SUR LE GENRE
SARIOUE (i) — DIDELPHIS.
DIDELPHIS {Linn., Illig., Cuv. , ) — PHIL ANDER ( Briss.,),
Dents incisives mitoyennes vj incisives latérales 4 de chaque côté, les incisives mitoyennes longues , proéminentes , el séparées des laté raies par un espace vide *, celles-ci sont bien rangées ; celles de la mâcboire supérieure droites , et de l’inférieure un peu couchées en avant ; nombre total des dents incisives ^ ; dents canines ^ fortes , comprimées : celles de la mâcboire supérieure plus grandes que de l’inférieure. Dents molaires -f j les trois premières sont comprimées ; la première ressemble à une petite canine, et les dents suivantes, ou fausses molaires, sont plus ou moins à facettes selon les âges j les quatre arrière-molaires hérissées de pointes nombreuses dans les jeunes et de tubercules dans les vieux ; les supérieures ont une forme triangulaire et les inférieures sont oblongues. En tout, 5o dents : nombre le plus grand que l’on ait encore observé , mais qui varie singulièrement suivant les différentes époques de l’âge ( 2 ). La tête
(1) Sarigue vient du mot indien Carigueia, nom de ces animaux au Brésil selon Marcgrave. On les nomme Micoure au Paraguay, Manicou dans tes îles, Opossum dans les États- Unis , Thlaqualzin au Mexique , Rats des bois par les colons. Cuv. Reg. anim.
( 2 ) On compte en tout 4o dents seulement dans les, deux mâchoires des jeunes de moyen âge, et de 44 à 4^ dans les individus qui ne sont point encore au terme de leur développe-^-
est pointue , en fuseau ; le chanfrein et le front sont d’une venue et forment une ligne à peu près diagonale 5 la crête est forte et éleve'e , mais point double comme dans les Phalangers ; leur bouche est. très-fendue; ils ont un muffle proéminent et divisé par un sillon profond. Les clavicules sont fortes et complètes ^ les pieds assez longs, totalement plantigrades. On compte cinq doigts partout; ceux des pieds de devant sont divisés et armés d’ongles crochus , mais courts; les pieds postérieurs ont un pouce écarté, opposable, gros et sans ongle ; les ongles des quatre auti’es doigts ont la même forme que ceux des pieds antérieurs. La queue est ronde , fortement préhensiHe, nue et écailleuse dans toute son étendue, excepté à sa hase , qui est poilue. Les osselets marsupiaux existent dans toutes les espèces, et les deux sexes en sont pourvus. La première section comprend celles dont les femelles ont une ample poche renfermant les mamelles ; les petits y sont reçus , on ne sait trop comment, au moment de leur naissance; ils y restent pendant quelque temps, et cette poche est long-temps leur refuge lorsque le danger les menace. La seconde section se compose des espèces qui manquent de poche , remplacée par une duplicature de la peau qui n’est d’aucun usage ; les petits restent suspendus aux mamelles; lorsqu’ils sont plus forts, mais point encore assez vigoureux pour se passer des soins maternels , c’est sur le dos que la mère les reçoit, et c’est à l’aide de sa queue, autour de laquelle la queue des petits vient s’entortiller, que la petite famille échappe aux dangers qui la menacent. Leur langue est héi'issée ; les oreilles sont grandes et nues ; leur estomac est simple et
ment parfait , quoique à peu près de la taille des vieux. Cette disproportion est produite par l’accroissement lent et progressif des molaires. On compte seulement deux fausses molaires dans les jeunes , avec trois à quatre molaires hérissées de pointes. Cet état des fausses molaires reste le même jusqu’à l’entier développement de l’animal , et ce n’est qu’à l’époque où la dernière arrière-molaire paraît , que la troisième molaire antérieure prend cette forme comprimée et pointue qui caractérise ces sortes de dents , désignées sous le nom de fausses molaires. L’accroissement progressif des dents dans la mâchoire supérieure diffère de celui qui a lien dans la mâchoire inférieure; on voit le plus souvent quatre molaires de chaque côté dans la mâchoire supérieure, lorsqu’il en existe déjà cinq, et même jusqu’au nombre de six, dans la mâchoire inférieure.
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petit j leur cæcum médiocre , et non boursoufflé comme celui des Marsupiaux herbivores tels que les Kanguros.
Ce sont des animaux fétides et nocturnes dont la marche est lente ; ils se tiennent cachés pendant le jour dans les buissons épais ou sur les branches des arbres où ils nichent j ils vont pourvoir de nuit à leurs besoins j leur régime est omnivore : la nourriture qu’ils préfèrent est la chair et le sang des victimes j ils poursuivent les oiseaux , les petits mammifères , les reptiles et les insectes , mais ne dédaignent point les fruits. Ils sucent le sang comme les fouines, et font dans les basses-cours les mêmes dégâts que ces animaux , en étranglant les poules et autres oiseaux domestiques. L’odeur fétide qu’ils exhalent est produite par la sécrétion du fluide de leux's glandes anales.
