocînGetç (2); Simonide : vtEijueQ ayy)payTW xpo^/:xeyoi eùAoyt>7(3)5 Euripide: vixvviaaiBi euXoytaç 0eX&). (4); Aristophane : a^ioç efvac (pv^a' evloyiaq TToAXvîç (5). Enfin nous trouvons dans l'Axiochus (6) ce mot employé d'une manière qui semble le désigner comme ayant été une locution mystique sacramentelle et importante, ce qui est à noter ici soigneusement, à cause du caractère tout particulier du second distique :

L'éloge dont parle le poëte comme d'une récompense assurée aux braves, ne fait-il pas allusion à ces oraisons funèbres collectives par lesquelles la démocratie athénienne honorait les soldats morts pour sa cause, et dont elle confiait le soin aux plus éloquents de ses orateurs, à des hommes tels que Périclès, Hypéride et Démosthène (7) ? Assurément si de tels panégyristes étaient faciles à trouver, c'est qu'Athènes, à cette époque, était la patrie de l'éloquence.

Quant à l'idée qu'expriment les deux derniers vers, elle a été plusieurs fois reproduite par les poètes antiques dans les inscriptions funéraires. Une épitaphe attribuée à Simonide (8) se termine ainsi :

Oôx ETTtSwv vi5(Jicpeta Xèj^T) xaxéêrjV tôv cccpuKxov . répYiTCTToç Çav6% <f'6p(jôcp(5v7]<; SràXafxov.

(1) iVem. IV,v.5.

(2) Olymp. V, sub fin. — Le mot est encore employé par Pindare dans le même sens, mais au pluriel : Isthm. III, v. 3 ; V, v. 19.

(3) Anthol. Palat. VII, 253.

(4) Hercul fur. v. 356.

(5) Pac. V. 738.

(7) Vpy. Wescher, Rev. arch. nouv. sér. t. VIII, p. 93. ■ (8) Anthol. Palat. VII, 607.

Une célèbre inscription métrique de Chios (1) commence par ces deux vers :

EêSojxov eiç 8s>taxov te p(oo Xoxdcêavta TTôpœvxa Motpà [j-s Trpôç SraXàfJLOuç âpTcaffs <ﻣpcecp6vaç.

Ausone a reproduit la même idée dans son épitaphe de Glaucias :

Sed neque functorum socius miscebere vidgo :

Nec metues Stygios flebilis umbra lacus.

Verwn aut Persephonae Cinyreius ibis Adonis^ Aut Jovis Elysii tu catamitus eris (2).

En même temps dans les tragiques grecs les jeunes filles mortes avant Thymen reçoivent le titre d'épouses d'Hadès (3).

Ces expressions du langage poétique avaient leur source dans les doctrines des mystères. Nous essayerons de faire voir plus loin qu'un des points les plus essentiels de ces doctrines était la liaison étroite et même l'identification des idées de mort et d'amour, de destruction et de génération, d'anéantissement et de renouvellement. En même temps, comme nous le montrerons également, Funité divine, telle que la concevait le panthéisme des anciens , se réfléchissait dans la multitude de ses symboles et de ses manifestations, et le symbole le plus limité représentait aux yeux de

(1) Gruter, p. MXXXVI, n» 9. — Brunck, Ânaleci. t. III, part. II, p. 205. — Anthol. Palat. Append. 148. — Corp. inscr. graec. n" 2237.

(2) Auson. Epitaph. 33.

(3) Sophocl. Antigon. v. 654et 816. — Euripid. Tphig. in Aulid. v. 451; Alcest. V. 763 ; Oresî. v, 1 102 ; Suppl. v. 1024. — Cf. Burmann au Anlholog. Lat. t. Il, p 221 et suiv.

l'initié l'unité divine tout entière. De ce principe ré-* sultait une loi de solidarité à laquelle Thomme avait le droit de s^associer comme toutes les autres créatures. C'est surtout dans l'acte solennel de la mort que cette identité de l'homme et de la divinité se prononçait. Par ce moyen, l'homme savait h la fois justifier sa cruauté lorsque sa main versait le sang de ses frères dans une intention superstitieuse, et pallier son effroi ou calmer sa douleur en présence de sa propre mort ou de celle de ses proches, par la pensée d'une absorption dans le sein d'une divinité soumise comme l'homme aux phases de la dissolution et de la renaissance.

