‹ Monographie des BuprestidesChapitre 12 sur 251 · BUPRESTES · texte numérisé non relu

BUPRESTES

ANTHAXIÆ.

CHRYSOBOTHRES.

Groupe 1. — Chalcophoræ

Antennes insérées sous une carène ;

menton arrondi antérieurement;

premier article des tarses posté-

Hieurs allongé, } ANNEE EN ACTA SEULS Antennes insérées dans une fossette

étroite; menton largement émar-

giné antérieurement; premier arti-

cle des tarses postérieurs allongé . Chalcophora. Antennes insérées dans de larges fos-

settes; menton largement arrondi

antérieurement; le premier article

des tarses postérieurs semblable

auxiSuivants, 0 MAÉ TENEMENR AUPS TO DEAR

Groupe 2. — Buprestes

Prosternum obtusément arrondi en arrière ; Menton entièrement corné ; Écusson étroit, arrondi ; Tarses élargis, plus courts que

les tibias ie Mat. LMP DiIcERCa?

Tarses amincis, aussi longs que lés'tibias LLC NE P'0irachyrkeles Écusson très transversal, tronquéunt SN ENORME Grlono ter Menton membraneux antérieurement. VON ETC PANNES

Prosternum très aigu en arrière . . Cynira.

Groupe 3. — Anthaxiæ

Menton corné en avant; pronotum ginué à la base, … … … . .. - t'Melanophita.

Menton entièrement corné ; Pronotom tronqué à la base; front non émarginé sur les côtés; antennes dentées en scie dans les JOURS CXE SN CRE Ai haxte, Pronotum siuué à la base; front légèrement émarginé au-dessus de l'insertion des antennes qui sont flabellées chez le et en scie chez RO ER NOTOrThIpIS.

Groupe 4. — Chrysobothres

Troisième article des tarses tronqué;

premier article allongé. . . . . Chrysobothris. Troisième article des tarses prolongé

sur les côtés; le premier et le

deuxième article des tarses posté-

rieurs égaux; écusson petit . . . Actenodes.

TRIBU II. — SCHIZOPINI

Antennes amincies, presque filiformes Dystaxia. Antennes ayant les articles 5-10 trian- CUITS SE 0 | Schisopus.

TRIBU III. — THRINCOPYGINI Thryncopyz'e.

TRIBU IV. — JULODINI (1)

Marge antérieure des hanches postérieures légèrement concave; pièces

(1) Le Conte et Horn font remarquer que les quatre genres de cette tribu pourraient constituer chacun un groupe à part.

latérales du métathorax non recouvertes par les épipleures des élytres; écusson distinct; crochets des tarses simples SAN PE Marge antérieure des hanches postérieures droite ; Crochets des tarses dentés à la base ; Écusson invisible; pièces latérales du métathorax en partie visibles ARENA EE Écusson visible; pièces latérales du métathorax cachées par les épipleures élytrales s Crochets des tarses simples ; écusson visible; pièces latérales du métathorax visibles. . .

Polycesta.

Acmæodera.

Ptosima.

Chrysophana.

TRrIBU V. — MASTOGENINI

Mastogenius.

TrIBu VI. — AGRILINI

Antennes libres au repos. . . .

Antennes reçues dans des sillons thoraciques

Groupe 1. — Agrilini

Premier article des tarses postérieurs à peine allongé SRE) CARRE

Premier article des tarses postérieurs aussi long que les trois suivants DÉS 4 A SN A NEC Re

AGRILINI.

BRACHES.

Eupristocerus.

Agrilus.

Groupe 2. — Braches

I. Tarses beaucoup plus courts que les CI DIAS NET TP PEULEELE (RAT ET : 2} Tarses peu allongés; corps très ANONSE EME te mr M RMEÉEDOSCElS.

2, Écusson étroit: tibias linéaires. S' Écusson large. MALE #.

3. Corps allongé; sommet du proster- HU AI UP EURE CN TATLrOCEr TS:

Corps ovalaire; sommet du prosternum 0btus. | 4 . : . . : Brachys.

4. Corps triangulaire; prosternum très large, presque tronqué au sommet; tibias dilatés . . . |. Pachyschelus.

Tel est, dans son ensemble, le résumé des travaux systématiques sur les Buprestides. Depuis, j'ai fait paraître (1) un essai de groupement, embryon d'un travail plus complet (2) qui à paru récemment et qui ont tous deux servi de base à la présente monographie.

