‹ Monographie des eaux minérales de WiesbadenChapitre 38 sur 52 · Anomalies chroniques des mélanges du sang · texte numérisé non relu

Anomalies chroniques des mélanges du sang

Nous entendons par là des anomalies qui constituent un état pathologique. La constitution chimique du sang varie, comme nous savons, dans certaines limites, suivant l’individualité, suivant les inffuences extérieures, sans que la santé en soit compromise ; et certains corps étrangers, des médicaments par exemple, peuvent entrer dans la masse du sang sans y occassionner de désordres. Mais, lorsque ces limites sont dépassées, ou bien, quand les corps étrangers exercent sur l’organisme une action pernicieuse, il en résulte un état pathologique connu sous le nom de dyscrasie chronique. Nous croyons devoir entrer dans quelques détails sur les maladies de cette nature, parceque nos eaux sont dans ce cas d’une efficacité extraordinaire et d’un emploi universel.

L’ancienne pathologie humorale admettait une dyscrasie dans tous les cas où les symptômes annonçaient un état pathologique général, et érigeaient en cause immédiate du mal un principe âcre produisant une modification qualitative dans les éléments constitutifs du sang. Lorsque l’on fit sur ce liquide les premiers essais de chimie analytique, on y trouva effectivement des principes étrangers que l’on prit pour la cause de la dyscrasie; mais quand l’analyse du sang eut fait de nouveaux progrès, on s’aperçut que ces prétendus principes étrangers se trouvaient également dans le sang a l’ètat nor-

mal, et l’on s’assura par des travaux ultérieurs que, dans la plupart des dyscrasies, la science ne pouvait découvrir dans les éléments du sang que des modifications purement quantitatives. Ces résultats fournirent à l’opinion de la pathologie humorale une hase nouvelle et palpable, dont l’école de Vienne s’est emparée pour fonder une crasologie qui ramène les différentes dyscrasies aux modifications justifiées par l’analyse. Certes, nous devons accueillir cette découverte comme un grand progrès de la science, d’une utilité incontestable pour la médecine pratique; mais il n’en est pas moins vrai que les partisans de la doctrine de Vienne sont allés trop loin en croyant avoir trouvé dans la disproportion des éléments chimiques la cause immédiate de la maladie.

Il suffit, pour être convaincu de leur erreur, de savoir que la même crase caractérise quelquefois les cas les plus dissemblables, comme le choléra, la goutte, les tubercules et l’hydrophobie.

D’ailleurs , des quantités infiniment petites suffisent pour produire dans la vie organique des effets considérables; des corps formés d’éléments identiques donnent lieu aux phénomènes les plus divergents ; des composés isomériques déploient, même dans le règne inorganique, des propriétés pour ainsidire opposées. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si la chimie analytique a pu constater jusqu’ à présent une différence en plus ou en moins dans les éléments de la constitution normale du sang, mais jamais une modification qualitative due à la présence de principes étrangers, même dans les cas où il en existe une indubitablement, comme dans les maladies contagieuses.

Ces principes nous sont donc inconnus; mais ce qui tend à en établir l’existance, c’est la diversité des symptômes qui caractérisent des maladies présentant la même crase, et surtout la nature dissemblable de ceux de leurs produits pathologiques qui sont à considérer comme des excrétions du sang. On pourrait objecter, il est crai, que la chimie