Dans le Rituel funéraire égyptien, l'homme, au moment de sa mort, est représenté comme un grain qui tombe dans la terre, afin de puiser dans son sein une nouvelle vie (1). Le passage de cette idée dans les mystères d'Eleusis est évident (2), et la fable de Proserpinë est aussi bien l'image delà destinée de l'homme après le trépas que celle de la reproduction de la vie végétative par la semence confiée à la terre. De là une fusion de Fhomme dans la divinité, produite par la mort, fusion formellement exprimée dans le Rituel funéraire de l'Egypte (3) et non moins incontestablement existante dans les doctrines mystiques des Grecs, qui, par le rapprochement qu'elle établissait entre l'essence humaine et l!essence divine, était peut-être l'origine des traces

(1) Lepsius, Das Todtenbuch der jEgyptier, chap. LXXXV, 1. 47-48; cf. ch. LXXXIII, 1. 2.

(2) Voy. Ch. Lenormant et de Wltte, El. des mon. céramogr. t. III, p. lOâ.

(3) Voy. F. Lenormant, Correipondant , t. XL, p. 260.

d'éYhémérisiïie que Cicéron (1) avait cru entrevoir dans les mystères d'Eleusis. Ainsi une jeune fille enlevée à ses parents n'était qu'une épouse dévouée au dieu infernal, et s'identifiait à la vierge fille de Déméter, soumise au rapt et à la violence d'Hadès; un jeune homme atteint d'un trépas prématuré s'assimilait au bel Adonis, enlevé par Proserpine à l'amour de Vénus et introduit malgré lui dans la couche de la reine des enfers (2) : voilà pour la consolation d'une des plus poignantes douleurs humaines; la vierge qu'un oracle barbare condamnait à périr pour le salut de tous était identifiée à la divinité même qui réclamait son sang : voilà comment se justifiait la superstition qui commandait les sacrifices humains (3).

L'idée de l'union mystique dans la mort est fréquemment indiquée dans les représentations des sarcophages et des vases peints. Mais le plus souvent elle ne s'y énonce que d'une manière allusive, qui prend sa source dans ridentifîcation que cet hymen établissait entre le mort et la divinité, par des sujets tels que l'enlèvement de Céphale par l'Aurore ou d'Orithyie par Borée (4) , ou par celui des amours de Vénus et d'Adonis (5) . Ge-

(1) Tusculan. I, 12 et 13. — Cf. De nat. deor. I, 42.

(2) Orph. Hymn. LVl. — Bion, Idyll. I, v. 54.— ApoUodor. III, I4, 4.

— Lucian. Dialog. deor. XI, 1. — Clem. Alex. Protrept. II, p. 29, éd. Potier.

— Alciphr. I Epist. 3!). — Schol. ad Theocrit. Idyll. III, v. 48. — Hygin. Fab. 25i; Poet. astron. II, 7. — Cornut. De nat. deor. 28. — Macrob. Saturn. 1, 21.— S. Justin. Martyr, Apolog, 1, 25. — Procop. in Esai. XVIII, p. 258, éd. de Paris, 1580.— S.CyrilK Alex, in Esai. t. II, p. 275, éd. Aubert,

(.S) Voy. Ch. Lenormant, Nouv). ann. de VInst. arch. t. I, p. 259 et suiv.

(4) Panofka, Musée Blacas, p. 6.

(5) De Wltte, Nom. ann. de VInst. arch. t. 1, p. 509-551; Ann. de VInst. arch. t. XVII, p. 387-418. — Ch. Lenormant, Ann. de VInst. arch. t. XVII, p. 419-430.

pendant un curieux vase de Ruvo, publié pour la première fois par M. Minervini (1) remplace les sujets mythologiques simplement allusifs à cette idée par une scène allégorique directement en rapport avec la destinée du mort dans les régions inférieures.