Les Buprestides sont des insectes dont la taille varie, suivant les espèces, depuis un jusque soixante-dix millimètres. La tête enfoncée dans le corselet, les élytres généralement élargis aux

(1) Essai de groupement des Buprestides. — ANN. SOC. ENT. BELG., t. XXX VII (1893).

(2) BUPRESTIDES, in Wytsman, GENERA INSECTORUM, fase. 12 (1903-1904).

épaules, le corps souvent épais et cylindro-conique donnent à ces coléoptères un aspect lourd et disgracieux, mais ils rachètent l'inélégance de leur forme par une incomparable richesse de coloris et c’est avec raison qu'ils ont été surnommeés les Richards, par Geoffroy.

La TÊTE, en partie engagée dans le thorax, est peu mobile. Les organes buccaux n'ont pas la valeur systématique qu'ils possèdent dans d’autres familles. Le menton est tantôt court et tronqué avec le bord antérieur tridenté, tantôt rectangulaire et transversal ou enfin triangulaire; il est le plus souvent entièrement corné, mais parfois la partie antérieure devient membraneuse et de couleur brune. La languette est peu visible et située derrière le menton; elle est le plus souvent trianculaire ou en trapèze et ne possède pas de paraglosses. Les palpes labiaux sont courts et de trois articles, le premier de ceux-ci très court. Les mächoires sont bilobées avec le lobe interne petit et triangulaire et l’externe variable. Les palpes maxillaires, également composés de trois articles, comme les labiaux, ont aussi leur premier article très petit. Les mandibules sont en général robustes et épaisses, convexes en dehors et concaves en dedans, la partie concave munie de deux petites dents, ou d’une seule; leur bord interne est parfois tranchant. L'épistome est très variable, très allongé dans certains cas (Stismodérines), il est tronqué ou bilobé, avec le bord aplani ou relevé en gouttière et affecte les formes les plus diverses avec le postépistome souvent creusé en travers. Le front est plan ou concave, très souvent sillonné dans sa longueur, tantôt très étroit, tantôt large. Les yeux sont assez orands, latéraux, oblongs ou ovalaires, rarement et alors très légèrement subréniformes au côté interne,

obliques ou parallèles, parfois très rapprochés en arrière. Les antennes sont relativement courtes ; elles dépassent rarement, en longueur, la tête et le pronotum réunis et sont dentées en scie, au côté interne, d'une façon variable, du troisième au sixième ou même au septième article. Dans un seul cas et pour une seule espèce américaine,lesantennes sont flabellées chez le mâle.

Erichson (1), le premier, a signalé la présence de pores sur les articles des antennes ; il les considérait Comme des organes olfactifs. Lacordaire trouvait plus tard, dans la situation de ces pores, la clef de la classification des Buprestides.

« Ils n'occupent jamais, disait-il, qu'un plus ou moins grand nombre des articles, sont ordinairement invisibles, cachés qu'ils sont par des poils très fins et d'aspect velouté. Mais ici (chez les Buprestides) ils sont, sauf un seul cas (Julodides), parfaitement distincts et se présentent dans trois conditions différentes, comme l’a dit Erichson.

» Dans la premiere, ils sont diffus et recouverts par des poils très fins, d’un aspect hydrofuge, analogues à ceux qui existent, par exemple, chez les Parnides; dans la seconde, ils sont également diffus et occupent les faces supérieure et inférieure (parfois en même temps la tranche interne) des articles ; enfin, dans la troisième, ils sont concentrés sur chaque article dans une petite dépression (fossette porifère) située tantôt sur la tranche interne (fossette porifère interne), tantôt à la face inférieure et antérieure ({fossette porifère inférieure), tantôt, enfin, sur la troncature antérieure (fossette portfère terminale) de ce dernier (2). »

(1) De fabrica et usu antennarum in Insectis, p. 7, fig. Det E, 1-3. (2) Genera des Coléopt., t. IV (1857), p. 3.

Les antennes sont .insérées dans des cavités qui sont très variables en forme et en grandeur et, dans certains cas, prolongées sur le côté et le long du bord des yeux, suivant un sillon dans lequel vient s’insérer le premier article.

