Ilisloire de lu filiation cl da la miijraliuii des pcujn
«liminuei- la puissance divine [xhii- no voir en tout que des causes matérielles et aveugles, d'admettre la progression et le perfectionnement du langa}:[e , de nier que le premier homme ait possédé une langue autrement qu'en puissance, c'est-à-dire comme un don et une l'arulté innée en lui d'exprimer ses idées.
Nous n'avons pas à nous soumettre à ces théories qui ont contre elles la raison et une autorité que l'on ne saurait sans témérité révoquer en doute. Autant par conviction que pour l'honneur de Dieu et de l'humanité nous devons admettre que le langage est d'origine divine et non humaine, parce que le chapitre second de la Genèse ne nous montre dans l'homme ni embarras, ni besoin d'une longue réflexion, lorsqu'il le présente comme mis en demeure de nommer les êtres de la création. La parole, dit Ennemoser, jaillit de ses lèvres toute créée, lumineuse et exprimant les qualités essentielles des êtres qu'il derait spécifier et distinguer dans son langage. « Omne enim quod vocavit « Adam animœ vicentis ipsum est nomen ejus. » Voilà la vérité pure et simple. Bien qu'elle prenne sa source dans l'ordre surnaturel (que les partisans du naturalisme appellent à tovtsymbolistne, puisqu'il est bien plus réel que l'ordre physique) , cette vérité satisfait l'intelligence parce qu'elle porte avec elle ses preuves, ce que ne font jamais les hvpothèses. En efi"et, les noms des animaux et des autres êtres, dit saint Thomas d'Aquin, doivent convenir à leur nature, et le premier homme dut posséder la connaissance de la nature des animaux et des autres êtres, puisque les noms qu'il leur donna sont leur véritable désignation, d'après la Bible.
Mais comme la connaissance est la possession d'une science et qu'elle exclut, par sa définition même, l'idée de la spéculation, du travail graduel qui se fait par la déduction ou la comparaison, nous sommes amenés à conclure que puisque Adam eut une connai.ssance générale de la nature des êtres, il la reçut par une infusion divine et qu'elle ne fut pas le fruit de son expérience; car il n'avait pas encore eu le temps d'acquérir cette science lorsqu'il nomma les animaux. Maintenant qui ne voit que cette connaissance infuse de la nature des êtres, requiert nécessairement une parole parfaite et innée, c'est-à-dire en acte, et non pas seulement la simple faculté du langage? Ceci revient à dire avec le poète, d'une manière moins aride, mais aussi juste :
« Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, « Et les mots pour le dire arrivent aisément. »
Donc, puisque la parole est l'expression de la pensée, nier que le premier homme ait parlé une langue toute formée en lui par intui-
tion, c'est nier qu'il ait pensé dès les premiers instants de son animation, c'est infliger à la raison et à l'intellect humains une humiliation qui nous révolte et que Dieu lui-même ne nous impose point. En coûte-t-il davantage de croire que le premier homme ait été créé parlant que d'admettre qu'il l'ait été pensant, c'est-à-dire raisonnable? Un linguiste distingué trouvait la chose bien difficile à croire parce que, dit-il dans son livre, on ne saurait dire que le créateur ait fabriqué des grammaires et des lexiques pour l'enseignement du premier couple.
Cette raison est mesquine. Les peuples sauvages ont-ils des dictionnaires et des grammaires? apprennent-ils par cœur les racines, les déclinaisons et les conjugaisons de leurs belles langues? Non. Toutefois un enfant sauvage de cinq à six ans possède mieux sa langue — et quelle langue inextricable! - que plus d'un académicien ne° possède la sienne. Quel est donc l'instrument qui leur communique cette science? L'aptitude naturelle, une sorte d'intuition ou d'instinct du langage et la constance de la tradition orale reçue par l'organe des parents. Un sauvage apprend aussi naturellement à parler It à bien parler qu'à manger et à marcher.
Qu'on mette Dieu à la place des parents, et l'on comprendra comment le premier homme a pu apprendre sa langue en moins de temps qu'il n'est nécessaire à un enfant sauvage.
Mais il s'agit bien de tâtonnements semblables lorsqu'il est question de création. Quoi ! celui qui a su faire la langue et l'oreille de l'homme n'aurait-il donc pu le faire parlant? Et nous, qui volontairement ou forcément admettons la création de l'homme doué d'intelligence et de sens exquis, pourrions-nous considérer comme un fait irraisonnable, inadmissible, la création de la parole? Il répugne à la perfection de Dieu que tous les êtres qu'il a créés ne l'aient été à l'état parfait; or il est delà perfection de l'homme raisonnable et pensant de parler sa pensée et de faire acte de sa raison; sans quoi l'une et l'autre ne seraient plus que des puissances endormies et illusoires. On voudrait faire du premier homme une sorte de muet, tandis que la Genèse mosaïque et celle de nos indiens disent qu'il parla dès le commencement. En effet, les traditions déné-dindjié placent le premier homme, qu'elles nomment Kuùyaù (le sensé;, en présence des animaux, et elles les lui font dénommer avec cette môme justesse d'expressions dont il est parlé dans la Bible.
