Flavius Josèphe, Antiquités des Hébreux
nos Indiens, il offre une analogie parfaite avec l'oiseau de Jupiter « a nido devota Tonanti. »
Les Malgaches, d’après le récit des missionnaires jésuites, partagent la même croyance, et appellent cette sorte d'aigle Voroum baratra. D'après d'autres missionnaires, les Mandingues nomment le dieu du tonnerre Jéviero. Ce mot se rapproche singulièrement du latin Jovis, lequel n’est qu’un dérivé du nom de Dieu en hébreu, Jévé, Jéovah. Les mots dènès di, idi, ti, iti, qui caractérisent l’oiseau-tonnerre, sont racines par rapport au nom de la lumière dans cette même langue indi, inti, ainsi qu'à celui de la chaleur, dié, tié. Or, il est assez curieux de retrouver la même racine dans le latin dies, jour, d’où sont dérivés les mots deus, dieu, dii, dieux; sans doute parce que la Divinité est émi= nemment lumière : Et lux erat apud Deum. N'est-ce pas dans le langage que doit se trouver toute logique, toute vérité?
Chez les Déné-Dindjié, ce ne sont pas les fils qui prennent le nom de leurs parents, mais ce sont les pères et mères qui changent leur nom à la naissance de leur fils aîné, pour prendre le nom de celui-ci. Ainsi le père de Tchèlè se nommera Tichélé-l'a, père de Ttchélé; et sa mère Tichélé-mon, mère de Ttchélé. D'après l'anglais Burchardt, qui a longtemps résidé chez les Arabes, ce peuple a la même coutume. Ainsi, dit-il, le père de Kusim se nommera Abu-Kasim, le père de Béker prendra le nom d’Abu-Béker. Il en est de même des femmes, Omm-Kasim, Omim-Béker.
A la mort de leurs parents, les Dénè-Dindjié, pour manifester leur deuil et leur douleur, coupent leur chevelure, se roulent dans la poussière, déchirent leurs vêtements et s’en dépouillent même. Jadis, dans ces occasions, ils s’incisaient la chair et allaient entièrement nus, Ainsi le pratiquent encore les Algonquins, les Arabes, descendants des Amalécites. Ainsi faisaient les Egyptiens.
Ils personnifient souvent leur triade divine sous la forme d'oiseaux gigantesques de la famille de l'aigle, père, mère et fils, qu’ils nomment olbalé, orelpalé (l'immense, le blanc, le pur), nontèlé et kanédèlé (le voyageur {). Or nous trouvons dans le roch, oiseau énorme et fabuleux des Arabes, dont nisroch, dieu-aigle des Assyriens, a bien pu leur donner l’idée, une analogie avec ces aigles fantastiques des Dènès. Les Juifs talmudistes de Babylone croyaient aussi à un oiseau prodigieux nommé ziz, dont la tête atteindrait à la voûte des cieux et serait la cause des éclipses de soleil 2. Cette dernière particularité est un rapprochement
1. « Qui exlendit cœlos et gradilur. » Job. 1x, 8. 2. Synagoga Judaïca.
de plus avec le nontélé des Peaux de Lièvre et l’olbalé des Montagnais, dont le mâle, d’après leur récit, apporte le jour en arrivant à son nid, tandis que la femelle y amène la nuit avec elle. Nous verrons plus loin que les Dénèé prétendent qu'au commencement des temps cet aigle reposait sur l'océan, qui seul existait alors. De même les livres hébreux nous disent que l'Esprit de dieu reposait sur les eaux, et ils nomment cetesprit Rouach Ellohim. De là aussi a pu venir le Roch des Arabes.
Les armes de pierre des Dèné-Dindjié en silex, en pétrosilex, en phonolite et en kersanton, ressemblent exactement pour la forme, aux instruments des différentes périodes de pierre que renferme notre beau musée de Saint-Germain en Laye. Leurs principaux analogues se trouvent sous les rubriques Danemark, Erivan (Caucase), et Asturies (mines de cuivre del Milaño). De semblables échantillons ont été apportés des îles Aléoutiennes par l'honorable M. Alphonse Pinart,
D’après une histoire de Mahomet, écrite par un auteur Anglais, les Arabes ont une singulière légende touchant le premier couple. Ils prétendent que lorsque Adam et Eve furent rejetés du Paradis terrestre, Adam tomba sur une montagne de l’île Sorendib ou Ceylan, bien connue sous le nom de Pic d'Adam ; tandis qu'Ëve tomba en Arabie, au port de Joddah, sur les bords de la mer Rouge. Pendant deux cents ans, ils voyagèrent en pélerins autour du monde, séparés etisolés l’un de l’autre, jusqu'à ce que, en considération de tant de pénitence et de misère, Dieu leur permit de se réunir de nouveau sur le mont Arafat ou Sa/fa, situé non loin de la Mecque et où se trouve la Kaaba ou tombeau d'Adam.