Au centre on voit une déesse assise sur un tertre, dans un lieu planté de myrtes; elle est vêtue d'une tunique talaire d'une étoffe fine et transparente, et d'un péplus parsemé d'étoiles; sa parure consiste en un riche cécryphale, des anneaux aux bras et un collier. Elle se retourne vers un éphèbe et semble vouloir lui présenter un collier qu'elle tient des deux mains. Le jeune homme est couronné de myrte et vêtu d'une simple chlamyde brodée; il s'appuie sur deux javelots. Un Amour dirige son vol vers la déesse assise, et semble inviter l'éphèbe à s'en approcher. A droite, derrière le jeune homme, est placée une déesse qui est vêtue d'une ample tunique talaire très-simple; elle tient d'une main un fîl auquel est attachée une boule, sans doute le peson du fuseau, et de l'autre un peloton de fîl qu'elle cache dans son sein. De l'autre côté, à gauche, derrière la déesse assise, on voit deux autres personnages : d'abord une femme debout , vêtue d'une tunique; plissée et transparente ; dans ses mains sont une branche de myrte et une phiale chargée de fruits. Plus loin,, une autre déesse debout, les yeux baissés vers la terre, s'enveloppe d'un péplus parsemé d'étoiles, et de la

(1) Illustrazione di un antico vaso di Ruvo, memoria presentata alV Accademia' Pontaniana , Naples, 1845, in-4". — Cf. Ch. Lenormant et de Witte, El. des mon. céramogr. t. II, p. 61 et suiv.; Revue archéologique, t. I, p. 550 et suiv.

main gauche en relève une des extrémités, geste pai'ticulier aux figures de Vénus.

Des incriptions accompagnent les différents personnages et expliquent la signification du sujet. ETAAÏMONIA, IdiFéHcité, accompagnée deHANAAIIJ A, la personnification des banquets éternels , reçoit nOAYE[Tyi].S, celui gui doit vivre de longs jours. La Parque tenant son fil est désignée par une épithète euphémique, KAAH, la Belle (1), tandis qu'à l'autre extrémité de la scène, YTIEIA, la Santé, exprime par sa pose et son geste la douleur qu'elle éprouve d'être séparée de son amant. Il y a donc ici deux déesses rivales : l'une, nommée EYAAIMONIA, est la déesse infernale, figurée sous un nom euphémique (2); l'autre, YriEIA, est la déesse céleste, celle qui préside à la renaissance. M. Minervini a très-bien compris Finten-

(/) La Parque est appelée Ka}vfi Moîpa dans une inscription d'Herculanum. Orelli, Inscr. laU sélect, n" 3596. — Cf. le nom étrusque Âlpnu pour Elfis (de Witte, Nouv. ann. de Vlnst. arch. 1. 1 , p. 521 et suiv.) que porte Proserpine sur le célèbre miroir du Vatican , représentant la contestation de Vénus et de Proserpine pour la possession d'Adonis. Mon. inéd. de Vlnst. arch. 1. 11, pi. XXVlll. — Nus. etruse. Gregorîan. t. Il, pi. XXV.

(2) Plut. Phaed. p. 122, éd. Belcker : Ùç, èTreiôàv iciw tô (pàp[j.axov, oùxéz 6[jl1v -Ttapap-evô) , àTvV ol-)(yi(so\xa,\. àTiiùv elç [xaxdlpuv ôï) xtvaç eùôaijiovCaç. ~- Pindar. Pyth. III, v. 84, éd. Bœckh : Tlv Sk Moïp' eiJôatjAovCaç ëTOtat. — Euripid. Iphigen. in Aulid. III, v. 690 : Me-yâT^ai {jLSYocTvtov eij5ai,jj.ov(at. — Dans le fameux passage de Théon de Smyrne {Mathem. 1, p 18, éd. BuU.jj le cinquième et le plus haut degré de l'initiation est désigné sous le nom d'EùSai[xovto : H 6è lîéji.itTYi , iq èÇ. aÙTwv %epv^£s>o^érri, xaxà t6 6£Qcpi,5;èç xal eeoïi; cuvSkiTov, EdôaijiovCtt, Pour Aristide {Eleusin. p. 415, éd. Dindorf), les initiés d'Eleusis sont des bienheureux : Feveal ita[iTr>iYi8£l(; eù8ai[xdvtov àvSpwv xal yovaixwv. Platon {Pkaedr. p. 48, éd. Bekker) appelle eùSa£[xova<pdîa(ji;aTa les apparitions qu'on faisait passer devant les yeux des initiés dÉleusis.