Il nous paraît que les défenseurs du langage progressif oublient trop que l'homme est un être essentiellement sociable, et que la société .«=0 constitua dès l'origine du monde, comme nous l'apprennent non-.soiilement le Penlateuque (Genèse, ch. iv, v. 17) , mais encore les ancien-
«es chronologies des Égyptien., dos GliaUlecns et des Chinois. Or, on admet géncralomeut que le premier homme fat doué de toutes les perfections corporelles, parce que, devant être le principe du genre humain, il devait être apte à engendrer aussitôt. Lh bien donc pai la même raison, on est nécessairement obligé d'admettre qu Adam dut nos<.éder également la connaissance intuitive des choses et une langue innée moven sine qua «on de transmettre cette science, parce qu'il devait être ie premier mentor de la société future, par l'instrucUon, la dh-ection et le gouvernement de ses descendants.
Je dis une langue innée et non pas seulement la puissance ou faculté du lan-a-e, parce que le parfait précède toujours l'imparfait, parce que les%hoses qui iront qu'une faculté ou puissance ont toujours besoin pour être réduites en acte, d'un être agissant par lui-même. G est ainsi que la semence, qui contient l'arbre en puissance, c'est-à-dire qui a la faculté de germer, ne le produira que tout autant qu'un agent inïelli-ent la placera dans les conditions requises pour la végétation. C'est" ainsi qu'une boule, qui a la faculté ou puissance de rouler, n'en fera jamais l'acte, si un agent animé et qui possède en lui-même le mouvement, ne le lui communique. N'est-ce pas de celte manière que les coryphées de l'art médical expliquent le mystère de la génération animale 2 Eh bien, celui de la génération intellectuelle qui s'opère par la parole lui est relativement comparable : Bien que les descendants du premier homme possédassent la puissance du langage, ils n'auraient jamais parlé, si celui qui eii possédait la science en acte ne la leur eût communiquée par l'éducation. Mais lui a dû jouir de l'intuition du lanrra<^e et non pas seulement de sa faculté. Cela coule de source. "^ Le fond de ce raisonnement nous est encore fourni par le disciple d'Albert le Grand. „ , ,
A en croire certain philosophe, les beautés, la logique, 1 enchaînement l'ordre merveilleux qui se font remarquer dans les langues des peuples enfants, dans ces idiomes qui n'ont pas été touchés, remanies et refondus par la main de l'homme ou par le mélange des races, comme l'ont été le français, l'anglais, l'italien, etc., seraient dus, non point à la suprême intelligence qui a créé celle de l'homme et a donné à chaque intellect un génie et une autonomie propres, mais à des causes accidentelles, aveugles, irrationnelles, déraisonnables même. De sorte - que nous raisonnons et que nous parlons parce que nous sommes déraisonnables. Quelle logique 1 Après avoir longuement débattu l'origine du langage, voici comment ce linguiste conclut : « Il résulte de tout ce « qui est°dit ci-dessus que le hasard, le caprice, Vionorance et une foule « de circonstances tant locales que personnelles ont concouru h la for- « matio«ûri3'i«f//e des langues. «
Avec une seule phrase, un livre unique dans le monde et qui a des raisons contre tous les sophismes, renverse cet échafaudage lahorieusement et pesamment élevé ; et cette phrase étonnante qui n'a pu émaner naturellement d'aucune intelligence humaine est celle-ci : « Au comtt mencement était la Parole; et la Parole était en Dieu; et Dieu était 0 lui-même celte Parole; et tout a été créé par Elle; et sans Elle rien a n'a été fait. » Donc, puisque l'homme est l'œuvre de cette Parole divine qui est en même temps vie, intelligence, raison et vérité souveraines, et qu'il est dit ailleurs qu'il fut fait à son image, avouons aussitôt que l'homme a dû être créé parlant, que la parole humaine et créée est comme l'écho et l'image de la parole créatrice, et que, du moment que le Verhe de Dieu, qui est aussi son Intelligence, se fut révélé et communiqué à l'homme pour illuminer son esprit, « quw illuminât om^ « nem liominem venientem in hune vtundum, » celui-ci a dû nécessairement parler et posséder, comme dans leur source, tous les arcanes du langage.
Ceci nous semble être le corollaire des raisons données plus haut. La comparaison de nos langues policées et philosophiques, avec les idiomes prétendus barbares et rudimentaires de l'Amérique du Nord, en est une nouvelle preuve.
Que voyons-nous dans les premières de ces langues que nous disons avoir fait progresser en les remaniant? Un mélange diffus et hétérogène , des termes empruntés à tous les idiomes , des tournure.? bizarres et étrangères, la perte presque totale de l'originalité primitive et de la science des mots, l'impossibilité de créer des termes nouveaux sans les puiser dans les langues mortes.
