PLANCHE II. —PLAN AU-DESSUS DU SOL
et dans un grand nombre d’églises, c’était le nombre sept qui était suivi, tant pour les chapelles des apsides que pour les fenêtres hautes du chœur; il symbolisait les sept esprits de Dieu, entourant la tête du Sauveur comme on le voit dans les représentations de l’arbre de Jessé. Notons encore en passant, au sujet des chapelles apsidales, qu’on en trouve quelquefois neuf, autre nombre mystique, et qu’enfin dans la cathédrale du Mans il y en a douze, en l’honneur des douze apôtres.
Les églises, pendant les premiers siècles, n’avaient pas de bas côtés autour du chœur; ils apparaissent seulement vers le xe siècle, et ils ne sont plus rares au xiic. Du reste, au xme siècle, où les bas côtés prennent plus d’ampleur, ils sont rarement doubles dans tout le pourtour du sanctuaire, comme nous le voyons ici. On peut penser que le maître des œuvres, voulant permettre à la foule nombreuse des pèlerins de circuler facilement dans cette enceinte, a, pour cette raison, diminué la grandeur des chapelles. Au xive siècle, lors de la construction de la chapelle de Saint-Piat, une des sept chapelles fut supprimée pour faire place à l’escalier qui y conduit.
La nef et le chœur ont seize mètres de largeur; cette dimension surpasse celle des plus grandes églises du moyen âge. Le chœur, sous le rapport de sa longueur, l’emporte aussi sur les autres cathédrales, et l’on n’a jamais été ici dans la nécessité d’empiéter sur le transept et sur la nef pour augmenter le chœur, ainsi que cela s’est fait dans plusieurs églises cathédrales et abbatiales.
A peu près au milieu de la nef on voit un labyrinthe, dont les circonvolutions en méandres en pierre noire se dessinent sur le sol de l’église. Son développement est de près de 3oo mètres; les Chartrains le nomment la lieue, le vulgaire lui donnant une dimension exagérée. Ce labyrinthe et celui de la Collégiale de Saint-Quentin, beaucoup plus moderne, sont les rares exemples subsistant encore aujourd’hui d’un usage ancien sur lequel on n’est renseigné par aucun document contemporain. On croit généralement que cela avait rapport au pèlerinage de Terre-Sainte, si en vogue aux siècles des Croisades. D’autres renseignements les font regarder comme se rapportant aux maîtres des
œuvres de l’édifice où ils se trouvent; leur adresse et leur science étaient assimilées aux talents merveilleux de Dédale. La pierre qui forme le centre de ce labyrinthe offrait une représentation qui nous eût peut-être livré un secret bien précieux; malheureusement, une mutilation regrettable a effacé à tout jamais ce renseignement. Sur cette pierre était scellée une plaque de métal, en cuivre probablement, sur laquelle était figuré un personnage. D’après les clous de scellement et des contours indécis, cependant encore visibles, on peut, en y faisant bien attention, distinguer la silhouette d’un cavalier sur sa monture et se présentant devant un objet aujourd’hui méconnaissable, que je suis porté à regarder comme une porte. Est-ce le maître des œuvres arrivant au but désiré de l’achèvement de ses travaux? N’ est-ce, pas plutôt le pèlerin chrétien arrivant comme un voyageur devant la porte de la Jérusalem terrestre, image de la Jérusalem céleste?
Les voûtes qui recouvrent cette immense surface de la cathédrale reposent sur les points d’appui que lui fournissent les murs, renforcés par d’énormes contreforts , et sur cinquante-deux piliers isolés qui s’élèvent dans l’enceinte de l’église.
Ces piliers isolés affectent différentes formes et différents diamètres, suivant les parties qu’ils ont à supporter. Au centre de la croisée, il y en a quatre très volumineux qui semblent formés par un faisceau de colonnettes soudées entre elles et formant un massif unique; elles s’élèvent d’un seul jet jusqu’à la voûte et permettent de supposer, vu la masse considérable qu’elles contribuent à former, qu elles auraient pu servir de base à une lanterne ou coupole s’élevant au milieu de l’édifice. Les piliers de la nef, ceux des transepts et une partie de ceux du chœur sont composés alternativement d’une colonne ronde, flanquée de quatre piliers engagés, de forme octogonale, et d’un pilier octogonal flanqué de quatre colonnes de forme cylindrique. A l’extrémité orientale du chœur les piliers sont uniques et continuent leur alternance octogonale et cylindrique. On remarquera que la rangée de supports qui forme les bas côtés du chœur est interrompue de chaque côté par deux piliers, de forme et de dimensions pareilles à ceux de la nef et d’une partie du