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Chapitre ï

Effets de l’usage interne de l’eau minérale de Wiesbaden

sur l’organisme sain»

Mous nous proposons, dans les pages suivantes, de décrire les effets de nos eaux minérales sur l’organisme sain, afin de baser sur la connaissance de ces effets l’opportunité et le mode de l’application des eaux sur l’organisme malade.

C’est un mérite incontestable pour notre époque d’avoir su dignement apprécier la haute importance des effets physiologiques des médicaments, et de les avoir étudiés en partie au moyen d’essais sur l’organisme sain avec le secours de la chimie animale et de la microscopie; car, de même que la physiologie est le fondement de la pathologie, de même que l’organisation et le chimisme morbides procèdent de l’état normal et ne peuvent s’expliquer que par ce dernier, de même aussi les effets physiologiques des médicaments fournissent le point de départ de leurs effets thérapeutiques, et ce n’est qu’une matière médicale basée sur les effets physiologiques qui puisse résister à la fois aux vaines hypothèses et au brutal empirisme.

Les essais sur les effets physiologiques des eaux minérales sont jusqu’à présent peu nombreux, et nous ne sommes pas riches en observations sur cette matière, soit défaut de zèle,

soit intérêt mal entendu, on s’est obstiné dans la vieille routine, et l’on a constamment évité avec une sorte de répugnance craintive tout ce qui pouvait conduire à une balnéologie rationelle. Il est temps, enfin, de frayer une voie nouvelle et de mettre à profit pour nos eaux thermales les conquêtes de la science.

La recherche des effets physiologiques de nos thermes ne présente pas de médiocres difficultés. Nous nous trouvons dans la nécessité de faire un acte de synthèse, en mettant un corps inorganique en présence d’un corps vivant, et d’établir une réciprocité de rapports entre les eaux minérales et l’organisme humain, afin de nous rendre compte des modifications qui en résultent de part et d’autre. Il nous faudra donc nous aventurer sur le terrain scabreux et mouvant de la vie organique, où tout se transforme sans cesse, la substance aussi bien que la forme, où tout naît se développe et meurt sous l’influence du monde extérieur.

L’étude des eaux thermales, d’un corps inorganique par conséquent, au moyen des réactifs de la chimie et des instruments de la physique, était chose aisée, car les lois qui régissent la nature inorganique sont parfaitement connues; mais il en est tout autrement maintenant qu’il s’agit de la recherche des modifications qui se développent dans l’organisme vivant, puisque le voile qui recouvre les lois de la nature organique est loin d’être levé, et que' les manifestations en sont obscurcies par la complexion de l’individualité et par la vicissitude des influences extérieures. Cette recherche d’ailleurs, est, dans l’espèce, d’autant plus ardue, qu’aux difficultés générales viennent s’ajouter celles que nous oppose la nature de nos eaux thermales, dont les diverses propriétés physiques et la multiplicité des principes minéraux qui y sont contenus constituent une substance thérapeutique des plus compliquées.

Nous aurons donc, ici, pour tâche de discerner ce qu’il y a de durable dans le changement, de dégager ce qui est régulier de ce qui est purement accidentel ; car, si l’essence

même de la vie organique nous échappe, si les phénomènes extérieurs par lesquels elle se manifeste semblent déroger à la régie de mille manières différentes, il existe cependant, pour les fonctions de l’organisme et le mélange des liquides, des lois sous l’empire desquelles procède le mécanisme de la vie.

Ainsi, nous nous proposons de rendre compte des effets que nos eaux thermales produisent sur l’organisme normal, en ayant égard toutefois, en tant qu’elles peuvent intéresser notre sujet, aux nombreuses anomalies qui caractérisent de grandes classes d’individualités exceptionnelles, ou qui se produisent sous certaines influences générales extérieures.

En mettant nos thermes en contact avec l’organisme humain, il s’établit entre eux des rapports réciproques qui modifient tous les deux, et de cette réciprocité naissent des symptômes que l’on peut diviser en deux groupes : symptômes des modifications de l’organisme; symptômes des modifications de l’eau thermale. Sans établir une séparation systématique entre ces deux groupes, nous aurons soin cependant, en analysant les effets physiologiques de nos eaux, d’indiquer la cause et la nature de chaque symptôme en particulier.

Nos eaux thermales constituant une substance thérapeutique fort compliquée, il est très difficile de les mettre en rapport avec l’organisme de telle manière que la totalité de leurs agents et de leurs principes minéraux puissent entrei en jeu également et simultanément. Pour parer à cette difficulté, nous avons dû, afin d’arriver à une description aussi complète que possible de leurs effets, non seulement en faiie l’application sur différentes parties de l’organisme, mais encore les employer à différentes doses et à divers états d agré-

gation.

Les résultats suivants sont basés sur des observations notées avec soint et répétées dans un nombre de cas assez considérables. Elles ont été obtenues en partie par le ti alternent de sujets affectés d’un mal local, soit d une origine

purement traumatique, comme des fractures compliquées, des coups de feu, des cicatrices indurées etc., ou chez lesquels le travail morbide avait cessé en laissant après lui des dépôts, des déformations comme des ankylosés, des contractures, des strictures, des indurations etc., mais principalement au moyen d’essais directs sur des sujets bien portants.

Pour l’usage interne des eaux, nous admettrons trois degrés dans leur application, ainsi que cela se pratique généralement pour d’autres médicaments.

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