‹ Monographie de Notre-Dame de Chartres: explication des planchesChapitre 78 sur 100 · VITRAIL DE L'ENFANT PRODIGUE · texte numérisé non relu

VITRAIL DE L'ENFANT PRODIGUE

XIIl' SIÈCIE.

Parmi les vitraux de la cathédrale de Chartres, il y en a plusieurs qui offrent un intérêt particulier, parce que les sujets qu'ils représentent sont assez rares dans l'iconographie chrétienne; ils ne se rapportent ni à l'Ancien ni au Nouveau Testament, ni à la vie des saints,' comme les autres peintures qui se voient sur les murs des éghses, mais ils nous offrent sous une forme allégorique des enseignements moraux : telles sont, par exemple, les paraboles du bon Samaritain et de l'Enfant prodigue. On trouve ici la preuve que l'enseignement des vérités chrétiennes formait un corps de doctrine universellement répandu qui n'était pas sujet au caprice individuel, car ces mêmes sujets se retrouvent aussi dans d'autres églises, peints sur verre ou sur mur, et les idées qu'ils expriment se trouvent consignées dans les auteurs ecclésiastiques. Les savants auteurs de la description des vitraux de Bourges, les RR. PP. Cahier et Martin, nous ont fait connaître, à l'aide de textes et de citations, combien ces idées étaient répandues au moyen âge et combien elles étaient familières.

Dans chacun des petits tableaux qui composent l'ensemble du vitrail il faut voir non seulement le fait réel qu'il représente, mais encore une idée dont le sens est enveloppé sous cette apparence, et que le commentaire vient nous expliquer et graver dans notre pensée.

Cette parabole de l'Enfant prodigue (Luc, xv), qui se déploie dans la fenêtre que nous avons sous les yeux, a donc un double sens. Elle nous montre, d'un côté, les différents événements racontés dans le texte évangélique et, de l'autre, elle symbolise le sens caché de chacun de ces événements.

Elle représente les félicités de l'homme en son innocence, les malheurs et misères qui ''ont suivi après son péché , et les grâces et faveurs qu'il reçoit en sa justification; en d'autres termes, nous pouvons observer dans ce tableau les divers états dans lesquels les théologiens divisent la nature humaine. Le premier est celui de la justice originelle, appelé Status naturœ integrœ; le second est celui du péché, qui se nomme Status naturœ lapsce, et le troisième celui de la grâce, qui porte pour titre Status naturœ reparatœ ou reslauratœ. Ces trois états sont vivement et distinctement représentés en la peinture de l'Enfant prodigue. Car qu'est-ce autre chose que cet enfant demeurant paisible en la maison paternelle, sinon l'homme en l'état d'innocence? Qu'est-ce de voir ce prodigue manger misérablement avec les porcs, si ce n'est l'état de la nature viciée et corrompue par le péché? Et qu'est-ce que cet enfant embrassé et chéri de son père à son retour à la maison, sinon l'état de la nature réparée par la grâce?

Homo quidam habuil duosfilios, nous dit le texte évangélique en commençant cette histoire. Que signifient ces deux enfants? Suivant saint Jérôme, c'est le peuple judaïque et le peuple gentil. Suivant saint Athanase, par le premier enfant il faut entendre les justes, et par le prodigue les pécheurs, car les justes peuvent bien dire à Dieu, comme le fils aîné : Numquam mandalum iuum prœterii.

L'homme, ayant donc reçu de Dieu toutes les perfections du monde, s'en va dans une région éloignée, en un pays étranger, et dissipe toutes ses richesses dans le désordre et la débauche. Il nous représente l'état infortuné et déplorable du pécheur, qui ne se contente pas de sortir de la maison de Dieu par son vice, mais gagne les champs et S'éloigne de lui par ses erreurs et par ses affections dépravées, par lesquelles il adhère aux créatures.

Facta est famés valida in regione illa. Ce sont les suites du péché originel qui nous privent des grâces et des bénédictions dont nous devrions être comblés, qui sont la véritable nourriture de notre âme et peuvent l'entretenir en l'amour de Dieu.

Abiit et adhœsit uni civium regionis illius. Ce malheureux prodigue.

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