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Effets des eaux prises à dose moyenne

Quand les eaux sont prises tièdes, le matin, à jeun, sous le volume d’un demi-litre à un litre, on remarque les mêmes symptômes que ceux que nous venons de décrire, sauf qu’ils se manifestent avec plus d'intensité. L’on éprouve en outre une certaine plénitude à l’estomac et la chaleur se répand de ce viscère dans toute la région abdominale.

Lorsque cette dose est répétée pendant plusieurs jours la plupart des sécrétions et des excrétions des reins, de l’abdomen, de la peau, de la muqueuse, des glandes et des organes glandulaires sont d’ordinaire augmentées et modifiées. Les modifications des urines se déclarent les premières, et avec le plus de constance. Au moment de l’absorption, ou quelques instans après, le besoin d’épancher l’eau se fait sentir, avant même que la vessie soit complètement pleine, et persiste pendant une heure ou deux. Les urines sont pâles, d’un jaune clair, limpides, et exhalent peu d’odeur. Un exercice modéré en favorise la sécrétion.

Voisi les résultats que j’ai constatés dans la modification, des urines sous le rapport de la qualité et de la quantité:

Le sujet soumis pendant trois jours au régime indiqué dans la précédente analyse a rendu par jour, en moyenne, 50 onces d’urine contenant: sel de cuisine 171,31 gr,; acide urique 13,20; urée 119,49. Le quatrième jour je lui ai fait prendre un litre d’eau douce et j’ai obtenu 61 onces d’urine

composée de: sel de cuisine 201,71 gr.; acide urique 14,04 gr. ; urée 166,91 gr. Le cinqième jour il a bu, dans l'espace d'une demi-heure à trois quarts d’heure, un litre d’eau thermale, et a rendu 76 onces d’urine contenant: sel de cuisine 249,31 gr.; acide urique 23,712; urée 246,354. Trois essais ultérieurs ont donné 70 à 85 onces d’urine composée de: sel de cuisine 263 à 320 gr. ; acide urique 19 à 28 gr. ; urée 247 à 265 gr. Enfin, après des expériences multipliées, j'ai trouvé une augmentation de 30 à 45 onces, et de 10 à 16 onces comparativement à la quantité produite par l’ingesion d’un litre d’eau douce.

Immédiatement ou quelques jours après l’usage quotidien des eaux à dose moyenne se déclarent les modifications des selles. Quand on finit de boire, ou quelques instants plus tard, la chaleur ressentie à l’estomac se répand jusque dans les cavités du bassin; il s’en suit fréquemment dans les intestins un mouvement de va et vient, des gargouillements peu considérables, puis l’on ressent de légères épreintes suivies d’évacuations, sans la moindre sensation douloureuse. Celles-ci se répètent une ou deux fois, procurent d’abord du soulagement, un sentiment de quiétude, plus tard, un peu de lassitude. Elles sont plus fréquentes et plus abondantes quand la peau reste inactive et les urines faibles, mais paraissent cependant avoir des rapports plus directs avec les sécrétions de la peau qu’avec celles des reins. Leur consistance se rapproche d’abord de l’état normal ; plus tard elles deviennent plus liquides, rarement aqueuses, même vers la fin de la cure. La couleur en est d’un brun foncé, plus ou moins verdâtre, noirâtre ou jaunâtre; quelquefois même elles sont blanchâtres et visqueuses. Elles sont formées de résidus alimentaires, de débris de cellules épithéliques , de produits de la sécrétion plus abondante du foie, du pancréas, des glandes intestinales, de la muqueuse et de certains éléments des eaux

t'^Te?. recherches auxquelles je me suis livré pour en

constater les modifications sous le rapport de la qualité et de la quantité m’ont conduit aux résultats qui suivent :

En opérant dans les conditions indiqués, j’ai obtenu en moyenne 8 à 12 onces de matières fécales par jour; la même quantité, après l’ingestion d’un litre d’eau douce, et, après avoir administé un litre d’eau thermale, 10 à 20 onces, lorsque les selles étaient doucement activées. Avant l’emploi de l’eau thermale, les fèces contenaient en moyenne 5 à 15 gr. de sel de cuisine et 13 à 30 gr. postérieusement à cet emploi. Quand l’eau thermale n’avait point agi sur les selles, ou quand elle avait un effet trop énergique, les matières fécales n’ont pas été soumises à l’analyse.

Nos eaux bues à une température élevée retardent les selles et les rendent paresseuses; celles-ci deviennent au contraire plus fréquentes quand les eaux sont prises un peu fraîches. La sécrétion de la peau n’en est pas augmentée d’une manière constante; elle devient plus sensible par un temps doux et chez les personnes sujettes à la transpiration, chaudement vêtues, ou qui se donnent beaucoup de mouvement; elle le devient principalement quand les eaux sont ingérées à une témperature dépassant 28° R.

La modification qualitative de la sueur semble peu considérable :

Un sujet bien portant, ayant la transpiration normale, fut soumis pendant trois jours au régime indiqué plus haut; le quatrième il but le matin, à jeun, un litre et demi d’eau douce, et prit du mouvement jusqu’à ce que la transpiration se déclara. La sueur recueillie au moyen de petites éponges placées sous les aisselles contenait sur une demi-once 3,21. gr. de sel de cuisine. Le jour suivant, on administra un litre et demi d’eau thermale, et la sueur recueillie par le même procédé contenait 3,65 gr. de sel de cuisine sur une demionce. Les autres modifications qualitatives de la sueur n’ont pu être déterminées, à cause de la divergence des résultats obtenus jusqu’à ce jour par l’analyse chimique pour la sueur

normale. En réitérant cette expérience, je trouvai, en moyenne avec 1 eau douce 2,45 gr. de sel de cuisine par demi-once, et 2,40 gr. avec l’eau thermale. On voit par là que dans l’usage interne le sel de cuisine n’est pas éliminé par la transpiration.

