IV APERÇU CHRONOLOGIQUE
miraculeuse de la relique insigne de la Tunique de Notre-Dame, Régnault de Mouçon se mit en devoir, dès l’année 1 1 9 4 , de reconstruire sa cathédrale dans le vaste plan et avec la splendeur que nous lui voyons encore aujourd'hui.
La dédicace de cet édifice eut lieu le 17 octobre 1260, en présence, dit-on, de saint Louis , sous l’épiscopat de Pierre de Mincy. Un nouveau jubé fit oublier celui de saint Ives (1260-1276). Une vaste sacristie fut ajoutée à la fin du ira' siècle.
L’incendie de Chartres, en 1286, n’avait pas atteint la cathédrale : reservala majori ecclesia.
Lachapelle de saint Piat fut construite en 1 34 9 , la chapelle de Vendôme en i4i3.
Incendie du clocher gauche du portail occidental, le 26 juillet i5o6.
Le clocher neuf s’élève en i5i3.
La clôture du chœur est commencée en i5i4 et ses grandes sculptures ne sont terminées qu'au xvne siècle.
i5 novembre 1670. Commencement d’incendie au clocher neuf, par le feu du ciel.
1763. Destruction du jubé, qui, suivant certains auteurs, tombait en ruines.
Les bas-reliefs du chœur sont placés de 1763 à 1789; le groupe de l’Assomption, de Bridan, en 1773.
1 794. Enlèvement des plombs de la couverture, conformément à une loi du 6 août 1793. Les voûtes se trouvèrent ainsi pendant deux ans exposées aux injures de la pluie.
Le 4 juin i836, incendie, par l’imprudence des plombiers, de la Forêt, célèbre charpente en bois qui couvrait toute la cathédrale depuis le xive siècle; les charpentes des deux clochers furent alors aussi incendiées. Les principaux désastres étaient réparés en 1 84 1 ; une charpente en fer remplaça la charpente en bois.
Nous n’avons pas à donner ici une bibliographie des manuscrits et des livres relatifs à l’histoire et à la description de la cathédrale de Chartres. Deux érudits chartrains, MM. Merlet et Lecoq, la préparent en ce moment, et comme leurs travaux doivent tous les deux être très considérables, nous ne pouvons que les annoncer et en espérer la prochaine publication.
PRÉFACE
La Monographie de la cathédrale de Chartres devait être le commencement d’une série de travaux archéologiques sur tous les monuments anciens et curieux de la France; chacun deux devait avoir son histoire et sa description à part. On voulait procéder par département, pour arriver à former par l’ensemble de ces travaux une collection qui fût aux monuments d’architecture de notre pays ce que la collection des documents inédits était à son histoire.
M. de Salvandy s’exprimait ainsi dans un rapport au Roi à la date du 3i décembre 1 8 3 8 :
cf Le Comité des arts et monuments a poursuivi ses travaux avecun zèle particulier. Préoccupé de la pensée de sauver d’une destruction entière ce qui nous reste de monuments intacts ou de ruines appartenant à l’architecture nationale, il s’est proposé de faire des statistiques de tous les monuments et des monographies des plus importants. Par ce double moyen, il a espéré dérober au temps et aux chances d’accidents ces nobles reliques du génie français, et, en même temps cju’il conservera les formes et les proportions par le dessin, les monographies devront apprendre aux plus ignorants à les respecter. Il se prépare en ce moment d’excellents travaux dans les deux genres, qui ont été confiés à des mains habiles, n
PRÉFACE
M. le Ministre, pour montrer l’importance qu’il attachait à ces travaux, ajoutait qu’il s’était réservé le soin d’écrire l’histoire de la cathédrale de Chartres.
Le plan de publication, en ce qui concerne ce monument, était celui-ci :
i° Les dessins d’architecture devaient être faits par M. Lassus;
2° Le dessin des statues, par M. Àmaury Duval, peintre;
3° La description archéologique, par M. Didron;
k° L’histoire proprement dite de la cathédrale, par M. le Ministre.
La cathédrale de Chartres fut désignée la première, dans l’ordre des travaux indiqués par M. le Ministre, à cause non seulement de l’importance et de la beauté du monument, mais par une circonstance qui rendit ce choix naturel.
Le Ministère de la justice venait d’ordonner des travaux dans cette cathédrale; c’était au moment où la partie supérieure de l’édifice venait d’être endommagée par un incendie.
On sait que, pour les monuments religieux, le soin des travaux de restauration, en ce qui touche l’appropriation et la solidité, appartenait alors à M. le Ministre de la justice, chargé aussi de l’administration des cultes. C’était lui qui en appréciait la nécessité et en décidait l’exécution lorsqu’il y avait lieu. Un crédit était ouvert à cet effet sur le budget de son administration pour la partie des dépenses qui doit être supportée par l’État, car une partie doit rester à la charge du département ou de la commune, suivant que l’édifice qu’il s’agit de réparer est considéré comme appartenant à l’un ou à l’autre.