Toutes les espèces de ce genre appartiennent au continent de l’Amérique; elles sont beaucoup plus nombreuses dans les parties méridionales. Ce sont, sous certains rapports, dans le Nouveau- Monde , les représentans des Phalangers qni habitent l’Inde et l’Océanie , et c’est faute d’observations exactes que plusieurs espèces de l’ancien continent ont été classées dans le même genre que celles du Nouveau-Monde. La forme , le nombre et l’arrang^uent des dents diffèrent ; leur régime n’est pas non plus, à tout prendre , le même, quoique les mœurs , les habitudes et plusieurs rapports dans les formes soient semblables. Les Phalangers de l’Inde sont plus frugivores que carnivores, tandis que le goût de prédilection pour la chair et pour le sang est plus prononcé dans les Didelphes du Nouveau- Monde.
Les Sarigues se rapprochent, il est vrai, des Pérameles par leurs dents plus que ne le font les vrais Dasyures (i) , tels qne ceux indiqués sous les noms de Pas juras ursinus, tnacrourus , Maugei et
(i) Nous sommes fondés, par des observations récentes, à distraire du genre Dasyure tel. qu’il a été établi par MM. Geoffroy de Saiiit-Hilaire et Cuvier, et adopté par tous les compilateurs, i”. le Daajurus penicillatus qui formera , avec le Daxjurus minimus , un genre sous le nom Phascogale; 2“. \ti Didelphis cjnocephalà de Harris , classé mal à propos avec les Dasjures , qui formera un genre dans lequel cet animal portera le nom de Thjlacinus Harr-
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viverrinus / le seul Dasyurus penicillatus ou Didelphis penicillata de Shaw , associe' mal à propos avec les vrais Dasyures , est l’animal le plus voisin des Sarigues pour l’arrangement et la forme des dents : c’est en quelque sorte le représentant de ces animaux dans les contrées de l’Océanie; il a, comme les tS’Æ/fg'wef , deux sortes de dents incisives , les dents intermédiaires étant proéminentes et plus fortes que les incisives latérales; mais le nombre de leurs dents incisives diffère. Tous les autres vrais Dasyures , et même notre Thylaciue ou Didelphis cynocephala de Harris , ont une même sorte d’incisives, toutes rangées en ligne demi-circulaire. Les .SVzrzgnej et les Dasyures sont, ainsi que le juge M. F. Cuvier, inséparables par leurs molaires , qui les éloignent un peu. des Péraineles et de notre Phascogale , en les rapprochant des carnassiers ; car c’est dans ces dents surtout qu’on trouve le type des molaires tuberculeuses de ces derniers. Mais les Sarigues diffèrent encoi’e des Dasyures par les pieds de derrière ; les premiers ont un pouce long et bien marqué , les doigts sont inégaux , le petit doigt , et surtout son os du métatarse, est plus court que les autres ; les Dasyures ont les quatre doigts à peu près égaux, et le pouce est si court, que la peau le cache presque entièrement et ne le laisse paraître que comme un petit tubercule.
Le genre Didelphis est composé d’espèces qui diffèrent considérablement entre elles par la grandeur; elles varient depuis la taille du chat domestique jusqu’à celle du loir et au-dessous. Le plus grand nombre des indications placées dans les catalogues méthodiques ont été prises sur de jeunes sujets , ou reposent sur des individus dégradés faisant partie d’anciens cabinets d’histoire naturelle ; ce qui fait que l’histoire de ce genre est extrêmement embrouillée dans tous les auteurs. Les descriptions qui font partie de ce mémoire sont les résultats de recherches assidues et souvent renouvelées sur une multitude d’individus ; elles sont toutes basées sur l’examen des
risii} 3“. le Dasj-urus tafa des catalogues-de nomenclature, que je n’ai trouvé dans aucun des cabinets de l’Europe. La troisième monographie comprendra le genre Dasj-urus, avec les genres qui en sont le démembrement.
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animaux parvenus à l’ëtat complet du développement j les dimensions ont été prises sur l’adulte; une quantité de dépouilles, de squelettes et de sujets tirés de l’esprit-de-viu ont dû être examinés pour constater les caractères qui doivent servir de premier moyen propre à distinguer les différentes espèces. Nous connaissons aujourd’hui douze Sarigues bien déterminés par la vue tant de leurs dépouilles que du squelette entier, ou du moins du crâne; l’existence d’une treizième est probable , mais je n’ai pu la voir en nature : c’est le Micouré h grosse queue de l’Histoire naturelle des quadrupèdes du Paraguay, par d’Azara , vol. i , page 284, sans doute le meme animal que le Cayopollin des méthodes , qui ne doit pas être confondu avec le Cayopollin de M. Cuvier, le même que le Philander de Schi’eber; carie Micouré a grosse queue et le Cayopollin des méthodistes n’ont point de poche , tandis que le Philander de Schreber et le Cayopollin de M. Cuvier ont une poche très-distincte.