LE PROTHORAX ne présente aucune particularité pour ce qui concerne sa partie supérieure. Le pronotum est, en effet, le plus souvent en trapèze, avec la marge antérieure légèrement échancrée en arc; ses côtés sont plus ou moins arqués et la ligne qui les sépare des épisternums prosternaux est formée par une carène lisse ou erénelée, d’allure variable ; ces épisternums eux-mêmes sont séparés du prosternum par une suture oblique. Dans les groupes supérieurs (Agrilites et Trachytes), il existe souvent, le long des bords du pronotum et sous celui-ei, ou parfois sur les épisternums prosternaux,un sillon destiné à recevoir les antennes. Quant à la marge inférieure ou base de pronotum, elle est excessivement variable ; tantôt elle est tronquée en ligne droite, tantôt, au contraire, elle est sinueuse sur le côté et le lobe médian que forme cette sinuosité, peut être ou largement ou faiblement arqué, ou avancé et tronqué dans son milieu.

L'ÉCUSSON, qui, avant Lacordaire, avait été pris pour point de départ de la classification des Buprestides, manque dans certains groupes. Il affecte, dans ceux où il existe, les formes les plus variées et les grandeurs les plus diverses. Quelquefois il se présente sous l’aspect d'un point à peine perceptible; ailleurs, c’est un triangle très allongé ; ailleurs encore, c’est un large trapèze formant deux plans obliques séparés par une carène transversale.

LES ÉLYTRES sont rarement aplanis ; ils affectent, en général, une forme ovalaire; la base est tronquée ou lobée et elle s’avance alors dans une échan-

crure correspondante du pronotum, car presque toujours celui-ci est entièrement juxtaposé à ceux-là. Les côtés sont parfois avancés vers l’épaule, suivant un lobe plus ou moins prononcé et qui recouvre alors, en tout ou en partie, les épipleures métasternales ; vers le sommet, ces côtés présentent une fine dentelure qui manque rarement.

LE PROSTERNUM, le MÉSOSTERNUM et le MÉTASTER- NUM, suivant qu'ils se présentent, l’un par rapport à l’autre, jouent un rôle très important dans la classification de la famille. Ce rôle est signalé par de Marseul, sans que cet auteur ait songé à en tirer parti, et Lacordaire lui-même ne lui attribue qu’une importance secondaire.

Le prosternum, partie centrale du métanotum, a sa marge antérieure très variable et sa région médiane droite carénée ou sillonnée; il forme, en arrière, une saillie qui s’insère soit entre les branches latérales du mésosternum, soit dans une échanerure du métasternum. Le mésosternum est rarement développé; il forme presque toujours la cavité destinée à recevoir le sommet du prosternum. Le métasternum est toujours grand et forme une saillie entre les hanches intermédiaires; sa marge postérieure est toujours entièrement juxtaposée à l’antérieure des hanches postérieures. Sur les côtés du sternum, l'épisternum est triangulaire en avant (épisternum prosternal), avec une suture interne oblique ou, rarement, droite; l’épisternum mésosternal est très petit, souvent invisible, en trapèze ou en carré; l’épisternum métasternal est en rectangle allongé, parfois couvert par un repli marginal de l’élytre, et est muni à son sommet d’une petite pièce triangulaire, que l’on considère comme l’épimère, souvent cachée par un prolongement latéral de l’abdomen.

L’ABDOMEN est formé de cinq segments ventraux et de neuf segments dorsaux. Les deux premiers segments ventraux sont soudés; les traces de cette soudure subsistent presque toujours sur les côtés et sont souvent nulles au milieu; ces segments sont toujours plus grands, ensemble, que les trois suivants réunis; ceux-ci sont seuls mobiles. Un sixième segment, rétractile, se remarque chez le mâle ; il se compose d'une plaque subeordiforme et sa présence influe sur la forme qu'affecte l'extrémité du cinquième segment.

Quelquefois l'abdomen déborde les élytres et laisse voir une étroite bande cornée, séparée des segments ventraux par une arête et jointe aux segments dorsaux par une membrane plissée. Les stiomates abdominaux sont au nombre de douze, placés au nombre de six de chaque côté, soit sur la surface cornée, soit sur la membrane qui unit l’abdomen aux segments dorsaux. Les stigmates situés sur les deux derniers segments sont atrophiés.