ErAAIMONIA est encore représentée sur un charmant vase athénien de la collection Rogers à Londres, aujourd'hui au Musée britannique. Stackelbcrg, Die Grœher der Hellenen. pi. XXIX.— Ottfr» Maller, Denkmiieler der alkn Kunst, t. II, pi. XXVII, n" 290.

fion générale de cette scène. Il y a reconnu le tableau du bonheur réservé aux âmes des justes dans les jardins immortels décrits par Pindare (1) et par l'auteur de rAxiochus (2). Il a signalé le rapport qu'offre cette scène avec les doctrines enseignées généralement dans les mystères de la Grèce. A ses yeux, comme aux nôtres, le nom que porte le jeune homme admis à cette béatitude est l'indication d'une destinée tranchée dans sa fleur, et qui reçoit dans une autre vie la compensation de l'arrêt fatal qui a abrégé la première.

Ces explications sont justes; mais on peut y ajouter plus de précision encore (3). Sur le vase publié par M. Minervini, ainsi que dans le langage de l'inscription qui nous occupe, la félicité du jeune homme descendu dans les régions inférieures se résume dans un mariage avec la souveraine de la demeure fortunée. Au lieu de l'union de Vénus avec Adonis ou d'Hélène avec Achille (4) (qui, comme Adonis, a vu le fil de ses jours tranché par une sentence prématurée), nous avons le mariage purement allégorique A'Eudœmonia et de Potyétès. Et c'est Éros lui-même qui préside à cette union mystique.

Dans tout ceci, ce n'est pas seulement l'euphémisme, rflais encore l'antiphrase qui domine. Un jeune homme a été frappé dans la fleur de la jeunesse : il porte un nom qui conviendrait à Nestor; le malheur qui l'atteint tombe sur les siens et les remplit de douleur; il épouse la Félicité elle-même; au lieu du froid silence

(1) Olymp. II, V. 64 et suiv. éd. Bœckh.

(2) P. 615, éd. Bekker.

(3) Voy. Ch. Lenormant et de Witte, j^î. des mon. céramoyr. t. II, p. G4.

(4) Philostrat. Ihroic. XIX, 16 et 17.

des tombeaux, ce sont les joies et les banquets d'une fête nuptiale qui se renouvelle sans cesse, et la Parque, qui a brisé le fil d'une vie brillante, s'apprête à recommencer le tissu d'une existence bien plus glorieuse et bien plus longue.

M. Le Bas (1) a reconnu sur un certain nombre d'urnes étrusques (2) la représentation de cet hyme'n mystique dans la mort, figurée par des allégories directes, comme sur le vase de Ruvo, et non par des mythes allusifs, comme sur la plupart des monuments helléniques. Il ne semble pas, en effet, qu'il ait existé dans FÉtrurie, entre la religion publique et celle des mystères, une séparation aussi tranchée que celle qui existait dans la Grèce, et les monuments étrusques offrent souvent des sujets que les Grecs n'osaient pas représenter directement, ou dont la présence est au moins extrêmement rare dans les œuvres de l'art hellénique.

Nous avons déjà remarqué que cette manière euphémique de considérer la mort, embellie par Platon de toute la magie de son style, quand il a peint, dans le Cratyle (3) , les bienfaits d'Hadès et le charme par lequel il retient les morts auprès de lui, cette béatitude, eù^ai/jiovia , résultant d'un hymen avec la souveraine du sombre empire, étaient des croyances essentiellement propres aux mystères, et surtout à ceux d'Eleusis. Ajoutons que la béatitude était regardée comme le

(1) Expédition scientifique de Morée. Monuments d'architecture, t. II, p. 126 et suiv. ; p. 164 et suiv. de l'extrait.

(2) Gori, Mus. Etrusc. t. III, cl. 111, pi. XXI, n''2. — Ingkkami, Mon, etrusc, ser. I, tav. XV, XXVIll, XXXlIl et XXXlV.