L’augmentation, sous le rapport de la quantité et de la fluidité, des sécrétions de la muqueuse s’étend à la cavité buccale, à la muqueuse du nez, des poumons, du canal intestinal, des organes urinaires et de ceux de la génération, et se manifeste dans les selles ainsi que dans les sécrétions plus abondantes du nez et des organes de la respiration.

La sécrétion biliaire est également activée, comme on peut le reconnaître à la couleur des selles; mais je n’ai pu arriver par l’analyse de ces dernières à des résultats qui constatent d’une manière positive l’augmentation de la bile dans les fèces.

La sécrétion plus abontante des glandes salivaires, qui s’observe déjà quand en boit l’eau à faible dose, devient ici plus remarquable encore, et l’augmentation des évacuations alvines nous permet d’admettre que cette abondance n’est pas restreinte à la sécrétion des glandes qui avoisinent la cavité buccale, mais qu’elle s’étend aussi à celle du pancréas.

Les menstrues deviennent plus abondantes, plus faciles, et le développement en est hâté de quelques jours.

Le lait, en même temps qu'il augmente de volume, devient plus liquide , et l’analyse chimique a montré qu il est

plus riche en sel et en chlorure de sodium.

Deux ou trois heures après l’ingestion de 1 eau minérale, les effets sur les sécrétions qu’elle produit à dose moyenne cessent d’être appréciables, et ce n est qu exceptionnellement que les effets diurétiques et laxatifs persistent dans le courant

de la journée. #

Les essais qui ont été entrepris ont fait voir que 1 augmentation des urines sous le rapport de la quantité se repartit dans la journée de la manière suivante, une moitié pour

première heure, un quart pour la suivante et un quart pour le restant du jour. Il subsiste cependant une certaine prédisposition à des évacuations du canal intestinal plus abondantes, et que provoquent fréquemment de légerès influences du régime ou du temps.

Lorsque les évacuations ont cessé, l’on sent du vide à l’estomac et dans le bas-ventre; le goût devient beaucoup plus net et un appétit très vif se déclare. La digestion se fait rapidement et sans incommodité. Des viandes légères et des mets riches en substance amylacée conviennent le mieux à la digestion ; des fruits qui ont de l’acidité ou des légumes contenant beaucoup de sucs végétaux, pris en grande quantité, produisent volontiers de la flatulence et provoquent des diarrhées. Dans l’après-dinée on éprouve souvent de la soif.

Si l’on continue les eaux à dose moyenne pendant quelque temps, c’est à dire de quatre à six semaines, l’on voit en général apparaître d’autres symptômes : le volume du corps diminue, celui de l’abdomen surtout, la graisse disparaît, les muscles deviennent plus apparents et les mouvements gagnent en aisance et en liberté. Les fonctions de tous les organes se font plus rapides et plus complètes, principalement celles des organes de la digestion et de la nutrition. La respiration est plus facile, la circulation du sang plus active; quelquefois l’on observe une légère accélération du pouls et des bouffées de chaleur passagères ; le teint s’éclaircit, l’humeur s’égaie et l’esprit gagne en vivacité. Chez certains individus il se forme de l’acné sur la face.

Prolonge-t-on la cure jusqu’à six ou huit semaines, certaines personnes n’en sont pas autrement incommodées, mais chez un grand nombre d’individus se manifestent les symptômes désignés sous le nom de saturation. Le buveur éprouve de l’aversion pour l’eau thermale que jusque là il prenait avec plaisir, et ressent, après l’ingestion, du malaise à l’estomac accompagné de renvois. Les sécrétions commencent à devenir irrégulières, tantôt trop fortes, tantôt trop faibles, la langue

est chargée et blanchâtre, le goût s’affadit, l’appétit se perd, la soit' devient plus intense et il s’en suit un sentiment général de relâchement et de fatigue.

Si l’on s’obstine à continuer les eaux sans tenir compte de ces symptômes , on arrive à la phase de la sursaturation. Alors la répugnance et le dégoût pour l’eau thermale deviennent encore plus prononcées, la langue se charge d’un dépôt épais, blanc ou jaunâtre; il survient de l’anorexie, des vomissements, des diarrhées violentes ou des constipations ; le ventre se gonfle, les urines sont rares, foncées de couleur et troublées ; la peau devient flasque es très disposée à la transpiration;

I on ressent des congestions vers la poitrine et la tête, de la mélancolie, de la pusillanimité, des nostalgies et des mouvements de fièvre rémittente; la face se couvre d’un coloris gastrique.

En discontinuant les eaux, tous ces symtômes ne tardent pas à cesser, ordinairement à la suite de sécrétions critiques, par les urines.

Si l’on interrompt l’usage des eaux avant que les effets morbifiques se soient déclarés, elles continuent parfois d’agir pendant quelque temps sur les organes de la digestion et les sécrétions; parfois leur action cesse immédiatement; mais dans tous les cas cette activité plus grande des fonctions de l’organisme, qui est la suite immédiate de la cure, tend à se reproduire pendant des mois, sous l’influence des causes étrangères les plus insignifiantes.

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