A QUEUE PRENANTE, MAIS EN GRANDE PARTIE NUE ET COUVERTE DE RUGOSITES
LES OREILLES COURTES (i).
COUSCOUS OURSIN. — PHALANGISTA URSINA.
Taille plus grande que les plus forts Chats sauvages, à peu près de la Civette; oreilles très-courtes, cachées, très-poilues partout; queue de la longueur du corps et de la tête , sa partie poilue occupant plus de moitié de sa longueur ; la partie nue coùverte de rugosités et de rides très-marquées, toujours noirâtres partout; pelage rude, frisé et crépu. La tête offre les particularités suivantes: le chanfrein et le front sont à peu près d’une venue , et sur une ligne horizontale ; l’os frontal est dilaté sur les côtés ; le coronal a un creux peu profond au centre ; et les deux crêtes occipitales, plus ou moins réunies, selon l’âge , s’élèvent au-dessus du front. On ne voit jamais plus de deux petites dents ôhtuses à la mâchoire inférieure. La tête de l’adulte , vue sur toutes les faces , est représentée de grandeur naturelle , pl. i, fig. i , 2 et 3. Les parties de la tête d’un second individu , supposé par la taille au terme moyen de l’âge , sont données pl. 2 , fig. i à 5. Cette tête , enlevée d’une peau préparée, manque d’une portion de la boîte cérébrale. Le squelette réduit de moitié , avec ses extrémités antérieures et postérieures de grandeur naturelle, sont figurés pl. 4-
Le pelage de cette espèce est mieux fourni et plus serré que celui des autres Couscous ; le feutre et les poils soyeux sout plus grossiers et plus rudes ; ces derniers sont beaucoup plus nombreux et plus longs; les poils soyeux sont un peu contournés et frisés vers le bout. Les poils qui couvrent la face sont courts ; ceux des oreilles sont assez longs et frisés ; ils couvrent les deux faces du lobe ,
(t) J’avais eu l’ide'e de former, des Couscous , un genre sous le nom de Ceonix ; mais ces coupes nombreuses me paraissént parfaitement inutiles, et sont à charge à la mémoire lorsqu’elles ne reposent pas sur des caractères faciles à saisir. •
DE MAMMALOGIE.
et cachent complètement cet organe , dont l’ouverture est indiquée par la touffe de poils qui en borde l’entrée. La queue est couverte, sur plus de sa moitié supérieure, d’un feutre serré, qui occupe plus d’espace en dessus et en dessous de la base de cet organe que dans les autres espèces; la partie nue est toute couverte de rides et de rugosités.
La plus grande partie du pelage est noir ou noirâtre , mais il paraît d’un noir fauve , provenant de la couleur noire du feutre , dont la pointe est d’un fauve jaunâtre. Les poils soyeux disposés sur le dos sont entièrement noirs, mais ceux des autres parties ont aussi des pointes fauves ou jaunâtres. Le sommet de la tête et toutes les parties supérieures du corps ont une teinte noire ti’ès-décidée ; seulement, la fine pointe du feutre étant de couleur fauve, toute la face, le devant du cou , la poitrine , le ventre et la face interne des membres sont d’une teinte fauve roussâtre, la pointe colorée des poils soyeux et du feutre étant plus considéraljle sur ces parties. Toute' la face paraît jaunâtre , les poils courts de cette partie n’ayant du noir qu’à leur racine 3 la touffe crépue qui garnit les deux côtés du lobe des oreilles est d’un roux jaunâtre. La partie nue du museau, celle des extrémités, les ongles , et la partie nue et rugueuse de la queue sont noires.
Les jeunes diffèrent des vieux par les couleurs du pelage, qui sont plus claires : les vieux sont d’un noir parfait ; ceux de moyenne taille d’un brun noirâtre; et les individus que je suppose être des jeunes der année , ont le pelage des parties supérieures d’un brun roussâtre ; celui des joues, des flancs et des membres, d’un brun jaunâtre , et les parties inférieures toutes jaunâtres. On les reconnaît facilement des autres espèces à leurs oreilles bien garnies de poils , et à leur pelage sans aucune tache ou raie.
Le pelage est frisé et crépu dans tous les âges, mais les poils soyeux sont plus longs dans les jeunes que dans les adultes ; ils dépassent quelquefois le poil laineux de plusieurs lignes.
Longueur des adultes, de 3 pieds 4^6 pouces; la queue a de 19 jusqu’à 20 pouces. Hauteur moyenne , 9 pouces 6 lignes ou i o pouces .
