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de leur triade divine du sexe féminin. Ces derniers la nomment Yakkoay-
tisièg (femme lumière-boréale), et ils la placent au nord-est. Ce mot yakkpay, qui désigne la lumière polaire, l’aurore-boréale,etqui veut dire mot à mot blancheur céleste (de ya, ciel et dekka, blanc) a le plus grand rapport avec le nom de Dieu (yakkosasta), dans le dialecte dènè des Porteurs, ainsi qu'avec celui de bœuf musqué (yakkzay) dans le dialecte dènè des Flancs-de-Chien. De telle sorte que dans la même langue le même mot signifie Dieu, bœuf et lumière.
Ne pouvons-nous pas voir dans cette curiosité linguistique un rapprochement avec l'antique mythe d'Isis, de Cérès, d'Astarté ou Astaroth et de Diane ou la Lune, dans lequel le culte de la lumière lunaire, que symbolisait cette déesse aux noms multiples, se liait si intimement avec l’adoration de l'espèce bovine, dont la disposition des cornes rappelait jusqu'à un certain point le croissant lunaire? Ainsi la vache représentait Isis, comme le bœuf Apis était l'emblème d'Osiris mort,
Si l’on veut bien se rappeler ce que nous avons dit de la valeur magique que les Dindjié, de concert avec les Hindoux adorateurs du bœuf-zébu, attachent à la bouse du bœuf-musqué, on verra que cette coïncidence de termes pour désigner la divinité, la lumière et le bœuf, n'est peut-être pas plus fortuite, en déné-dindjié, que l'union des cultes de la lumière lunaire et du bœuf ne le fut en Égypte et dans l'Hindoustan, d'où il a bien pu passer en Amérique.
On pourrait bien tirer une autre preuve en faveur de l'identité de la croyance égyptienne et de celle des habitants du Bas-Mackenzie, e ce que les Loucheux nomment Etsiégé, c'est-à-dire Celui qui a été frotté de bouse de vache, la divinité mâle qu'ils disent résider dans la lune. Les Peaux de Lièvre disent aussi de ce dieu qu’il fut de son vivant sur la terre gofwen tsanné, c'est-à-dire taboué par la bouse. Les unset les autres l’invoquent dans la lune à l'équinoxe du printemps et au mois qui correspond à mars-avril; or, c'est en ce même mois que les Phéniciens invoquaient Astarté, les Scandinaves Ména, leur dieu mâle lunaire, que les Grecs et les Romains célébraient Cérès et les Egyptiens Isis. Au mois de mars onsacrifiait à Diane ou la Lune sur le mont Aventin. Au début de la lune de mars les Druides allaient à la recherche du gui sacré. C’est en mars-avril que les Tlascaliens offraient leurs sacrifices humains, et que les Mahométans actuels font leur ramadan et les Juifs leur Pâque.
Chez les Dènè-Dindjié la fête de la lune a pour but d'obtenir l'heureuse issue de la chasse du renne et une grande abondance de viande; en même temps que de délivrer l’astre qu'ils disent en souffrance, et de procurer la mort de leurs ennemis, Or la fête de Cérès et de Diane
chez les Romains et celle d'Arthemis chez les Grecs, répondait au premier de ces buts. Elle se célébrait aussi au printemps.
« Atque annua magnæ « Sacra refert Cereri lætis operatus in herbis « Extremæ sub casum hiemalis jam verè sereus. » (Georg., v. 340.)
Et on sait qu’en Egypte, la fête printanière d'Isis n’avait d’autre but que de célébrer la délivrance d'Horus, fils du soleil, ou Osiris, et de la lune, ou Isis ; d'Horus, la lumière, la cause et l'esprit.
Encore un fait caractéristique : si certains Déné-Dindjié immolent un faon de renne, à l'occasion de cette fête équinoxiale, il le faut noir, comme l'indique le chant qui accompagne la cérémonie :
« Tsié détley endjion nékkwénè! Aïllahat »
« Petit faon noir, voici tes os! Aïllaha! »
car cette fête a également un caractère funèbre et se nomme Promenade funèbre autour des tentes (l'ana-ékélé-tsatéli). De même les Arabes modernes, d’après l'Anglais Burchard, sacrifient à l'équinoxe du printemps une brebis noire en l'honneur de leurs parents morts.