analytique n’a également constaté dans les éléments organiques de ces produits que des différences purement quantitatives; mais ce serait à tort, car la propriété, qu’ ont certains produits pathologiques de communiquer à l’organisme sain le mal dont ils procèdent, prouve d’une manière évidente qu’un principe morbifique, cause immédiate de la maladie, est souvent inhérent à ces produits, et a été éliminé du sang avec eux. Prenons par exemple le virus variolique et celui de la syphilis; tous deux, combinés avec le pus, fournissent à l’analyse les mêmes principes organiques, et ont cependant pour l’organisme des effets si dissemblables. L’état actuel de la science nous permet donc d’admettre que les crases révélées par la chimie analytique constituent rarement par elles-mêmes un état morbide ; qu’elles sont plutôt la cause éloignée du principe de la dyscrasie ou qu’elles en sont le produit secondaire. Il est naturel de penser que le principe morbifique se trouve combiné avec celui des éléments constitutifs du sang dont la proportion est augmentée d’une manière anormale, comme le virus se trouve combiné avec le pus. Dans tous les cas il existe entre-eux une connéxion intime, puisque le principe morbifique est fréquemment éliminé de l’organisme avec les éléments constitutifs du sang qui s’y trouvent en quantité anormale. La chimie analytique n’en est qu’au début de ses découvertes; elle est appelée à pénétrer plus avant dans les états pathologiques du sang et à approfondir la cause première des dyscrasies, comme elle a presque réussi à le faire pour la goutte. Jusque là, il faudra nous en tenir aux âcretés hypothétiques. Les découvertes actuelles n’en sont pas moins d’une très grande importance pour la thérapeutique; elle nous apprennent à connaitre quel est l’élément du sang dont la proportion a été augmentée d’une manière anormale, et à laquelle se trouve unie la cause prochaine de la dyscrasie; elles nous apprennent encore que les forces curatives de la nature tendent à localiser l’un et l’autre pour les expulser en

meme temps. Or dans la guérison des maladies dyscrasiques, notre tache consiste a imiter la nature.

Nous allons maintenant exposer les différentes anomalies de la constitution du sang pour lesquelles l’eau de Wies* baden est indiquée.

a) Albuminose ou vénosité. Cette crasse anormale consiste dans la prédominance de l’albumine et elle est caractérisée par 1 épaississement du sang qui devient d’une couleur rouge -foncé et se coagule difficilement. On la trouve soit comme cause prédisposante, soit comme symptôme concomitant, s°i comme phénomène secondaire dans la plupart des dyscrasies et des maladies chroniques. C’est ainsi qu’elle est le précurseur de la goutte , de l’hypocondrie, des hémorrhoïdes , de l’engorgement du foie et de la rate; qu’elle accompagne les scrophules, et qu’on la voit apparaître à la suite du rhumatisme chronique et de la syphilis constitutionelle. L’eau de Wiesbaden a pour effet de restreindre la formation de l’albumine, de maintenir à l’état liquide les produits de la force plastique, et d’en favoriser l’élimination par sécrétion.

b) Hydrémie, anémie. Dans ces espèces la quantité de l’eau est augmentée , le sang devient plus liquide, moins glutineux et d’une coagulation très imparfaite. Elles se rencontrent dans différentes formes d’hydropisie, dans la chlorose ; dérivent d’une nourriture malsaine ou incomplète, et accompagnent, comme symptôme, les empoisonnement chroniques causés par des métaux. L’eau thermale y est indiquée pour l’usage interne, à petite dose, dans le but de faciliter la digestion, et pour bains, afin de stimuler la sécrétion, si toutefois le patient n’est par déjà trop affaibli.

Les différentes formes de dycrasies qui sont en connexion, comme nous venons de le voir, avec ces anomalies de la constitution du sang peuvent être rangées dans les cathégories suivantes :

a ) Dyscrasies provenant de la production excessive de matières excrétoires. L’espèce la plus importante de cette catégorie est sans contredit la goutte, dont la cause immédiate git dans la production exagérée de l’acide urique dans le sang, démontrée directement par les analyses de Garrod*) sur le sang d’individus goutteux. Ce qui n’était donc autrefois qu’une âcreté hypothétique, est devenu, grâce aux progrès de la science naturelle, une vérité scientifique. L’admission de l’acide urique comme la cause prochaine de la goutte est justifiée par la nature des influences morbifiques qui ont précédé cette maladie, par les symptômes précurseurs, par le dérangement de la digestion et l’altération de la composition du sang, par l’amoindrissement de l’acide urique dans les urines des goutteux et l’augmentation de cette substance au moment de la crise, enfin par les dépôts uratés auxquels la goutte donne naissance.