12 MONOGR.APHIES
Synonymie. Cette espèce, de même que les suivantes, sont toutes comprises dans l’indication du Didelphis orientalis de Linné, et des autres catalogues métliodiques. On dirait cependant que la figure publiée par Buffon , et celle coloriée de Sclireber, ont été prises sur un très-jeune individu de l’espèce qui fait le sujet de cet article ; mais la description de ce Didelphis orientalis a été établie sur des jeunes de notre Plialangista maculata, et sur des femelles de la Phalangista cavifr^ns. L’espèce nous était connue depuis long-temps par les nombreux sujets conservés à l’esprit-de-vin, qui se trouvent dans les cabinets de ce pays. Ces individus , la plupart fœtus , ou trèsjeunes, ne pouvaient me servir de moyen pour distinguer les espèces. Les sujets provenant du voyage de M. Reinwardt nous mettent à même de mieux apprécier les caractères qui distinguent les espèces*, toutes nous sont parvenues dans les différens périodes de l’âge, et nous avons pu constater les formes de celle qui fait le sujet de cet article sur deux squelettes d’individus adultes j le plus grand est figuré pl. 4-
Patrie. Ils vivent en grand nombre dans les bois touffus des parties septentrionales de l’île Célèbes : les babitans ne connaissent point de variétés dans cette espèce 5 ils en mangent la cbair. On les voit peu pendant le jour, se tenant alors blottis à l’enfourchement des branches et cachés sous le feuillage des arbres.
Le musée des Pays-Bas possède deux individus de forte dimension, deux squelettes d’adultes, et plusieurs jeunes, tant montés qu’en squelette. Un sujet pi’ovenant du même voyage, et peu éloigné de l’état adulte, est déposé dans les galeries du musée de Paris. Des fœtus et des jeunes conservés à l’esprit-de-vin font partie de quelques autres collections 5 plongés dans la liqueur, il serait difficile de dire au juste à quelle espèce il faudrait les rapporter.
COUSCOUS A CROUPION Timk.— PHALANGISTA CHRYSORRHOS.
Taille du Chat sauvage; museau court j front d’une venue, avec le chanfrein; oreilles très-courtes , cachées, poilues partout; queue de la longueur du corps et du cou , poilue en dessus , et aux côtés sur
DE MAMMALOGIE. i3
les deux tiers de sa longueur; le reste nu, couvert de rides, et jaunâtre. Les femelles ont une poche très-ample, La tête osseuse, enleve'e d’uue dépouille préparée, manque d’une portion de la boîte cérébrale. Les détails sont figurés pl. i , fig. 4 ? 5 et 6.
Pelage court, serré, cotonneux et un peu frisé; les poils soyeux plus longs que les poils laineux, et de la même couleur; les oreilles velues intérieurement et à l’extérieur, et cachées par le poil qui les couvre ; le front est un peu élevé entre les yeux, d’une* venue avec le chanfrein.
Les poils de la tête sont d’un gris cendré clair; mais la touffe aux oreilles est blanchâtre; toutes les parties supérieures du corps, comprises depuis l’occiput à la croupe , les flancs et la face externe des membres sont d’un gris couleur de cendre , plus ou moins noirâtre ; toute la croupe ef la partie supérieure de la queue sont d’un jaune doré plus vif dans les adultes que chez les jeunes ; du blanc pur règne sur la face interne des membres, et à la partie inférieure du cou. Cette couleur couvre aussi la poitrine , et s’étend , en forme de bande très-large , sur la partie moyenne du ventre ; le blanc est séparé du cendré qui couvre les flancs par une bande noire dans les adultes , et seulement noirâtre dans les jeunes individus. La région de la poche, chez les femelles, et des parties génitales des mâles, est roussâtre. Tonte la partie de l’abdomen, et le dessous de la queue sont blanchâtres; les quatre extrémités des membres sont d’un roux clair un peu doré. La pointe du nez est brune, celle des ongles est brune jaunâtre, et la partie nue et rugueuse de la queue est jaune.
Longueur des individus de forte taille, à peu près 3 pieds; leur queue est longue de i3 pouces.
Cette espèce n’avait point encore été observée , nous en devons la connaissance au voyage de M. Reinwardt. Les deux sujets qu’il a rapportés de l’expédition aux Moluques m’ont servi à établir la description qui vient d’être donnée. Nous n’avons rien appris sur les mœurs et le genre de nourriture de ce Couscous, que notre voyageur paraît ne point avoir observé en état de liberté. Les notes manuscrites n’en font point mention.