La structure des PATTES est peu compliquée; les hanches antérieures et les médianes sont globulaires et plus ou moins espacées avec les cavilés cotyloïdes antérieures largement ouvertes en arrière et les trochanters très apparents. Les hanches postérieures sont larges, transversales et formées d'une lamelle à bords obliques ou sinueux et dont la marge inférieure est creusée en gouttière, pour l'insertion, en tout ou en partie, des fémurs postérieurs. Les fémurs sont le plus souvent fusiformes, renflés en dessus et légèrement concaves en dessous ; chez les antérieurs, la tranche externe est toujours simple, tandis que l’interne est variable, parfois munie d’une ou de plusieurs sailliés dentiformes, parfois creusée en gouttière, pour l'insertion du tibia, mais dans la majeure partie des cas,

semblable à l’externe. Les médians ne présentent aucune particularité, tandis que parfois les postérieurs sont renflés d'une façon exagérée, ou bien ils présentent certaines particularités déjà signalées pour les antérieurs.

Les tibias sont toujours terminés par deux éperons égaux ; chez les mâles, les antérieurs et plus rarement les médians sont plus ou moins arqués et, dans un seul cas, les antérieurs sont armés à leur extrémité d'un crochet ou dent, recourbée en forme d'hamecon. Les postérieurs sont pr°5sque toujours droits, ou très légèrement sinueux, parfois un peu cintrés en dedans ou en dehors.

Les tarses sont toujours composés de cinq articles, dont le premier eylindro-conique, plus ou moins allongé, rarement muni en dessous d’une lamelle feutrée. Les trois articles suivants, au contraire, sont plus ou moins dilatés, triangulaires, cordiformes ou entaillés en arc et munis en dessous de lamelles feutrées, de grandeur et de forme très variables. Le cinquième article est généralement allongé, renflé au bout et armé de deux crochets qui sont simples, dentés à la base, appendiculés ou même bifides; ils n’ont pas d'onychium.

De même que l'arbre généalogique d'une famille humaine se compose d’un tronc divisé en branches qui s'épanouissent elles-mêmes en divers rameaux, de même un groupe quelconque, pris dans la série organique des êtres, dérive d’un tronc ou souche

ancestrale unique, cause originelle de plusieurs branches, ramifiées elles-mêmes dans diverses directions. De là résulte la difficulté que l’on éprouve à disposer en série linéaire les groupements obtenus par analogie de caractères.

Dans l’état actuel de nos connaissances, il peut paraître prématuré de décider, a priori, si un genre ou une espèce descendent d’une forme déterminée ; mais il peut être intéressant de rechercher comment les tribus, ainsi que les genres qui les composent, pourraient dériver les unes des autres, ce qui permettrait de jeter les bases d’une elassification raisonnée, malgré les immenses lacunes que laisseront toujours les espèces disparues et que laissent actuellement les espèces vivantes qui nous sont encore inconnues.

Il paraît acquis que les Buprestides doivent provenir d'une série de Coléoptères très anciens et qu'ils viennent, chronologiquement, se ranger vers le bas de l'échelle de l’ordre. Sans entrer dans des considérations qui sont plutôt du domaine de la Paléentomologie, nous remarquerons inecidemment que parmi les insectes fossiles, on remarque la pré- .sence de deux Chrysobothris, l'un (Chr. veterana Heyden) dans les terrains jurassiques de Solnhofen (Bavière), l’autre (Chr. Heydeni Scudder) dans les terrains tertiaires du Colorado (Texas). Dès l’époque secondaire, il existait donc un genre qui s’est perpétué jusqu'à nos jours, sans modifications sensibles dans ses caractères, et l’on verra plus loin que dans l’ordre phylogénique, il touche de très près à la série des Buprestes supérieurs. Certaines espèces de cette famille, à part des exceptions inévitables, semblent avoir très peu modifié leur régime; une grande partie d’entre elles, parmi les

espèces paléarctiques, vit de préférence sur les conifères, tandis que beaucoup d'espèces intertropicales se plaisent sur les fougères, d’après les observations que M. J.-L. Weyers a eu l’occasion de faire pendant un séjour prolongé aux îles de Sumatra et de Bornéo. Or, les fougères et les conifères sont classés parmi les végétaux les plus anciens, et ils abondaïient à l’époque où l’on signale les premiers Chrysobothris fossiles.

