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Anomalies chroniques de la nutrition

Nous comprenons dans cette division des états pathologiques qui se manifestent d’ordinaire par des modifications quantitatives et qualitatives de la substance. La nutrition normale est celle qui fournit à l’organisme l’équivalent des matériaux enlevés par la métamorphose. Quand les organes

et les tissus reçoivent plus de substance qu’ils n’en perdent, ils augmentent de volume; il y a croissance. Si les limites de l’état normal sont dépassées, la croissance dégénère en hypertrophie. Dans le cas contraire, lorsque la réparation est inférieure à la perte, il survient de l’amaigrissement, et, à un degré plus élevé, de l’atrophie. L’hétérotrophie a lieu lorsque la nutrition est altérée de telle manière que les produits en diffèrent de ceux de l’état normal par leur constitution chimique et anatomique. Les anomalies qualitatives se manifestent rarement sans qu’il y ait également des modifications dans la quantité; l’hétérotrophie se complique donc tantôt d’hypertrophie, tantôt d’atrophie.

a) Hypertrophie. La nutrition hypertrophique, de même que la nutrition normale, tire ses matériaux du sang. Le suc nutritif, (plasma) fourni par le sang, et qui est exsudé par les parois des vaisseaux capillaires, présente partout la même constitution chimique. Mais il entre avec les divers organes dans des rapports chimiques et dynamiques particuliers, de manière que c’est tantôt l’un, tantôt l’autre de ses éléments constitutifs qui est attiré pour servir à la nutrition. Parmi ces éléments, la fibrine tient le premier sang; sans elle le suc nutritif est impropre à produire des formations nouvelles; en se précipitant, elle donne naissance aux cellules qui se fixent ensuite sur le parenchyme qu’elles rencontrent.

L’Hypertrophie résulte de deux causes: de l’assimitation d’une quantité de matériaux trop considérable, ou d’une élimination insuffisante. La première provient de l’exsudation exagerée du suc nutritif, due à des influences qui engendrent de l’hyperémie dans la partie malade. Le plus souvent l’attraction du sang est déterminée par une irritation locale qui peut être d’une nature inflammatoire, mais qui peut aussi provenir soit de l’activité exagérée des fonctions de l’organisme, soit d’une action purement mécanique. Dans certains cas, cependant, c’est la suppression ou la cessation de sécrétions habituelles qui donne lieu à l’hyperémie et à l’hypertrophie;

c’est ainsi que la tuméfaction de l’utérus est souvent une suite de la cessation des menstrues.

L’amoindrissement de l’éliminination provient de l’atonie des vaisseaux résorbans; un grand nombre de pathologistes la considèrent comme la cause la plus fréquente de l’hypertrophie.

L’hypertrophie ouvre un vaste champ à l’emploi de nos thermes. En modifiant la constitution chimique du sang, l’eau thermale dissout et liquifie le parenchyme des organes; elle dissipe l’hyperémie et agit d’une manière excitante sur les vaisseaux résorbans, soit directement, soit indirectement, en stimulant la sécrétion du canal intestinal, des reins et de la peau. Mais elle doit être appliquée avec de grandes précautions, et généralement après l’emploi d’autres moyens, tant que dure l’irritation inflammatoire et que l’innervation est élevée à un degré anormal.

b) Atrophie. L’atrophie se présente rarement sans être accompagnée de modifications anatomiques et chimiques du parenchyme. Elle se manifeste dans les cas où l’affluence du sang et l’action du système nerveux sont restreints par des causes mécaniques, par example, à la suite de lésions, de fractures, de plaies. Nos eaux prises en bains, en douches et en bains de vapeur sont ici, par leur action excitante, d’une efficacité de premier ordre.

c) Hétérotrophie. L’altération qualitative de la nutrition donne lieu par fois à des formations étrangères à la partie affectée, mais qui se présentent du moins, à l’état normal, dans d’autres parties, parfois à des formations tout à fait étrangères à l’organisme. Ces formations sont tantôt organisées, tantôt inorganiques.

Ces dernières se dépeloppent le plus souvent d’après les lois du chimisme et naissent spontanément des modifications du plasma , sans que l’action nerveuse de la partie affectée y ait la moindre part. Les formations organisées procèdent en général d’après les mêmes lois que celles qui président à

la nutrition normale ; elle sont engendrées comme les cellules. Dans le blastème , c’est à dire, dans le suc nutritif doué de force plastique, naissent un ou plusieurs petits grains ( nucleoli) autour desquels se forme le noyau cellulaire ( Cytoblastème Celui-ci s’entoure d’une membrane qui d’abord l’embrasse étroitement, mais qui plus tard s’accroît et s’éloigne du noyau en donnant naissance à la cavité cellulaire, et la cellule est terminée. Les différentes formations pathologiques présentent dans leur développement des variations multiples. L’hétérotrophie provient de deux causes principales: d’une modification du blasma, ou d’une modification de Faction nerveuse. Celle-ci agissent tantôt ensemble, tantôt séparément.

Le traitement de Fhétérotrophie n’offre que peu de chances de succès, et nos thermes ne donnent pas souvent des résultats favorables dans cette espèce. Leur efficacité consiste ici dans la solution et la liquéfaction des composés protéiques, dans la modification des mélanges du sang, dans l’excitation de la résorption et de la sécrétion. Cependant l’eau de Wiesbaden est employée avec succès lorsque Fhétérotrophie est due à une cause mécanique comme dans les cicatrices et les formations du cal, ou bien, quand elle provient de matières excrétoires restées dans le sang, comme c’est le cas pour les renflements articulaires de la goutte et les tumeurs rhumatismales. On peut encore obtenir la guérison de Fhétérotrophie naissante, ou du moins espérer d’en arrêter les progrès quand dans sa formation elle se rapproche de celle du parenchyme de la partie affectée, on bien, quand elle n’est pas trop isolée des parties contiguës, quand elle n’est que faiblement organisée quand elle n’est pas accompagnée d’états inflammatoires, et quand on peut aisément l’atteindre par des topiques.

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