(3) P. 45, éd. Beliker.

partage exclusif de ceux qui avaient été admis à l'époptie (1). Ce sont là les belles espérances, y.oàai eXm^eç(2), qui accompagnaient dans l'autre ^'ie les initiés de Déméter. L'auteur de l'hymne homérique à Cérès s'écrie en finissant : « Heureux celui des hommes « qui a vu ces mystères; mais celui qui n'est point « initié, qui ne participe point aux rites sacrés, ne « jouira point de la même destinée après sa mort dans « le séjour des ténèbres. »

OXêtoç, oç Taô' ^TTOiTtev èinyOovIwv àvGptoirwv Oc 8' àxzkriq kptov, 6'; x' l'[ji.(ji.opO(;j outtoO' ô(ji,ofY)v ATaav e^^ei, (p6[{JL£v6(; Ttep, ôteô Çocpq) eupc&evTt (3).

Sophocle (4) dit de même : « trois fois heureux « ceux des hommes qui descendent dans l'enfer après « avoir contemplé ces spectacles ; seuls ils ont la vie ; « quant aux autres, il n'y a pour eux que des souf- <( frances. »

â Tpia6X6iot Ksïvot PpoTwv, o'î xauTa 8epy 6svT£<; xekt] M6Xou(t' eç ÂiSou* xoTçSs ^àp \k6^oi<; evteï Zïjv ècTTÎ, ToTç 8' aXXotai lïàvx' exeT xaxà (5).

Platon (6) nous représente celui qui n'a pu être initié (a^O/iToç jtat aréXeoToç) croupissant dans le bourbier

(1) Maury, Histoire des religions de la Grèce, 1. 11, p. 342 et suiv.

(2) Isocrat. Panegyric. p. 69; Symmach.ip. 266.— Philem. Fragm. 90. ~ Cf. Lobeck, Âglaopham. p. 70.

(3) Hymn. in Cer. v. 480-882.

(4) Ap. Plutarch. De aud. poet. p. 81, éd. V^yttenbach.

(5) Cf. Crinagor. Ep. XXX.

(6) Phaed. p. 194 , éd. Bekker. — Cf. Gorg. p. 240, éd. Bckker; Respuhl. H, p. 344. éd. Bekker.

des enfers, tandis que celui qui a été purifié et initié jouit, dans l'autre vie, de la société des dieux (/ixsTà QiC^v okriaei). Suivant FAxiochus (1), les initiés devaient avoir la première place dans l'empire de Pluton. Les Athéniens, pour engager Diogène à se faire initier aux mystères, lui assuraient que ceux qui avaient accompli ces cérémonies sacrées présidaient, après leur mort, sur les autres hommes dans les enfers (2). Plutarque, dans un de ses écrits, traite fort légèrement cette croyance. « Il est peu de personnes, écrit-il à propos des fables « sur le Tartare, qui craignent ces opinions, qu'elles « traitent de contes de nourrices , et ceux qui les « craignent ont recours à des expiations, à des charmes (( qu'ils croient être d'un grand secours, persuadés que « ces rites les purifient et leur assurent de couler dans « les enfers une vie heureuse, occupés de jeux et de « danses avec ceux qui y jouissent d'un air doux, d'un <( ciel serein et d'une lumière pure (3). » Ailleurs il en parle avec la gravité et l'assurance d'un disciple de l'école sacrée. « Mourir, c'est être initié aux grands « mystères... Toute notre vie n'est qu'une suite d'er- « reurs, d'écarts pénibles, de longues courses par des <( chemins tortueux et sans issue. Au mom'ent de la (( quitter, les craintes, les terreurs, les frémissements, les <( sueurs mortelles, une stupeur léthargique, viennent « nous accabler; mais dès que nous en sommes sortis, « nous passons dans des prairies délicieuses, oîi l'on

(() p. 196, éd. Bekker.

(2) Diogen, Laert. VI, p. 40. ~ Voij. ce qui est rapporté dans le même auteur au sujet d'Antisthène : VI, p. 3G7. — Cf. Schol. ad Aristophan. Ran. V. 773.

(3) De vit. Epicur. prœcep. p. 3i2, éd. Wyttenbach.