Nous pouvons admettre en principe que les insectes descendent d’une forme ancestrale unique, provenant d’un Myriopode et, logiquement, nous pourrons en déduire que les plus anciens Buprestides seront ceux qui auront conservé, jusqu'à notre époque, la segmentation la plus complète; et si nous examinons un Bupreste, nous remarquerons une série de douze segments bien définis : tête, prosternum, mésosternum, métasternum, pièce antécoxale et sept segments abdominaux, dont les derniers sont rétractiles ; le premier de ces segments supporte les antennes, sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir bientôt, ainsi que les appendices buccaux, les trois suivants servent d'attache aux organes locomoteurs et les derniers récèlent l'appareil reproducteur. Ces appendices se sont développés sur certains anneaux, suivant un phénomène d'adaptation normale, tandis que, par suppression graduelle, ils ont disparu chez d’autres; des anneaux se sont confondus avec leurs voisins, par soudure directe, comme la pièce antécoxale au métasternum et comme, parfois, le premier au deuxième segment abdominal.

Cela n'implique nullement que nous prétendons que les Buprestides descendent directement d’un Myriopode, mais cela explique comment, par une

série de modifications et d'adaptations qui ont dû se produire pendant une longue série de périodes séculaires, un Myriopode a pu produire un Buprestide.

L'examen de la segmentation sternale permet tout d'abord de diviser la famille des Buprestides en trois branches principales : la première comprenant une série de Buprestes ayant le mésosternum entier; la deuxième, dans laquelle ces insectes ont le mésosternum divisé par le milieu, et la troisième, qui comprend les Buprestes ayant le mésosternum refoulé sur les côtés et extrêmement réduit; chacune de ces branches pourrait logiquement descendre l’une de l’autre, et la première, ayant conservé la segmentation encore complète, constituerait le tronc original ou la souche ancestrale, encore existante, de la famille.

La disposition des pores antennaires va nous permettre ensuite d'échelonner les représentants actuels de chacune de ces branches principales suivant un second phénomène de transformation normale. A l’origine, les articles dentés sont couverts de pores, siège probable de l'organe olfactif, d'après les intéressantes expériences de M. KF. Plateau ; ils sont diffus sur les deux faces des articles. Plus tard, ces pores se concentrent dans des fossettes éparpillées sur ces deux faces d’abord, puis sur l’une de celles-ci; ensuite, ils s’agglomèrent dans une fossette unique sur chaque article et successivement cette fossette, d'interne qu'elle était primitivement, devient inférieure ou, enfin, terminale, suivant qu’elle vient se placer, d’abord à la base de la tranche interne, ensuite sur la partie antérieure de leur région interne ou, enfin, à la

troncature terminale. Si, comme on est en droit de le supposer, les antennes sont le siège du sens olfactif — elles sont en même temps des organes essentiellement tactiles, — les pores antennaires ont dû acquérir graduellement une tendance à venir se placer à l'extrémité des articles et, dans la série des groupes, ceux-ci seront d'autant plus récents que les fossettes porifères seront plus avancées vers les sommets; et il y lieu de faire remarquer incidemment l’analogie qui existe entre la situation des antennes chez les insectes et celle des narines chez les animaux supérieurs.

Dans ce que nous pouvons considérer comme la souche ancestrale vivante, l’écusson n’est pas distinct; il se peut qu'il ait existé à l’origine et que certains groupes primitifs, aujourd'hui disparus, aient possédé un écusson qui aura pu s'éliminer pour une cause inconnue. Mais il est à remarquer que cette pièce est extrêmement variable dans la famille qui nous occupe; elle manque à la base de chacune des branches inférieures (Julodines, Acmæodera, Chrysochroines), se développe graduellement, à mesure que l’on avance vers les séries supérieures et atteint son maximum d’accroissement chez les Buprestides les plus récents (Agrilines, Trachytes), ou chez ceux qui atteignent le sommet de certains rameaux (Sphenoptera, Belionota). Remarquons, en outre, que l’écusson est un des éléments de la région dorsale du mésosternum, qu'il existe dans la majeure partie des cas, mais qu'il est plus ou moins caché par les élytres qui le recouvrent ; c’est done improprement que l’on dit que l’écusson est absent ou nul; il serait préférable de dire qu'il est visible ou invisible, mais sa présence ou son absence n’en sont pas moins dignes

de remarque et utilisables pour la classification.