Or voici une allégorie Peau de Lièvre dans laquelle on trouvera de grands points de ressemblance avec la fable arabe. Tout d'abord je dois rappeler mon observation que presque toujours, dans les traditions Déné, le couple primitif se compose de deux frères. On ne voit figurer la femme que dans les récits de certaines tribus. « Tout au commencement du monde, dans un passé très-éloigné, dit la parabole, deux frères, seuls habitants de la terre, se séparèrent lorsqu'ils n'étaient encore que petits garçons : « Voyons qui de nous deux est le plus ingambe, » se dirent-ils, et ils partirent autour du ciel, dans deux directions opposées, pour faire le tour de la terre. Lorsqu'ils se rencontrèrent de nouveau, ils étaient devenus des vieillards courbés par les ans et marchant à l’aide de béquilles, — « Mon frère aîné, dit l’un, « te souviens-tu du jour où nous nous séparâmes? » — « Oh! oui, ré- « pondit celui-ci, je voulais tout savoir, tout mettre dans l’ordre, chasser « les monstres, tuer les baleines ; j'ai parcouru toute la terre, je l'ai fait « grandir; mais en retour de ma hardiesse, voilà que je me suis rendu « misérable, » — « Il en est de même de moi, répartit le second frère;
« mais attends, voici une montagne qui surgit font à coup. Cette mon- « tagne qui l’a placée ici, je me le demande? O mon frère, entrons « dans la montagne! »
« Le cadet dit, et ayant pénétré dans la montagne, il en ressortit rajeuni. — « Je vais en faire autant, dit l'aîné. » Il entra à son tour dans la montagne et celle-ci s'étendit, s'étendit encore ; elle remplit toute la terre, et le frère aîné en ressortit plein de force et de jeunesse. C’est donc ainsi que les choses se passèrent, Au commencement, les deux frères voulurent tout faire par eux-mêmes, mais ils gâtèrent tout. Eufin lorsqu'ils furent accablés de vieillesse, ils entrèrent dans la montagne, et la montagne refit les hommes, dans un passé éloigné. Voilà ce que l'on dit. » Si l'on admet que cette famille Peau Rouge a reçu anciennement, soit en Amérique soit en Asie, une teinture de la foi chrétienne, cet apolugue aurait alors trait au drame accompli sur le Calvaire, montagne qui, d’après la tradition, reçut la dépouille du premier homme, comme elle garda pendant trois jours celle du second Adam, notre Rédempteur.
Les Dénè-Dindjié croient à l’immortalité de l'âme, à une autre vie, à un monde supérieur et à un monde inférieur. Leur séjour des âmes (ttsintéwi-t'an des Peaux de Lièvre, {{sintèni-t'èt des Loucheux) est surtout semblable à l'Hädès des Grecs et à l’'Orcus des Latins. Voyons vlutôt ce qu’en dit la légende Dènè :
« Il existait jadis un magicien nommé Nayéwèsi (celui qui crée par la pensée), dont le regard avait le pouvoir de donner la mort Il était très-puissant et ne se servait que de la fronde pour toute arme. Un jour il tua un géant avec cet instrument en lui lançant une pierre dans le front. Cet homme péuétra vivant dans le pays des mânes (ttsintéwil'an déya) et voici comment. Un jour d'automne, comme il apercevait le gibier aquatique qui s'en retournait par grands voliers dans les terres chaudes, vers le sud-ouest, il le suivit, et il arriva avec ces oiseaux au pied du ciel. »
« Or dans le sud-ouest (Inkfwin), au pied du ciel et rez de terre, il existe un antre immense, et de cet antre sort un fleuve. A travers l’ouverture de la caverne, on pouvait apercevoir ce qui se passait en bas dans l’intérieur 2, jusqu’à la hauteur du genou. C’est vers cet antre que
1. I faut savoir, à ce propos, que les Déné-Dindjié croient que les montagnes sont creuses. Chesh, chiw, chie (montagne), dont le génitif est : yué, jyé, yi, ont la même racine que cho, air ; guyo, gonflé; inyol, yeux du pain, du fromage, etc.
