Traitement externe
a) Bains entiers. Dans la cure de Wiesbaden les bains jouent le premier rôle, parce que la grande richesse de nos eaux et leur température élevée en permettent l’usage le plus étendu. Nous avons vu au chapitre des effets physiologiques combien les effets des bains diffèrent suivant leur degré de chaleur. Pour déterminer la température qui convient à
chaque malade nous consultons le thermomètre et les sensations du baigneur. L’emploi régulier du thermomètre est une innovation heureuse, car la perception subjective de 1 homme pour la température des bains est très inégale. La chaleur d’une personne bien portante est déjà variable; mais celle d’un malade est sujette à des variations bien plus considérables dues en partie à la nature de la maladie, en partie à celle des remèdes déjà employés. Ordinairement les baigneurs frissonnent au moment de l’immersion plus volontiers qu’à l’état de santé. Si l’on abandonnait aux malades le soin de diriger la température des bains d’après leurs propres sensations ils les prendraient le plus souvent trop chauds, et en éîeveraient encore la température pendant la cure. On a dû prendre pour règle de la prescrire d’après le thermomètre en permettant au baigneur de l’élever ou de l’abaisser à son gré d’un demi-degré à un degré.
a) Traitement calmant et résorbant. Lorsqu’on se propose de favoriser la résorption de l’eau par la peau, d’abaisser la chaleur du corps, d’exercer une action sédative sur les nerfs de la périphérie et sur le système artériel, on prescrit des bains de 23° a 27° R. Le degré précis se règle d’après le tempérament du baigneur, et l’eau doit être préparée de telle manière que le malade ne soit pas incommodé par le froid, mais qu’après les premiers frissons ressentis au moment de l’immersion il éprouve une sensation d'agréable fraîcheur. Il importe en outre que le malade soit bien reposé, et que la température de la chambre de bains ne soit pas trop élevée. La durée de l’immersion varie d’un quart d’heure à une heure, et peut même se prolonger jusqu’à deux heures. On commence par un bain très court et l’on va ensuite en augmentant rapidement. Dans le bain, le patient doit se tenir tranquille, afin de ne pas provoquer une réaction vers la peau, ni la transpiration. Si l’eau tend à se refroidir, on en maintient la température en ajoutant de l’eau chaude; on a recours au même moyen si le baigneur commence à ressentir des frissons,
ou bien on lui fait prendre un peu de mouvement. Le malade doit être essuyé avec des draps qui ne soient pas trop chauds, puis il doit rester en repos sans se couvrir trop chaudement. Les bains sont administrés d’ordinaire une fois par jour; dans des cas exceptionnels on en ordonne un second vers le soir. Cette méthode convient dans les anomalies de la nutrition et de la digestion, dans l’hypocondrie, la pléthore abdominale, les hemorrhoïdes, les scrophules etc. etc. et peut être continuée longtemps sans provoquer les symptômes de la maladie thermale.
b) Traitement excitant, sudorifique. Ce traitement a pour but d’élever la chaleur de l’organisme, de stimuler la peau, la sécrétion cutanée, l’activité du système nerveux et vasculaire. Il s’administre au moyen de bains de plus de 27° R., est il est tout à fait approprié aux thermes de Wiesbaden dont il a fondé la réputation. La température élevée de nos eaux en rend l’application très facile. Ce genre de traitement, le seul connu autrefois, avait conduit à de nombreux abus. Séduits par les cures merveilleuses de nos thermes, les baigneurs, sans consulter le médecin, se plongeaient, au détriment de leur santé, dans des bains presque brûlants, en sorte que c’est justement un des principaux mérites de nos sources qui a failli les faire tomber en discrédit. La méthode excitante doit être dirigée avec prudence ; elle exige certaines précautions sans lesquelles on s’expose à des suites fâcheuses qui font manquer le but de la cure. Le degré précis de la temperature se règle d'après la nature de la maladie et le complexe individuel. Plus on élève la chaleur, plus on augmente les effets excitans et échauffans. On commence par des bains de courte durée et d’une température peu élevée; puis on augmente graduellement l’une et l’autre. La durée est de dix minutes à trois quarts d’heure; on la prolonge rarement audelà. Si le baigneur éprouve une excitation trop violente, il faut diminuer la chaleur et la durée du bain, voire même
interrompre le traitement. On recommande pendant l’immersion lin mouvement modéré et de légères frictions. Quand la tête mêmes est souffrante, dans les affections rhumatismales et goutteuses et s il y a des éruptions, on humecte la partie malade avec une éponge. S’il y a tendance à des congestions vers la région supérieure, la chambre de bains doit être tenue fraîche, ou bien la tête doit être humectée d’eau froide, par intervalles assez rapprochés, quelquefois même d une manière constante. Après le bain le malade est vigoureusement frictionné, et couvert de vêtements chauds, préférablement de flanelle; puis il se met au lit en se couvrant avec soin pour provoquer la transpiration; il s’y tiendra assis s’il y a tendance à des congestions. La diaphorèse est secondée par des boissons chaudes. Les bains se prennent le matin après l’usage interne; jamais on n’en ordonne un second dans la journée. Une cure régulière se compose de 21 à 42 bains. Ce nombre peut être dépassé s’ils sont de courte durée et d’une température modérée.