(( respire Pair le plus pur, où l'on entend des concerts (( et des discours sacrés; enfin, où l'on est frappé de « visions célestes. C'est là que l'homme, devenu par- (( fait par sa nouvelle initiation, rendu à la liberté, « vraiment maître de lui-même, célèbre, couronné de a myrte, les plus augustes mystères, converse avec des « âmes justes et pures, et voit avec mépris la troupe « impure des profanes ou non-initiés, toujours plongée a et s'enfonçant d'elle-même dans la boue et dans « d'épaisses ténèbres (1). » Aussi Polygnote, dans les peintures qu'il avait faites du Tartare et des Champs- Elysées, à la Lesché de Delphes, avait-il représenté, condamnées à remplir d'eau des vases sans fond, des femmes qui avaient négligé de se faire initier aux mystères (2). Bien que l'opinion de M. Creuzer sur l'origine égyptienne des Éleusinies ait aujourd'hui fort peu de faveur, il est impossible de ne pas chercher en Egypte le point de départ de cette portion des doctrines qu'on y enseignait, lorsque l'on voit dans le Rituel funéraire la science des choses divines dans leurs plus mystérieux secrets donnée comme la condition essentielle et fondamentale pour arriver à la béatitude qui, en Egypte comme *à Eleusis, consiste en réalité dans la fusion et l'absorption au sein de la divinité universelle (3).

Il résulte des observations précédentes que si du temps d'Ausone, l'idée de l'hymen du mort avec Proserpine dans la béatitude de l'autre vie était devenue un

(1) Plutarch. Frag. de immort. anim. ap. Stob. Florileg. CCLXXIV, p. 884 et 885.

(2) Pausan. X, 31, U.

(3) Voy. Ch. Lenormant et de Witte, El. des mon. céramogr. t. Uï, p> 103 et suiv. — F. Lenormant, Correspondant, t. XL, p. 2G2 et suiv.

véritable lieu commun poétique sans signification particulière, il n'en était pas de même à la belle époque grecque, et qu'alors l'expression de cette idée telle que nous la trouvons dans l'épitaphe du tombeau de Denys près la porte Dipyle, dans l'épigramme de Simonide et dans l'inscription de Chios, contenait l'indication non équivoque de la sépulture d'un initié aux mystères de Déméter Éleusine.

Le soubassement monolithe du naos de Denys porte à sa face antérieure une autre épigramme en six vers, d'une poésie fort élégante, qui n'a été jusqu'à présent publiée que par le seul M. Rhousopoulos (1) :

2n[VîAIVIENEN0AAE20NAI0NY2IErAIAKAAYPTEI

yYXHNAEA0ANATONKOINO2EXEITAMIA2

2OI2AE0IAOI2KAlMHTPIKA2irNHTA]5TEAEAOirA2

PENOO2AEIIV1NH2TON2H2OIAIA20OIMENO2

AI22AIAAYrATPIAE22HMEN0Y2EIHAENOMOI2IN

E2TEPïANrOAAH2EINEKA2n0PO5YNH2

SwfJia (Asv evGdcSe aèv, Atovtjffie, y*^^* xaXiSîtxsi,

"^oyjri^ 8è àôàvaxov xoivôç îjzi xa^xioLt;' Sdïç 8s çf {Xotç xaî [xriTpl xa<jiY'''*5'^'^"; "^^ XiXoiTrai;

név6o(; àsijjLVYiffXov aîjç «piXlaç cpôtjxevpç. Ataoraî S' au TraxpCosi; o', -î) [jièv (p6(Tet -^ 8s V(5(ji,oi(nv,

EaTsp^av itoXX^ç s'fvexa ciocppoaiSvTjî;.

« La terre couvre ici ton corps, ô Denys, mais ton « âme immortelle est au pouvoir du maître commun. « A tes amis, à ta mère et à tes sœurs ta mort a laissé

(1) ÉcpYiix.dpx. nouv. sér. 1. 1, pi, XLIII, n" 6.

c( le deuil éternel de ton affection; et deux patries, « l'une donnée par la nature et l'autre par les lois, c< t'ont chéri toutes deux à cause de ta haute sa- « gesse. »

L'opposition contenue dans le premier distique se trouve déjà dans un vers d'Euripide (1) :

Nous la rencontrons dans une épitaphe conservée par l'Anthologie :

W\i-)(7\ 8' iGàvaxov xà^iv ïyj-t [xaxàptov (2).