Ces trois organes, sternum, antennes et écusson, sont autant de facteurs venant confirmer, dans une certaine mesure, la descendance des groupes, et il importe de noter que plus on avance vers les séries supérieures, plus les appendices ont une tendance à s'insérer dans des cavités, des creux ou des rainures qui font, par exemple, que certaines espèces, parmi les Agrilines et surtout parmi les Trachytes, ont, au repos, les antennes logées dans un sillon prosternal, les fémurs insérés dans des dépressions thoraciques ou coxales, les tibias cachés dans une rainure du fémur et les tarses repliés dans un creusement du tibia, de sorte que l’insecte, qui a acquis la faculté éminemment protectrice de se laisser choir au moindre danger, peut tomber de très haut sans dommage, grâce à l'insertion de ses membres dans ces cavités et à la solidité de sa carapace.

L'ensemble des considérations qui précèdent peut nous permettre de rechercher les bases de l’établissement de la descendance des tribus actuellement reconnues.

En admettant que les Julodines constituent le groupe ancestral des Buprestes vivants, nous remarquons que les espèces qui le composent ont le mésosternum entier, les pores antennaires diffus sur les deux faces des articles et l’écusson invisible.

Le genre Julodis, tel qu'il est admis aujourd'hui, comprend une série d'espèces de la région sudafricaine, présentant une anomalie qui peut paraître déroutante au premier abord; loin d’avoir, comme les autres espèces du genre, la cavité sternale formée en entier par le mésosternum, elles l'ont largement formée par le métasternum, avec les branches latérales du mésosternum très courtes.

Le faciès et les caractères de cette série d'espèces, à l'exception de la taille, qui est toujours inférieure, répondent à ceux des autres espèces du genre et permettraient difficilement de les en séparer, sans la constatation de cette importante modification sternale. Elles forment, par cette particularité, un passage au genre Amblysterna J. Thomson, qui possède également le sternum divisé. Ce sont des Julodines aberrants ou plutôt supérieurs, faisant exception à une règle générale; mais loin d’infirmer une théorie, ils la confirment, au contraire, puisqu'ils permettent de constater un phénomène qui se reproduit pour toute la succession des tribus.

Le tronc (Julodines) a donné naissance à trois branches principales, dont les deux premières (Po- Lycestines et Thrincopygines), ont le mésosternum entier, et le troisième {Chrysochroines) le mésosternum divisé.

Parmi les Polycestines, un genre (Acmæodera) n’a pas l’écusson visible; il se rapproche par là des Julodis, avec lesquels il à une certaine analogie de forme, mais il a les fossettes porifères des antennes terminales et n’a pu, en conséquence, donner naissance aux genres de la tribu dans laquelle on le range et qui ont ces fossettes internes ou inférieures. Il a, en outre, les crochets des tarses dentés, caractère propre aux Buprestes supérieurs et qui se remarque aussi dans la série ascendante des Polycestines, qu'il y à lieu de subdiviser en trois groupes (Acmæodérites, Ptosiünites et Polycestites), dont le dernier à probablement donné naissance à un groupe curieux, constitué par la tribu des Schizopines, essentiellement américaine, rameau extrême de la branche principale et dont les espèces ont une analogie de faciès frappante avec certains Chrysomélides.

La deuxième branche, celle des Thrincopygines, est formée par le seul genre T'Arincopyg'e, comprenant quatre espèces de l'extrême Occident (Californie, Texas, Mexique) et ayant le mésosternum entier, les pores antennaires diffus sur les deux faces des articles et l’écusson visible; leur faciès les rapproche des Buprestides vrais.

Les Chrysochroines viennent ensuite constituer la troisième branche principale; cette tribu commence la série des Buprestes à mésosternum divisé, c'est-à-dire que, tout en concourant à former la cavité sternale, il n’y intervient plus que par ses branches latérales et permet ainsi au sommet du prosternum de s'adapter contre le métasternum. Cette branche a donné naissance à tous les autres Buprestes, par la tribu des Chalcophorines, que nous avons Cru pouvoir séparer de la précédente, à cause du mode de diffusion des pores antennaires, qui commencent à se concentrer dans des fossettes éparpillées, au lieu d’être disséminés sur les deux faces des articles et aussi à cause de l'apparition de l’écusson.

Quatre rameaux sont issus des Chalcophorines ; les trois premiers faisant partie de la série des Buprestes à mésosternum divisé et le quatrième commençant celle des Buprestes supérieurs, ayant la cavité sternale formée par le métasternum seul, les branches latérales du mésosternum étant très courtes et refoulées sur les côtés, quand elles ne sont pas invisibles ou nulles.