La goutte étant engendrée par l’acide urique formé dans le sang, il va de soi qu’il existe entre cette maladie et les reins des rapports particuliers. Effectivement, c’est par les reins que l’azote inutile est éliminé du corps; dans l’état normal il se forme de l’acide urique et de l’urée qui sont chassés par les reins. L’augmentation des composés protéiques doit nécessairement donner naissance à une production plus considérable d’urée et d’acide urique; Lehmann **), par des essais très intéressans a fait voir comment l’acide urique est engendré dans les urines par une nourriture animale. Si donc nous en jugeons d’après l’état actual de la science, la goutte dans son développement parcourt les phases suivantes : Prédisposition héréditaire, digestion faible et formation d’aigreurs dans l’estomac, action extérieure nuisible provenant d’une nourriture animale trop abondante, ou bien, d’aliments malsains, lourds, propres à engendrer des aigreurs; production exagérée des composés protéiques donnant lieu à une crase albumineuse;

*) London medical gaz. 1850.

**) Chimie physiologique.

formation d’acide urique provenant de la prédominance de 1 azote contenu dans l’albumine* Dans les premiers temps l’acide urique est éliminé par les reins; mais peu à peu ces organes sont irrités par la quantité toujours croissante de cette substance; il y survient de l’hyperémie, de la surexcitation, et la sécrétion cesse. L’acide urique reste alors dans le sang, et, s’il ne parvient pas à se frayer une issue par la peau, il se déclare une irritation dans le système nerveux et vasculaire que provoquent des refroidissements, des fautes de régime, des émotions, des effets purement mécaniques et d’autres influences malfaisantes. Dans ce cas, l’organisme s’en débarrasse en formant des dépôts dans certaines parties du corps, ou en l’expulsant par sécrétion, et le malade éprouve un soulagement momentané. Si la maladie se prolonge et s’il survient de l’affaiblissement, ce développement régulier dégénère en la forme irrégulière et se change en goutte torpide avec des paroxismes passagers et des affections articulaires permanentes, ou bien le mal devient local et tombe sur des parties plus nobles.

Les sources de Wiesbaden revendiquent le premier rang parmi les eaux minérales pour le traitement de la goutte, et doivent en partie leur réputation aux succès qu’on y a obtenus. Elle sont indiquées dans toutes les phases de la maladie, hormis dans le paroxisme même ; elles déploient leur action salutaire contre le trouble des facultés digestives, combattent la vénosité par leurs propriétés excitantes, maintiennent l’albumine prédominante à l’état liquide et en déterminent l’évacuation, dissolvent les dépôts d’acide urique et l’éliminent du corps par leur action énergique sur les reins et la peau. Quand la goutte se présente sous la forme éréthique normale, 1 emploi de nos eaux est plus restreint parcequ’ elles provoquent volontiers des paroxismes que l’on tient à éviter. Par contre, elles déploient dans la forme torpide toute leur efficacité, soit en bains, soit en boisson, en vertu de leurs principes minéraux et de leur

chaleur. 11 existe pour la goutte intérieure un traitement

particulier qui a pour objet de la convertir en goutte régulière; grâce à Faction vivifiante et excitante de nos thermes on y réussit fréquemment, et l’on obtient ainsi les cures les plus brillantes.

b ) Dycrasies causées par la rétention de matières excrétoires. Nous parlerons d’abord de l’ictère provenant du séjour anormal de la bile dans le sang, et qui consiste soit dans une maladie primitive de ce liquide causée par la production excessive des principes constitutifs de la bile dans le sang même, soit dans un mal secondaire dû aux défaut de sécrétion et d’excrétion de la bile. L’eau de Wiesbaden favorise l’élimination des principes bilieux en excitant et en élevant l’activité de toutes les fonctions sécrétoires, en premier la sécrétion biliaire, puis celle des reins et de la peau. Le succès du traitement dépend du degré d’énergie que les thermes peuvent déployer contre toutes les causes de l’ictère simultanément.