Examinez maintenant les idiomes parlés par les peuples-enfants des steppes glacés de l'Amérique du N'ord. Vous j remarquerez une expression concise, juste, logique et philosophique, une terminologie originale et imagée, bien souvent renfermée dans un monosyllabe invariable qui dépeint dans les êtres celle de leurs qualités qui frappe le plus l'esprit; et cela non pas seulement par onomatopée, mais bien par la valeur littérale et intrinsèque des consonnes; de telle sorte que, étant donnée une échelle-étalon de l'application de chacune des lettres à quelque ordre d'idées ou à quelque espèce dêlres, on y observe constamment que les mêmes consonnes sont toujours affectées à représenter phonétiquement toutes les idées ou tous les êtres qui appartiennent aux classes auxquelles elles président.
Mais, ces langues logiques, les hommes qui les parlent ne les uni point ou presque point altérées, du moins systénialiquc-ment et en tai.l qu'idiomes. Quant aux dialectes, ils ont évideuimenl pris uaissauco sur le continent américain lui-même.
Siui^ulior phénomène! malgré sa décliéanco morale et inlollectuello , le sauvage trouve toujours, dans la constitution essentielle et intrinsèque (le sa langue, un terme nouveau pour exprimer une chose nouvelle. 11 a su nommer avec justesse, de prime abord et avec cette originalité qui l'accompagne en tout, les objets que le commerce des blancs lui a apportés. Un académicien se glorifierait de ces expressions. L'usage de ces objets, la traite des pelleteries, la connaissance et la pratique du christianisme lui ont fait créer, spontanément et avec appropriation parfaite, une foule de termes nouveaux et dont l'idée ne leur était point encore venue, parce que les objets qui la réveillèrent n'avaient pas encore frappé leurs sens. Mais, encore une fois, ces mots, l'Indien les trouve dans la substance de sa langue maternelle, aisément, sans contention d'esprit, sans avoir recours à des idiomes ou même à des dialectes étrangers. C'est l'œuvre de la nature, c'est le fruit d'une connaissance neuve, c'est l'acte ou jugement de la raison dont le créatour l'a doué; et non pas le produit sans nom du Itasard, du caprice et encore moins de Vignorance.
Ce dernier mode d'explication serait un phénomène d'aberration plus inconcevable que le phénomène ethnologique qu'a voulu expliquer Duponceau.
Une seconde et plus forte preuve de ce que j'ai affirmé, je la trouve dans l'immense différence qui existe entre la beauté, la rectitude et la logique des idiomes sauvages, et l'abjection actuelle des peuplades qui les parlent. Nous avons, en effet, sous les yeux cette contradiction flagrante : d'un côté, des langues rationnelles, riches en termes variés, j'allais dire philosophiques , et qui sont tout au moins l'expression d'une haute intelligence; de l'autre, des débris de peuples ignares, incapables d'idées fort élevées, de raisonner leur langue, de se rendre compte des mots qu'ils ont jusqu'ici employés. La beauté de la langue a donc survécu chez eux à la dégradation de l'intelligence ; elle est comme l'image parfaite d'un bel homme décédé ou moribond ; les lignes du portrait, le coloris de la peinture témoignent de ce que devait être le prototype; mais celui-ci a disparu ou va disparaître pour toujours. Ainsi en est-il de nos Déné-dindjié : les contradictions qui se font remarquer entre leur langage et leur intelligence sont là pour attester que tout chez eux dénote une immense ruine; mais que leur langue est la tradition la plus parfaite de leur passé , le portrait le plus fidèle de leur histoire, la preuve la pl'is convaincante de la divinité du langage.
On a divisé les langues : 1° en monosyllabiques ou isolantes; 2" toxiraniennes ou agglutinées, ou encore juxtaposées; 3° pnlysynthéliques ou encapsulées, ou encore incorporantes; et enfin 4" en langues infleclèes, qui se divisent en aryennes ou iudo-européennes et en aramécnnes ou sémitiques.
Mais celui-là serait par trop exclusif ou animé d'un esprit par trop paradoxal qui, de cette classification appuyée sur des rapports généraux et motivée par le besoin d'ordre que réclame notre intelligence, voudrait faire des catégories génériques s'excluant foncièrement et contradictoirement l'une l'autre, comme Tidée de nuit exclut celle de jour; ou Lien des degrés et des stages que l'esprit humain aurait subis dans sa prétendue marche progressive vers une perfection idéale. Sans doute entre beaucoup de langues on peut observer des liens de filiation et de descendance ; mais il serait faux de nier qu'il n'y ait point eu parallélisme entre plusieurs d'entre elles. Ceux qui considèrent, et avec raison, le sanscrit comme racine par rapport au grec et au latin , admettent bien que ces trois langues, séparées d'une souche inconnue et plus ancienne encore, ont marché de pair sous certains rapports, et que toutes les formes grecques ou latines no proviennent pas du sanscrit. Le germain ou celte modifié, le persan, ont moins de rapports avec lui, sinon dans les choses essentielles. Toutefois, le sanscrit, langue aryenne ou inflectée, présente en outre, d'après Klaproth 1, des similitudes de formes et de mots avec le phénicien ou araméen, l'étrusque, l'égyptien, l'éthiopien, toutes langues uémitiques; avec le scytlio ou goth, langue agglutinée; avec le chinois et le japonais, langues isolantes; et même avec le péruvien, langue incorporante.
