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Effets des eaux à forte dose

Nos eaux prises à forte dose, c’est-à-dire à la dose d un à deux litres et au-delà, un peu chaudes, le matin, à jeun, dans 1 espace de quelques heures, par une personne bien portante produisent l’effet d’un purgatif. Les évacuations arrhent pendant l’absorption des eaux et immédiatement après, ordinairement à la suite de légers borborygmes, de tiraillements et d’épreintes dans le bas-ventre ; elles se répètent trois ou quatre fois, et même

plus souvent, de demi-heure en demi-heure. Les premières selles sont abondantes et demi-liquides; les suivantes appauvries, aqueuses, d’abord d’un brun foncé, puis d’une couleur verdâtre, visqueuses et transparentes, et occasionnent assez fréquemment de la chaleur à l’anus et un peu de ténesme. La fréquence des selles n’est pas en rapport avec l’abondance des fèces ; elles surviennent avant que ces dernières se soient accumulées dans le rectum en quantité notable. Mes recherches sur la quantité et la qualité des selles m’ont donné les résultats ci-après :

Après avoir administré dans l’intervalle d’une demi-heure à une heure un littre et demi d’eau thermale refroidie, j’ai obtenu, dans l’espace de 24 heures, quatre selles, pesant ensemble 28 onces et contenant 68,42 gr. de sel de cuisine. Un second essai en a donné 35 onces, contenant 89,31 gr. de sel de cuisine. Après d’autres expériences j’ai trouvé que le poids des matières fécales variait entre 23 et 39 onces, et la quantité de sel de cuisine entre 38,92 gr. et 96,91 gr.

Les urines n’augmentent que faiblement par suite de l’usage des eaux prises à forte dose et seulement pendant les premières selles; plus tard elles diminuent notablement et finissent même par devenir plus rares qu’elles ne le sont à l’état normal. Voici les résultats que l’analyse m’a fournis sur ce point:

Dans une expérience où les selles furent provoquées par les eaux au bout d’un quart d’heure et se répétèrent un grand nombre de fois, j’ai recueillie les urines de la journée, et j’ai trouvé qu’elles pesaient 48 onces et contenaient: sel de cuisine 226,11 gr. ; acide urique 12,91 gr. ; urée 114,12 gr. Un second essai a donné 53 onces; un troisième, 51 onces.

L’activité de la peau est constamment abaissée. La muqueuse du canal intestinal ainsi que l’appareil glandulaire qui se rapporte à ce dernier sont particulièrement frappés par l’action des eaux, et les sécrétions en sont notablement accrues comme l’atteste la couleur des selles.

Les menstrues sont stimulées et acquièrent encore plus de développement que sous le régime précédent.

Deux heures après l’absorption, les effets des eaux à forte dose cessent en général; on éprouve alors un peu de assitude et un sentiment de bien être, du vide à l’estomac et dans le bas-ventre, et une faim très vive. Le goût est net, la digestion facile et énergique. Pendant la journée, la prédisposition à des évacuations plus abondantes du canal intestinal n est pas aussi prononcée que quand les eaux sont piises à dose moyenne, et Ton supporte mieux avec ce régime des aliments qui provoquent les selles, tels que des légumes succulents, des fruits, de la salade etc. Chez beaucoup de buteurs le système vasculaire ne paraît nullement affecté; on remarque au contraire qu'elles ont un pouls plus tranquille, plus faible, un teint plus pâle et la peau fraîche. D’autres au contraire, dont le système vasculaire est irritable et qui se sont moins ressenties de l’effet purgatif des eaux, ont dans le commencement le pouls plus agité, éprouvent parfois des congestions rapides et passagères vers la poitrine et la tête, et sont sujettes à des hémorrhagies.

En continuant de prendre les eaux à forte dose, les symptômes qu’elles ont provoqués se reproduisent, mais vont en s’affaiblissant, et l'on est obligé, si l’on veut les maintenir au même degré, de renforcer peu à peu la dose du liquide.

Après une cure de quatre à six semaines, le volume du corps diminue sensiblement, surtout le ventre. Les buveurs se sentent allégés, ont bon appétit et digèrent avec facilité, seulement ils sont plus sujets à se fatiguer que dans l’état normal.