L’espèce la plus importante de cette cathégorie est l’affection rhumatismale dont la cause immédiate repose sur une hypothèse. On a souvent prétendu que cette cause consiste dans la présence d’une quantité anormale d’acide lactique, entre autres Williams ; mais jusqu’ ici cette théorie est dénuée de démonstration chimique, et nous sommes obligés de nous en tenir en attendant à l’ancienne âcreté rhumatismale. Le rhumatisme provient évidemment d’un dérangement des fonctions de la peau. Mais on n’a pu constater jusqu’à présent par l’analyse chimique quelle est la modification qualitative survenue dans la sécrétion cutanée ; on est même pas encore fixé sur la composition normale de la sueur. Plusieurs médecins veulent voir la cause immédiate du rhumatisme dans une modification de l’électricité de la peau, et considèrent, la formation d’une acide comme chose secondaire. Dans tous les cas, il est bien certain que l’altération du chimisme du sang ne se manifeste qu’au bout d’un certain temps. Voici selon nous le développement et les phases de la maladie :

Prédisposition rhumatismale consistant dans une peau douce, molle, encline à la transpiration, suppression de l’activité cutanée par des influences extérieures, principalement des refroidissements; métastase dans les tissus fibreux avec symptômes douloureux et avec affaiblissement de la force motrice; élimination de l’humeur rhumatismale par le travail de la peau dont l’énergie est élevée à la suite de circonctances farorables. Avec le temps, et en cas de rechutes fréquentes, l’humeur reste dans le sang, engendre la crase albumineuse et trouble la nutrition sous bien des rapports. Il survient de l’engorgement dans les organes glandulaires et des dépôts dans le périoste. Des exsudations se forment dans le tissu cellulaire, dans les articulations, les cavités, les centres nerveux etc. etc.

L’efficacité reconnue de nos thermes contre les formes rhumatismales les plus enracinées a conduit certains médicins à les désigner comme un remède spécifique. Cette opinion n’est pas susceptible de réfutation puisque la cause immédiate de la maladie nous est encore inconnue. D’après ce que nous en savons, cette efficacité spécifique est invraisemblable. La vertu de nos sources, selon moi, consiste surtout dans les effets puissants de nos bains qui stimulent la peau et la sécrétion cutanée, et, par là, ramènent la matière morbifique des parties internes à la superficie; puis, dans Faction de l’eau thermale qui favorise la sécrétion urinaire, combat la crase albumineuse en modifiant le chimisme du sang, et vivifie tout l’organisme chez les patients d un tempérament épuisé.

Nous parlerons plus loin des terminaisons du rhumatisme.

c) Dyscrasies déterminées par la présence dans le sang d’un principe morbifique particulier. Nous mentionnons en premieur lieu les hémorrhoïdes, mais seulement d’une manière partielle; car, selon nous, on confond sous cette dénomination deux espèces différentes, lune pi é sentant les symptômes d’un état pathologique général et se frayant une issue périodique par des sécrétions sanguines

du canal intestinal l’autre qui est une affection locale du rectum déterminée par des causes mécaniques. Nous ne nous occuperons ici que de la première.

Les hémorrhoïdes constitutionnelles ont pour cause immédiate une âcreté du sang qui, sans doute, n’est pas encore chimiquement démontrée, mais que nous admettons à bon droit d’après les symptômes mêmes de la maladie. L’affection hémorrhoïdale est la soeur jumelle de la goutte. Toutes deux sont dues aux mêmes influences pernicieuses et accompagnées d’un état de souffrance général semblable. L’une ou l’autre se déclare de préférence suivant les dispositions et la manière de vivre individuelles; la goutte est commune chez les personnes d’un tempérament éréthique ; les hémorrhoïdes affectent plus spécialement les constitutions d’une nature torpide. Dans certains cas elles alternent entre-elles* Cependant, par les symptômes précurseurs des hémorrhoïdes, ce sont d’ordinaire les parties inférieures du canal intestinal qui souffrent; ce ne sont pas tant les fonctions de l’estomac qui deviennent irrégulière, que celles du canal. Le dérangement de la digestion se déclare plus tard, après le repas; la pulsation abdominale se manifeste d’aventage vers la cavité pelvienne, et les selles se montrent plus irrégulières. Le rectum se congestionne de plus en plus et sécrète du sang modifié d’une manière toute particulière; ensuite la digestion se rétablit. Si la sécrétion sanguine ne parvient pas à se former, ou si elle est supprimée, l’humeur refoulée donne naissance à des congestions vers d’autres parties du corps et provoque toutes les formes de ce prothée pathologique que nous comprenons sous le nom d’hémorrhoïdes anormales.

