PLANCHE X. — FAÇADE MÉRIDIONALE
certainement quelque idée, quelque proverbe ayant cours parmi la population chartraine au moyen âge. Nous ferons observer que ces deux sculptures faisaient partie d’un ensemble qui n’existe plus; elles sont sur les côtés d’une arcade aveugle, au-dessus de laquelle il y en a une autre, aveugle aussi. Or ce second arc, placé un peu plus haut, nous montre à chacun de ses angles inférieurs une console, et de plus il porte, sur sa partie médiane, une large pierre faisant saillie, et brisée aujourd’hui. On ne peut douter que ces trois pierres saillantes n’aient formé dans l’origine une composition complète, dont le sens était connu aux époques anciennes1. Quant à l’âne musicien, les représentations au moyen âge et aussi dans l’antiquité en sont fréquentes; les Latins avaient même un proverbe bien connu : Asinus ad lyram.
Le dessinateur a commis une erreur à la base du clocher que nous examinons. L’arcade placée entre l’ange à cadran solaire et l’âne musicien est une ancienne porte qui est murée aujourd’hui et est indiquée comme telle dans la gravure; mais elle servait autrefois de passage. Il y a aussi dans la construction un léger indice à l'angle inférieur, à droite, qui n’a pas pu être indiqué ici, et nous porterait à croire que, dans l’origine, le clocher était séparé de l’église.
Plus à droite s’étend la masse imposante delà cathédrale, que nous diviserons en trois sections : 1 0 la nef; 2° le transept et le porche méridional; 3° le chœur, les chapelles de l’apside et celle de Sainl-Piat.
i° La nef. — Au bas sont les fenêtres de la crypte en plein cintre (deux ont été omises par le dessinateur aux deux premières travées); plus haut, à chaque travée, sont les fenêtres des bas côtés. Parmi celles-ci se font remarquer les modifications apportées par la construction de la chapelle de Vendôme. Cette chapelle est plus saillante que
1 La face sud du vieux clocher se trouvant à l’une des plus larges parties du cloître Notre-Dame, où se tenait au moyen âge une grande foire à l’e'poque de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, m’a toujours paru un endroit très favorable pour les représen-
tations des pièces ou des moralités qui se jouaient devant le peuple auprès des églises. Ces figures bizarres et satyriques pouvaient bien servir de décoration h ce naïf système de théâtre en plein vent.
les autres; elle a été bâtie entre deux contreforts; un arc surbaissé en supporte le sol, et deux petites fenêtres éclairent les places où se tenaient les seigneurs à l’intérieur. La fenêtre est ornée de meneaux et de découpures garnies de vitraux. Sur les deux montants qui accompagnent la fenêtre et l’encadrent il y a plusieurs statues. Les deux intérieures sont intéressantes, parce qu’elles représentent des personnages historiques : c’est Louis, comte de Vendôme, et sa femme, Blanche de Roucy, tous deux les mains jointes et les regards tournés vers d’autres personnages placés au-dessus d’eux et représentant une Annonciation; l’ange est d’un côté, la Sainte Vierge de l’autre, et au sommet du pignon la statue du Père éternel bénit l’ensemble de cette composition.
Au-dessus des fenêtres des bas côtés, on voit le toit qui les recouvre, les contreforts, garnis de statues d’Evêques, et les fenêtres hautes de la nef. Une balustrade est au bas du toit des bas côtés et au bas du toit supérieur, lequel est garni d’une crête, fantaisie de dessinateur qui n’a jamais existé. A l’extrémité orientale du toit (sur la droite) une statue d’ange en bois revêtue de cuivre doré tourne sur un pivot et indique la direction du vent.
Nous voyons ensuite le porche sud, qui se présente dans son entier. Ses trois portes sont richement sculptées : au-dessus, cinq fenêtres surmontées d’une grande Rose. Tout en haut, un pignon avec une balustrade et une arcature aveugle et, dans le fronton, la statue de la Sainte Vierge entre deux anges thuriféraires placés tous les trois dans un édicule de style gothique; ces parties, depuis le dessus de la balustrade, sont du xive siècle. Sur les côtés sont les deux tours non finies dont nous avons parlé en examinant le plan; elles sont accompagnées de leurs escaliers, dont les toits se terminent par des pyramides aiguës.
Les sculptures du porche que nous avons sous les yeux sont disposées de la manière suivante. Sur le trumeau de la porte du milieu est Jésus-Christ debout, bénissant delà main droite et tenant de la gauche le livre des Evangiles; à chacun de ses côtés est un groupe composé de six Apôtres. Dans le tympan est représenté le Jugement