Si l’on prolonge encore d'avantage ce régime, le sentiment de lassitude devient plus prononcé, l'on ressent de rabattement dans les membres et de l’épuisement. Les effets laxatifs deviennent incomparablement plus faibles ou plus violents, et l’on obtient par fois les mêmes symptômes morbifiques que les eaux produisent à dose moyenne, avec cette

différence que la surexcitation du canal intestinal est plus prédominante. Ces symptômes sont caractérisés de la manière suivante : La langue est fortement chargée ; le malade éprouve de l’anorexie, des dégoûts, des vomissements, de la flatulence et des tranchées dans le bas-ventre qui devient gonflé et douloureux, quelquefois des constipations avec stase inflammatoire ou des diarrhées d’un caractère dysentérique, et de fortes ténesmes suivis de selles sanguinolentes composées d’aliments non digérés et de formations pseudo-membraneuses, enfin des mouvements de fièvre et tous les indices d’un état morbide général.

Si avant l’apparition de ces symptômes, l’usage des eaux est discontinué, l’on ne tarde pas à recouvrer la plénitude de ses forces et de l’énergie vitale et l’harmonie de toutes les fonctions de l’organisme se rétablit d’une manière complète.

Après la cure des eaux à forte dose, on observe plus rarement qu’avec la dose moyenne l’augmentation constante des selles, ainsi que celte prédisposition à des sécrétions plus abondantes, provoquées par des influences malfaisantes extérieures; on constate même assez fréquemment après la cure une inertie passagère des fonctions du canal.

Quand l’eau minérale est prise lentement, un peu chaude, si le temps est doux et si le buveur se donne beaucoup de mouvement pendant l’ingestion de l’eau, les effets laxatifs sont moins prononcés et les selles moins abondantes. Ces effets sont au contraire prédominants, si l’on boit les eaux froides, après un contact prolongé avec l’air, rapidement, en prenant peu d’exercice et par un temps frais.

La maladie thermale, qu’elle ait été provoquée par l’emploi des eaux à dose forte ou moyenne et quelle soit compliquée de plus ou de moins d’excitation locale, se guérit quand on discontinue la cure en observant les précautions d’usage, et la crise se fait communément par les urines, rarement par les selles, plus rarement encore par la peau. Dans des cas exceptionnels provoqués par des négligences graves, des in-

fractions grossières de régime, la maladie dégénère quelquefois en inflammation du bas-ventre, ou bien en fièvre gasléronerveuse, et peut même, dans ce cas, devenir morlelle.

Les effets physiologiques des eaux du Faulbnmnen peuvent etre ramenés à ceux des eaux thermales, puisqu’elles ne diffèrent de ces dernières que par leur température basse et une richesse minérale de moitié moindre. Si l'on en absorbe donc une quantité double, on en obtient les mêmes effets

que ceux produits par les eaux thermales refroidies, sauf qu’on a deux fois plus d’eau dans l’estomac.

Tels sont les effets physiologiques sensibles que j’ai observés le plus communément à la suite de l’usage interne de nos thermes. Ils ne se manifestent pas, chez tous les buveurs, aussi nets ni aussi complets que nous venons de les décrire ; mais se modifient de diverses manières, sous les influences extérieures, et selon le tempérament individuel de chaque personne. Les essais à venir conduiront peut-être à omettre quelques uns de ces symptômes et à en ajouter d’autres, car mon travail n’est qu’une simple ébauche qui admet toute espèce de perfectionnement.

Nous ne sommes même pas en état, quant à présent, de faire part des modifications physiologiques que nos eaux minérales déterminent dans le sang et dans les tissus, et nous serons obligés de nous en tenir, en attendant, aux conclusions que nous déduirons par voie d’analogie de la constitution chimique des eaux. Je n’ai pu, par exemple, observer jusqu’à ce jour certains symptômes physiologiques, tels que celui de la fragilité plus grande des os pendant la cure, mentionné par M. M. Lefaivre et Magistel pour les eaux assez semblables aux nôtres de Bourbonne-les-bains, et la constatation en est sans doute réservée à des travaux ultérieurs.

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