Le traitement excitant reçoit son application dans presque toutes les affections goutteuses, rhumatismales et syphilitiques, dans les cas d’hydrargyrose, dans les névroses de la motilité, les ulcères etc. etc.
Les deux méthodes que nous venons d’esquisser sont quelquefois combinées dans la pratique. Le traitement calmant précède d’ordinaire le traitement excitant; mais par exception on commence par ce dernier, et l’on finit par le traitement calmant ; après que les excrétions critiques se sont déclarées. D’un autre côté la cure externe se combine avec les traitements internes. Dans ce cas la méthode digestive ou la méthode purgative est employé concurrement avec la méthode résorbante des bains; la méthode dissolvante avec le traitement excitant. Dans des cas particuliers on a recours à d’autres combinaisons très variées.
b) Bains locaux. Nous mentionnerons d’abord les demibains que l’on prend jusqu’aux hanches, jusqu’à l’épigastre^
ou jusque sous les aisselles. Ils suppléent les bains entiers quand ceux-ci ne sont pas supportés par le malade, lorsqu’ils provoquent des maux de tête, des vertiges, des battements de coeur, des oppressions, des indigestions, ou lorsque l’on veut obtenir des effets très prolongés dans lesquels les bains entiers auraient une action trop énergique. Quelquefois ils sont indiqués pour provoquer un effet indirect sur la partie supérieure du corps, ou un effet direct sur un mal local de la région inférieure. On doit veiller à ce que la partie du corps qui n’est pas immergée soit couverte d’un vêtement chaud, d’une chemise de flanelle par exemple, pour éviter le refroidissement.
En second lieu, les bains de siège, qui agissent sur la cavité du bassin; les manuluves; les pédiluves; les bains d’un seul membre. Tous ces bains locaux sont administrés conformément aux deux méthodes que nous venons de voir. Ils sont presque toujours combinés avec les bains généraux et avec l’usage interne, et produisent d’excellents résultats dans le dérangement des menstrues, dans les affections hémorrhoïdales, dans celles de l’appareil de la génération, enfin, grâce à l’usage presqu’illimité que l’on en peut faire, dans les tumeurs anciennes, les ankylosés, les callosités, les ulcères et les fistules.