On ne peut donc pas avancer qu'il serait aussi contradictoire de dire qu'une langue appartenant, par exemple, à la classification polysynthétique, oflFre des rapports avec les langues aryennes, qu'il le sei-ait de parler d'une lumière ténébreuse ou d'une nuit lumineuse; et cela je le prouve. Il y a une contradiction aussi parfaite entre l'idée de lumière et celle de ténèbre qu'entre l'idée d'être et celle de néant; tandis qu'il ne répugne pas plus qu'une seule et unique langue possède deux ou plusieurs formes différentes entre elles, qu'il ne répugne
1. MiMnoiro sur les lan^'ues sémitiques, cité par le Diclionv.airc d'anlitrofologie de Migue.
qu'un homme ait on même temps du sang européen et du sang africain dans les veines, c'est-à-dire qu'il soit métis, sambos ou mulâtre.
La contradiction existerait si, étant admis, par exemple, qu'une langue est essentiellement et entièrement agglutinée, on disait en même temps qu'elle est inflectée; parce que les deux qualités d'agglutination et d'inflection s'excluent l'une l'autre sur le même chef. Mais qu'y a-t-il de contradictoire à dire qu'un idiome possède à la fois des caractères propres aux langues monosyllabiques, inflectées, agglutinées et polysynthétiques? De Maistre n'a-t-il pas démontré qu'il existe un grand nombre de mots formés par incorporation dans le latin et dans le français? Ne Toyons-nous pas une foule de mots en grec, en allemand, en anglais et même en notre belle langue, qui doivent leur formation au système qui régit les langues agglutinantes? Cependant le latin, le grec, le français, l'allemand, l'anglais sont des langues inflectées. Le chinois et même l'égyptien n'offreut-ils pas des exemples de réluplicatif comme les langues malaises et polynésiennes? Et pourtant le chinois est la langue monosyllabique par excellence.
Eh bien, les savants, devant lequels je m'incline et auxquels j'abandonne le soin de trancher la question en dernier ressort, ont dans le dénè-dindjié un idiome qui présente plusieurs phénomènes dignes d'étude et de comparaison. 1° Il n'olfre pas le plus mince rapport de terminologie avec l'esquimau et l'algonquin, ses deux voisins du Nord et du Sud, à l'exception de deux mots qui ne sont étrangers aux dé7iédindjié que parce que les êtres qu'ils dépeignent leur sont entièrement inconnus. Je veux parler du nom du phoque (natchok", mot esquimau), et de celui de l'esturgeon (najnew, mot cris).
2" Le déné-dimljié se divise en une multitude de dialectes répandus sur des milliers de lieues carrées, et dont je ne cite dans mon dictionnaire qu'une dizaine. Trois de ces dialectes s'y trouvent au complet, à savoir : le dialecte méridional ou Montaguais (Déné), le septentrional ou Loucheux (Dindjié), et le médiant ou Slavo-Peau de lièvre {Dénè, diiié, dune). Dans ces langues, les différences portent sur les mots dérivés et sur ceux qui sont formés par polysynthétisme, mode de formation linguistique que je crois, pour cette raison, récent et particulier à l'Amérique. Les corrélations reposent, au contraire, dans lesmots monosyllabiques ou disyllabiques, c'est-à-dire dans les noms des objets qui ont dû frapper primitivement l'esprit des Déné-dindjiè .
Même en ces derniers mots, les variantes consistent dans la mutation des voyelles, tandis que les consonnes demeurent invariables, comme dans les dialectes araméens ou sémitiques; ou bien ils sont soumis à ces mutations entre lettres du même organe, dont nous parlerons au chapitre de l'alphabet.
3° Enfin le déné-dindjiè revêt des formes multiples et possède des caractères propres aux quatre classifications de langues dont il a été parlé plus haut. Nous allons en faire la comparaison.
Gomme les langues monosijliabiqties, le chinois entre autres, le Dènèdindjié n'a ni genre ni pluriel, et il exprime ce nombre par les adverbes tous, beaucoup. Dénè, un homme; dèné-l'cin, les hommes, beaucoup d'hommes; dènè orchjon ék'^a dacdi, les hommes disent ainsi. Les pronoms personnels subjectifs n'existent pas davantage. Ils sont remplacés par une lettre, par une aspiration, même par une sorte de hiatus qui indiquent la personne qui fait l'action.
Les pronoms possessifs et les pronoms complétifs sont les mêmes ; ils n'ont ni genre, ni nombre, et signifient simplement me, to, le, nôtre, voti-e, leur.
Le déné-dindjié renferme un très-grand nombre de racines monosyllabiques invariables, qui, au moyen des éléments pronominaux dont je viens de parler, se convertissent en verbes simples, sans aucune flexion terminale, ou bien s'allient par juxtaposition à d'autres racines pour former des mots composés. Ex. cash, cicatrice; esçash, je ronge; sliapai/t, bouche cicatrisée; défos/t, rongeur; l ùs-^ash, couteau à raser, à gratter, tsel-^ashi, démangeaison, etc.
