Philippsburg
On attribua de tout temps aux thermes de Wiesbaden,
ainsi qu’aux autres sources minérales chaudes, une chaleur spécifique inhérente à l’eau. Pline déjà, dit, en mentionnant nos sources, quorum haustus triduo fervet (dont les eciuœ restent chaudes pendant trois jours). Après que Duclos eût professé la théorie du calorique propre des thermes, on la soutint avec assurance relativement à ceux de Wiesbaden et, à la suite de divers essais aux quels on se livra pour cet objet, on s’y obstina de plus en plus. Ritter, surtout, se singularisa, à force de préconiser les vertus extraordinaires qui devaient résulter pour nos eaux de ce prétendu calorique spécifique. Elles nous semblent, dit-il, même au toucher, d’une
natuie sui generis, et Ion peut plonger la main, sans que 1 épiderme en soit lésé, dans les sources les plus chaudes, ce qu on ne tenteiait pas impunément dans de l’eau ordinaire, chauffée au même degré. Ï1 avoue qu’il n’a pu vérifier l’entière exactitude de l’assertion de Pline ; cependant elle ne serait pas, selon lui, tellement éloignée de la vérité qu’on le pense ; par haustus, il faudrait entendre une quantité d’eau très considérable, qui conserve effectivement de sa chaleur pendant plus de vingt-quatre heures.
D’anciens médecins, dont quelques-uns vivent encore, veulent également voir une preuve du calorique spécifique des eaux thermales, dans cette circonstance, que l’on peut boire immédiatement les eaux puisées aux sources les plus chaudes, même au Kochbrunnen, sans éprouver la moindre brûlure ou sensation désagréable.
On est allé jusqu’à renouveler sur nos thermes, et avec succès, dit on, l’expérience de Mad. de Sévigné, qui jeta des roses dans l’eau de Vichy la plus chaude, sans qu’elles s’éffeuillassent ; bien plus, de flétries qu’elles étaient, elles recouvrèrent, par cette immersion, leur première fraîcheur.
Toutes ces merveilles acquirent un certain degré d’importance scientifique, à la suite d’essais entrepris par plusieurs chimistes, sur la durée de la caléfaction et de la réfrigération de l’eau thermale et ordinaire. Kastner, entre autres, démontra l’existence du calorique spécifique par des expériences
en apparence très concluantes, et la même chose eut lieu, à cette époque, pour d’autres sources thermales.
L’ingestion, dans les voies digestives, de l’eau thermale à une température très élevée, sans qu'il en résulte d inconvénient, peut s’expliquer à la rigueur, par l’habitude qu ont certaines personnes de boire chaud, en prenant le liquide à petites gorgées et en absorbant en même temps de 1 ail pour le refroidir. Il n’en est par de même de 1 immersion de la main dans les eaux du Kochbrunnen pendant un certain laps de temps, et nous invitons les partisans du calo-
rique spécifique à vouloir bien renouveler l’expérience sous nos yeux.
Les essais de Mr. Kastner furent réfutés d’une manière péremptoire, pour les eaux thermales en général, par Longchamp, Schweigger, Reus, Pagenstecher, Gendrin, Jacquot, Pleischl, et pour celles de Wiesbaden en particulier, par Gmelin et Lade. Les expériences auxquelles cette polémique avait donné lieu, sont d’une nature très délicate, car il n’est pas aisé de se procurer des vases dont les parois aient exactement la même épaisseur et qui soient également conducteurs du calorique, ni d’opérér constamment à une température et sous une pression atmosphérique parfaitement égales.
La différence observée, entre la capacité pour le calorique de l’eau thermale et celle de l’eau douce, provient uniquement des principes minéraux contenus dans la première, et de nombreux essais ont fait voir depuis que les eaux minérales artificielles présentent la même différence. Chose vraiment singulière ! On attribua aux sources thermales un calorique spécifique et on le refusa aux sources minérales froides. Comme si les unes et les autres ne sortaient pas de la même officine ! Comme si une chaleur inférieure à 25° R. n’était pas identiquement la même, sous le rapport de la qualité, qu’une chaleure supérieure!