Patrie. Les Moluques; mais nous ne savons point au juste dans quelle île de ce vaste archipel l’espèce a ètë trouvée.
Deux sujets montés font partie du musée des Pays-Bas. On y voit aussi les têtes de ces animaux.
COUSCOUS — PHJLANGISTJ MACULÂT A.
Formes moindres que celles des deux espèces précédentes. Taille du Chat domestique ; queue à peu près de la longueur du corps et de la tête j la partie garnie forme une hande poilue qui couvre la face supérieure jusqu’au delà de la moitié ; le reste est nu, couvert de rides, et jaunâtre 5 oreilles courtes, rondes, poilues partout, et cachées; museau très-court, chanfiein et front homhés. Les femelles ont une poche.
La tête offre les particularités suivantes : le chanfrein est faiblement homhé; le front s’élève subitement, et forme une protubérance comprimée, donnant naissance à la double crête occipitale qui fuit plus bas que l’os frontal. Seulement deux petites dents obtuses à la rnâchoire inférieure, dans l’adulte. Les jeunes ont encore une très-petite dent à chaque mâchoire , savoir : à la mâchoire supérieure , entre la canine et la première molaire ; et à l’inférieure , entre la seconde dent anomale et la première molaire : ces petites dents tombent, et les alvéoles se ferment dans un âge plus avancé. Voyez , pl. 3, tous les détails de ces crânes; fig. i à 5 , tête de l’adulte , et fig. 6, tête d’un jeune , manquant les arrière-molaires.
Pelage court, sen’é, cotonneux et rude; les poils soyeux très-clairsemés, et plus longs chez les jeunes que chez les adultes; les oreilles sont gaimies partout , et cachées dans une touffe de poils ; le chanfrein forme une ligne courbe; le front s’élève subitement, et forme une protubérance entre les yeux ; le bout du museau est noir.
Le pelage dans tous les âges, et chez les deux sexes, est couvert de taches irrégulièi’es blanches et brunes ; elles sont toujours d’un brun plus pâle et moins distinctement dessinées sur la robe des jeunes , qui ont les poils soyeux plus longs et le pelage plus irrégulière-
DE MAMMALOGIE.
ment bigarré que dans les individus adultes. La face est couverte de poils ras, jaunâtres ou blanchâtres; toute la tête et les côtés du cou offrent un mélange de poils gris et blanchâtres, mais la touffe qui cache les oreilles est le plus souvent blanchâtre ; les parties supérieures du corps , les flancs et la face supérieure des membres , sont couverts de taches brunes et blanches, plus ou moins grandes, et distribuées irrégulièrement soit par taches nombreuses, de forme ronde ou oblongue, ou bien par grands compartimens bigarrés; le menton, toutes les parties inférieures du corps et la face interne des membres, sont d’un blanc pur, le plus souvent sans aucune tache ; l’extrémité des quatre membres est d’un roussâtre très-clair dans les • adultes , et blanc dans les jeunes ; la base de la queue et la bande poilue de sa face supérieure sont le plus souvent sans taches , et d’un blanc pur ; la partie nue de la queue est jaune et couverte de rugosités et de rides nombreuses; les ongles sont jaunes.
J’ai vu des jeunes individus à poils soyeux très-longs, et à pelage plus fourni que celui des vieux; ces poils soyeux, chez les jeunes, sont le plus souvent noirâtres sur les parties blanches , et blanchâtres sur les parties brunes , ce qui est cause que leur robe est plus tapirée, et plus irrégulièrement teinte que celle des adultes; mais eUe est plus ou moins tachetée dans tous les âges. On voit cependant de très-jeunes individus qui sont entièrement cendrés.
Longueur totale de l’adulte, 2 pieds 9 ou 10 pouces; la queue est longue de i pied 3 où [\ pouces. Nous avons mesuré des jeunes de 20 pouces et de i 5 pouces en longueur totale , et nous en avons vu de plus petits , à pelage tacheté de la même manière que la robe des vieux. .
Un autre individu , un peu plus grand , tiré de la liqueur spiritueuse , m’a donné les dimensions suivantes : Longueur totale , 2 pieds 1 1 pouces , dont la queue prend i pied 5 pouces 6 lignes ; la partie poilue de cette queue, en dessus, est de 10 pouces, et en dessous , seulement de 4 pouces 5 lignes.