D’après les ordres de M. le Ministre de la justice, les travaux venaient de commencer. On avait dressé les échafaudages. M. Lassus, architecte, appliqué depuis longtemps à l’étude et à la res-
PRÉFACE
vu
taurationde nos édifices, jugea l’occasion favorable pour s’occuper de la cathédrale de Chartres. Il connaissait les intentions du Comité au sujet des anciens monuments de la France. La Monographie de l’église de Chartres devant tôt ou tard prendre place dans la suite des publications qu’on préparait, il valait mieux, disait-il, l entreprendre immédiatement pour éviter de nouveaux frais, les constructions d’échafaudages déjà faites pouvant servir aux dessinateurs en même temps qu’aux ouvriers employés pour les restaurations. Si l’on attendait que les travaux ordonnés par le Ministère de la justice fussent terminés, on s’exposait à arriver lorsque les échafaudages auraient disparu. Il faudrait de toute nécessité en établir d’autres, vu la distance et le point d’élévation des objets à dessiner. Ce seraient des dépenses inutiles, puisqu’on pouvait profiter dès aujourd’hui de ce qui était fait. Il s’étendait dans sa lettre, assez curieuse, sur la magnificence du monument, la beauté de ses dispositions architecturales, son intérêt archéologique, le mérite et la variété des détails qui se recommandent à l’attention de l’artiste et du savant. La proposition de M. Lassus fut accueillie presque immédiatement. Un arrêté, rendu le 29 août 1887, le chargeait de publier la Monographie complète de la cathédrale de Chartres.
Il était dit que M. Lassus ne pourrait s’aider d’aucun artiste sans en avoir référé préalablement au Ministre et avoir obtenu son autorisation.
Il est à remarquer que cette lettre et l’arrêté qui la suit ne concernent que M. Lassus. La lettre n’est signée que de lui, et il ne parle d’aucune autre personne pour exécuter le travail avec lui. L’arrêté également ne désigne que lui. Toutefois, dans la lettre qui lui fut écrite pour lui notifier la décision du Ministre, on lui annonce que M. Amaury Duval lui est adjoint à titre égal. La lettre en effet dit « conjointement » , ce qui emporte ce sens.
PRÉFACE
G est M. le Ministre lui-même qui ajouta cette phrase relative à M. Amaury Duval, ce qui prouve que ce n’est que quelques jours après avoir donné ses ordres touchant M. Lassus qu’il songea à lui adjoindre un collaborateur. Mais il oublia de faire la même rectification sur l’arrêté; on ne la fit pas, ce qui aurait pu donner lieu peut-être à des difficultés entre ces deux artistes, en admettant que l’arrêté dût faire foi plutôt que la lettre, si d’autres arrêtés rendus un peu plus tard à propos d’indemnité n’établissaient clairement leur position en les nommant tous les deux.
L’ouvrage porte leurs noms. On doit croire que M. Amaury Duval avait prié ou fait prier M. le Ministre de l’associer à M. Lassus, car il n’existe de lui aucune demande au dossier.
On doit supposer également que la pensée de M. le Ministre, en ce qui touchait le plan de cette publication, n’était pas encore bien arrêtée au moment où il rendit sa décision, puisqu’il est dit, ainsi qu’on vient de le voir, que M. Lassus sera chargé de la Monographie complète de la cathédrale de Chartres. Ce terme, qui est absolu, indique évidemment l’ensemble du travail sans distinction de ses parties. Ce n’est que plus tard, en effet, que M. le Ministre songea à se réserver la partie du texte relative à l’histoire générale et à charger M. Didron de la description archéologique. L'arrêté qui nomme M. Lassus est du 29 août 1887 et celui qui nomme M. Didron du 3i mai 1888. Le rapport adressé au Roi, où M. le Ministre désigne la tâche qu’il s’est attribuée, n’est que du 3 1 décembre suivant.
En chargeant M. Lassus de ce travail, M. le Ministre fit écrire au Ministre de la justice, l’avertissant du choix qu’il avait fait de cet artiste pour la Monographie de Chartres. M. le Ministre insistait sur le mérite de M. Lassus; sans demander expressément à son collègue de lui laisser diriger les travaux exécutés par l’ordre du
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Ministère de la justice, il le représentait comme très en état de les surveiller. Il le priait, dans tous les cas, de vouloir bien l’autoriser à faire les observations que lui suggérerait son expérience dans ces sortes de travaux, ajoutant qu elles ne pourraient que profiter à l’œuvre de restauration entreprise par le Gouvernement.
Il y avait donc deux architectes employés en ce moment à 1 église de Chartres, l’un par le Ministère de la justice pour les travaux de restauration, l’autre parle Ministère de l’instruction publique pour la Monographie. Leurs attributions étaient clairement définies. Ils n’avaient aucune action officielle l’un sur l’autre, et s’il leur convenait de demander ou de recevoir des conseils, c’était uniquement à titre de confrères qui se consultent, mais non à titre d’agent autorisé à les donner ou obligé de s’y soumettre. Leur conduite sur ce point ne dépendait que de leurs relations personnelles; elle ne regardait qu’eux, sans toucher à leur indépendance vis-à-vis l’un de l’autre.