Elle est exprimée dans une inscription funéraire de ïhasos :

Stojxa xopiQç àp7taj(^Gev ocvYjXfxtj) eô6aXeî &p-^

IlapGévou àvGocpopou xtj^jiêoç ô'S' sY^aTÉ-^ef ^^X"^ 8' àGavocTtov pooXoTi; I7ri8ïj(jit(5(; ècrxtv

AffTrpoiç, xai tspov ywpov ëj^et naxàpcov (3),

et dans une autre de Leucosie dans l'île de Cypre :

HtpY)C7âV â'avàxou [xe [A^poç, xô 8s (Ja)(xa xaXijTTTet,

FaTa, Xaêoùcya yspaç xoûO', b 8é8a)>ts T:àXiv. Bt) Yap \>.oi ^oj7\ [i.èv eç aiGâpôc xai Aiô(; aùXàç^

Oaxsa 8' elç A'î8r)V otxpoiTOç etXs v6[j(,oç (4).

(1) SMjîpi. V. 534.

(2) Anthol. Palat. VII, 61.

(3> Gerhard, Bullet. de l'Inst arch. ISSO, p. 48.— |WeIcker, i^emeine Schul^eitung, 1830, part. Il, n" 80, p. .691 .—Corp. inscript. graec. n°2161 b.

(4) Weleker, Syllog. epigr. graec. p. 41 et suiv. — Corp. inscr. graee> n» 2647.

Le dieu appelé x-oivoç ra^t'aç et qui relient l'âme de Denys dans son empire est certainement Hadès, auquel un tel rôle appartient dans sa conception primitive, qui, au titre de gardien des âmes, reçoit les surnoms

de TTuXapr/îç (1), r.olvdéyiJ.iùv (2), 'Koknèzy.xrjc, (3), TTayjtotryîç (4),

et au titre de leur roi dans les sombres demeures celui d'ayr,aiXao;(5). C'est de cette dernière épithète que nous avons l'équivalent dans la seconde épitaphe de Denys; car raf/iaç, sous-entendn i|;u;)^cùv, signifie «le directeur, le roi des âmes. » Ta^iaç est, en efTet, pris, ici dans son sens le plus étendu, mais en même temps le plus rare. C'est dans ce sens qu'Honière (6) a dit : Qcjr ayÔpwTrwv

Tocpyiç TToXé^oto TSTyHTatf Pludare (7) : Ta/x/at (Joc^oj Moucây àytùvioiv T «ÉQXcfOv; Sophocle (8) : TLÏyjv Awç ovdek Twy p,eXX6vTCi)v zay-iaç', Euripide (9) : îîoXlm Tafxtaç Zsùç h OXu^TTWj Thucydide (10): Taixiocc, a/^ta r/jç te im%iJt.iaç, %oà XYiç, Tuj^yîçJ Platon (11) : Oùâ' Wî; xa.[i.iaç, r,^iv Zeùç ayaôwv ts xoLum Te zhv-aroii', Lucien (12) : Hwcppovouyioov ra/Ji/aç TraQwy.

C'est dans ce sens qu'Aristophane (13) appelle Neptune Tp«aiVy)ç za^iav, Critias (14) les Carions «Xoç za^iitxi, et

(1) Homer. IZmd. 0, V. 367.

(2) Homer. Bymn. in Ce.r. v. 9.

(3) iEschyl. Prometh. v. 152.

(4) Sophocl. Antigon. v. 8U.

(6) ^schyl. ap. AtKen. HI, p. 99.

(G) Iliad. T, V. 224.

(7) Isthm. fragm. 4, éd. Bœckh.— Cf. Olymp. XIV, v. 9; Isthm. V, v. 54; Nem. VI, V. 27.

(8) Fragm. Ter. ap. Stob. Florileg. XXII, 22.

(9) Med:\. 1412.— Cf. Jffed. V. 170; Troad. v. 231.

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