Quelque considérable que soit le nombre des monosyllabes, il n'est tel que parce que plusieurs d'entre-eux sont écrits par nous dans une orthographe qui indique, autant que faire se peut, la divergence de prononciation de mots qu'en français nous écririons tous de la même manière. C'est ainsi que tsa signifie en dénè: castor, couvre-chef, cache à viande, sec; tsé : femme, mal, bouton, clou, immondice, pus, pleurs, démon, péché, rebut, aperture ; tsi : porc-épic, vermillon, neige poudrante, glace en aiguilles; tso : lichen, conique, verge, etc. Tout dépend de l'accent ou esprit que l'on donne aux consonnes et du ton qui accompagne la prononciation. Par exemple, s/ta, prononcé sur un ton élevé, signifie longtemps, taudis qu'il veut dire martre lorsqu'on le prononce sur un ton plus bas.
Cette pauvreté fournirait malière aux quiproquos les plus bizarres si les Dènè-Dhidjié cultivaient les jeux de mots. Se tsalù signifie en mémo temps ma fille et mon crapeau; sélinyé ma fille et mon chien ; *c tchuné mon fils et mon oiseau ; se klélù mon balte-feu et mon basventre, etc., etc. Pour éviter l'amphibologie qui naîtrait decette similitude de termes, les Dènè-dindjiè disent se linyé en parlant de leur fille, et se linyé-riii (mon cliien-chien), ou se ttsin l^in (moi-à chien), en parlant de leur caniche. BœrvQut dire également : estomac, viande et ventre ; tchan : ventre e\ pluie ; 5a : soleil, lune, mois, montre, ours, bien.
bon, poui" moi ; f'rt : bûton, oie du Canada, cartes h jouer, fardeau, crépuscule, poil, etc., etc.
Plusieurs de ces monosyllabes sont les nirmos en chinois, si Ton tient compte toutefois de la flexion vocale. Ainsi, chesh, rhiit, chi, chic, cliia [F), chow (P), qui signifient également viontarinc, élévalion, en dènc-dindjic, se disent : chan, citou on chinois, et rliomj en moqiii (Nouveau Mexique).
Té, (éijé, ti, tii', tiyé (terre), en dènè-dhuijiê, se disent : li, tien eu chinois ; lia en coréen ; tlati en japonais; ti en tagal ; tamo en Tète-Plate, et tana en malais de Batan.
Kunè, /ifMHi', k'iné (maison, demeure, pavillon, tente), en dènè-din-
djiè, se rendent par : knng, hi, kiosk en chinois; kioiik en Yo-
koulta ou Tête-longue; ko, koiié en dahoméen; ka'inga on
maori. =: kon, k^on, konsh est un petit intérieur en dénè-
dimljié, tel que carquois, fourreau, gaîne.
Moijyéwon, éman (mère), en dènè-dindjié, s'expriment par : ma en chinois; omi en coréen; ama en malais, omm en arabe.
Sliaij, sh(i, chey, cha (sable), en dènè-dindjié, se rendent par cha en chinois.
ICè, k'iè, k'.ey, signifient pieds, souliers, en dènè-dindjié. Kioh en chinois et siki en malais, ont la même signification.
Bœr, hœd, pœ, ho, vœl veulent dire ventre en dènè-dindjié , comm(3 en coréen j^ok ; en malais prut; en tagal budck, et en maori ho pu.
Éné ! cnén ! nnhfn I veulent dire ô mère ! en dènè-dindjié ; comme iné en malais, ina en tagal et en suluk, et inahan en bissayan.
Yù, yi, yu, zjc, niyè, signifient demeure, contenant, intérieur, vêtement en dènè-dindjic , comme iyé en japonais, yi-kien-yu en chinois.
Del, tel, édélô, ta, veulent dire sang en dènè-dindjic, comme dara en malais et daru en tagal.
Ela, œndé en dènè-dindjic, ta eu malais et mala en tagal, signifient également œil.
Oga, koka, kuhè (oie) en dènè-dindjié, se rendent par ga, en japonais, ngo en chinots, gansa en malais, kéyu en coréen, etc.
Je cite ces corrélations de termes pour accompagner celles bien plus capitales que j'ai dit exister dans la grammaire. D'ailleurs Klaprolh, citéparMigne,ditquec'estde la comparaison des mots et desformes que résulte le rapport le plus essentiel des langues, et non des pures simili-
tudes de formes grammaticales. On sait que les deux opinions sont également soutenables pourvu qu'on établisse, dans les mots compares, synonymie de signification en même temps que homophonie.
Un très-grand nombre de verbes dènè-dmiljié ont la forme la plus simple qui se puisse concevoir. Elle consiste à juxtaposer sans aucun lien le pronom personnel à un mot, à un adjectif ou à un adverbe. Ex. : être content:
s'inniyé : moi-content. nuyJinniyé : nous-contenls. n'inniyé: toi-content. nn'/Jinniyà : vous-contents.
Vinniyê: lui-content. ubUnniyé : eux-contents.
dènè-nniyè : homme (on)-content.
Et notez que sinniyé, etc. n'exprime pas le contentement tel que nous concevons cette idée en français. Rigoureusement il faudrait traduire ma-pensée-dans. Dans d'autres tribus, on dit ma-pensce-siir (s'innik''é) ; d'autres disent s'inni suntilaicè (ma pensée gaiement demeure, ou se meut en tournant).