2. Ceci indique que le paradis des déné-dindjié est inférieur et chaud, puisque les oiseaux qui craignent le froid y émigrent en automne. Leur enfer, situé au nord-ouest, est sombre et glacé. L'un et l’autre sont, d'après leur croyance, la fidèle image de cette terre. (Notes de l'auteur.)
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s'en retournent, à l'approche de l’hiver, les Ames des morts errantes sur la terre, le gibier émigrant et l'oiseau du tonnerre. Mais au printemps, quand les oiseaux aquatiques immigrent de nouveau dans notre pays, les mânes, les esprits (ét{siné), ainsi que le tonnerre nous arrivent de là en leur compagnie.
« Nayéwéri regarda dans l’antre. Il y aperçut des âmes qui tendaient leurs rets aux poissons du fleuve. C’était du menu frétin qu’elles y prenaient. Avac des pirogues doubles 1, les mânes visitaient leurs filets ; d’autres dansaient sur le rivage. Le magicien ne put distinguer que les jambes des danseurs qu. chantaient en même temps : l'éltcha tséliné ! nous de:mons séparés les uns des autres! (En termes voilés, ces paroles signifient : il n'existe pius d'union matrimoniale entre nous).
« Le magicien était demeuré jusque-là en dehors de l’antre, sur les bcrds du fleuve et au milieu de ces âmes en neine appelées les mortsbrûlés. Elles y vivent misérablement de fœtus morts-nés, de souris, de grenouilles, d’écureuils et de petits animaux que nous nommons natsa'olé (nageurs)2. Voilà le gibier auquel ces âmes donnent la chasse, »
« Nayéwéri demeura mort durant deux jours. Pendant deux nuits son corps resta gisant sur terre, et dans ce laps de temps il tua le faon d'un animal. Il n’en tua qu’un seul, et il lui donna le pouvoir de ressusciter sur terre le troisième jour. Voici maintenant comment il avait pu pénétrer dans l'antre : Au devant de la caverne un grand arbre s'élève; le magicien l'avait saisi et par son moyen avait sauté dans le ciel. Voilà ce qu’on dit qu'un homme fit dans un passé très-éloigné. Or cette terre du pied du ciel, on l'appelle L'é-néné (l’autre terre). C'est la fin. »
Comme on le voit, l'histoire de nos Dèné ne le cède pas en merveilleux à l'Enéide et à l'Odyssée, Nayéwéri renouvelle le :nême haut fait qui illustra les Thésée et les Hercule, les Orphée et le fils d'Anchise. Mais ici nous voyous quelque chose de plus précis que dans la fable, ce sont ces deux jours et ces deux nuits que celui qui crée par la pensée demeura parmi les morts; c’est la mort de ce faon ou agneau qui lui
L. Élla-fhé-klu-étchu (avec des canots on pirogues liés) Cette particularité mérite attention, car ni nos indiens, ni aucune autre nation de l'Amérique du nord, à ma connaissance, ne se servent de pirogues doubles; tandis que personne n'ignore que plusieurs peuples de l'océan indien et du grand océan en usent ordinairement. Comment la connaissance de telles embarcations se retrouve-t-elle dans les traditions de nos Dénés, sinon parce qu'ils ont dù en faire usage jedis, lorsqu'ils étaient riverains du Pacifique.
2. Je pense que ce sont des nautonectes, ou Lien des dytiques, des gyrins. (Notes de l'auteur.)
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donna le droit de ressusciter; c'est cet arbre auquel il doit l'entrée du ciel. N’aurions-nous pas de nouveau ici, sous une forme allégorique, un souvenir vague de la foi chrétienne reçue à une époque fort éloignée; ou bien faut-il n'y voir qu’un de ces mythes figuratifs et prophétiques, que l’on a rencontrés chez toutes les nations asiatiques, et qui sont évidemment un écho de la révélation primitive ? De plus, par une petite addition, le mot nayéwéri, devenu an-nayéwéri, signifie celui qui attend ou qui est attendu.
Notons encore quelques traits d'identité que cette tradition Déné- Dindjié offre avec les théogonies antiques. Elle exprime le nom d'âme par des mots qui sont la traduction du latin spiritus, esprit, souffle, ou qui ont la même racine. Comparez éftsiné, âme avec attsey, nilltsi, vent ; édayiné, éyunn”, âme, avec éda"yié, éyu, haleine, souffle, Elle place le paradis dènè au pôle sud, mais vers l’ouest, dans un lieu souterrain situé au pied du ciel, c'est-à-dire à la jonction du frmament et de la terre; tandis que leur enfer se trouve au pôle nord comme celui des Tlascaliens et des Esquimaux, Or, c'est également aux pôies que les Anciens plaçaient leurs Champs-Elysées et leur Averne.
