Traitement interne
a) Traitement digestif. Lorsque l’on se propose d’agir sur la digestion, de dissoudre le mucus, de stimuler l’appétit, d’exciter et d’éléver l’activité de l’estomac, afin d’améliorer la nutrition et de fortifier l’organisme en général, on fait prendre l’eau fraîche ou tiède, par gorgées, à la dose d’un quart de litre à un demi-litre, dans l’espace d’une demi-heure à une heure. Les effets doivent en être secondés par un exercice modéré et une alimentation légère et fortifiante. Si le temps est doux, l’eau doit être bue plus froide, et plus tiède au contraire, par un temps frais.
b) Traitement dissolvant. (Cure sèche d’après Trousseau.)*) S’agit-il de faire parvenir une quantité plus con-
*) Etudes thérapeutiques sur les eaux minérales des bords du Rhin.
sidérable d’eau thermale de l’estomac dans le sang afin d’y provoquer des modifications matérielles et d’influencer la nutrition, la résorption, les sécrétions et les excrétions, on administre l’eau à la dose d’un demi-litre à un litre, tiède, dans l’espace d’une demi-heure à une heure et demie. Cette méthode curative est la plus usuelle et la mieux appropriée à nos thermes. On la modifie, suivant que l’on se propose de stimuler d’avantage telle ou telle sécrétion, tant sous le rapport du mode d’après lequel l’eau est administrée que sous celui des moyens accessoires auxquels on a recours.
Veut-on exciter la diaphorèse, on fait prendre les eaux à une température plus élevée, et l’on ordonne, selon le complexe individuel, beaucoup de mouvement, le séjour dans des lieux bien chauffés, des vêtements chauds, ou la chaleur du lit. Veut-on favoriser la sécrétion urinaire, on prescrit l’eau plus fraîche à de petits intervalles, et un mouvement modéré afin d’éviter la transpiration. Dans certains cas on peut employer l’eau du Faulbrunnen en l’administrant à double dose pour obtenir les mêmes effets que ceux produits par l’eau thermale. Dans le courant de l’été si chaud de 1852, j’en ai fai fréquemment un bon usage. Si l’indication exige que les selles soient stimulées, on prescrit les eaux froides, à forte dose, en les faisant boire un peu rapidement vers la fin. Ce qui importe le plus dans le traitement dissolvant, c’est d’obtenir une résorption considérable et d’éviter par conséquent de provoquer des selles trop abondantes qui donneraient aux eaux une fausse direction, ainsi que nous l’avons vu au chapitre des effets physiologiques. Afin d’écarter Faction laxative, on commence la cure à petite dose, pour sonder les dispositions individuelles du malade. Les préparatifs du traitement et sa réussite présentent donc des difficultés qui réclament l’intervention du médecin et rendent nécessaire la complète soumission du client. On ne parvient pas dans chaque cas individuel à stimuler la sécrétion indiquée dans le plan du traitement, et, dans le courant de la cure, il suffit
parfois d’une circonstance insignifiante pour qu’il survienne des variations, des écarts auxquels il n’est plus possible de porter remède. Quelquefois aussi la nature choisit pour l’élimination de la matière morbifique une voie qui n’est pas habituelle ; c’est alors au médecin de mettre à profit cette indication et de diriger dans le même sens les ressources de l’art. Celte méthode est indiquée dans toutes les dyscrasies chroniques et dans les anomalies de la nutrition, de la résorption et de la sécrétion.