Synonymie. On trouve cette espèce indiquée sous le nom collec-
i6 MONOGRAPHIES
tif de Didelphis orient alis. M. Geoffroy a établi son Phalanger tacheté , voyez Catal. des mam. du mus. , p. i49) sur un jeune sujet de cette espèce. Ce savant nous apprend que le même individu , n®. 3i8 , a servi de modèle à la figure publiée par Buffon , vol. i 3 , tab. II. C’est Phalangista maculata. Wouv. Dict. d’hist. nat. , vol, 7.5, p. 472 , tab. M. 35, fig. 3. D’après le même individu jeune, envoyé à Buffon sous le nom de rat de Surinam. Voyez aussi les indications prises sur de jeunes sujets dans \Encycl. mam., p. 266 , esp. 4ii-
Patrie. Les îles de Banda et d’Amboine, où il se tient sur les arbres. Les insulaires mangent la chair, qui est de bon goût. On ne le trouve point à Java , mais les naturalistes de l’expédition du capitaine Freycinet ont l’apporté la peau d’un jeune tué à Waigiou.
Le musée des Pays-Bas possède des individus dans tous les âges , et le squelette de l’adulte et du jeune. Les deux sujets du musée de Paris sont des jeunes. On voit dans ces galeries un troisième individu moins distinctement marqué de taches et à sommet de la tête roussâtre j les taches noirâtres sont moins distinctes parce qu’elles sont placées sur un pelage dont la couleur du fond est plus rembrunie et plus cendrée que celui de tous les autres sujets que j’ai vus. Un seul, trouvé par nos voyageurs àl’île d’Amboine, ressemble à celuici par les couleurs plus foncées de sa robe. J’attribue ces légères différences à des causes purement locales. L’expéi’ience acquise par l’examen d’un grand nombre de dépouilles nous montre clairement qu’il existe de légères nuances dans le pelage des individus rapportés des différentes îles du grand archipel de l’Inde et de l’Australasie. S’il fallait se résoudi’e à faire autant d’espèces qu’il existe de légères nuances dans la robe de certains mammifères de ces contrées , on pourrait en créer un grand nombre purement nominales. Le Galéopitlieque ( Galeopithecus variegatus), et la Roussette édule (Pteropusedulis) serviraient à en former des séi’ies; car il est rare que des sujets rapportés d’îlesmême très-rapprochées , telles que celles de Java, de Sumatra , de Banda et de Banca , soient exactement semblables par la
front est déprimé et creux j les oreilles ont du poil ras sur la face externe du lobe, mais la partie interne est nue. La robe des mâles , même dans le premier âge , est d’un blanc parfait sur toutes les parties 5 les adultes ont une teinte plus jaunâtre, et les jeunes sont d’un blanc de lait: Les parties nues du museau, la partie interne des quatre extrémités , celles de la queue et des oreilles , sont blanches, et livides ainsi que les ongles j l’iris des yeux est blanchâtre, et la pupille linéaire noirâtre.
La femelle , dans tous les âges , est facile à distinguer du mâle : une seule raie partant du front et se prolongeant sur la ligne moyenne de la uuque et du dos , vient aboutir à quelque distance de la croupe ; la couleur des poils qui forment cette raie est toujours plus foncée que le reste du pelage j le lustre en est plus remarquable, et sa teinte la plus ordinaire est le brun châtain; le reste du pelage varie , dans les adultes , du brun fauve au brun noisette, ou au gris brun plus ou moins mélangé de cendré ; chez les jeunes , on le trouve roux ou roussâtre, avec une légère nuance cendrée, quelquefois argentine ou blanchâtre. Le menton, toutes les parties inférieures du corps et la face interne des membres sont , dans tous les âges, d’im blanc légèrement lavé de cendré clair; la région de la poche est roussâtre ; la partie nue de la queue est jamiâtie dans l’adulte et blanchâtre dans les jeunes.
La longueur totale des plus grands individus mâles est 2 pieds 10 pouces, rarement 3 pieds; la queue a i 4 ou i 5 pouces. Les plus grandes femelles ont 2 pieds 6 pouces. J’ai vu des jeunes mâles tout blancs, d’un pied seulement de longueur totale, et des jeunes femelles de i 5 pouces. Les embryons femelles sont déjà reconnaissables aux indices que fournit la raie unique.