Electricité.
On crut aussi reconnaître, dans nos eaux thermales, un principe électrique particulier, et c’est également Mr. Kastner qui en démontra l’existence, en se fondant sur les effets remarquables produits par les eaux sur l’aiguille aimantée, à l’aide d’un multiplicateur électro-magnétique. Mais ces effets ne sont pas non plus le propre des eaux minérales naturelles et proviennent uniquement des principes chimiques qui y sont en dissolution. Walker a démontré, au moyen d’expériences très précises, que l’on en obtient de semblables
et de plus sensibles, en opérant sur des eaux minérales artificielles. Kastner insista de nouveau, dans la suite, sur l’opinion qu’il avad déjà ennse, mais il fut réfuté derechef par G. Bischof.
Poids spéelliciiEe.
Le poids spécifique des eaux du Kochbrunnen fut mesuré, à différentes reprises, et en dernier lieu, le 21 Juin 1851, pai Fresenius, et évalué à 1,00666, à la température de 12° R.
Les recherches antérieures avaient conduit aux résultats suivants :
Lade, senior, avant 1821 ... 12° R.
Kastner, 1821 Jung, 1837 Kastner, 1838 P. Lade, 1847
Ces résultats s’ accordent entre eux, autant qu’on peut le désirer, sauf celui de Jung qui repose probablement sur une donnée fausse.
Le poids spécifique des autres sources fut également mesuré eu 1821 par Kastner. Il opéra à une température de 12° et trouva pour l’Aigle 1,06250 et pour le Schiitzenhof 1,005125. Nous nous bornons à ces deux citations, le poids spécifique des autres sources se rapprochant tantôt de celui de l’Aigle, tantôt de celui du Kochbrunnen.
Matière organique*
On a parfois, dans les eaux de Wiesbaden, constaté l’existence d’une matière organique. La première découverte (1821) en est due à J. Kastner qui l’appela d’abord extrait organique. Il trouva que les eaux du Kochbrunnen en contenaient 1,85 pour cent; celles de l’Aigle, 1,80; la source du Schützenhof, 0,035. Plus tard, après d’autres recherches faites en 1838, il crut reconnaître dans cette matière, des
restes d’animalcules primordiaux ou d’organismes élémentaires,
tués probablement par l’analyse
chimique à la quelle les
eaux avaient été soumises. Ces animalcules existeraient, selon lui, à l’état de vie, dans chaque goutte d’eau minérale, tant que celle-ci n’est pas chauffée au delà de 60° R. et contribueraient, pendant leur vie même, à son efficacité, en exerçant une action thérapentique sur la peau extérieure et la muqueuse.
On observa également des substances organiques de cette nature dans d’autres eaux minérales. Longchainp en rencontra dans celles de Barège et les nomma Barégine ; d’Àrcet, dans celles de Vichy; Monheim, dans les sources d’Aix-lachapelle, qu’il désigna sous le nom de theiotherium et Anglada, sous celui de glairine &e. • - •
Pour se* rendre compte du l’origine et de la nature de ces matières * organiques, il faut les envisager du point de vue auquel s’est placée, de nos jours, l’histoire naturelle des infusoires et des conferves; point de vue justifié par les belles découvertes d’Ehrenberg, sur l’éxistence des infusoires et celles de Schwann et Helmsholtz, sur les conferves et les algues. Ces naturalistes démontrent victorieusement que tous les animalcules microscopiques se propagent par eux-mêmes et ont besoin, pour leur dévelopement, d'air et de lumière et ils rejettent, comme une hypothèse erronnée, la prétendue generatio œquivoca qui ne manquait pas de partisans. Nous n’avons aucune raison de croire que les corpuscules de nos sources thermales s’engendrent d’une manière exceptionelle et il est constant que l’air et la lumière sont indispensables à leur existence. Jamais on n’en a pu trouver que vers l’orifice de nos thermes, ainsi que le constatent les travaux intéressants de Stiebel*) et de F ontan **). Ces travaux nous font voir en même temps comment chaque espèce est subordonnée à la nature des principes minéraux contenus dans les sources. Dans les eaux sulfureuses des Pyrénées,
*) Formes élémentaires des infusoires, dans les eaux minérales; Francfort 1841.
**) Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées; Paris 1838.
par exemple, on trouve la sulfaire; le zygnema, dans les eaux salines; dans les eaux salées, le scytosiphon.
D’après Stiebel, certains infusoires se rencontrent dans toute espèce d’infusion, d’autres au contraire, comme la galionelle et la conferve sulfureuse, ne se trouvent que dans un milieu particulier, convenable à leur développement organique.
La température, la nature du lieu où le liquide est conservé, l’introduction accidentelle de corps étrangers influent pareillement sur les conditions de leur existence et de leur forme.
Les organismes élémentaires des sources minérales prennent naissance, comme le prouvent Fontan et Stiebel, dans toute eau minérale artificielle, pourvu quelle réunisse d’ailleurs les conditions de chaleur et de lumière nécessaires à leur développement.
On peut donc tenir pour démontré que nos animalcules primordiaux ne naissent point dans les profondeurs de la terre et ne sont point une partie intégrante des eaux minéiales, mais sont, au contraire, le produit d immixtions et d influences étrangères, un résultat de la décomposition des eaux qui les rend peut-être impropres à l’usage médical. Jamais on n’en put découvrir dans 1 eau de AV iesbaden puisée récemment. Berthier, déjà, a constaté l’absence de toute trace d organismes dans les eaux minérales, au moment où elles jaillissent du sol. Jung observa que 1 eau de Wiesbaden, venant im médiatement de l’orifice de la source, ne dépose point de matière organique après l’évaporation, et que les précipites de cette eau, chargés d’acide carbonique ne répandent po ^ d’odeur et ne noircissent pas quand on les expose à la te \ rature de l’incandescence. Enfin, les analyses de f resenms, conduites avec le plus grand so»n et entouiées e tou es
*) Journal des mines VI. pag. 215.
les ressources de la chimie analytique moderne, n’amenèrent la découverte d’aucun extrait organique.
Couleur, odeur et saveur.
Notre eau thermale vue à travers un vase de petite dimension et transparent, semble aussi limpide, aussi incolore que de l’eau ordinaire; mais dans un récipient de grande dimension, elle ne paraît pas complètement claire et présente une faible nuance gris-blanchâtre; quelquefois on y apperçoit de légers flocons. Jung et Thomae ont prétendu qu’elle jaillit du sol, limpide comme le cristal, sans doute parcequ’ils n’avaient observé qu’une petite quantité de liquide. Dans les bassins de nos sources elle est d’un aspect trouble et d’une couleur tirant sur le jaune.
L’odeur en rappelle assez celle de la chaux vive au moment où on l’éteint, et venant d’une certaine distance. La saveur en est salée et ressemble à celle d’un bouillon léger.
Composition chimique.
Nous adoptons dans cet ouvrage, l’analyse la plus récente entreprise par Mr. le professeur Fresenius, dans le courant de l’été de 1849. Voici les résultats obtenus par ce chimiste:
1000 parties d’eau du Kochbrunnen contiennent:
a. parties solides.
Solubles par l’eau pure:
chlorure de sodium ....
id
de potassium . . .
id
de lithium ....
id
d’ammonium . . . ,
id
de calcium ....
id
de magnésium . . .
bromure de magnésium ....
iodure de
magnésium ....
. vestiges
sulfate de
chaux .
acide silicique .
substances
organiques ....