M. Lassus ayant demandé un auxiliaire et indiqué pour cette fonction M. Suréda, élève de M. Labrouste, on fit droit à sa demande, et ce jeune architecte se mit aussitôt à l’œuvre.
Après une série de lettres et de rapports au Ministre, qui lui furent adressés pendant l’espace de trois ans, le travail de M. Lassus continuait à s’avancer, mais rien n’avait encore paru; l’on n’avait même encore rien arrêté au sujet de la publication qui devait en être le résultat. Il n avait été question ni de l’étendue de l’ouvrage, ni du nombre de planches qui le composeraient, ni du plan à suivre pour le texte. Il est vrai qu’on ne pouvait rien apprécier à l’avance. Il fallait attendre que les travaux de M. Lassus fussent arrivés à un certain point pour juger et décider.
Le 2 3 octobre i8ào, on le pria de donner des explications. Le Ministre désirait un rapport complet sur ce qui était fait et sur ce qui restait à faire. On demandait de combien de livraisons se
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composerait l'ouvrage et quel serait le prix de chacune des livraisons.
M. Lassus envoya trois rapports et trois devis. Il est impossible de donner une idée exacte de ces devis, hérissés de détails techniques : rosaces, corniches, chapiteaux, has-reliefs, etc. , avec le prix de chaque chose en regard. M. Lassus ne paraît pas se demander s’il sera compris des personnes étrangères à sa profession ; il semble faire un mémoire pour un confrère ou pour un entrepreneur capable de suivre ces détails et au fait de la langue particulière qui sert à les exprimer. Ce qu’on peut apercevoir au milieu de cette multitude de chiffres, de désignations de toutes sortes, c’est que l’ouvrage, d’après le troisième devis, aura 72 planches, formant 12 livraisons de 6 planches chacune, lesquelles coûteront ensemble 122, 77Û fr. 57 cent., tirées sans doute à 1,0 2 5 exemplaires, suivant l’usage.
Consulté en 1 8Û8 sur le plan de son ouvrage, il fixa le chiffre à 12 livraisons de 8 planches, ou 96 planches, 2 h planches de plus que dans sa dernière appréciation. II n’indique pas de prix. On relevait ces détails pour faire voir la confusion qui avait régné dans cette affaire, et l’on ajoutait : Peut-être serait-il à propos d’arrêter enfin, après tant d’essais, un plan qui permît de savoir où l’on va et à quoi s’en tenir.
Nous avons vu , par le rapport au Roi (81 décembre 1 8 3 8 ) , que M. cTe Salvandy s’était chargé d’écrire l’histoire de la cathédrale de Chartres pour être jointe à la Monographie publiée sous les auspices du Gouvernement.
M. de Salvandy n’avait pas encore eu le temps de s’occuper de ce travail en 18Ù1. Il venait d’être nommé ambassadeur en Espagne, et il écrivit une lettre pour annoncer que les obligations de sa nouvelle position ne lui permettent pas de remplir la tâche qu’il s’était imposée. Ne prévoyant pas qu’il ail désormais assez de
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loisirs pour s’en acquitter, il l’abandonne volontiers à la personne que M. le Ministre jugera convenable de choisir.
Mgr Pie, alors correspondant du Comité à Chartres, s’était chargé de faire ce travail; mais, quand il eut été appelé à l’évêché de Poitiers, ses nouvelles fonctions le détournèrent aussi de l’entreprendre, et rien ne fut fait.
M. Didron fut chargé, par arrêté du 3i mai 1889, de rédiger le texte descriptif qui devait accompagner la monographie de la cathédrale de Chartres. Il avait fait connaître son plan dans un rapport imprimé très étendu et adressé à M. le Ministre à la date du 17 novembre 1 8 3 8 .
tf Mon travail, à l’image de la cathédrale, disait M. Didron, se divise en trois parties distinctes : en description de l’architecture, de la sculpture et de la peinture. La description de l’architecture formera un volume, celle de la sculpture un volume, celle de la peinture un volume, tous trois in-à°, dans le format des publications historiques de votre Ministère. ^
Tous ces beaux projets ont fini par s’évanouir, sans laisser même une page de texte historique. Seul, M. Didron avait fait un texte descriptif, qui ne parut jamais, et dont la préface seule fut imprimée, après sa mort, dans le dernier volume des Annales archéologiques.
Pendant ce temps-là cependant, les dessinateurs continuaient sans un ordre bien déterminé les travaux qui leur avaient été confiés, les uns pour l’architecture, les autres pour la sculpture et d’autres enfin pour la peinture (les vitraux).
Enfin, l’un des Ministres de l’instruction publique, M. Rouland, considérant la longue expectative où l’on était au sujet de cet ouvrage, ne pouvant en prévoir la fin, et effrayé des dépenses qu’entraînaient principalement les chromolithographies reproduisant les vitraux, décida que l’ouvrage serait interrompu et en res-
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terait au point où l’avait laissé M. Lassus, qui était mort depuis déjà un certain temps.
Ce fut alors que l’on chargea M. Paul Durand de faire une simple description des planches déjà parues et de celles qui étaient en cours d’exécution. C’est cette description qu’on va lire.
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