… « At illum (solicet polur) « Sub pedibus Styx atra videt manesque profundi. »
Chez tous les euples anciens, tels que les Hébreux, les Egyptiens, les Grecs, et même chez les Latins, le Nord fut considéré comme néfaste, dit le savant M. de Charencey.
N'est-il pas curieux également de retrouver sous le cercle arctique l'antique croyance qui refusuit l'entrée de l'Elysée et la privation du repos éternel aux âmes dont les corps n’avaient pas reçu les bonneurs de la sépulture? Ici il s'agit, à la vérité, des âmes des esciaves et des prisonniers de guerre, dont les corps avaient été brûlés, et que les Dènè nommaieut pour cela Ewié-lluré (cadavres brûlés); mais au fond la raison est la même. Ces Ames incomplètes nous sont présentées, par la tradition dènè, comme rôdant tristement sur les bords du fleuve infernal, se nourrissant de la mort, figurée par la souris, l’écureuil, les fœtus, le crapaud, animaux réputés immondes et diaboliques chez nos indiens. Les âmes des bienheureux, au contraire, vivent de poisson, symbole &e vie, et dansent, jouent ou chassent éternellement,
Comparez maintenant à la croyance Peau de Lièvre celle des anciens Hurons, que nous ont transmises les savantes et intéressantes relations des Jésuites. Les Hurons plaçaient le pays des esprits très-loin, à l’ouest de l'Amérique. Pour l’atteindre les mânes devaient traverser un fleuve et se défendre du grand chien céleste. Ils prétendaient égale-
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ment que les prisonniers brûlés étaient repoussés de cet olympe et tourmentés en dehors de l'entrée, ainsi que les âmes privées de sépulture. Ils croyaient même que les Ames des bêtes s'y rendaient comme celles des hommes. En un mot on dirait que nos Dènès hyperboréens ont calqué en tous points la croyance des Onéidas, bien que les deux peuples soient si distincts de langue et de coutumes ; et que les uns et les autres ont appris par cœur le VI® livre de l’Enéide.
Les Idaans ou Bornaisiens ont une foi à peu près identique, d’après Beechey, déjà cité. En présence de ces corrélations frappantes que devient l’autochthonie des Américains ?
Les Déènè-Dindjié pensent que la terre est plate, disculaire, entourée d’eau et reposant sur cet élément. Telle est aussi la persuasion des Abyssiniens qui la disent, de plus, étreinte par deux énormes boas nommé Bihéyamoth et Zérabrok 1. Les Arabes et les Egyptiens, qui partagent la même croyance, entourent le disque terrestre d’une montagne longue et circulaire nommée ÆKaf, qui rappelle le pied-du-ciel ou yakkè-lchiné, yakkèllay-tchiné dont il est si souvent parlé dans les légendes Dènè-Dindjié. Enfin il ne faut pas oublier que les Grecs du temps d'Homère croyaient aussi la terre disculaire et entourée d’eau. On pourrait peut-être trouver quelque chose de cette idée dans l'expression du psaume cxxxve « qui firmavil terram super aquas, » si les livres saints ne nous représentaient en cent autres endroits la terre sous la forme d’un globe. D’après nos ludiens, le firmament, semblable à une calotte demi-sphérique, reposerait sur les bords du disque terrestre, comme une cloche de cristal sur un plateau à fromage. Un étançon nommé ya-ottcha ni"ay soutiendrait ciel et terre, et remplacerait ainsi la tortue des Algonquins et l'éléphant des Hindoux, En plaçant ce pivot ou étai obliquement, les Déné-dindjié semblent avoir eu jadis la connaissance, partagée par les Anciens, de l'inclinaison de la terre vers l’ouest :
« Adspice convexo nutantem pondere mundum. »
(Eglog., 1v).
chantait Virgile; et encore :
« Obliquus quà se signorum vertent ordo.
« Mundus ut ad Scythiam Rhipæasque arduus arcis
« Consurgit, premitur Libyæ devexus in austro. » (Géorg., v. 235.)
J'ai dit que Peaux de Lièvre et Loucheux font la seconde personne