• faibles traces
somme
report 7,82694
insolubles par l’eau pure, solubles par l’acide carbonique.
carbonate
de chaux .
id
de magnésie .....
id
de baryte j
traces
id
de strontiane i
id
ferreux .
id
de cuivre, quantité infiniment petite.
id
manganéseux .....
phosphate de chaux .
arséniate
de chaux .
argile contenant de l’acide silicique
substances organiques .....
traces
somme des subtances solides . 0,43572 b. gaz. 8,26266
acide carbonique combiné avec les carbonates simples, de manière à former de bicarbonates .... 0,19169 acide carbonique libre, ..... 0,31653
acide carbonique supposé libre . . 0,50822 azote . 0,00200
somme des gaz somme de toutes les substances
Evalué en volumes, l’acide carbonique réellement libre contenu dans 1000 grammes d’eau, mesure 200,5 CC; l’acide carbonique supposé libre, 322,4 CC; 1 azote, 3,22 CC, à la température de la source et sous une pression barométrique
ordinaire.
Une livre d’eau de 7680 grains contient: grains.
chlorure de sodium . *
id de potassium
somme 53,61753
report . 53,61753
chlorure de lithium . 0,00138
„ d’ammonium . . . . . 0,12841
„ de calcium . 3,61720
„ de magnésium . 1,56603
bromure de magnésium . 0,02726
iodure de magnésium, quantité infiniment petite —
sulfate de chaux . . 0,69289
acide silicique . 0,46018
carbonate de chaux . 3,21055
„ de magnésie . 0,07979
„ de baryte ......... traces
„ de strontiane . —
„ ferreux . 0,04339
„ manganéseux . 0,00453
a de cuivre, quantité infiniment petite.
phosphate de chaux . 0,00299
arséniate de chaux . 0,00115
silicate d’argile . 0,00392
substances organiques . traces
somme des substances solides . 63,45720
acide carbonique combiné avec des carbonates simples, de manière à former de bi-carbonates .... 1,47218
acide carbonique libre . 2,43095
acide carb. supposé libre .... 3,90313 azote . 0,01540
somme des gaz . 3,91853
somme de toutes les subst. . . 67,37573 L’acide carbonique réellement libre contenu dans une livre d’eau = 32 pouces cubes, mesure 6,416 pouces cubes; l'acide carbonique prétendu libre, 10,317 p. c. l’azote, 0,103 p. c. à la température des sources, sous la pression barométrique ordinaire.
Les analyses anciennes ont été entreprises par Ritter, vers la fin du 18e. siècle; Lade senior, en 1820; Kastner, 1822 et 1833; Jung, 1839; Figuier et Meallie, 1847; Lade fils, 1847.
Les résultats obtenus par M. M. Lade s’accordent le plus avec ceux de Fresenius; ils ne présentent que de légères différences, par exemple, dans la mesure du fer et du bromure de magnésium, que Fresenius lui-même a expliquées, en les attribuant à la méthode d’évaluation employée par ces chimistes. Les analyses de Kastner et de Jung diffèrent également d’une quantité très faible dans la mesure du chlorure de calcium et du sulfate de chaux; mais comme le poids spécifique des eaux du Kochbrunnen, tel qu’ils Font constaté, est d’accord avec celui trouvé par Fresenius, il s’en suit nécessairement qu’il s’est glissé dans leurs calculs une erreur de qantité. Les expériences de Figuier et Mealhe donnent pour la somme des éléments solides un chiffre conforme à l’analyse que nous adoptons, mais présentent, dans l’évaluation des divers sels, des différences que Fresenius attribue à des erreurs manifestes. Ils semblent avoir méconnu complètement la présence du chlorure de calcium, en le confondant avec la chlorure de sodium, puisque ces deux substances ensemble, dans l’analyse que nous avons adoptée, pèsent 56 grains, 11499 et que le chiffre de ces Messieurs, pour le chlorure de sodium seulement, est de 55 grains, 93500.
Sauf ces différences d’une importance très secondaire, toutes les analyses entreprises jusqu’à ce jour s’accordent donc entre elles et prouvent en même temps, que la composition des eaux du Kochbrunnen n’a subi aucune modification appréciable dans les trente dernières années.
Fresenius n’a analysé, jusqu’à présent, que les eaux du Kochbrunnen et nous sommes réduits à nous en tenir, pour les autres sources, aux travaux plus anciens de Kastner.