Le traitement de l’affection hémorrhoïdale par l’eau de Wiesbaden se fait de deux manières suivant que l’on se propose de régulariser les hémorrhoïdes anormales, ou d’obtenir la guérison des hémorrhoïdes régulières. Nous nous réservons d’établir dans la partie spéciale de cette monographie les indications d’après lesquelles le médecin doit se guider

pour savoir si, dans le traitement des liémorrhoïdes anormales, il convient de viser au rétablissement du flux hémorrhoïdal ou de tenter une cure radicale.

Pour amener le flux hémorrhoïdal, on fait prendre Peau à la dose laxative, et Ton ordonne des demi-bains ou des bains de siège, avec application de douches dans les reins* Si l’on se propose de guérir les hémorrhoïdes régulières, l’usage interne est limité à la dose dissolvante, et l’on administre des bains entiers dont les effets dérivatifs portent à la peau. L’eau de Wiesbadeu est surtout indiquée dans les cas où les hémorrhoïdes alternent avec la goutte, ou se compliquent de rhumatisme de telle sorte que ce dernier provoque, par l’irritation qu’il occasionne, des congestions hémorrhoïdales dans certains organes.

La seconde espèce de cette cathégorie est l’affection scrofuleuse, pour laquelle nous admettrons également, avec les partisans de la pathologie humorale, une âcreté particulière dans le sang. Il est impossible d’expliquer les scrofules uniquement par la dyscrasie des principes constituifs du sang, quand ce ne serait qu’à raison de l’idendité chimiquement démontrée des dépôts de nature scrofuleuse et de ceux de nature tuberculeuse.

Les scrofules proviennent d’un dérangement dans les fonctions digestives, qui présuppose une formation d’albumine due à un penchant trop prononcé pour une nourriture végétale. Nous avons vu que la goutte provient d’une alimentation trop fortement azotée; les scrofules, par contre, sont engendrées par l’abus de mets riches en carbone. Elles ont pour siège normal les glandes lymphatiques, se trouvent dans une relation particulière avec la muqueuse et les os, et occasionnent volontiers de l’inflammation et des abcès. D’après Lehmann *), le sang des scrofuleux est modifié en ce sens que les sels s’y trouvent en plus faible proportion. Les urines contiennent un excédant d’acide phosphorique et d’oxalate de chaux.

*) Chimie physiologique.

Nos eaux thermales déploient leur efficacité contre lés scrofules en améliorant la digestion, en dissolvant et liquéfiant le mucus, et en fournissant au sang une plus forte proportion de sels. Elles excitent les glandes lymphatiques, stimulent les fonctions sécrétoires, et déterminent de cette manière l’élimination du principe scrofuleux. Elles sont surtout indiquées chez des malades qui viennent d’atteindre l’âge de puberté, et dans les cas où les scrofules se compliquent de rhumatisme, d’hémorrhoïdes, de goutte, de syphilis, de désordres survenus dans la menstruation, d’hypertrophies etc etc.

D’autres affections, qui doivent être rangées sous cette rubrique, dérivent d’un principe contagieux qui a pénétré dans le sang; telles sont les dyscrasies carcinomateuses, syphilitiques et blennorrhagiques. Nous les comprenons dans le même paragraphe parceque les eaux de Wiesbaden n’agissent sur aucune d’elles comme un spécifique, mais amènent la guérison de la maladie par voie indirecte, en vertu de leurs propriétés physiologiques, en excitant et en augmentant les sécrétions, en déterminant l’élimination du principe de la contagion et en étendant leurs effets vivifiants sur l’organisme entiers.