c ) Douches. Quand d’après l’indication on se propose de produire sur une partie du corps une excitation énergique, on y applique, avec un appareil assez semblable à une pompe à feu, ou à l’aide d’une chute d’eau, un jet d’un diamètre variable. La force de la douche dépend de celle avec laquelle la machine est mise en mouvement, de la hauteur de la chute, du diamètre du jet et de la chaleur de l’eau. La douche à l’aide d’une pompe doit obtenir la préférence dans la plupart des cas parcequ’on en peut mesurer la force avec plus de justesse, et que le jet, à l’aide d’un tuyau flexible peut se diriger plus commodément sur chaque partie du corps. Mais le jet tombant convient d’avantage lorsqu’on veut ob-
tenir des effets généraux. La durée des douches est de 5 à 30 minutes ; elles s’administrent le plus souvent concurremment avec les bains, soit au commencement, soit au milieu, soit à la fin du bain, suivant l’indication spéciale. On les répète chaque jour, ou de deux jours l’un; on les fait généralement précéder de quelques bains entiers. La puissance du jet varie entre une demi-force et deux forces d’homme, la température entre 23° et 40° R. Celle-ci est tantôt à l’unisson avec la température des bains, tantôt elle forme contraste; on en obtient de puissants effets, en administrant des bains chauds avec douches froides, ou des douches chaudes avec bains froids. La douche est appliquée en un seul jet ou en plusieurs, suivant que l’on en veut concentrer la force pour obtenir un effet local, ou que l’on se propose de lui donner plus d’extension et d’en amoindrir l’énergie. Si le jet divisé doit être appliqué au corps entier, on l’administre sous forme de bain de pluie. ( Regenclouche , Schauerbad. ). Dans certains cas ce dernier est ordonné froid, de 10° ou 20° R., concurremment avec des bains très chauds. Elles ont pour but de produire un effet soit local, soit général. Au dernier cas, on les applique sur la partie centrale d’un système, la tête, l’épine dorsale, l’épigastre; on peut aussi changer de place, ou frapper le corps entier à l’aide d’un bain de pluie. Dans l’application locale on a en vue de provoquer l’excitation de la partie malade, ou d’obtenir des effets dérivés par une irritation réflexe. Les douches ont puissamment contribué à la renommée de nos thermes. C’est grâce à leur action énergique que nous parvenons à guérir les hypertrophies, les paralysies, et que nous obtenons la résolution et la résorption des dépôts les plus invétérés.
dj Bains de vapeur. Nos bains de vapeur produisent d’excellents résultats lorsqu’il s’agit d’activer puissamment les fonctions de la peau, de la ramollir, et d’en augmenter les sécrétions. On les administre dans une sorte de réceptacle placé au-dessus de la source et disposé de manière à en
recevoir les vapeurs. Le patient y est assis, enfermé jusqu’au cou, la tête seule restant libre. La température de la vapeur peut être abaissée au moyen d’ouvertures pratiquées à cet effet dans l’appareil : elle est plus ou moins élevée suivant la température de la source et l’arrangement du bain, et varie entre 35° et 45° R. La durée des bains est de 5 à 30 minutes. On les répète chaque jour, ou de deux jours l’un. En cas de pléthore, de tendance à des congestions vers la tête et la poitrine, on doit les administrer avec précaution; une saignée préalable est, dans ce cas, à conseiller, et la tête du malade doite être humectée d’eau froide pendant le bain. En général, les personnes nerveuses, faibles, douées d’un système vasculaire excitable, ou bien atteintes de marasme sénile ne supportent pas les bains de vapeur. Si l’on ne veut produire qu’un effet local; on ne soumet à Faction de la vapeur que la partie indiquée ou affectée. Nous avons à cet effet des appareils pour les bras, les jambes, les oreilles, les yeux, les seins, les organes génitaux etc. etc. Dans les bains de celte espèce la vapeur est appliquée longtemps et très chaude; elle est dirigée vers le membre en forme de courant qui équivaut à une véritable douche de vapeur. Les bains généraux sont précieux dans les dyscrasies les plus invétérées, et principalement quand elles sont accompagnées d’atonie cutanée. Quant aux bains locaux, ils déterminent parfois encore la résolution dans des cas où tous les autres remèdes ont échoué, et se prescrivent aussi lorque l’on veut déplacer le siège du mal, par exemple, quand il s’agit d’attirer la goutte d’un organe plus noble sur les extrémités.
e) Aspersions. Elles sont indiquées lorsque les effets locaux doivent être secondés par une légère excitation produite par la pesanteur de l’eau. A la suite d’un usage très prolongé j’en ai obtenu d’excellents résultats dans le traitement de tumeurs rebelles, d’ankyloses, d’ulcères chroniques et autres. Elles se pratiquent au moyen d’un syphon élastique adopté à un vase rempli d’eau, et qui permet d’arroser les différentes
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partier du corps. Si les effets locaux doivent recevoir quelqu’-
extension, on couvre la partie souffrante avec une compresse.
f) Injections. Pour faire pénétrer l’eau thermale dans les cavités du corps, nous nous servons de douches ascendantes et de seringues d une forme particulière. Les injections sont pi atiquées avec succès dans les affections du nez, du rectum, des organes génitaux et de la trompe d’Eustache.
Nous faisons peu d’usage de bains de vagues et de boues. Quand par exception on y a recours, on s’en tient peur les administrer aux règles générales.