Nous donnons, ci-après, les résultats obtenus par l’analyse des eaux du Kochbrunnen, de l’Aigle et du Schützenhof:
Dans 16 onces d’eau.
Acide carbonique pré-
Kochhrunnen.
Aigle.
Schützenhof.
tendu libre, sous 27"
3'", hauteur baromé-
trique.
grains
grains
grains
carbonate de chaux . . 1,98500
talk, contenant de l’acide
carbonique ....
carbonate ferreux . .
carbonate manganéseux
traces
sulfate de soude . .
chlorure de calcium
chlorure de magnésium
bromure de magnésium
bromure de sodium
iodure de sodium . .
. 0,000025 traces douteuses
chlorure de sodium
chlorure de potassium
acide silicique . . .
argile .
extrait organique . .
limon des bains, formation pseudo-mucilagineuse.
Ce tableau comparatif nous fait voir suffisamment que ces trois sources ne diffèrent point par la qualité des substances qu’elles contiennent; sous le rapport de la quantité, on ne trouve que de faibles variations entre celles de l’Aigle et du Kochbrunnen.
Les différences plus notables, entre les eaux du Schützenhof d’une part et celles de l’aigle et du Kochbrunnen de l’autre, peuvent s’égaliser, rien qu’en ajoutant à ces dernières une certaine quantité d’eau ordinaire.
Kastner a également analysé les autres sources et a trouvé que leur composition chimique est semblable, tantôt à celle du Kochbrunnen, tantôt à celle de l’Aigle, et tout récemment, l’analyse de la source de la maison Worner, faite
par Mr. Wildenstein, à la température 51° — 52° R. a montré que celle-ci contient les mêmes substances et dans la même proportion que le Kochbrunnen, sauf une légère différence de deux grains seulement, dans la quantité du chlorure de sodium.
Toutes nos sources minérales chaudes, à l’exception de celle du Schützenhof, peuvent donc, en tant qu’elles doivent servir à l’usage médical, être considérées comme semblables sous le rapport de la qualité et même sous celui de la quantité de leurs principes chimiques. La conformité de leur poids spécifique eût suffi à la rigueur pour démontrer cette similitude. Cependant, quelques médecins, entre autres Ritter et Peetz, ont soutenu l’opinion contraire. Mais les prétendues différences qu’ils ont cru observer dans nos eaux thermales proviennent, soit de la méthode analytique défectueuse employée de leur temps, soit de circonstances étrangères à leur travail, mais très susceptibles d’en modifier les résultats, comme l’exposition particulière de la source, le mode de construction et l’arrangement intérieur de nos thermes &c. &c.
11 se dégage de nos sources thermales des bulles gazeuses très abondantes, au point que les eaux semblent être en ébullition; l’analyse de ces gaz a donné les résultats suivants:
Fresenius 1850.
Lade 1847. Kastner 1822. Gmelin.
Azote
Acide carbonique 79,8 .
Oxigène traces •
traces • •
traces
Ces chiffres représentent des volumes.
Analyse «les précipités.
La
substance
seulemen
qu’elles
acide silicique ....... 0,00054
carbonate de chaux . 0,00121
id. de magnésie .... 0,00041
oxide de fer . 0,00161
acide phospliorique . faibles traces.