La science ne nous a pas rélévé jusqu’à présent la cause qui engendre le cancer, et nous ne savons pas s’il est en principe une maladie du sang ou une affection locale. II se peut que le principe carcinomateux prenne naissance dans le sang, mais nous n’avons encore aucun moyen pour le reconnaître avant que le mal ne se soit localisé, et, une fois que l’affection locale s’est déclarée, le mal progresse, l’expérience nous l’a appris, malgré tous les remèdes. Aussi croyons-nous devoir révoquer en doute la justesse du diagnostic dans les cas où l’on a prétendu que Wiesbaden et d’autres eaux minérales ont opéré la résolution et la guérison du scirrhus. Quand le mal local, après avoir duré quelque temps, a été réduit avec le secours de la chirurgie, il reste souvent dans l’organisme une dyscrasie du sang engendrée par la résorption

du cytoblastème, et qui donne naissance à de nouvelles for» mations cancéreuses. Alors nos eaux thermales sont employées avec succès comme dépuratif du sang et comme prophylactique* La syphilis et la blennorrhagie reposent sur deux contagions qui n’ont rien de commun entre-elles, si ce n’est le mode de communication. Lorsque ces affections sont devenues anciennes, il se déclare une anomalie des mélanges donnant lieu à des produits pathologiques qui, tout en affectant un caractère générique, ne sont plus porteurs du principe contagieux, et cessent par conséquent d’être transmissibles. Elles constituent alors la syphilis et la blennorrhagie constitutionnelles qui se compliquent fréquemment de rhumatisme, de goutte, de scrofules et d’autres maladies. Dans ces espèces, simples ou compliquées, on obtient avec l’eau de Wiesbaden les résultats les plus satisfaisans.

Un autre genre de dyscrasie, qui trouve ici sa place, provient de la présence prolongée et des effets consécutifs de poisons métalliques. On a également, dans ces espèces, employé nos thermes avec succès, et Peez nous fournit la relation d’un cas très intéressant d’empoisonnement arsénical chronique, qui a été radicalement guéri par l’usage de nos eaux. Nous y trouvons une preuve éclatante que la quantité minime d’arsenic que l’analyse chimique nous a révélée doit être complètement négligée. Nos thermes ne prossedent pas une actions spécifique contre les dyscrasies métalliques, comme celle des sources sulfureuses contre les empoisonnements par le plomb ou par le mercure, l’eau agit seulement en vertu de ses propriétés physiologiques ainsi que nous 1 avons vu plus haut. Aussi, en recommandons-nous l’emploi moins contre les dyscrasies elles-mêmes que contre leurs effets consécutifs, surtout s’il en est resté une prostration des forces de la vie végétative, et des paralysies.

3) Anomalies chroniques de la circulation du sang.

Le trouble de la circulation du sang se présente dans presque toutes les maladies. On ne peut en faire l’objet d’un

traitement médical qu’autant qu’il constitue la cause médiate ou immédiate d’un état pathologique, ou bien qu’il a acquis une certaine importance comme symptôme secondaire ou concommittant. Dans ces cas-là seulement il est permis au médecin d’attendre de la cessation de ce trouble des résultats j-avorables pour la maladie elle-même.

Le trouble de la circulation consiste dans l’accélération ou l’abaissement du mouvement circulatoire. Ce dernier engendre la stase sanguine qui provient soit de l’affluence plus faible soit de la constitution même du sang, soit du défaut d’énergie des vaisseaux afférents du coeur, soit enfin d’une pression mécanique. L’eau de Wiesbaden avec ses effets excitans ne peut convenir que dans l’abaissement de circulation; elle est surtout indiquée lorsque la stase repose sur une crase albumineuse, et que la prédominance de l’albumine engendre dans le sang une viscosité qui favorise l’aglutination des globules sanguins; elle l’est encore dans l’atonie des parois vasculaires, dans le défaut d’innervation des vaisseaux afférents, et enfin dans le cas d’obstactes mécaniques provenant d’une alimentation immodérée.

