‹ Monographie de Notre-Dame de Chartres: explication des planchesChapitre 59 sur 100 · JUBÉ · texte numérisé non relu

JUBÉ

Ce sont des fragments du jubé du xni^ siècle, démoli d'une manière si regrettable à la fin du siècle dernier. Au bas de la planche est un bas-relief représentant la Nativité du Sauveur. L'Enfant Jésus, emmailloté avec soin au moyen d'une élégante bandelette qui serre ses langes, est étendu dans une crèche entre le bœuf et l'âne. Sa Sainte Mère est couchée sur un lit dont la surface supérieure est inclinée en avant d'une manière exagérée. Cette disposition, outrée et contraire à la réalité , avait été adoptée avec intention par le sculpteur afin de permettre aux fidèles de voir le personnage de N. D., qui, placée sur une surface horizontale, aurait complètement disparu aux yeux, le basrelief étant placé à une hauteur trop grande. Au pied du ht, saint Joseph s'approche en s'inclinant vers N. D. et lui présente une sorte de voile. La crèche est supportée par de petites colonneltes alternativement cylindriques et octogones, suivant le système suivi dans l'église haute, comme nous l'avons déjà remarqué. Le travail de sculpture de ce morceau est exécuté avec une extrême perfection, dans une pierre de liais fort dure. Les deux figures de l'Enfant Jésus et de sa Mère ont des traits pleins de grâce et sont animées des sentiments d'une douce sympathie exprimés de la manière la plus touchante, il faut remarquer avec quelle finesse sont élaborés les minuscules chapiteaux qui supportent la crèche, et les liens, sculptés à jour, du bœuf et de l'âne. L'un des deux n'a été cassé que fort récemment, après avoir échappé pendant plus de quatre cents ans à mille chances de destruction. Je suppose que la tête de saint Joseph aura été brisée par un de ces stupides collectionneurs d'œuvres d'art, pour satisfaire son goût particulier au détriment des vrais amateurs et admirateurs du moyen âge.

Le sommet de cette planciie nous montre une des clefs de voûte du

même jubé. Au centre est la Vierge assise sur un trône et portant son Fils sur ses genoux. Elle est couronnée et n'a point de nimbe; elle se détache sur un disque concave entouré de feuillages, et dans les intervalles des quatre nervures qui aboutissent à la clef de voûte sont quatre anges qui s'agenouillent devant leurs maîtres et les encensent. Comme au précédent bas-i^elief, les personnages ne sont pas nimbés. Quoique les artistes du moyen âge fussent fort habiles à triompher des difficultés, ils ont souvent omis, lorsque le bas-relief est fort saillant, de placer des nimbes autour de la tête des personnages qui devaient en être accompagnés, soit que cette trop grande saillie de la sculpture rendît la chose difficile à exécuter, soit qu'ils n'apportassent pas à cet accessoire symbolique la même importance que leurs confrères les peintres, soit pour toute autre raison qui nous échappe.

Au-dessous de cette clef de voûte présentée de face on en voit une coupe. La partie supérieure, celle qui est derrière le dos du groupe de la Sainte Vierge et de son Fils, est creusée profondément afin d'obtenir par cet évidement une grande diminution dans le poids du bloc de pierre.

Puis d'un côté, à droite, est un des quatre anges thuriféraires que nous voyons plus haut de profd, et de l'autre, à gauche, un des chapiteaux faisant partie de l'architecture de notre jubé. Les feuillages qui entourent et forment ce chapiteau sont travaillés avec la plus grande habileté et avec un goût exquis.

De ce précieux monument il reste de nombreux fragments, mais ils sont tellement incomplets et mutilés qu'd est presque impossible d'en essayer, même sur le papier, une restauration satisfaisante. Ces morceaux concassés excitent au plus haut point les regrets, car ils apprennent que nous avions là un véritable chef-d'œuvre, où l'architecture et la sculpture, accompagnées de tous les charmes de la peinture, se réunissaient avec une parfaite harmonie pour la satisfaction de nos yeux et de notre esprit.

PLANCHE XXXVn.— JUBÉ. 123

Avant d'aller plus loin, nous interromprons nos explications pour parler de deux immenses fenêtres dont on regrette de ne pas trouver la reproduction parmi les planches publiées : ces deux fenêtres sont celles qui, en forme de Roses, terminent les transepts Nord et Sud. Les artistes, les archéologues, les savants, les contemplent avec admiration; leur aspect enchante la vue par la beauté et l'harmonie des couleurs; leur examen ne peut laisser indifférent, et l'on se trouve entraîné à chercher le sens de leur composition iconologique.

La Rose septentrionale représente la glorification de Jésus-Christ sur la terre et dans le temps, et celle du côté méridional la glorification de Jésus-Christ dans les cieux et dans l'éternité.

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