acide arsénique ....... 0,00010
Total des éléments solides . 0,00390 acide carbonique ...... 0,00167
Lorsque l’on débarrasse l’eau de ces substances en suspension, en la filtrant, et qu’on la laisse reposer quelque temps dans des vases clos, non entièrement pleins, afin qu’elle reste soumise à l’absorption de l’oxigènc, il se forme un second précipité, brun rougeâtre, composé sur 1000 parties d’eau de :
acide silicique . 0,00026
carbonate de chaux . 0,00050
carbonate de magnésie .... 0,00059
oxide de fer . 0,00211
acide phospliorique . 0,00018
Total des éléments solides . 0,00364 acide carbonique . 0,00172
Quand, après avoir débarrassé l’eau de ce précipité, on la fait chauffer, de manière à la réduire, par une évaporation lente, à un huitième de son volume, on obtient un troisième précipité de couleur blanche, très abondant, contenant sur 1000 parties :
carbonate de chaux . 0,41678
carbonate de magnésie .... 0,00936
oxide de fer . 0,00015
carbonate de manganèse .... 0,00059
argile contenant de l’acide silicique 0,00051
Total des éléments solides . 0,42739 acide carbonique . 0,50483
Ces trois précipités donnent sur 1000 parties d’eau un total de 0,43493, et les substances qui restent en dissolution s’élèvent encore à 7,82614. Leur formation est due à une double cause : Faction de l’oxigène de l’air et la fuite de l’acide carbonique qui donne lieu à la décomposition des bicarbonates. Ils donnent naissance à ce sédiment concrétionné, appelé Sinter, que l’on trouve dans les bassins de nos sources et les canaux de décharge. A l’état de siccité, ce sédiment est d’une couleur jaune-rougeâtre, tirant sur le brun, et se présente tantôt à l’état pulvérulent, tantôt sous forme de masse compacte, de structure cristalline. Mr. Fresenius en fit également l’analyse et choisit, pour ses opérations, les trois espèces suivantes:
a ) Les parties les plus légères du sédiment vaseux d’un canal de décharge, obtenues au moyen d’un lavage, et devant contenir les substances qui se précipitent de prime abord, par l’action de l’oxigène de l’air; elles sont de même nature que les flocons bruns que 1 on voit s’agiter en tournoyant, lorsque l’on remue l’eau à l’orifice de la source, et qui nagent quelquefois en assez grande quantité dans celle qu’on vient d’y puiser.
b ) Les concrétions d’un brun-rougêatre, tirant sur le gris, en forme de grappes de structure cristalline qui se trouvent par masses près de Forifice de la source du
Kochbrunnen.
c ) Le sédiment à l’état de siccité provenant du canal de
décharge qui se dirige vers la Rose.
Cent parties de ces trois sortes de dépôts contiennent
en poids :
sédiment a.
Carbonate de chaux 13,663 carbonate de magnésie traces • sulfate de chaux . . . •
sulfate de baryte et
de Strontiane • 0,164
sédiment î).
traces
sédiment c.
sédiment a.
sédiment b.
sédiment c.
Oxide de fer
carbonate manganéseux traces
quantité minime
. traces
argile .....
acide arsénique . .
acide phosphorique
. traces
. traces
acide silicique . .
silicate de chaux
substances organiques
traces
. traces
. traces
sels solubles . . .
eau, substances échappant
à l’analyse, perte
Si nous rapprochons les trois analyses ci-dessus des trois précédentes, nous sommes frappés de la similitude que présentent leurs résultats, tant sous le rapport de la composition chimique des précipités artificiels et des dépôts naturels, que sous celui de l’ordre dans lequel les uns et les autres se succèdent, et nous voyons en même temps que dans leur formation, c’est le bicarbonate de fer qui doit se précipiter d’abord à l’état d’oxide de fer, tandis que les bi-carbonates de magnésie et de chaux ne se décomposent que plus tard.
Les recherches de Mr. Fresenius sur la cause et l’ordre de succession des précipités sont d’un grand intérêt dans la pratique; elles réfutent une ancienne opinion erronée qui attribuait la formation des précipités au refroidissement de l’eau et qui fut soutenne par Gerlach et Kastner. Le premier, à la suite de divers essais, prétendit que l’eau du Kochbrunnen et celle du Schützenhof, c’est-à-dire la plus forte et la plus faible, deviennent d’une force à peu près égale, quand on les laisse refroidir jusqu’ à 27° R; Kastner attribua la décomposition chimique des eaux et la formation des précipités au refroidissement du liquide et au fait connexe de l’absorption de l’air par l’extrait organique.
