Autres médicaments
Très souvent l’eau thermale ne nous fournit que la base du traitement, et nous renforçons ou modifions les effets des eaux suivant l’indication des cas individuels. Anciennement
on a fait un usage immodéré de médicaments, surtout avec l’emploi des bains, et plus tard on est tombé dans l’excès contraire; on a évité, au grand préjudice de la santé des baigneurs, toute espèce d’addition, même celles indiquées, de crainte d'inquiéter l’esprit des eaux, de le troubler dans son action mystérieuse. De nos jours nous n’hésitons nullement à ordonner tous les remèdes additionnels, toutes les modifications qu’exige l’état du malade. Voici les moyens auxiliaires dont l’application est la plus usuelle.
a) Additions et modifications de l’usage interne. Lorsqu’on se propose d’atténuer les elfets irritans de l’eau sur le canal intestinal, on la coupe avec du lait, du petit lait ou du bouillon de veau. S’agit— il de renforcer le traitement digestif, on ajoute de l’eau ferrugineuse, surtout de l’eau de Scliwalbach. Si dans le traitement dissolvant l’eau thermale agit trop fortement sur les selles, et si l’on désire à obtenir une résorption plus rapide et en même temps l’augmentation de la sécrétion urinaire, on mélange l’eau thermale avec une autre eau riche en acide carbonique, comme celle de Selters, de Fachingen, de Geilnau et de Schwalbach (Paulinenbrunnen). Pour renforcer l’action purgative, on emploie divers moyens; le plus naturel est une addition du sel de nos sourcesmêmes; je m’en suis servi dans les derniers temps avec beaucoup de succès. Puis viennent les eaux de Hombourg, de Soden et d’autres sources salines analogues aux nôtres, mais plus purgatives. Le sel d’Epsom et de Carlsbad conviennent lorsqu’on veut avoir des effets purgatifs certains, sans augmenter la dose du liquide. Dans d’autres cas, surtout dans les affections du bas-ventre, quand on craint de contrarier les effets dissolvans de l’eau thermale, ou quand on a déjà obtenu de bons résultats, on emploie la rhubarbe, l'aloës, la coloquinthe etc. Souvent on renonce complètement au traitement interne et l’on prescrit avec les bains d’autres eaux minérales ou d’autres cures. Nous avons vu au chapitre des effets physiologiques combien la résorption est faible et
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combien par conséquent il est aisé de combiner les bains avec les remèdes les plus'divergens. Aussi n’hésitons nous pas à prescrire toutes les eaux minérales, non seulement celles que nous avons mentionnées, mais encore toutes celles dont 1 efficacité est démontrée par l’expérience.
Les traitements par les simples et par le petit-lait méritent chez nous une mention particulière. Tous les matins on débite aux environs du Kochbrunnen du petit-lait qui vient d’un établissement bien monté, dirigé par un suisse, et situé dans la paisible vallée du Nerothal. Wiesbaden présente sous ce rapport des avantages que Ton ne rencontre nulle part ailleurs. Ordinairement les établissemens de ce genre ne se rencontrent que sur de hautes montagnes et ne peuvent être visités que fort tard, tandis que nos vallons abrités sont accessibles aux malades de la poitrine si irritables, et fournissent déjà en avril et en mai les herbes nécessaires à la production d’un petit-lait de bonne qualité. Nous ne saurions trop recommander cet établissement pour les cures qui doivent commencer au printemps et servir de traitement préparatoire à des cures ultérieures de petit-lait ou d’eau minérale. Quand la saison est plus avancée, le traitement par le petit-lait combiné avec les bains produit également de fort bons effets. Les traitements par les simples s’emploient chez nous tantôt seuls, tantôt combinés avec l’eau minérale ou le petit-lait, tantôt avec les bains. On peut également les commencer chez nous de très bonne heure parce que la contrée produit les simples nécessaires trois ou quatre semaines plus tôt que partout ailleurs. Dans ces derniers temps on a accueilli avec faveur le suc de feuilles de noyer encore tendres, fourni en abondance par de nombreuses plantations d’arbres de cette espèce, et qui est salutaire dans les affections scrofuleuses, les dyscrasies blennorrhagiques et les ulcères rebelles. Parfois on ordonne aussi des cures de cerises, au printemps, et de raisin, en automne; la contrée produit ces fruits en fort bonne qualité.