cj Traitement purgatif. (Cure purgative d’après Trousseau.) Il consiste à provoquer deux à quatre selles par jour. A cet effet on fait boire les eaux à la dose d’un à deux litres et plus, fraîches, dans l’espace d’une heure. En augmentant ou en diminuant la dose, en élevant ou en abaissant la température, en buvant plus ou moins rapidement, on obtient des modifications qui permettent d’approprier ce traitement à chaque individualité. Pour refroidir l’eau thermale, on suit différentes méthodes : On la fait refroidir dans le verre, ce qui prend du temps et fait perdre l’avantage qu’il peut y avoir à boire rapidement. Ou bien on la met en cruchons la veille en ayant soin de les boucher hermétiquement. La seconde méthode est sous tous les rapports la meilleure, non seulement dans le traitement purgatif, mais encore dans les autres traiteme* fs lorsqu’il s’agit d’abaisser l’eau à la température voulue. Les belles expériences de Frésénius nous ont fair voir combien sont minimes les précipités qui se forment dans l’eau que l’on fait refroidir après l’avoir soustraite à l’action de l’air. Au bout de trois semaines ces précipités ne s’élevaient qu’à 0,00154 gr., et consistaient en carbonate de chaux, en magnésie et en protoxide de fer. Ce déchet insignifiant n’est même pas perdu, car lorsqu’on vide les cruchons, il se mêle avec l’eau et tombe dans le verre du buveur. Naguère cependant, un médecin qui porte le titre de médecin des bains a déconseillé ce procédé par la
raison qu’il pourrait y avoir de la crasse dans les cruchons *). Il eût été, ce nous semble, plus honorable que dans sa position il se fût appliqué à rendre cette crainte illusoire, plutôt que de chercher à dégoûter le public d’une méthode touta-fait recommandable et que la température élevée de nos sources rend nécessaire. On fait bien, si l’on veut seconder les effets purgatifs, d’éviter la transpiration, de se tenir tranquille ou de ne prendre que peu d’exercice, et d’observer une diète modérée. C’est une grande imprudence de la part de certains malades qui se traitent sans assistance de médecin, de manger en grande quantité des aliments propres à stimuler les selles, tels que de la salade, du fruit; elle peut avoir pour conséquence des vomissements, des coliques et même des symptômes de dysenterie.
Le traitement purgatif, dont nous exposerons au chapitre suivant les remèdes auxiliaires, est d’un fréquent usage dans les cas de constipation chronique, d’accumulation de matières morbides dans le canal intestinal même, et dans ceux où l’on propose d’obtenir des effets révulsoires, des irritations réflexes, ou de faire refluer le sang vers la cavité pelvienne. Ces trois sortes de traitement que, pour plus de clarté, nous venons d’indiquer isolément sont, en pratique, fréquemment modifiées et combinées entre-elles. C’est ainsi que l’on fait souvent précéder la cure purgative ou la cure dissolvante du traitement digestif, afin de rectifier au préalable les fonctions de la digestion. Dans d’autres cas, on a recours aux effets dissolvants d’abord, et on les fait suivre du traitement purgatif. Peez, le meilleur connaisseur de nos eaux, recommande spécialement cette méthode dans les affections du basventre. Dans d’autres cas encore, le traitement dissolvant est continué pendant toute la cure, sauf qu’à certains intervalles on administre une dose purgative pour stimuler d’avantao-e le canal intestinal. Ce mode m’a donné de bons résul-
*) Vogler, sources minérales de Wiesbaden.
tats dans des cas d’engorgement invétéré, d’hypertrophie et de dépôts, où la cure devait être continuée longtemps. Quelquefois enfin deux traitement sont combinés de telle façon qu’on les applique concuremment, à différentes heures de la journée, par exemple, le matin le traitement purgatif, et le traitement dissolvant l’après-midi.
Les baigneurs boivent l’eau à jeun, de 6 à 9 heures du matin, en plein air, et en se livrant à un exercice convenable. Ce n’est qu’exceptionnellement, en cas de faiblesse ou de dérangement d’estomac, que l’on peut permettre au préalable un déjeuner fort léger. A certains malades, surtout si l’on veut activer la transpiration, on fait boire l’eau dans le lit.
Quand les bains sont ordonnés en même temps que l’usage interne, le traitement digestif ou purgatif doit précéder le bain d’une heure ou deux. Mais le traitement dissolvant peut être administré simultanément, en sorte que l’eau est bue immédiatement avant ou après, et même pendant le bain.
Si l’eau doit être prise deux fois par jour, on la boit la seconde fois de 11 à 12 h.; quelquefois aussi de 5 à 6 h. de l’après-midi, mais par exception seulement, parce que la cure du soir peut déranger la digestion et causer de l’agitation pendant la nuit. L’eau doit dans ce cas être administrée à petite dose. En général, une absorption trop considérable de liquide, qu’avec raison Hufeland appelle une inondation artificielle de l’estomac, loin de contribuer à faire atteindre le but, ne peut avoir pour conséquence que de la faire manquer.