‹ Monographie des Cicindélides = ou, Exposé méthodique et critique des tribus, genres et espèces de cette familleChapitre 1 sur 38 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La place que doit occuper la famille des Cicindélides dans Tordre des Coléoptères est subordonnée à la question de savoir quel rang il convient d'assigner dans la méthode naturelle aux espèces carnassières et à celles qui ne le sont pas. Il n'y a que deux opinions parmi les entomologistes à ce sujet. Linnée , Fabricius , Olivier et leurs contemporains ont assigné la première aux Lamellicornes ; de nus jours, MM. Hope, Burmeister et Blanchard ont de nouveau réclamé la priorité en faveur de ces insectes, les deux derniers s'appuyant principalement sur ce fait, que leur système nerveux est à son maximum de concentration, les ganglions de s;i chaîne abdominale étant réunis, chez la plupart d'entre eux, en une gioss. masse située sous le thorax. Malheureusement , ce système varie parfois

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d'une manière si grande dans les limites d'un même groupe , qu'il

ne se ressemble nullement ehez des espèces d'ailleurs Ires voisines sons tous les autres rapports; en outre, la valeur attribuée à la centralisation de ees ganglions iboraciques et abdominaux parait avoir été singulièrement exagérée, ou, comme dit M. de Siebold, il \ a des objections sérieuses à faire sur la valeur qu'il faut lui attribuer.

Erichson, M. L. Redtenbacher et Lacordaire se sont conformés tous trois à l'usage généralement suivi depuis Latreille, de mettre les espèces carnassières en tête de l'ordre des Coléoptères , et l'on peut invoquer les considérations suivantes en laveur de la prééminence accordée aux Carnassiers. Parmi les Vertébrés, dit Lacordaire (1), c'est le plus ou moins de ressemblance avec l'homme qui décide de la place que chaque groupe doit occuper dans l'échelle zoologique, ('liez les Invertébrés, ce terme de comparaison faisant défaut, il faut recourir à un autre, qui ne peut être . ce me semble , que la nature des rapports que ces animaux ont avec le monde extérieur. Or, comme ces rapports sont principalement déterminés par le genre de nourriture, celle-ci joue dans la question dont il s'agit un rôle de premier ordre. Si cela est admis, il est incontestable que les substances animales sont d'un rang; supérieur aux substances végétales, et que, parmi les premières, il en est de même de celles qu'anime la vie à l'égard de celles qui en sont privées. A. ce point de vue, on ne saurait douter que les Coléoptères carnassiers doivent être placés en tète de l'ordre.

Cette question, du reste, est subordonnée à une autre plus générale encore, celle de l'idée qu'on se fait des rapports que les êtres vivants ont entre eux \prcs ce qui vient d'être dit, j'ajouterai que les espèces carnassières mollirent, dans leurs rapports les plus essentiels avec le monde extérieur, un degré d'intelligence fort supérieur aux autres. En effet, elles doivent chercher el chasser leur proie, elles ne dépendent pas de cette dernière, mais bien de l'intelligence qu'elles possèdent à se la procurer; ici donc, si l'on calcule les actes de ces animaux, on verra que leurs facultés intellectuelles sont développées jusqu'à un degré assez élevé; Les coprophages el les phytophages, eux, se nourrissent des détritus animaux et des plantes (pie la nature a placés sous leurs pas et qui sont spécialement destinés à ces insectes; leur

1 Gel). Col., v. 1, p. XVII

DES CICINDÉLIDES.

existence ne dépend pas de leur savoir-faire à se procurer leur nourriture, niais bien de cette dernière, et la preuve, c'est que lorsque celle-ci disparaît. ils meurent et disparaissent avec elle. Dès lors, en supputant ('gaiement les actes de ces animaux, on voit que leurs facultés intellectuelles sont moins développées que chez les carnassiers. Or, là où ces facultés sont plus grandes, le système nerveux doit être, sinon plus développé, du moins plus parfait; et si la perfectibilité de ce dernier est le critérium de la place qu'on doit assigner aux êtres vivants dans l'échelle zoologique, il est évident que les carnassiers, possédant la plus grande part d'intelligence, ce qui suppose, par conséquent, le système nerveux le plus parfait, doivent occuper aussi le premier rang dans la hiérarchie entomologique. Je aisse aux anatomistes le soin de décider si la théorie s'accorde avec un fait qui me semble être démontré par la pratique.

Les Cicindélides , les Carabides, les Dytiscides et les Gyrinides font partie d'un groupe très naturel que Latreille désigne sous le nom de carnassiers et Clairville d'adéphages, groupe dont les espèces se nourrissent exclusivement de proie, et ont en commun un certain nombre de caractères modifiés par la nature, pour vivre, les uns sur la terre (carnassiers terrestres), et les autres dans l'eau (carnassiers aquatiques \ Le premier rang parmi ces groupes doit être assigné aux Cicindélides, à raison de la plus giande perfection de leurs organes, et surtout de leurs organes buccaux , pour la haute intelligence dont ils font preuve en chassant leur proie, pointeur agilité remarquable, ainsi que pour la beauté de leurs parures, qui ont fait donner à ces insectes, par les entomologistes anglais, le nom pittoresque de « Tiger-Beetles » ou Coléoptères-Tigres

Chacun a eu occasion d'observer, par un jour de soleil, ces féroces mais intéressants petits animaux dans l'arène de leurs ébats. Tantôt immobiles, on les croirait pétrifiés; tantôt déployant leurs ailes, ils fuient avec la rapidité de I éclair ; leur vol, cependant, n'est pas de longue durée. Lorsque le Cicindélide aperçoit une proie, il se précipite sur elle, la saisit dans ses redoutables mandibules, et la dévore aussitôt. Quand il est lait prisonnier à son tour, il se débat très violemment et tâche de mordre en ouvrant et en fermant ses mandibules. Après sa mort, il devient souvent la proie de ceux dont il avait été la terreur. Les fourmis et les nécrophages, ces hyènes, ces fossoyeurs entomologiques ne tardent pas à

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