Le tableau des espèces énumérées par MM. Geoffroy et Cuvier (i) est indiqué d’une manière très- succincte. Ces -savans n’ont pu déterminer que huit espèces , dans le nombre desquelles on trouve l’animal connu sous le nom düYapock, la Lutra meniina de Boddaert ou petite Loutre de la Guiane de Buffon , dont Illiger a formé son genre Cheironectes ^ et que je place provisoirement après les Sarigues comme type d’un genre distinct, mais sur lequel on attend des renseignemens plus complets. Je n’ai pas examiné les dents de ^Yapoch, mais les sa vans ci-dessus nommés n’auraient point classé cet animal parmi les Sarigues proprement dits, si cette réunion n’avait été précédée de recherches faites sur le système dentaire ; nous sommes de plus autorisés à adopter leurs vues sur ce point, puisque M. F. Cuvier dit positivement que les espèces de Sarigues qu’il a pu observer , et dont les dents se rapportent à la description qu’il donne, sont le Crabier, les Yapock (2) et le Manicou.
(j)On trouve ce dernier recensement des espèces de Sarigues dans la savante discussion sur le Sarigue fossile, tora. 3, pag. agS de la nouv. e'dit. des Recherches sur les ossemens fossiles de M. G. Cuvier , et dans l’Encyclopédie, article Mammalogie.
( 2 l Les Yapock. M. F. Cuvier connaitrait-il plusieurs espèces de ces animaux? Voye*, T. I. 4
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A mes douze espèces Lien déterminées et une treizième dont l’existence est probable, viennent se joindre le Micouré laineux et le Micouré nain de d’Azara, que je n’ai pu trouver jusqu’à présent dans aucune des collections d’histoire naturelle. Nous mettons provisoirement ces deux espèces ainsi que la treizième , ou le Micouré à grosse queue de d’Azara, hors de ligne, et proposons d’éloigner et de rayer totalement du genre Didelphis , tel qu’il est établi dans la i3“. édition de Linnée, par Gmelin, les indications suivantes, savoir, Didelphis marsupialis avec son composé bizarre des espèces de pbilander de Brisson et de Seba. — Didelphis molucca et orientalis, qui sont basées sur de jeunes Phalangers. — Didelphis Brunii et gigantea, qui sont du ^enre Kanguro ; enfin, Didelphis niacrotarsus qui est un quadrumane , l’unique du genre Tarsier. Il paraît que le nombre des espèces de Sarigues s’augmentera encore lorsque les naturalistes auront exploré les immenses contrées sauvages de l’intérieur de l’Amérique méridionale; le Brésil, le Paraguay, le Chili et le Pérou nourrissent sans doute des espèces particulières qui nous sont encoi'e inconnues. Il s’agira d’examiner rigoureusement ces êtres réputés nouveaux; de légères différences dans les couleurs du pelage ne doivent point suffire aux naturalistes comme moyen unique pour former une espèce nouvelle. La manie du jour , en fait d’histoire naturelle, consiste à s’emparer du pi’emier objet supposé inédit , ou de la première observation que l’on croit nouvelle ; on compose à la hâte quelques lignes en prise de possession*, que les écrits périodiques servent à répandre; les compilateurs s’emparent de ces indications précoces; elles passent sans examen nouveau dans les catalogues Uiétbodiques, qui sont les réceptacles des bévues de tous les genres. Il faut souvent des travaux suivis pour déti'uire les erreurs , fruits de cet élan trop précipité , dans une science qui demande des observations souvent renouvelées. Il est
Dents des mammifères , pag. 'jS. Je ne connais que les dépouillés de l’animal figuré par Buffon. Aucun auteur n’a fait mention d’une conformation très-singulière dans cet Yajwck: ses pieds de devant ont sis doigts bien distincts; le sisième doigt est placé extérieurement, c’est un rudiment sans ongle.
DE MAMMÀLOGIE.
sans doute Lien facile d’établir des genres et des espèces ; mais lorsque ces espèces nominales ont été classées dans les systèmes méthodiques, il devient souvent très-difficile de prouver qu’elles doivent l’existence à une négligence trop commune d’observation et de comparaison , ou à l’ignorance des progrès que les sciences ont faits dans les autres pays.
Les remarques qui ont eu lieu sur la classification des espèces , et les erreurs que j’ai cru devoir indiquer, se trouvent consignées à la suite de chaque article descriptif.
PREMIÈRE SECTION
LES FEMELLES ONT UNE POCHE COMPLÈTE TRÈS-AMPLE DANS LES INDIVIDUS ADUL- TES, MOINS DISTINCTE DANS LES JEUNES, ET DIFFICILE A RECONNAITRE SUR LES
DÉPOUILLES SÉCHÉES DE CES JEUNES SUJETS. LES JEUNES- SE CACHENT DANS LA