Sjnonjviîe. A celle que l’on trouve à l’article Dîdelphis oiientalis des méthodes, il faut ajouter IoPhalanger blanc et le Phalanger ROUX des catalogues des mammifères de M. Geoffroy , esp. i et 2, ainsi que les citations rapportées dans le Nouv. Dict. d’hist. nat.j ('oZ. 25 47 J- ■”* Ppffon, Quad.,vol. i 3 , tab. 10. — Goescoes.
DE MAMMALOGIE.
Valent. , p. 272 , tah. 3 . — Voyez aussi Encyclop. mam . , p. 266, esp. y sous le nom de Phalangista rufa , et la figure du jeune , V^' 2 .
Patrie. Les îles de Banda et d’Amboine. On ne le trouve point à Java.
Le musée des Pays-Bas possède une série d.’individus de cette espèce dans tous les âges ; il en possède aussi les squelettes. On voit dans celui de Paris un mâle et une femelle d’âge moyen , et une femelle très-jeune. Le squelette d’un jeune fait partie du cabinet d’anatomie.
Je suis presque certain qu’on trouvera encore plus d’espèces inédites de ce genre qu’il n’y en a de connues , dans les îles nombreuses qui forment les archipels de la Sonde , des Moluques et des Philippines. Sumatra, Bornéo et Célèbe, ces trois grandes îles de ces parages, nourrissent assurément d’autres espèces sur lesquelles nous n’avons encore que des renseignemens vagues obtenus des indigènes et des résidens européens dans ces contrées; il est permis d’espérer que bientôt les nombreux voyageurs naturalistes auxquels le roi des Pays-Bas a confié la mission d’explorer, dans un but scientifique, toutes ses possessions dans ces archipels très-étendus , dérouleront l’immense tableau que cache encore l’état sauvage de ces régions dont on soupçonne à peine les richesses variées en productions naturelles.
M. Reinwardt a déjà répondu d’une manière distinguée aux intentions vraiment glorieuses du monarque ; il a ouvert et tracé la route à suivre dans une carrière aussi honorable pour les voyageurs qu’utile à la patrie et aux sciences. M. Kuhl, dont les connaissances seront long-temps regrettées de ceux qui ont pu les apprécier, a péri victime de son zèle dans une première excursion; ses compagnons, MM. Van Hasselt et Van Raelten, plus heureux que leur chef, ont rassemblé, à Java, des collections immenses (i). Une nouvelle expé-
(1) En traçant ces lignes, j’étais /oin de m’attendre à la nouvelle fâcheuse qui vient
dition, destinée pour ces parages, va bientôt sortir de nos ports : deux naturalistes distingués , MM. Boié et Macklot, tous deux attachés depuis trois ans comme aides-naturalistes au musée des Pays-Bas , vont être envoyés près du gouverneur général dans l’Inde ; ils seront accompagnés de dessinateurs et de préparateurs habiles , et pourvus de tous les moyens qu’une administration éclairée et prévoyante sait accorder pour la réussite d’un pareil plan 5 ils vont chercher, dans nos possessions les plus reculées, et les moins explorées par les Européens , des alimens nouveaux pour l’étude de l’histoii’e naturelle. Leurs connaissances dans toutes les branches de cette étude, et le zèle dont ils sont animés, répondent du succès d’une entreprise qui va donner, sur la géographie, la géologie et la zoologie de ces possessions , des éclaircissemens dont la science sent le besoin. Puissent leurs efforts généreux être couronnés du succès que nous avons lieu d’en attendre ! Par leurs savantes recherches nous aurons enfin une idée exacte des ressources que peuvent offrir ces contrées tropicales , qui ne nous sont connues que par quelques productions dont le commerce s’est emparé , et qui ne sont recueillies que sur les points très-circonscrits des côtes où le gouvernement des Pays-Bas a établi des postes militaires.
m’accabler au moment de livrer ce mémoire à l’impression. Le jeune naturaliste , M. Van Hasselt , qui a acquis , à la reconnaissance et aux éloges , des droits si justement mérités , vifc'at de suivre de bien près dans la tombe , son ami et son émule. Nous essaierons plus tard de rendre un hommage public à la mémoire de ces deux jeunes naturalistes, en présentant une analyse de leurs travaux. Les collections qu’ils ont réunies, et dont la première expédition vient d’arriver, seront la base du monument que nous tâcherons de leur élever , et qui sera pour leurs successeurs un encouragement dans leurs pénibles recherches.