Anomalies chroniques de la sécrétion
Les sécrétions ont en physiologie une double importance; elles sont destinées ou bien à éliminer du corps et du sang les matières devenues inutiles, ou à dégager les substances qui servent à provoquer d’autres actes physiologiques. Toute sécrétion présuppose trois conditions: premièrement, la présence du sang dans les vaisseaux capillaires; secondement, un tissu qui laisse passer les matières exsudées par le sang, et qui, en vertu d’une inffuence nerveuse particulière, donne naisance à un produit sécrétoire; troisièmement, une peau ou membrane sur laquelle ce produit paraît au dehors.
L’anomalie de la sécrétion dépend de l’une ou de l’autre de ces conditions, soit de plusieurs d’entre elles, soit de toutes les trois ensemble. Elle se manifeste constamment par une modification du produit sécrétoire. Tous les produits sécrétoires du corps humain sont soumis à des variations quantitatives et qualitatives provoquées
en partie par la divergence du régime alimentaire, ou par d autres influences extérieures, en partie par un déploiement inégal de 1 activité de l’économie animale. La sécrétion anormale n a le caractère morbide qu’autant qu’elle est connexe avec d autres symptômes pathologiques dont elle est la cause ou la conséquence. L’anomalie des sécrétions consiste en partie dans la modification quantitative, en partie dans l’altélation qualitative du produite sécrétoire. Nous avons parlé plus haut des anomalies chroniques de la sécrétion qui sont la conséquence de toutes les dycrasies du sang, et nous laissons de côté les anomalies chroniques qui reposent sur l’altération des organes sécrétoires et de leurs membranes; car nous en avons déjà mentionné quelques unes et nous aurons occasion de revenir plus tard sur les autres. Nous nous proposons pour le présent de passer en revue les anomalies chroniques qui constituent par elles-mêmes un état pathologique, ou qui sont la cause principale d’un état de cette nature.
Dans la partie physiologique de mon ouvrage, nous avons vu quels sont les rapports qui s’établissent entre les thermes de Wiesbaden et la plupart des sécrétions; or, l’application directe ou indirecte de beau thermale dans les maladies sécrétoires est basée sur la connaissance que nous avons de ces rapports. Nous avons recours à l’application directe, lorsque l’anomalie chronique a pour cause la torpeur des nerfs et le relâchement des membranes sécrétoires. Dans ces cas, on remarque d’ordinaire un diminution, mais quelquefois aussi une augmentation anormale des produits de la sécrétion. L’imploi indirect a pour but de ramener à l’état normal l’activité morbide d’une sécrétion, par antagonisme ou par révulsion, et en stimulant l’activité d’une autre sécrétion.
Voici les états pathologiques qui peuvent être rangés dans cette division :
a) Augmentation morbide de la sécrétion de la mem-
bran sereuse de la cavité thoracique et abdominale. Elle
cause Py drops et se trouve souvent en rapport de causalité
avec la suppression ou la diminution d'autres sécrétions. L'eau thermale agit dans cette espèce, lorsqu'elle est administrée en bains, en bains de vapeur surtout, en excitant puissamment les fonctions cutanées et en stimulant la sécrétion urinaire.
bj Anomalies chroniques de la sécrétion du mucus. La torpeur de la muqueuse diminue la sécrétion ; mais comme le mucus est dans ce cas épais et tenace, l'évacuation ne s’en fait qu’imparfaitement; il s’amasse et donne lieu à un état pituiteux dont il à été question plus haut. L’action directe de l’eau thermale, qui excite l'organe affecté et liquéfie le mucus, y est très efficace. — Il est encore un autre état pathologique qui doit être rangé sous cette division, c’est la sécrétion anormale du mucus causée par une irritation locale. Elle se manifeste soit dans le canal intestinal, et dans ce cas on a recours à l’effet indirect des eaux pour provoquer l’excitation de la peau; soit dans la muqueuse des poumons où elle est entretenue fréquemment par une cause spécifique, comme la goutte, les hémorrhoïdes; dans ce second cas, l’action directe de l’eau thermale, qui stimule les fonctions sécrétoires de la peau, des reins et du canal intestinal, est d’une grande efficacité, et n’a pas encore été suffisamment appréciée. L’action directe convient également pour les flueurs blanches lorsq’elles proviennent d’un état torpide; mais si elles sont entretenues par une irritation spécifique, il faut recourir à l’effet indirect.