Les analyses de Mr. Fresenius prouvent; au contraire, que l’absorption plus considérable et la fuite de l’acide carbonique n’oni pas pour cause le refroidissement, mais bien l’élévation de température des eaux, et que les changements qui s’y opèrent ont, pour condition sine qua non, le contact de l'air; ils démontrent en même temps que l’eau du Kochbrunnen, exposée à l’action continue de l’air et appauvrie par la formation des trois précipités, est encore plus riche que celle du Schiitzenhof au moment même où elle jaillit du sol et mettent en évidence l’utilité de la méthode qui consiste à préparer les bains, en coupant l’eau chaude avec de l’eau minérale qu’on a laissé refroidir. Nous voyons même par là que, s’il y a une différence à faire entre un bain coupé et un autre qu’on aurait laissé refroidir peu à peu, elle serait entièrement au désavantage de celui-ci. Un bain préparé par ce dernier procédé, se couvre, tant que l’eau n’a pas été troublée, d’une croûte saline, preuve irrécusable qu’il n’a pas encore servi. Mais de nos jours, l’intérieur de nos établissements thermaux est soumis à une surveillance tellement active, que cette eircontance ne doit plus empêcher les baigneurs de donner la préférence an premier mode.
Ce que nous venous de dire des bains s’applique également à l’eau thermale devant servir de boisson. On fera bien de couper l’eau que l’on vient de puiser à la source, avec de l’eau refroidie à l’avance dans des vases bien bouchés, afin de la rendre plus promptement potable et d’éviter par là, autant que possible, la déperdition des principes minéraux.
Notre eau thermale mise en cruchons, bouchés rapidement et avec soin, perd en tout 0,058 grains par livre, de ses principes chimiques; perte minime, qui peut être négligée et, en tout cas, bien moins sensible que celle qu’éprouve l’eau puisée à la source et consommée par nos baigneurs, vu qu’ils la laissent, en buvant, exposée à l’air pendant plus d’un quart d’heure, et ont en outre la mauvaise habitude de jeter le fond du verre.
Les expériences de Mr. Fresenius sur les précipités de nos eaux et sur l’ordre de leur formation ont jeté un véritable trait de lumière sur l’art d’approprier nos eaux à un usage médical déterminé en nous révélant des procédés fort simples pour obtenir la diminution ou l’élimination de tel ou tel de leurs principes.
Analyse «tes sources minérales froides.
Nos eaux minérales froides décrivent une sorte de demicercle autour des sources thermales. La source du Faulbrunnen, surtout depuis qu’elle a été nouvellement encaissée, est la seule qui serve aujourd’hui à un usage médical. Nous nous bornerons à relater ici l’analyse de cette dernière que nous devons à Mr. le Dr. C. W. Philippi.
A ata lyse des eaux du Faulbrunnen de Mr. le
Mr. C.
Philippi.
Les
eaux du Faulbrunnen contiennent,
sur 1000 parties
sur 7980 grains
d’eau,
= 1 livre.
chlorure
de sodium . .
id
de potassium . .
id
de lithium . . .
. . indéterminé .
id
d’ammonium . .
id
de calcium . .
id
de magnésium
bromure
de magnésium .
. . traces
iodure de magnésium . .
. indérteminé .
sulfate de chaux . . .
acide silicique . . . .
carbonate de chaux . .
id
de magnésie
id
de baryte . .
. . indéterminé •
id
de strontiane .
. . id
id
ferreux . . .
report . 4,315426
carbonate manganéseux . . . , traces distinctes
phosphate de chaux . id
silicate d’argile . id
lluorure de calcium .... . traces douteuses
sel nitrate . . id
Total des substances solides 4,315426 . 33,142471 acide carbonique dit libre 0,855095 . 2,727129
gaz hydrogène sulfuré traces distinctes . - -
Total de toutes les substances 4,670521 . 35,869600 Si nous comparons les résultats ci-dessus avec ceux que présente l’analyse des eaux du Kochbrunnen, nous voyons que ces dernières contiennent en principes minéraux à peu près le double de celles du Faulbrunnen et que le rapport des deux sources entre elles est presque comme 1 : 2.