Les Flancs-de-Chien et les Peaux de Lièvre croient qu'après le déluge qui fit périr tous les hommes, la terre fut repeuplée par un brochet et une loche, deux poissons carnassiers dont la forme allongée et sinueuse offre, en petit, une certaine analogie avec le crocodile et le serpent. Du ventre du brochet sortirent tous les hommes. On ne dit pas s’ils étaient armés de pied en cap comme les Mirmidons, qui naquirent des dents du serpent tué par Gadmus. Du ventre de la loche naquirent toutes les femmes. Mais leur Noë, figure de Dieu, ainsi que le corbeau, cause de leur déluge et qui symbolise le démon, furent Les procréateurs de ce nouveau genre humain ; leur Noë fut père des hommes et le corbeau-démon père des femmes. Telle est aussi la raison pour laquelle les Dindjié et les Ko!llouches prétendent descendre du cor beau par deux femmes ; tandis que les Dénès reconnaissent pour père Kunyan ou leur Noë. Ainsi donc, l'espèce de darwinisme accusée dans cette tradition est encore supérieure à celle de l'inventeur de ce ridicule système religieux.
Je ferai remarquer à propos de cette légende, que le brochet (on« dagè, on-tayë : celui qui a l'habitude de se tenir en haut, parce que ce poisson aime à prendre le soleil en dormant tout près de la surface de l’eau) offre dans son nom du rapport avec dag-on (le poisson illuminaleur ou le poisson Eon), auquel les Syro-Phéniciens prétendaient
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devoir leur science et leur origine, et qu'ils adoraient comme un dieu. Toute la différence consiste en ce que les deux membres de ces noms composés sont intervertis.
Les Dindjiés où Loucheux célèbrent une fête des morts qui offre la plus grande analogie avec celle des Néo-Calédoniens, dont parle le R. P. Gagnière, mariste, dans les Annales de la Propagation de la Foi. Celui ou ceux qui donnent la fête amassent quantité d'objets destinés à être distribués aux invités. Puis, au milieu d’une danse finale et générale, l’amphytrion fait la répartition de ses présents en les Jetant à la tête de celui qu’il veut honorer. Si le don ne convient pas à l'invité, celui-ci est en droit de le renvoyer à la tête du donataire, qui le colloque à un tiers de la même facon qu’il l'a donné et reçu.
Les Déné-Dindjié font du feu au moyen de la pyrite compacte ou sulfure de fer, à l'instar des Egyptiens et des Esquimaux des îles polaires.
Avant notre arrivée, ils enterraient leurs morts aussitôt après le trépas , affectant dans cet office, comme les Juifs et les Musulmans, une grande précipitation. [ls cousaient étroitement le cadavre dans des peaux qu'ils peignaient en rouge, puis le déposaient dans les tombes que j'ai décrites ailleurs, ou bien l’ensevelissaieut debout dans le tronc creusé d'un arbre, mode africaine. Dernièrement, une de ces momies fut découverte aux environs du fort Good-Hope. Les Kollouches, qui appartiennent à la souche Déné-Dindjié, brûlent leurs morts sur des bûchers, à la manière des Grecs et des Hindous, et en recueillent les cendres dans des outres qu'ils suspendent aux arbres.
Les Peaux de Lièvre pleuraient autrefois leurs parents défunts par des chants accompagnés de gémissements, Un homme qui avait perdu son frère chantait en pleurant :
« Sé tchilé, étié né-gon nu"a!
« Sé tchilé, nné na-yintat »
C'est-à-dire :
« Mon cadet, le renne céleste va t'attirer pour te tromper! Mon cadet, reviens sur terre! »
Un frère qui déplorait la mort de sa sœur chantait :
« Ndu tchô winna wélin anét « Sé tiésé sé zalé l'u yéwa rink'in, eyt ( Sé tiézé l’atsé yan yérin"i ahentté ey! »
C'est-à-dire :
« Dans le fleuve qui contourne la grosse ile Ma sœur cadette à mon insu a bu l'onde amère, malheur! Ma sœur cadette que méprisait le petit épervier, malheur!»
