‹ Monographie des Dènè-Dindjié [microforme]Chapitre 28 sur 31 · LU · texte numérisé non relu

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Les langues américaines diffèrent, nous dit-on, totalement dans leur vocabulaire, mais elles participent plus ou moins, dans leur structure, à l'élément polysynthétique. Or, cette différence, dit Galatin, a une origine antérieure ou postérieure à l'occupation du sol américain par ces peuplades.

Dans la première supposition, nous sommes amenés à admettre que l'Amérique a été peuplée par une foule de petites tribus parlant chacune un idiome différent ; mais ceci répugne avec la similitude du type, la structure du langage, la ressemblance des mœurs et du genre de vie, la communauté des idées traditionnelles, ete. Ce savant conclut done qu'il est grandement probable que la prodigieuse division des langues américaines a pris naissance en Amérique même, soit à cause des changements auxquels toutes les langues sont soumises natarellement, soit par suite de la désunion que les guerres intestines ont causée parmi les différentes tribus ou familles Peaux-Rouges.

Ce raisonnement du savant Français paraît péremptoire parce qu’il est logique ; aussi est-il généralement admis de nos jours,

Toutefois, ceux qui épousent cette opinion ne paraissent pas s'apercevoir que le dilemme de Galatin prouve beaacoup en faveur de la théorie de l'immigration asiatique et même israélite, ou bien qu'il est fautif sur un point qui est celui-ci : Est-il possible que les changements naturels auxquels toutes les langues sont naturellement soumises, que la séparation résultant des guerres civiles ou nationales, soient des cau-

dentale de nos Indiens, quand bien même leur témoignage, leurs traditions et leurs coutumes ne paraitraient pas d’un poids suflisant, ce qu'il est diflicile d'admettre. Voici quelle est cette preuve : En francais nous remarquons une gradation, constamment la même, entre les mots souches commençant en st et les mots actuels en et; ils ont pass: par une phase ou l’e a précédé l's, pour faire est. Mais st a toujours été primitif. Ainsi de stella on a fait successivement estelle, esloile, puis entin étoile; de stephanus on a fait eslienne, puis élienne; de status, estai et état; de stralum, estrier et étrier, ekc., etc. C rat être une loi constante du langage. Nous sommes donc logiquement amenés à conclure que le composé à dû précéder le simple dans les mots dérivés. Or nous voyons sur les bords du Pacitique et à l'ouest des montagnes Rocheuses un grand nombre de mots en st, qui se prononcent est dans les montagnes et et sur les rives du Mackenzie, Ainsi on dit s{a, assis, promontoire, chez les Porteurs de l'ouest, esta chez les Indiens de la rivière des Liards et êta chez les Peaux de Lièvre de Good-Hope; spiz, tante, chez les Porteurs, esbé au fort de Liard et éve à Gool-Hope; sta, père, chez les Atnans d'Alaska, esl’a dans les montagnes Rocheuses et él'a au bord du Mackenzie ; sba, antilochèvre, dans l'ouest, esba dans les montagnes, épa au Mackenzie; slan, beaucoup, dans l'ouest, puis estfan et entl'on, entin l'an, ete. Donc, puisque l'S, qui est ici une sorte d'article, possède l'antério rité sur es et sur € dans notre hémisphère, nous sommes autorisés à l’admettre également en Amérique, et à considérer, par conséquent, la langue des Déné du Pacitique comme plus ancienne et plus pure que celui des Déné de l'est, (Note de l'auteur.)

ses assez puissantes pour opérer la formation et la multiplication d’idiomes, qui ne présentent pas entre eux le plus léger rapport dans leurs vocabulaires ? Nous ne le croyons pas, et le fait reste à prouver, Que ces causes puissent déterminer et engendrer la multiplicité des dialectes, nul doute, Nous en avons des preuves palpables dans les innombrables nuances de la langue déné-dindjré, de la langue algonquine, de la langue | 4 siouse-iroquoise, de la langue des Têtes-Plates, etc. En Europe, nous

4 à en possédons un fort bel exemple dans la création des quatre dialectes f FES frères issus du latin : le français, l'espagnol, l'ilalien et le provençal ton ou langue d'oc. "ii Que par suite du mélange qui se produit entre vaincus et vainqueurs, É ces mêmes causes puissent encore créer des langues mixtes comme | N f le sont entre elles le français, l'anglais et l'allemand, c'est ce qui est

d’une évidence égale ; car il est bien aisé de reconnaître dans chacune d'elles les éléments qu’elles ont empruntés à leurs voisines.