Le passé se forme par l'addition de la particule ni, qui n'a aucune signification pris isolément, ou par l'affixe i qui en a encore moins. Le futur, par la particule icali ou ali.
Des adverbes tels que yukzozin, yéen (venir) et koitli, tlliè (bruit entendu), s'emploient égalementavec toutes les personnes et à tousles temps, sans avoir d'équivalents en français. Ainsi on dit dènè . yukpozin (homme-venir), pour quelqu'un vient ; dènè kditli (homme-entendre), pour on entend quelqu'un, i'zil' ttltè (on crie-bruit) pour on entend une clameur, etc.
Les racines verbales (lesquelles forment toujours la terminaison des verbes) peuvent se dégager des éléments personnels, s'isoler en quel- ,que sorte en perdant toute leur individualité, afin de s'unir à des mots auxquels elles la communiquent à titre de modifications adjectives. Ex.: elkkèsh, ça détonne, détonner; tV/-/.Ae(i/<j, bûton-dotonnant (fusil) ; nezun, il est bon, dzino-zun, ^ouv bon (beau-jour) ; deizen, il est noir; sas-zen, ours noir, dckoy, il est blanc; dèné-kay, homme blanc, etc. Toutefois les monosyllables adjectifs kkèdh, zun, zen, kay, ne peuvent exister séparés du mot qu'ils qualifient. Les noms ont la faculté de précéder le verbe comme affixes raodificatifs et de prendre alors la valeur d'adverbes.
En terminant ces rapprochements du dènè-dindjiê avec les langues monosyllabiques et isolantes, auxquelles il participe beaucoup, comme on le voit, je dois citer une forme verbale très-commune en Loucheux. Elle fait son présent comme sinniyé, par la juxta-position du pronom complélif l'i une racine verbale, son passé par l'atfixation
— rj —
do la vojcUo i, et son futur par celle de la particule Vè, Viy ou Ci. Ex :xi-"}jin, moi-jouer, moi-content; î-.s-i")/iî!, ai-moi-content; t'èij-xi- "ijin, serai-moi-content. Toutefois les particules i et fey ne sont point des auxiliaires et n'ont aucune signification prises isolément; ce sont des mots intraduisibles. Cette forme est inconnue dans les autres dialectes.
Enfin, un grand nombre de noms propres dè)iè-dindjié ont la plus grande ressemblance avec les noms chinois. Ils se forment comme eux de monosyllabes juxtaposés sans aucun lien entre eux. Tels sont les noms Si-tà-jen, Ki-yin ^ Tfa-tchon-ya, Si-ta-ka-ya,Tihvn-ya, Kko-jya, Kkza-'.on-kha, Nin-kon, Kkwi, Bœr-t'u, Ya-yun, Tsa-ltsi, Klo-kwa, Ta-t\il', Lyen, r^a-tchi, Vœ-lnn, Tdha-"ig, etc.
Les langues touraniennes connues également sous les noms de langues oiiralo-altaïques, tartares, mongoles, se divi.sent en idiomes ougro-finois, samoiëde, turc ou tartare, mongol et tongouse-mandchou. Voyons quels sont les caractères du Dénè-Dmijié qui conviennent à cette famille.
Comme les langues touranienneu, le àènè-d'mdju' présente un grand nombre de mots formés sans aucun lien, par agglutination, en conservant leur individualité respective. V. g. de t'a eau, vague, et de l'er fumée, nous avons Va-llérc eau-fumée, c'est-à-dire brouillard ; de ya ciel, de tsên crasse, et de l'emphatique «n, nous obtenons ya-unt'en. tempête ; de dzlné jour et de nulpi fondant, nous formons çel-dzini glace faible, récente, c'est-à-dire celle qui fond durant le jour; de tsan-tsané métal et du mêhie adjectif na/pi, nous avons tsan-lyèni plomb, métal fondant; la racine la, bout, extrémité, ajoutée au mot homme, dènè, forme dèn-inla (main, homme-bout); liée au mot maison yé. elle fait celui de toiture, de faîte, ijé-ola, (maison-bout) ; ajoutée au mot montagne, chiiv, elle signifie sommet, cime, dtiio-la, (mont bout); enfin jointe au mot eau. Va, elle veut dire embouchure, Va-tla, (eau-bout), etc.
La construction du dènè-dindjié est constamment inverse et rétrograde à l'instar des langues touraniennes ; mais les mots n'y sont pas soumis au genre de suffixation qui existe en Esquimau, quoique tous ceux qui expriment des rapports entre les membres d'une phrase soient 'poslposilionncls et non prépositionnels. Les postpositions y sont fort nombreuses, mais ne se lient pas aux pronoms et aux noms comme -suffixes, parce que ceux-ci conservent leur originalité propre. Ils en sont distincts et séparés, et toutefois on ne peut retrancher une postposition sans changer totalement la signification du verbe.