Le premier rameau est formé par la tribu des Sphénoptérines, ayant les fossettes porifères terminales et l’écusson élargi. Il doit exister entre ce oroupe et celui dont il descend une longue série d'intermédiaires disparus, mais on constate une

grande analogie de faciès et de caractères secondaires entre certains Perotis et les Sphenoptera.

La tribu des Buprestines (Buprestides vrais) constitue le deuxième rameau, à fossettes porifères inférieures ; l’'écusson est très petit dans la majeure partie des cas. De ce rameau dérive le groupe des Anthaxites, à fossettes porifères terminales.

Le troisième rameau (Chrysobothrines) présente la particularité d'offrir, en avançant vers les formes les plus récentes de la tribu, des genres ayant d'abord les fossettes porifères internes, ensuite inférieures et, enfin, terminales; les genres qui le composent ont en outre l’écusson d’abord petit, ensuite médiocre et, enfin, très allongé; la cavité sternale est formée latéralement par le mésosternum et dans son fond par le métasternum, sauf pour le seul genre Belionota, qui peut être considéré comme le plus récent de la tribu, attendu qu’il a la cavité sternale formée en entier par le métasternum, les fossettes porifères terminales et l’écusson très développé. Sans que le faciès varie notablement, il nous conduit de la forme courte, trapue et subpentagonale, caractéristique de la tribu, à la forme allongée des Agrilus, dont le troisième rameau se rapproche également par le développement et le rapprochement des cavités antennaires.

Il s’est donc produit ici, dans une tribu tout entière, le même phénomène de transformation graduelle qui s’est remarqué déjà, à un degré moindre, dans le genre Julodis et qui se reproduit, dans toute son ampleur, parmi la famille entière.

Le quatrième et dernier rameau, comme nous l'avons dit précédemment, commence la série des Buprestes à mésosternum refoulé sur les côtés, c'est-à-dire avec la cavité sternale formée par le mésosternum seul. À sa base se placent les Stigmo-

Un écusson

Pas d'écusson visible,

dérines qui, par les Hyperantha et par d’autres genres sud-américains, ont pu donner naissance aux Agrilines. De ces derniers dérivent incontestablement les espèces du groupe des Trachytes qui s’y rattachent et que l’on peut considérer comme des À grilus perfectionnés, attendu qu'ils présentent au plus haut degré, la faculté de pouvoir insérer les antennes et leurs pattes dans des creux ou des rainures.

Des Agrilines descendent probablement aussi les minuscules Mastogénines, dont le faciès rappelle étonnamment celui de certains Nitidulides.

Nous résumerons, dans un tableau schématique, l'ensemble des considérations qui précèdent.

Mèsosternum entier Meésosternum divisé Mésosteraum refoulé sur les côtés. Schizopini ; t TRACHYIES Mastogemini | La Pare) Acmrodera(1) Polycestini (pars) Sphenopterini Axruaxres Bchonota Agrilinig | | | l | Polycestini (pars) j Chrysobothrini Stigmoderin: '

Buprestini

Fhrincopygini : Chalcophorini

Acmaæodera | Chrysochroini |

11 y lieu d'observer combien le groupement qui résulte de ce tableau se rapproche, à quelques

(x) Le genre Acmæodera seul vient se placer avec les Buprestides sans écusson et en mème temps il se range parmi les Buprestes à fossettes porifères terminales ; il constitue par cela même un groupe spécial parmi les Polycestines.

Julodini |

Terminales

gt

ee | É

antenuaires diffus

Pores

Fosseuter Porifères

exceptions près, de celui de Lacordaire, si réfractaire pourtant aux idées transformistes. Seuls les Polycestines et les Sphénoptérines sont déplacés, tandis que les Chrysobothrines et les Stigmodérines, simplement intervertis, restent à la place que leur assigna le génie classificateur de l'auteur du GENERA DES COLÉOPTÈRES; remarquons aussi que les groupements demeurent pour ainsi dire intacts dans leur ensemble, et je doute que dans l'avenir on parvienne à mieux les ordonner que ne l’a fait le maître incontesté de la science coléoptérologique pendant la seconde moitié du xIx° siéele.

Tableau synoptique des tribus

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