Hu Mais rien de cela n'existe en Amérique. Les langues idiomes, quelque divisées qu'elles soient, y sont parfaitement tranchées quant à leur vocabulaire, et si un des principes de leur grammaire paraît commun à toutes, il ne les régit pas également avec la même intensité ;

d plusieurs d’entre elles l'accusent à peine, et d’autres ne le connaisk sent nullement.

a De plus, chacun de ces idiomes présente en lui-même un tout fon-

hr cièrement logique, admirable par la multitude des locutions et la jus-

tesse d’apropriation de ses mots ; preuve que les peuples abrutis, dé-

FU chus et sauvages qui les parlent ne les ont point créés ; encore moins

PRES que ces langues aient pu être le produit forcé des guerres, de la vioa lence et des divisions intestines, comme nous l'avons prouvé ailleurs. Donc, en concluant que la division des langues américaines a pris 4 naissance en Amérique, Galatin n’a voulu parler que des dialertes ; il a dû admettre implicitement que les idiomes y ont été importés d’ailleurs. Que si l’on entendait par langues américaines les idiomes euxmêmes, tels que l’esquimau, le dènè-dindjié, l'algonquin, l'iroquois, le quichua, le maya, etc., il faudrait, pour être logique, rationnel et #; 4 d'accord avec les prémisses posées par le savant déjà cité, admettre n sans tergiversation de deux choses l'une : où une création spontanée Fi en Amérique, et alors nous retomberions dans l'autochthonie des l Peaux-Rouges, opinion insoutenable et dont nous croyons avoir fait

A4 justice; ou bien une seconde diffusion du langage, par un second juge-

A ment exercé par Dieu sur un peuple anathématisé et voué en proie, comme

met: | le dit De Maistre, pour servir d'exemple de la justice divine. Mais 114 je doute que certaines personnes se dicident à admettre le dernier él membre de cet autre dilemme, L’autochthonie pure et simple des Amé-

tion d’ians leurs . Que ces dialectes, nbrables a langue 16, nous lialectes ‘ovençal

queurs, comme qui est ‘hacune

liomes, quant à Ît com.

nsité ; nnais-

ut fona jus= is, démoins la violeurs.

a pris les ; il d’aileuxjuois, nel et nettre tanée > des r fait jugemme Mais "nier \mé=

ricains, et par conséquent un schisme avec la Genèse, leur paraîtrait préférable, A notre tour, nous ne sommes pas prêts à reconnaître ce que nous ne considérons comme conforme ni à la vérité des faits ni à la vérité révélée 4,

Il nous faut donc, en dernière analyse, recourir à l'immigration asiatique, et replacer les contradicteurs de la Bible en face de la Babel de la Genèse, à moins qu'ils ne veuillent de la seconde Babel américaine que nous venons de présenter; car, de quelque côté que nous nous tournions, nous trouvons toujours un Dieu créateur et Providence, qui dispose à son gré des hommes et des peuples et les fait concourir ici d’une manière ostensible, là-bas d'une maunivre secrète, aux fins que sa sagesse se propose et contre lesquelles se cabrent en vain les théories et les opinions.

er

1. Au moment de mettre sous presse, J'ai l'honneur et la satisfaction de m'aboucher avec un prêtre des missions étrangères, qui a passé douze ou quinze ans au Thibet et qui ÿ retourne, M, l'abbé Fage, bien connu par ies lecteurs des Annales de la Propagation de la Foi. Uet intrépide et savant missionnaire a manifesté le plus grand étonnement lorsque, en m'entendant parler la langue Déné-Dindjié, il y a reconnu un grand nombre de mots identiques au thibétain, ou qui lui sont, à peu de choses près, semblables. Je ne citerai i:i que les mots terre, eau, maison, ours, ouest, pére, En outre les articulations et le procédé grammatical de ces deux langues nous ont offert de nombreuses similitudes. (Note de l'auteur.)

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