‹ Monographie des Cicindélides = ou, Exposé méthodique et critique des tribus, genres et espèces de cette familleChapitre 2 sur 38 · VIII MONOGRAPHIE · texte numérisé non relu

VIII MONOGRAPHIE

venir se repaître de l'ennemi tombé, et, comme le lion mourant, le Cicindélide reçoit le coup de pied de lane. Il n'a aussi qu'un temps, et quand le bon Horace dit : « Carpe diem, » il s'adresse autant aux insectes qu'aux hommes, qui n'ont, comme tout ici-bas, qu'une existence éphémère.

Certains Cicindélides sont aptères \ quelques-uns exhalent une odeur assez forte. A la différence des Carabides ils se réfugient beaucoup moins sous les pierres ou autres endroits analogues. En revanche, pendant les temps froids et pluvieux, ils s'enfoncent dans le sable, ou cherchent ii ii refuge dans les trous creusés par d'autres insectes. Pendant la belle saison chacun d'eux vit dans sa localité. Il y en a qui habitent les forêts ou les sentiers ombragés; d'autres se trouvent entre les herbes, sur les feuilles des arbres et des plantes aquatiques, ou dans les endroits découverts, arides ou sablonneux. Il y en a qui fréquentent les bords des rivières, des lacs et des marais. Enfin on en rencontre un très grand nombre d'espèces sur la plage de tous les océans, rasant le bord des lames qui viennent s'y briser, fuyant comme l'hirondelle à travers l'écume des vagues, disputant le terrain à la marée montante, se posant fièrement devant l'orage comme pour braver sa puissance, et disparaissant au fond de leurs trous au premier froid ou à la première goutte de pluie, pour en ressortir au premier rayon

de soleil.

LeCicindélide en face de l'Océan, quel atome imperceptible devant l'immensité !

D'après Lacordaire, le corps des larves de cette famille se compose de treize se rménts v compris la tète. Cette dernière est grande, cornée, horizontale, un peu allongée en arrière, exca\ée en dessus et renflée inféi ieurement ; le front s'avance entre les mandibules sans former d'épistome distinct. Elle porte de chaque côté quatre \eux arrondis, deux gros supérieurs et deux petits inférieurs situés plus en avant. Les antennes sont filiformes et composées de quatre articles. La bouche se compose de deux mandibules longues, arquées, pointues et armées à la base d'une forte dent aiguë; deux mâchoires dont la pièce articulaire est très allongée et oblique, la pièce interne cylindrique, terminée par une épine crochue portant un palpe de quatre articles; une lèvre inférieure dont le menton est très court, soudé à la base de la tête, et la languette charnue,quadrangulaire, hérissée en avant de longs poils

1)1. S CICINDEL1DES.

et munie de deux palpes également charnus, dont le support est allongé. Les palpes sont de longueur médiocre et composés de cinq parties distinctes ordinaires; les tarses sont armés de deux crochets inégaux. Les trois segment thoraciques sont entièrement cornés en dessus; ceux de l'abdomen le sont seulement par places; le prothorax est de la largeur de la tête; le huitième est le plus grand de tous, comme bossu , et muni en dessus de deux crochets cornés recourbés en avant; le premier porte un appendice anal conique. Il y a, comme de coutume, neuf paires de stigmates, dont la première est située sous le prothorax, immédiatement en arrière d'une élévation charnue; les autres occupent les huit premiers segments abdominaux.

Les larves, dit ce savant entomologiste, creusent dans le sol, à l'aide de leurs mandibules et de leurs pattes, des trous cylindriques d'un pied de profondeur et plus, en se servant de leur large tète pour porter au dehors les particules de sable et de terre qu'elles ont détachées. Quand ce travail est terminé, elles se tiennent en embuscade à l'entrée de leur habitation en en bouchant l'ouverture avec leur tète et leur prothorax, de façon a ce que ces organes se trouvent au niveau du sol environnant; les crochets dont leur huitième segment est pourvu leur servent à se cramponner aux parois de leur trou. Quand un insecte vient à passer à portée, elles le saisissent avec leurs mandibules en rejetant brusquement leur tète en arrière, et l'entraînent au fond de leur retraite où elles le dévorent. Cest dans le même lieu qu'elles subissent leur métamorphose, et l'on dit qu'elles en ferment l'entrée quand elles sont sur le point de se changer en nymphe.

On connaît depuis assez longtemps les larves des Cicindela hybrida et campestris ; depuis, on a découvert celles de trois Metjacephalitcs de l'Amazone et celle de YEucallia Boussingaultii; sous le rapport de l'organisation et des habitudes, elles ressemblent aux Cicindela d'Europe.

L'histoire de la famille qui nous occupe commence , pour ainsi dire , avec Linnée, et voici quel était l'état de la science à son époque. Il avait rangé quatorze espèces dans les Cicindélides sous le nom générique de Cicindela; sur ce nombre, neuf espèces seulement leur appartiennent aujourd'hui, les autres ayant été placées parmi les Carabides. Ces espèces sont les suivantes: (Syst. Naturœ, 12e édition.')

Page 1