Les exemples de ce mode de construction sont d'autant plus abondants qu'on peut dire qu'ils constituent le fond de la langue dènè-din-
djié. V. g. sur terre : nni-okhè (terre-sur) ; dans ta maison : né-kuné yé (toi maison dans) ; viens avec moi : s'ef annéllé (moi avec fais) ; le bateau arrive ici : ttsi djian yuh'fOzin (Lateau ici venir) ; je l'ai abandonné : 6t'-pa t'iya (lui-de je suis parti) ; pourquoi es-tu arrivé sans moi ? Etla-kza sé-êdin nni-ninya? (quoi-pour raoi-sans terre-toi-venu?). Nni, qui signifie terre, est ici employé comme aflRxe jwur représenter ridée d'accostage, d'arrivée, de même que la particule t', citée plus haut, exprime l'idée du départ, parce qu'elle vient du mot t^unlu, chemin, sentier. Je t'ai écrit avec de l'encre, édtnklé-t'u yel né-ttsen édê= yiklé (noircissante-eau avec toi-à j'ai noirci). Le pronom je n'est exprimé ici que par une forte aspiration sur l'e, que je surmonte d'un accent circonflexe.
Un autre caractère touranien du dènè-dindjié, c'est qu'il est soumis à la loi de Vharmonie des voyelles. C'est le dialecte dindjié qui nous en offre les exemples les plus fréquents. En vertu de cette loi, comme on le sait, toutes les voyelles du même ordre s'attirent et se réclament ; l'oreille, frappée du charme phonétique de la cadence qui en résulte, guide elle-même la voix à repousser toute vocalisation qui ne serait pas euphonique. Dans ces langues, la vocalisation peut donc être considéi'ée comme une sorte de flexion grammaticale, ce qui a lieu également dans les langues sémitiques ou araraéennes.
En voici des exemples. Ils sont d'autant plus curieux qu'ils se présentent dans un idiome dont un dialecte ou deux sont seuls passibles de cette loi, d'une manière presque aussi constante que dans le turc; tandis que les autres dialectes ne demandent la transmutation des voyelles que dans certains verbes et d'un temps à un autre seulement.
/Je le retire : vœça yé tinésélchet Voyelle dominante, c.
ÎJe l'ai retiré : fcepa yè tinisitihit — — i.
(je vais le retirer : icepa yé lœteysœlcha. — — œ.
Je le redresse : tlchi djidhilchi — — i.
\}e l'ai redressé : ttchi djédltéylhry — — /'.
fje vais le relresser :</(.•// 1 t'«ti/M)///(a .. — — fl-
Je souffre : nornday — — "■
-J'ai souffert : nédltWndjék — — '"•.
Je vais souffrir : nl'aCuday — — «•
Je suis solide : onénéysœltritdt — — t'- j
^J'étais solide : oninisillchat — — »• i
Je serai solide : ol'ènèym'llchal.
/Je l'écarté : "an vœ nU'tchit Voyelle dominante. t.N
be l'ai (écarté : "an t'œ ?ii'/7c/ie( — — é.^
\Je l'ocarterai : "an vœ t'altcha — — a.)
/Je ferme : kitc tininil'cJii — — t.\
Jj'ai fermé : k'ité tcncnélncn — — é. -
(je vais fermer : hité t'œti'nalshœl' — — œ]
Enfin, une corrélation du peau-de-liévro, dialecte dènè, avec l'ostiak et le vogoule, cité par la Revue de Pliilologie, consiste en ce que nos Indiens donnent le nom de poë, qui signifie doigt, aux affluents des grands cours d'eau. Ainsi ils appellent les doigts de leurs mains ou de leurs pieds inla-^o'é, éli'é-^oe, et les petites rivières, fol', cn^o'é, kofoë, les confluents k'édinzoe, k^ayé^o'é, comme si l'on disait : ils se joignent comme les doigts, ils doigtent.
Avec les langues araméennes ou sémitiques, le dènè-dindjié présente les rapports suivants :
1» Dans les mots racines, les consonnes sont préfixes et caractérisent l'idiome, tandis que la vocalisation chango^'un dialecte à l'autre. Exemple :
Lièvre, lapin : k'a en montagnais, k'è en loucheux, /c'o dans l'Alaska et à l'ouest des Montagnes-Rocheuses.
Terre: nni eu montagnais, nno idem (en composition), une en peaude-lièvre, nœnen flanc-de-chien, nan en loucheux.
Sur, dessus: hkè en montagnais, kka, kko en peau de lièvre, kki, kkié en loucheux.
Bout, extrémité : la, lan en montagnais, //(, Ion eu peau do lièvre, lié, llén en loucheux.
Castor : tsa en montagnais, tsé et tsi en loucheux, tso dans les Montagnes Rocheuses, tsu à Alaska.
2° Les formes verbales sont peu nombreuses; on peut mc'rae dire que toutes les conjugaisons se réduisent en une seule, celle du verbe substantif êlre, comme modèle ; mais les verbes se distribuent en transitifs et intransitifs, réflectifs, itératifs, intensitifs, causatifs, réduplicatifs, postpositifs, locomotifs, etc.
