H APERÇU CHRONOLOGIQUE
Le nouvel évéque , Wulfard , réédifie, dès la même année 968, son église cathédrale. Son désir était qu'elle fût la plus belle église du monde.
Le 7 septembre 1020, le feu du ciel réduisit en cendres le sanctuaire élevé par Wuifard.
Saint Fulbert était alors évéque de Chartres.
Aidé par plusieurs princes de l'Europe auxquels il avait fait appel, saint Fulbert se hâta de reconstruire sa cathédrale sur un plan plus vaste. Thierry, son successeur, continua l'œuvre de Fulbert et en fit la dédicace le 17 octobre 1087.
Plus tard, de 1090 à iii5, saint Ives agrandit et embellit l'œuvre de ses prédécesseurs. Le jubé de saint Ives fut célèbre.
Le sinistre que des chroniqueurs attribuent à l'année 1 o3o est sans doute le même que celui de loso.
Un grand incendie dévasta la ville de Chartres en 1 134 {magnum urbis excidium); mais le texte ajoute : reservatâ per Dei gratiam Eccksiâ.
Voici ce qu'on lit dans une lettre de Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen : rCest à Chartres que les honmies, par esprit d'humilité, ont commencé à traîner des charrettes et des chariots pour aider à la construction de la cathédrale. C'est là aussi que Dieu a surtout fait éclater des miracles pour récompenser l'humilité de ses serviteurs. Le bruit s'en est répandu au loin et a mis la Normandie en émoi. Les fidèles de notre province sont d'abord allés à Chartres porter le tribut de leurs vœux à la Mère de Dieu ; puis ils se sont habitués à prendre leurs propres cathédrales pour but de ces pieux pèlerinages. Ils forment ainsi de pieuses confréries dans lesquelles personne n'est admis sans confesser ses fautes, sans recevoir une pénitence et sans se réconcilier avec ses ennemis. Les confrères se donnent un chef, à la voix duquel tous, soumis et silencieux, traînent sur des charrettes les offrandes qu'ils portent aux églises et qu'ils sanctifient par leurs larmes et leurs mortifications. Pleins de confiance en la bonté de Dieu, ils se font accompagner de leurs malades, qui souvent reviennent guéris de toutes leurs infirmités. 1
Haimon, abbé de Suint-Pierre-sur-Dive , confirme de point en point les assertions de l'archevêque de Rouen. Comme le prélat, il atteste que l'église de Chartres fut le premier édifice à la construction duquel on vit s'associer des pèlerins accourus de différents côtés. Il ajoute que cet usage ne tarda pas à s'introduire en Normandie, et que, dans cette province, il n'y eut bientôt pas de sanctuaire dédié à la Sainte 'Vierge qui ne devînt le but de pareils témoignages.
*Pour les moines de Saint-Pierre-sur-Dive, ce mouvement religieux fut un excellent moyen d'achever leur église , dont les travaux étaient interrompus depuis de longues années. Assurés que la foi enfanterait chez eux les mêmes prodiges que dans les pays voisins , ils firent solennellement bénir des chariots à l'imitation de ceux de Chartres. Leur confiance ne fut pas trompée. De toute part on répondit à leur appel. Chacun était jaloux d'aller rendre hommage à la Vierge dans une église à peine ébauchée , mais où les cérémonies du culte s'accomplissaient déjà avec pompe et régularité. C'était un généreux élan qui se communiqua avec une merveilleuse rapidité dans toutes les classes de la société. Les femmes comme les hommes, les riches comme les pamTes, les puissants comme les faibles, tous s'attelaient
APERÇU CHRONOLOGIQUE. m
aux chars sur lesquels on portait à Saint-Pierre-sur-Dive la chaux, la pierre, le bois et les vivres destinés aux ouvriers. Les populations s'ébranlaient en masse : chaque paroisse se mettait en route avec ses vieillards et ses enfants; on emmenait même les malades, dans l'espérance de leur faire miraculeusement recouvrer la santé. Les bannières ouvraient la marche; des trompettes donnaient le signal des manœuvres. Les fardeaux étaient énormes : parfois il fallait les efforts d'un millier de pèlerins pour imprimer le mouvement à un seul char. Le convoi s'avançait au milieu d'un religieux silence. Dans les haltes, on n'entendait que les confessions, les prières et les chants des pénitents. A la voix des prêtres, les haines s'apaisaient et la bonne harmonie renaissait dans les cœurs. Si un pécheur obstiné refusait de pardonner à ses ennemis, on le chassait ignominieusement après avoir jeté à terre l'offrande qu'il avait mise sur le char.
Arrivés au terme du voyage, les pèlerins rangeaient les voitures autour de l'église et formaient une sorte de camp dans lequel ils passaient la nuit en prières. Ils illuminaient leui" char et faisaient retentir au loin le chant de psaumes et des cantiques. Ils demandaient à la Vierge, avec une aveugle confiance, la guérison de leurs malades, et, si leurs vœux tardaient à être exaucés, on les voyait, eux et leurs enfants, se dépouiller de leurs habits, se traîner en gémissant jusqu'au pied des autels et supplier leurs prêtres d'être sans pitié et de leur donner la discipline en expiation des fautes qu'ils pouvaient avoir commises. D'ordinaire, aux gémissements et aux supplications succédaient des cris d'allégresse. C'est que la Vierge s'était laissé fléchir; des miracles venaient de s'accomplir. Un malheureux infirme qu'on avait amené sur un char s'était tout à coup senti guéri. Plein de vigueur, il courait remercier sa bienfaitrice. De toutes parts on criait au miracle; de longues files de pèlerins se rendaient processionnellement à l'autel, baisaient la terre, mettaient les cloches en branle et entonnaient des chants de triomjjhe.
Tels furent les actes de foi qui s'accomplirent en 1 1 45 dans l'abbaye de Saint-Pierre-sur- Dive et dans beaucoup d'autres églises de France. Mais ce ne fut pas seulement en 1 1 i5 que la construction des édifices religieux donna naissance à de pareilles manifestations. Les mêmes transports d'enthousiasme durent souvent éclater sur différents points de la chrétienté pendant le cours du \u' et du xiu" siècle.
Un sinistre à l'église de Chartres est indiqué à la date de 1188, mais sans aucun détail; on peut en conclure qu'il eut peu de gravité.
Mais en 119/1, sous le règne de Philippe-Auguste et l'épiscopat de Regnault de Mouçon, dans la nuit du 29 au a3 juin, un incendie accidentel anéantit l'œuvre de saint Fulbert, de Thierry et de saint Ives, à l'exception de la crypte et des clochers.
La cité Ghartraine revit alors des processions de pèlerins apportant leurs pieuses contributions sur de lourds chariots. Un trouvère du xiu' siècle, Jean Le Marchant', s'est complu à parler de ces processions dans un poème dont le manuscrit est conservé à la bibliothèque de Chartres et qui a été imprimé par M. Gratet-Duplessis en i855.
Soutenu par les encouragements du légat du pape Mélior, et surtout par la conservation
' Jean Le Marchant n'a fait que traduire en vers fiançais une relation latine, dont le texte, encore inédit, se conserve à la Bibliothèque du Vatican.