En promenant le cadavre d’un chasseur autour des tentes, dans une course précipitée, on affectait un désordre et une fuite factices, on sonnait de la crécelle et en même temps on chantait :
Intégétié étié déksalé binkoa kfwi winna édéwin, xhè tosè wunsè, né diyey nédendit Yeyksa inttsé inkoa yinfwin Tisen nawincya engu éllaninéwet ? »
C'est-à-dire :
« Dans la terre supérieure tends tes lacs aux rennes blancs, Perce les antilochèvres de tes dards, te disent tes parents!
Pourquoi donc pour chasser l'origual, sur cette terre Est-tu venu, ce qui a causé ta mort ? »
Mais s'ils célébraient Le trépas d’un ennemi, ils var 1ient ainsi leur thème funèbre :
« T'u-tchô étsellé l'u kkè étuh! « T'u-tchôni bé-son dintsè nèt « Kot'ié-éta nézin na-dutcha tla illé! »
« Les brumes de la mer glaciale descendent sur les eaux!
« La grande mer gémit sur son sort, hélas!
« Car l'Ennemi du pays-plat n'y retournera pas sain et sauf! »
TRADITIONS ET OBSERVANGES DES DÈNÉÈ-DINDIJIÉ SE RAPPORTANT SOIT À LA LOI NATURELLE SOIT A LA LOI MOSAÏQUE.
J'ai déjà tellement outrepassé les limites que je m'étais imposées dans ces prolégomènes du dictionnaire Déné-Dindjié, que je dois glisser
1. Les Hébreux étaient dans la même coutume que nos Déné-Dindjié, car Jérémie en maudissant Joachim, roi de Juda, au nom du Seigneur, dit : « On « ne le pleurera pas par les gémissements usités : Malheur, mon frère! « malheur, ma sœur! Îls ne répéteront pas : malheur, Seigneur! et mal- « heur, homme illustre! » (Jérémie, xxrr, v. 18.) (Note de l'auteur.)
une
lettr
NT
rapidement sur cette troisième partie de ma dissertation, qui devrait et pourrait être cependant la plus volumineuse. Je me vois nécessaire ment forcé de ne donner qu’une briève esquisse de quelques traditions dèné-dindjié, qui me paraissent se rapprocher du récit mosaïque, et j'en omets un bien plus grand nombre.
Je n'ai pas la prétention d'identifier les Déné-Dindjié avec les Hébreux, ce serait de la témérité; mais le lecteur de bonne foi trouvera peut-être dans ce qui va suivre, une preuve convaincante de la vérité des révélations primitive et mosaïque, ainsi que de la force probante de la tradition; outre que c'en est une très-forte des relations que les Déné-Dindjié ont eues avec l'Asie et peut-être avec les Hébreux eux-mêmes.
Cinq cents ans seulement séparaient Moïse d'Homère ; mille deux cents l'éloignaient de Socrate, de Platon et d’Aristote; de plus, ces écrivains payens avaient l'avantage d’habiter une contrée trèsvoisine de la Palestine et de l'Egypte, théâtre des hauts faits des Hébreux. Eh bien, on trouvera moins de rapprochements entre la doctrine de ces sages, les dogmes du Paganisme et les Saintes Écritures, qu'entre les observances et les traditions de nos Dénè-Dindjié et ces mêmes livres. Et cela, bien que nos Indiens soient d'obseurs et ignorants sauvages, bien qu'ils soient relégués aux extrémités de la terre, dépourvus de tout moyen graphique de transmettre leurs souvenirs, et réduits, depuis plus de trois mille ans peut-être, à la seule tradition orale de leurs ancêtres.
S'il n’y a pas dans ce seul fait un dessein et un but tout providentiels, un trait de lumière qui illuminera peut-être tout le passé et l’origine encore ténébreuse des Peaux-Rouges, alors j'avouerai que leur présence en Amérique est une véritable énigme pour moi, et je cesserai dès lors de m'en occuper.