PLANCHE VII. — CÔTÉ OCCIDENTAL
lique, placée au bas à gauche (les deux précédentes sont à droite), tient dune main un dragon ailé et, de l'autre, une sorte de sceptre avec des feuillages. Au-dessous d'elle est le prince des philosophes, Aristole, écrivant sur un petit pupitre.
h" Rhetorica. — Causarum vires per me, Rhelor, aime requires. Son geste est oratoire; on ne voit aucun symbole. Quinlilien est au-dessous d'elle; il taille une plume.
5° Arithmelica. — Ex numeris conslo quorum discrimina monslro. L'Arithmétique ne présente plus aujourd'hui aucun signe qui puisse la faire reconnaître. Dans les manuscrits, elle tient en mains une sorte de bande avec des divisions, comme serait une toise. Près d'elle est le savant Gerhert, qui passe pour avoir rapporté de chez les Maures d'Espagne les chiffres arabes.
6° Geomelria. — Terne mensuraspet^ mtiltas dirigo curas. La Géométrie , assise devant une table, devait tracer des figures à l'aide d'un compas, comme on le voit sur d'autres monuments. C'est Archimsde qui lui tient compagnie.
7" Astronomia. — Ex aslrisnomeii traho, per quœ discitur omen. L'Astronomie contemple le ciel; elle tient un objet que l'on regarde comme un boisseau ? Ptolémée est l'écrivain que nous voyons au-dessous.
Outre les sujets que nous venons d'énumérer, on trouve encore ici deux signes du zodiaque qui complètent la série des douze signes, dont les dix autres se trouvent à la porte de gauche de cette façade occidentale. Ceux qui se trouvent ici sont les Gémeaux et les Poissons.
Au sommet de l'ogive contenant ces représentations allégoriques nous voyons un petit nuage d'où émerge la colombe figurant le Saint- Esprit. Le manuscrit d'Herrade, d'où nous avons tiré les vers cités plus haut, s'exprime ainsi : Spirilus sanctus inventor estseptem liheralium arlium. Nous voyons par là combien toutes les sciences et les connaissances humaines étaient en honneur au moyen âge. Elles étaient regardées comme un don de Dieu : Omnis sapientia à Domino Deo est. La théologie et la philosophie faisaient alors l'objet d'études dirigées dans les monastères et dans les universités où les écoliers, ainsi qu'on le sait , se rendaient
par milliers. C'est là que se formaient ces légions de savants et d'artistes qui n'oubliaient jamais l'importance de la philosophie et i'induence qu'elle conservait pendant toute la durée de la vie humaine sur notre intelligence et nos œuvres : Philosophia omnium mater arlium. L'histoire du pays Chartrain nous apprend qu'au moyen âge l'étude de la philosophie y était cultivée avec grand soin.
Le dernier cordon qui contourne ces voussures est décoré d'un rinceau extrêmement élégant; il était dans un tel étal de dégradation qu'il a fallu le refaire à neuf. Après avoir moulé ce qui existait, on a pu, en se conformant à ces précieux vestiges, obtenir un résultat satisfaisant.
Ce magnifique tympan et ces voussures sont supportés de chaque côté de la porte par des colonnes contre lesquelles sont soudées de grandes statues.
D'autres statues semblables sont de chaque côté des deux autres portes et forment un ensemble admirable de décoration. Aucun indice, aucune inscription, ne nous apprend d'une manière certaine quels sont les personnages ici représentés. Les antiquaires s'accordent à penser qu'il faut voir ici les ancêtres de Jésus-Christ et les personnages les plus célèbres de l'ancien Testament qui ont annoncé ou figuré le Messie. Il ne serait pas impossible que parmi ces personnages on eût aussi placé quelques-uns des bienfaiteurs de l'Église ou de ceux qui ont aidé à sa construction. Dès l'antiquité, et dans les hautes époques de l'ère moderne, on a des exemples de cet usage, comme on le voit dans les monuments primitifs de l'Italie, où les noms se lisent encore auprès d'images de rois, de reines et de princes, bienfaiteurs des monuments. La dernière figure, à droite, est celle d'une princesse dont le costume est fort élégant. C'est la seule, de ce côté, qui ne soit pas nimbée. Le nimbe est un caractère iconographique dont on devra toujours tenir compte dans les recherches archéologiques. Les dais placés au-dessus des têtes sont tous variés et ressemblent beaucoup à l'architecture byzantine.
Les chapiteaux des colonnes contre lesquelles s'appuient ces statues sont ornés par des scènes de la vie de Jésus-Christ et surmontés par des
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motifs (l'architecture très délicats. Nous sommes au plus beau moment de l'architecture du xii^ siècle. Ce n'est qu'à cette période que l'on trouve un pareil luxe de sculptures dans les chapiteaux. Ils sont variés à l'infini, et la vie s'y manifeste de toute façon. Ce ne sont ])as seulement des animaux fantastiques que nous pouvons y observer; l'élément humain y tient une grande place, et les chapiteaux offrent ici une suite de scènes de la vie de Jésus-Christ, rendues avec un talent et avec une patience des plus remarquables. Parmi les sujets représentés sur les chapiteaux de cette planche, nous distinguons : la dernière Cène; — le baiser de Judas, et saint Pierre coupant l'oreille de Malchus; — le triomphe de Jésus -Christ, le jour des Rameaux; — Jésus mis dans le tombeau; — le sépulcre gardé par les soldats, et les saintes femmes apportant des aromates. Du côté droit de la porte, on voit : Jésus lavant les pieds de ses apôtres; — les disciples d'Emmaùs; — Jésus apparaissant à ses apôtres, Thomas étant présent; — Jésus donnant à ses Apôtres ses derniers avis avant de monter au ciel. Ces sujets ne se suivent pas exactement dans l'ordre historique.
Entre chacune des grandes statues que nous venons d'examiner il y a de minces colonnettes, couvertes d'ornements exécutés avec une finesse et une verve incomparables. Ce sont des rinceaux dans lesquels s'enlacent des figurines d'un travail qui semble exécuté par le burin d'un orfèvre plutôt que par le ciseau d'un sculpteur. Sur l'une de celles que nous entrevoyons il y a une série des signes du zodiaque.
L'ébrasement ou l'épaisseur de la porte est décoré de chaque côté par des figurines assises : l'une d'elles a gardé sa tête intacte; sur la banderole qu'elle tient entre les mains on lit : JEREMIAS.
Sur la gauche, nous apercevons d'autres statuettes qui peuvent représenter des artisans. On voit un armurier; près de lui un sabre est suspendu au mur avec son fourreau ; — un marchand portant un ballot bien ficelé, qu'un autre petit personnage semble perforer avec un couteau. Un boucher, assommant un bœuf, est au haut de ce pilastre, et derrière sa tête on lit : ROGERVS. On a voulu voir dans ce nom le souvenir d'un des maîtres de l'œuvre. Cela nous semble fort douteux.
C'est plutôt un artisan donateur : car ces figurines nous font penser aux nombreuses représentations de corporations de métiers cjui se voient au-dessous des vitraux dans l'intérieur de l'église et qui ont donné ces vitraux.
Enfin, sur le bord à gauche de cette planche, se voient une des grandes statues de la porte centrale et les premières statuettes des voussures.