Les espèces les plus importantes de cette cathégorie sont les suivantes:

a ) Pléthore abdominale. La Pléthore veineuse des organes du bas-ventre a sa cause dans la constitution albumineuse du sang, dans la congestion des reines abdominales due à une assimilation trop considérable et favorisée par le défaut de valvules, dans l’atonie des parois vasculaires et l’engorgement des organes du bas-ventre. Elle est le point de départ des affections chroniques les plus graves et se présente tantôt avec un caractère éréthique, tantôt avec un caractèere torpide. Dans cette maladie, nos thermes agissent, directement sur la cause immédiate du mal, d’une part en liquéfiant l’albumine, de l’autre en excitant les parois vasculaires, et en opérant la résolution des engorgements. Ils produisent aussi des effets indirects, en agissant comme

un dérivatif, en vertu de leurs propriétés excitantes pour la sécrétion cutannée.

b) Hyperémie capillaire chronique des tissus et des organes. Les vaisseaux capillaires étant de tous les vaisseaux sanguins les plus petits et les plus ténus, et se trouvant les plus éloignés des battements du coeur, on comprend aisément qu’il s’y forme plus facilement qu’ailleurs des stases et des engorgements de sang. Lorsque ces accidents se prolongent tout en affectant la même partie du corps, ils engendrent des modifications pathologiques très importantes qui se manifestent de préférence par une nutrition ou par une sécrétion anormale. Ces hyperémies reposent sur des causes très dissemblables, et le traitement en doit varier suivant la nature de ces causes. Il suffit de se rappeler ce que nous avons dit plus haut pour savoir dans quels cas l’eau de Wiesbaden est indiquée. Ajoutons seulement qu’elle est aussi très efficace contre les hyperémies capillaires dérivant d’un état inflammatoire chronique, et contre celles où l’irritation locale est entretenue par la présence d’un principe particulier. Dans le traitement des hyperémies qui affectent les organes internes, ce sont non seulement les effets généraux de l’eau thermale agissant par résorption qui viennent en considération, mais encore leurs effets locaux et dérivatifs sur le canal intestinal et la peau.

4. Anomalies chroniques provenant d’exsudation et d’extravasion.

Les liquides servant à la nutrition des tissus et des organes sont fournis par le sang et transsudent à travers les parois des vaisseaux capillaires les plus ténus. Quand ce travail capillaire est activé d’une manière anormale, il se forme un engorgement de liquides qui engendre un état pathologique se manifestant par de l’énflure, de la pression, de la douleur, des désordres dans les fonctions des organes. La cause la plus commune de l’exsudation anormale est due à l’epèse d’hyperémie dont nous venons de parler; rarement elle provient

d’une altération des mélanges du sang; mais dans ce cas Fexsudation est générale et s’étend à tout l’organisme. Les produits de l’exsudation sont de deux espèces: tantôt ils contiennent de la fibrine, (hydrops fibrinosus) tantôt ils sont dépourvus de cette substance (hydrops serosus). Les premiers sont propres à des formations ultérieures et proviennent principalement des artères ; les seconds n’ont aucune propriété plastique et sont fournis pas les vaisseaux veineux.

L’eau thermale de Wiesbaden n’a point d’influence sur l’acte même, mais seulement sur les causes de l’exsudation, en tant que l’hyperémie repose sur un des fondements que nous venons de mentionner. Par contre, elle agit sur les produits de l’exsudation devenus impropres à la formation organique en excitant puisamment les vaisseaux résorbans, soit directement, soit indirectement, d’une manière révulsoire, par la peau, le canal intestinal et les reins. Elle est contreindiquée dans les affections hypersthéniques, mais elle trouve cependant son application dans les cas de cette nature, lorsque l’affection vient à cesser en laissant dans l’organisme des produits pathologiques.

L’extravasion a lieu quand le sang rompt les vaisseaux. C’est une maladie dont les symptômes ressemblent à ceux de l’exsudation, sauf qu’ils se manifestent subitement. Elle est due à une affluence soudaine et anormale du sang et à des obstacles qui s’opposent au reflux de ce liquide. Nos eaux ne sont indiquées ici qu’après que les causes de l’extravasion ont disparu; elles agissent alors comme dans l’exsudation.

Page 1