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ne se trouvent en trop grand nombre ; mais c'est ordinairement à !a femme et aux enfants qu'est dévolu le soin de venir chercher en tratneau, pour les conduire au camp, les grasses dépouilles des rois de la forêt. Ce n'est que justice. Pendant l'absence du père de famille, ses fils, s'ils sont trop jeunes pour chasser, ne seront cependant pas demeurés inactifs. Ils auront creusé avec grand labeur et pendant une journée, des puits dans une croûte de glace de trois à neuf pieds d'épaisseur, afin d’y tendre des filets ou des lignes de pêche. Ou bien ils seront allés disposer dans les bois des lacets pour prendre le lapin sauvage, le ptarmigan tiqueté et la gélinotte blanche comme la neige; ils y auront fabriqué des trappes à martres, à renards ou à gloutons, dont les dépouilles, troquées dans les postes de commerce de la riche compagnie d'Hudson, procureront à l'habitant du désert des armes, des munitions, du fil à rets, des ustensiles et des vêtements.
Nul n’est oisif dans cette pauvre et froide ‘demeure du Déné, sauf le chasseur lui-même, quand il rentre de sa pénible tournée, si elle a été fructueuse. Il a fait son devoir, et maintenant il se dédommage par le repos, le sommeil et une nourriture substantielle, d’un jeûne et d’une marche forcés de plusieurs jours, dans une contrée dépourvue de sentiers et ensevelie neuf mois durant sous la glace et les frimas.
L’abondance règne-t-elle au logis, notre homme passe son temps dans sa hutte, mangeant, fumant et dormant tour à tour, jusqu’à ce que, les provisions étant épuisées, la faim le force à se mettre de nouveau en quête de sa subsistance. Mais il arrive bien souvent que les pistes manquent, que le poisson fuit les rets, que les lièvres mangent les lacets destinés à les étrangler, que d’autres causes réduisent à la famine l’imprévoyant sauvage. Qui de nous ne se croirait perdu dans une telle extrémité et au milieu de ces neiges ? L’Indien, lui, ne s’en effraye pas ; il ira gratter les rochers, ÿ ramassera un lichen noir et recoquillé, du genre Gyrophora, et, avec ce cryptogame bouilli, procurera à ses enfants une gélatine doure et nourrissante, J'ai nommé le thé-tsin ou tripe de roche. S'il est trop paresseux pour se donner tant de mouvements, il fera râcler les peaux de sa tente, ou la robe de cuir de sa femme, dont il tirera une autre gélatine nommée ell’anl-tsin qui prolongera sa vie. Rien ne l’épouvante, car il est blasé sur le danger à force de jouer sans cesse avec la mort,
Les Indiens ne consomment jamais tout le produit de leurs chasses ; les flancs et les croupes des animaux tués sont désossés, découpés, exposés à la fumée sur un boucan, puis séchés au soleil, si on est en été. C'est ce qu’on appelle de la viande boucanée (éksané). Elle est sèche, cassante et se mange aussi bien crue que cuite. Cette viande
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| ainsi préparée est attachée par paquets de cinq pelus1, et troquée dans les forts de la Compagnie de la baie d'Hudson, contre des munitions
de chasse et du tabac. La langue, la graisse et les nerfs des animaux | tués à la chasse sont égalements des objets de commerce. Mais les
sauvages ne peuvent se procurer des vêtements et des colifichets de
toute sorte que par l'échange des pelleteries; et c'est pourquoi aux
fonctions de chasseur et de pêcheur, l’Indien ajoute aussi celle de trap-
peur,
La traite des fourrures nécessite de la part des Dénè-Dindjié des
voyages fréquents vers les forts-de-traite. Ils s’y rendent par petites
troupes à différentes époques, mais ils n’y affluent guère qu’au prin-
temps et en automne, c’est-à-dire lors du départ et de l’arrivage des barges ou bateaux de la Compagnie d'Hudson. A ces deux époques, toutes les tribus les moins éloignées se réunissent autour de leurs À forts respectifs, où elles arrivent en flotilles de pirogues (ttsi, elia, . tisi), ou en radeaux (Xédhi, Xéni, Xaon). Dans les autres temps de l’année, les sauvages s’y rendent sur la glace. Les longues raquettes, dont É: leurs pieds sont chaussés, leurs fournissent alors le moyen de tracer, par leur empreinte dans la neige, ces sentiers (l'unlu, t'inlu, ghé) si longs et si tortueux qui serpentent à travers les forêts, sur les lacs congelés, dans les steppes arides, et qui sont les seules routes que possède la contrée.