Toute la différence de l'intransitif au transitif consiste en ce que ce dernier mode a, déplus que le premier, l'addition d'un l aux pronoms subjectifs. Le réflectif demande le pronom réfléchi édé ; l'itératif se fait précéder de l'afiixe na,de nouveau; l'intensitif, de l'emphatique m, Mné; le réduplicatif, des affixes aiina ou na-na, nané, nani ; l'impulsif, de l'affixe t'è ; le postpositif exige que les pronoms complétifs soient suivis des postpositions vers, contre, pour, sans, faute de, de, malgré, en faveur
de, etc. etc. Ex. : ùe tsaz, pleur ; ne-tsa^, tu pleures ; nel-tsa^. tu le fai.s pleurer; èdè-zun iicliai, tu pleures sur toi-même; ui:-ni'-tini, tu jjleures (le nouveau ; uné-tsa^, tu pleures sans cesse ; Véné-tsa^, lu pleures en partant ; t'i-nè-tsa}, tu pleures en sortant ; bé-kkè uelso}, tu pleures surlui, etc.
'3° Les verbes ont trois nombres : singulier, duel et pluriel; mais les pronoms n'en ont que deux elles adjectifs n'en ont point.
4° Les cas ne peuvent se produire qu'à l'aide des postpositions. Le gôiiilif ne se forme que par une inversion, comme les génitifs anglais, et le vocatif ne s'emploie guère que pour les noms de parenté. Mais il existe une flexion possessive pour les noms.
5° Ce langage est très-pauvre en particules conjonctives, tandis qu'il est riche en adverbes et en postpositions. Les prépositions n'existent pas. Si je conserve ce mot, c'est afin d'être mieux compris des personnes qui ne sont pas encore initiées aux langues sauvages.
La période n'existe pas non plus, le langage étant coupé par petites phrases dans lesquelles les conjonctions et, alors se montrent fréquemment, comme dans la phraséologie biblique,
6° Les synonymes abondent ainsi que dans l'arabe; mais, comme dans celte langue, les mots cliangent un peu d'acception d'un dialecte ou d'une contrée à un autre dialecte ou à une autre contrée. Ainsi Ichon, tchan, qui signifient pluie, eau tombante en montagnais et en peau de lièvre, signifient simplement eau en loucheux, Jc/koh. Tsu, qui signifie castor dans l'Alaska, veut dire martre dans les montagnes Rocheuses; tandis que tsi, qui veut dire porc-épic en montagnais, signifie castor en loucheux. Délié, qui dési.ne une variété de poisson blanc, en montagnais, signifie l'Inconnu dans les montagnes Rocheuses : Aie. Kolloné, qui veut dire animal, renne, en peau de lièvre, est restreint au seul élan en Esclave. Les Porteurs nomment kk:aij le bouleau qui, dans tous les autres dialectes, s'appelle Abf, tandis qu'ils donnent au saule le nom de l'aune, kkzè ; à leur tour, les Loucheux d'.Alaska appellent kl,èk le bouleau et kkzo l'aune.
7. Kufin les consonnes s'y classent par catégories ayant entre elles une affinité telle que toutes celles qui joui.ssent de cette parenté sont susceptibles de conversion ou de permutation.
Voici maintenant quelques similitudes de mots entre le dènè et les langues araméennes :
Tag, signifie montagne, élevai ion dans les langues orientales, et en
haut en dènè-dindjié.
Sêh, petit de tout animal pur, en hébreux; S(^ petit enfant, on dènè ;
sir, tsiè, Isig, petit d'un ruminant.
//f'tf/, vanité, faiblesse eu h(-hreu\ drbè'e, tppè'éîixxhlc, mince, en c/èn^
(i-acine bel).
Béden, ventre en hébreu ; bed, bei\ pœt, vœt, ventre en dènè-dindjié. Samedi, soleil en hébreu; sin, soleil en assyrien; SM, suga en malais;
sa, soleil en dènè ; sié en dindjié.
Zoar, un point, un petit objet en hébreu; ::a»îé, zié, idem en dènè. Tag, dag, poisson en hébreu, en syriaque; ttaé, poisson bleu en dènè;
xin-tagé, on-da, un-loyê, brochet en dènè (i. e. celui qui a Phabi-
tude (un) d'être au-dessus (tagé) de l'eau). On sait que le
brochet aime à se chauffer au soleil.
Le dét\c-dindjié offre même quelques points de ressemblance avec les langues anjiennes, et voici en quoi ils consistent :
Ses verbes simples ont la même aptitude que les langues inflectèes à combiner étroitement le radical avec les éléments personnels de la forme, de manière à ce que ceux-ci et celui-là perdent toute individualité distincte. La seule différence qui existe sur ce point entre le dènè-dindjié et les langues inflectèes, consiste en ce que dans ces dernières la flexion se fait dans la terminaison du verbe, qui reçoit les suffixes pronominaux, au lieu que dans le déné-dindjié la terminaison des verbes est la racine verbale elle-même, laquelle est presque toujours invariable, tandis que la flexion formelle se trouve au commencement du verbe par le moyen des créments personnels.
Exemple : boire, bibo, en latin; esdanet êlon, en dùiiè; et elldjH' , en dindjié.
LATIN. MOXTAGXAIS. PEAUX DE LIÈVRE. LOUCIIEU.^.
es-dan ê-ton ell-djil'
né-dan né-ton fian-djil'