‹ Monographie de Notre-Dame de ChartresChapitre 5 sur 92 · PLAN AU-DESSUS DU SOL · texte numérisé non relu

PLAN AU-DESSUS DU SOL

Cette planche nous fait voir d’un seul coup d’œil la disposition complète de la cathédrale. Quoique ce plan soit facile à comprendre et s’indique lui-même à la simple vue, nous devons cependant faire quelques remarques et donner plusieurs explications.

Et d’ahord, le titre gravé au bas de la gravure nous indique que ce plan n’est pas pris au niveau du sol, comme on le fait ordinairement, mais un peu plus haut. 11 en résulte que, la base des murs n’étant pas marquée en noir, il faut une certaine attention pour distinguer la place des portes de celle des fenêtres. Nous aurons soin tout à l’heure de donner cette indication d’une manière exacte.

Au premier abord , l’unité de ce plan nous paraît parfaite et nous donne la preuve qu’un seul architecte en est l’auteur. Sauf les additions peu importantes que nous mentionnerons plus loin, la disposition symétrique de toutes les parties tracées sur le sol semble indiquer que rien n’a gêné le maître de l’œuvre dans ses conceptions grandioses. Il n’en est pas cependant tout à fait ainsi, et nous devons, dès à présent, faire une remarque qu’il ne faudra pas oublier quand nous parlerons de la façade occidentale. L’incendie de 1196, après lequel fut commencée l’église actuelle, avait laissé subsister des parties importantes de la cathédrale antérieure; la crypte tout entière avait été épargnée parle feu, ainsi qu’une portion considérable de la façade occidentale, à savoir les trois portes principales, la partie inférieure du clocher neuf et le clocher vieux, depuis la base jusqu’au sommet. Au lieu d’avoir le champ parfaitement libre pour s’étendre suivant la liberté de sa pensée, l’architecte du xme siècle se trouvait donc enserré dans un espace déterminé, dans lequel il devait se circonscrire. C’était une sorte de problème proposé à la science et à la sagacité de l’artiste.

PLANCHE il. — PLAN AU-DESSUS DU SOL.

Ou verra plus loin comment ce problème a été résolu.

L’ensemble de l’édifice est tourné vers le levant, non pas cependant d’une manière parfaitement exacte; il s’incline de degrés vers le nord et regarde la limite que le soleil atteint au solstice d’été. On usage fort ancien prescrivait cette orientation des églises, que les règlements ecclésiastiques ont sanctionné. 11 ne faudra pas perdre de vue cette mention de l’orientation, parce que nous emploierons fréquemment, dans nos explications, les diverses appellations des points cardinaux, afin que le lecteur puisse facilement comprendre nos indications. Du reste, l’orientation des églises n’a jamais été assujettie à une précision absolue.

Puisque nous parlons de cette direction des églises, faisons encore une autre observation. On sait que, dans un grand nombre d’édifices religieux, l’axe du chœur n’est pas la prolongation exacte de l’axe de la nef et que le chevet semble s’infléchir d’une manière plus ou moins appréciable (vers le nord le plus souvent). On a voulu voir dans cette disposition l’expression d’une idée symbolique, et l’on a pensé que les architectes du moyen âge voulaient représenter par là l’inclination de la tête du Sauveur au moment de sa mort sur la croix. Quelques auteurs modernes ont d’autre part attribué cette inclinaison à 1 imperfection des moyens scientifiques employés à ces époques reculées. Ils ont pensé que, ces grands édifices étant souvent commencés à la fois par les deux extrémités, il se produisait quelque erreur dans le tracé du monument sur le terrain et que, les deux parties de la construction venant à se rapprocher et à se rejoindre, les axes ne se raccordaient pas suivant une ligne parfaitement droite, mais formaient un angle plus ou moins prononcé. Cependant il faut remarquer :

i° Qu’il serait injuste d’accuser d’impuissance les architectes du moyen âge; ils ont donné assez de preuves de leur science, ils ont résolu des problèmes bien autrement compliqués et difficiles que celui de tracer d’une manière exacte sur le sol l’assiette d’un monument;

ti° Que les idées symboliques étaient singulièrement en faveur et qu’elles étaient suivies même en beaucoup de points dont les textes anciens ne font pas mention;

3° Enfin que dans plusieurs églises dont les dimensions ne sont pas considérables, comme, par exemple, celle du Blanc (Indre), où le travail des entrepreneurs était certainement peu compliqué, on observe cette singulière particularité de construction. L’inclinaison du chevet nous semble montrer là avec évidence l’intention formelle du constructeur d’agir ainsi de propos délibéré.

La cathédrale de Chartres ne s’est pas soustraite à cet usage, qu’il soit intentionnel ou non. Les mesures, relevées avec un soin minutieux et rigoureux, ont montré que le chœur s’infléchit d’une manière très faible; car ce n’est que d’environ un mètre que l’axe du chœur s’éloigne de la ligne droite.

Jetons maintenant un coup d’œil sur l’ensemble de ce plan; examinons ses dispositions.

Suivant l’usage à peu près général de cette époque, il dessine sur le sol la forme d’une croix s’étendant de l’ouest vers l’est. De chaque côté du pied de cette croix, sont les substructions massives qui servent de base aux deux grands clochers. Du côté du sud, c’est le clocher vieux; du côté du nord, le clocher neuf; ils contiennent, comme l’indication le fait voir, l’entrée des deux escaliers descendant dans l’église souterraine. C’est entre eux que se trouve l’entrée principale de la cathédrale, formée par trois portes, donnant toutes les trois dans la nef centrale, disposition remarquable et même unique. Vient ensuite la grande nef, accompagnée d’un bas côté simple , lequel se pourtourne le long des deux transepts, puis le chœur, autour duquel le bas côté est double, et enfin le chevet de l’église, entouré par sept chapelles. La cathédrale du xiu siècle ne devait en avoir que trois, comme la crypte primitive et comme les églises, voisines de Chartres, Saint-Père-en-Vallée, Saint-Cheron et Saint-Martin-au-Val. Ce nombre de trois chapelles à l’apside se rencontre presque toujours aux xic et xne siècles; on pense qu’il avait rapport à la Sainte Trinité. Un peu plus tard, comme ici

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