Comment l'Indien peut-il se diriger au milieu de ce dédale inextricable des bois? Quelle boussole le guide? A quels poteaux reconnaîtil sa route? Voilà autant de questions que l’Européen s'adresse en parcourant ces sentiers d’un pied et demi de large, qui, après avoir franchi tant d'obstacles, arrivent si droit au but. Mais le sauvage est aussi à l'aise dans la forêt que l’Européen dans sa ville natale. Il connaît chaque prairie, chaque bouquet de sapins; ila donné un nom à toutes les lagunes et à tous les ruisseaux. La direction des bancs de neige, les couches de lichen et de mousse qui recouvrent le tronc des à arbres, l’inclinaison de ceux-ci, l'aire du vent, le cours des astres, 4 voilà son compas et sa boussole. Une entaille pratiquée sur les arbres, une branche cassée, un brin de sapin planté dans la neige, voilà autant de balises qui lui montrent sa route, si le vent vient à combler É les empreintes que ses raquettes ont laissées après lui. Ë
1. On appelle pelu la peau du castor avec son poil. C'est la monnaie étalon du pays dont la valeur est de 2 shillings (2 fr. 50). On appelle pelu-en-viande le 4 castor dépouillé de sa peau. Sa valeur est la moitié de l’autre qu'on nomme à pelu-en-poil. Pelu est un vieux mot français, remplacé aujourd'hui par l'ad- Jectif vetu. (Note de l’auteur.)
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Dansles tribus Déné-Dindjié qui ont conservé l'usage antique et général aux Peaux-Rouges, les morts sont déposés en cache dans un coffre trèsgrossier et à claire-voie, fait de petits troncs d'arbres encochés, et élevé de trois à sept pieds au-dessus du sol. Les vêtements, les armes et les ustensiles du défunt sont ensevelis avec lui, à la mode tartare; son canot d’écorce est renversé sur la tombe ou bien lancé au gré du courant. Tous les objets ayant appartenu au défunt et qui ne peuvent être cachés avec lui sont sacrifiés. On les brûle, on les jette à l’eau ou bien on les suspend dans les arbres ; car ils sont eln'ri, étay, c'est-à-dire anathème. Nouvelle espèce de tabou dont l'usage se retrouve mainte part ailleurs. De nos jours, ces sauvages imitent les Européens et enterrent leurs morts.
L'usage des masques, si répandu sur les deux continents américains, était d’un fréquent usage chez les Déné-Dindjié, autant dans les jeux qui ont pour but d'imiter les actions des géants appelés otchôzé, kfwi-dételli (têtes rasées), dzé-tche6 (grands-cœurs) ou tchi-tch2Ô (grossestêtes), que dans les funérailles où on en recouvrait la face du cadavre. Cet usage tout égyptien est entièrement tombé en désuétude. On chercherait vainement un de ces masques dans toute la vallée du Mackenzie; mais plusieurs de mes confreres en ont vu dans le territoire d’Alaska et dans la Colombie britannique.
Les Déné-Dindjié surmontent les tombes de leurs morts de longues perches auxquelles sont suspendues des banderolles de diverses couleurs. Leur but secret est d'amuser l'âme du défunt et de la retenir dans la cache ({ssa) avec le cadavre. Cet usage se retrouve en Chine, d’après le récit des voyageurs.
Dans certaines tribus, un an après la mort de quelqu'un on se réunissait autour de la cache, on l’ouvrait pour contempler une dernière fois les restes hideux et défigurés du défunt; puis, après s'être lamenté et avoir entonné le chant des morts, on festinait en silence sur la pelouse. J'ai encore vu cette pratique en honneur au grand lac des Ours et parmi les Flancs-de - Chien, éloignés des forts de traite et de nos résidences.
Les Déné-Dindjié, comme tous les sauvages, sont très-sensibles à 1: musique. Leurs chants, vocalisés chez les Montagnais, accompagnés paroles chez les Peaux de Lièvres et les Loucheux, ne sont pas dépourvus d'harmonie et de rhythme. Ils sont supérieurs aux glapissements des Cris et aux sempiternels hè! yan, yan, hé! des Esquimaux. Ils ont un rhythme pour l'amour, et un autre pour la guerre et la magie; un troisième pour le jeu, un quatrième pour la danse et un cinquième pour le deuil et la douleur. Nonobstant cette divergence de motifs et de sentiments, tous ces chants sont sur le mode mineur comme les
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hymnes des Grecs, J'ai même remarqué que nos Indiens ont une trèsgrande difficulté à attaquer la tierce majeure. Sitôt que nous cessons de les accompagner, soit de la voix, soit d'un instrument, ils bémolisent toutes les notes et donnent aux airs les plus gais un ton des plus lamentables,
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