Quand la sécrétion du mucus provient d’une irritation anormale de l’appareil urino-génital, nos eaux sont contreindiquées, parce que l’on ne saurait en éviter l’action directe excitante.
c) Anomalies chroniques de la sécrétion urinaire. En physiologie l’urine est le véhicule destiné à éliminer du sang les substances azotées qui s’y trouvent en excès, ou qui ont déjà servi à la métamorphose. Elle varie beaucoup dans sa composition normale, car elle est immédiatement modifiée par toute espèce d’influence intérieure ou extérieure. Les maladies provoquent très promptement des modifications dans les urines,
et l’on a essayé de les déterminer scientifiquement avec le secours de la chimie, analytique; mais les belles espérences qu'on en avait conçues n’ont été réalisées qu’en partie, à cause de la trop grande variabilité de la matière soumise à l’analyse. De même que chaque maladie a pour effet immédiat l’altération des urines, de même tout dérangement dans la sécrétion urinaire réfléchit contre l’organisme en y exerçant une action morbifique, surtout quand la sécrétion se trouve abaissée à la suite du dérangement, et que par là certains principes nuisibles sont retenus dans le corps. La goutte nous fournit un exemple de toutes les maladies graves qui sont engendrées par l’inactivité prolongée de la sécrétion urinaire. Nos eaux sont d’une grande utilité lorsque l’abaissement de cette sécrétion provient d’un état de faiblesse torpide et quand il y a une diminution des substances azotées comme ces prouvé par les analyses des effets physiologiques.
dj Anomalies chroniques de la sécrétion biliaire. Si l’urine est le véhicule des principes azotés, la bile est celui des excrétions carbonées. L’indolence et l’atonie des fonctions entrainent généralement la diminution de la sécrétion; par là des principes bilieux restent dans le sang, eugendrent l’ictère, et a pour conséquence le trouble de la digestion et de la nutrition. L’eau thermale excite les fonctions et augmente la sécrétion.
e) Anomalies chroniques de la sécrétion salivaire. A la suite d’une irritation anormale et prolongée, il se déclare souvent un flux salivaire chronique sécrété par le pancréas et par les glandes qui se déversent dans la cavité buccale. L’eau thermale combat cette irritation, et agit en outre indirectement, en provoquant d’autres sécrétions qui influent sur
la salivation par antagonisme.
f) Anomalies chroniques de la sécrétion cutanée. La
sécrétion constante de la peau est une des conditions de la
vie; tout désordre survenu dans cette importante fonction à
nour la santé des conséquences très graves. Jusqu’à présent 1 6#
la chimie organique ne nous a fourni qu’un petit nombre de données sur les modifications de la sueur qui sont elles-mêmes la cause d’un état morbide. Nous ne connaissons donc que des changements quantitatifs dans la sécrétion cutanée. Quand celle-ci est exagérée, l’eau thermale convient en bains froids, et en boisson, par son action excitante sur le canal intestinal et sur les reins; si au contraire la sécrétion est trop faible, les eaux doivent être prises chaudes en bains comme en boisson.
g) Anomalies chroniques du flux menstruel. Le dérangement des règles accompagne presque toutes les maladies chroniques dont il est tantôt la cause, tantôt la conséquence. Dans l’un et l’autre cas il importe de le faire cesser. L’eau de Wiesbaden est indiquée lorsque le flux est trop rare ou trop faible, et quand le dérangement provient plutôt d’un état d’inertie que d’une asthénie véritable. Elle convient soit en boisson, soit en bains chauds, surtout en bains de siège.