Nous citerons parmi les médicaments employés fréquemment avec le traitement des eaux, et non sans succès, le decoct. Ziltmann le decoct. Pollin ainsi que le syrup. antidy seras. Draps .
b) Additions et modifications du traitement externe. Les additions que l’on fait aux bains ont pour but d’augmenter les effets de l’eau thermale, de les diminuer ou de les modifier. La manière la plus naturelle d’abaisser l’irritation locale du traitement excitant consiste dans une addition d’eau douce. On se sert à cette môme fin de décoctions de malt et de son. Pour renforcer les effets de ce traitement on ajoute au bain du sel de nos sources, du sel de cuisine et d’autres, des herbes aromatiques comme la rad. calain. aromat spec. aromat ., flor. chamomill. , ou bien des eaux aromatisées, par exemple de l’eau de Cologne, du bals . vit. Hoffm., spirit . lavendulae etc. etc. Si l’on veut élever l’action sédative du traitement calmant, on emploie pareillement des additions d’eau douce, de sel, de son et d’herbes narcotiques.
Les remèdes les plus usuels pour modifier les effets de l’eau thermale sont dans certaines dyscrasies les préparations indiquées de soufre, de mercure et d’iode, le sel et les eauxmères de Kreutznach dans les affections scrofuleuses, la dédoction de feuilles de noyer à la dose de plusieurs livres dans les dyscrasies des os, enfin les ylobul. martial.
Beaucoup de nos établissements ne peuvent fournir de bains au-dessous de 26° à 25° R., surtout pendant les fortes chaleurs. Cette température n’est pas encore assez basse pour procurer à certains patients le calme désirable; nous renonçons alors complètement à la cure thermale, et nous la remplaçons par les bains du Rhin qui se trouvent à notre proximité. Dans d’autres cas, le traitement interne convient parfaitement, tandis que les bains doivent être abandonnés dès le premier essai comme étant d’une exécution impossible, ou sont même formellement contre-
indiqués, par exemple, chez les malades dont la peau est flasque ou qui ont le système neuveux et vasculaire trop irritable. On fait bien alors de combiner avec le traitement interne une cure de bains froids que l’on peut se procurer dans l’excellent établissement de M. Loewenherz, au Nerothal.
Les émissions de sang constituent également un remède auxiliaire d’un emploi très fréquent; elles ont pour objet de diminuer la matière morbide, de lui donner une autre direction, de calmer l’irritation générale ou locale engendrée par le traitement, et jouent par conséquent dans la cure tantôt le rôle d’adjuvant, tantôt celui de correctif. En général, ces émissions ont pour objet la diminution de la masse du sang vicié dans les dyscrasies albumineuses ou veineuses et les maladies qui en sont la conséquence, et consistent en saignées ou en applications de ventouses avant et pendant le bain. On les emploie sous forme de ventouses ou d’applications de sangsues dans les congestions vers les organes de la tête, de la poitrine et du bas-ventre, lesquelles se rattachent ordinairement à un dérangement du flux menstruel ou hémorrhoïdal. Enfin, elles servent de correctif lorsque dans le traitement excitant il se déclare une excitation trop violente du système vasculaire, ou une irritation locale de la partie malade. Cette dernière méthode est de nos jours très en vogue et mène à toutes sortes d’abus contre lesquels je crois devoir me prononcer formellement. Il est rare qu’un baigneur, aujourd’hui, échappe à sa portion de ventouses qu’on lui applique avec ou sans l’ordonnance du médecin. Le patient en éprouve, il est vrai, un calme et un bien-être momentanés ; mais ensuite la réaction ne procède qu’imparfaitement, les sécrétions deviennent rares, la guérison est incomplète, et il se forme à la fin de la cure un état d’excitation nerveuse et de faiblesse qui persiste longtemps. Une certaine excitation générale et locale est nécessaire à la guérison, et il vaut mieux, si elle devient trop forte, de modérer le traitement interne ou externe, que l’intervenir avec des saignées.
L’indication des saignées dans le traitement excitant se règle d’après la nature de la maladie, d’après l’âge, la constitution, les habitudes du malade et d’après le temps plus ou moins avancé du traitement. L’emploi de la saignée exige de grandes précautions dans la goutte, si l’on ne veut faire de celle-ci ce que les baigneurs cherchent précisément à éviter en venant chez nous, une goutte atonique. Les affections rhumatismales la supportent beaucoup mieux, surtout quand le mal local a pris un caractère inflammatoire, excepté cependant le rhumatisme du nevrilème, Nos étuvistes ont une dextérité toute particulière pour l’application des ventouses, qui a lieu ordinairement avant le bain, ou après, lorsque la peau est turgescente.
L’électro-magnétisme est aussi mis à contribution comme un moyen auxiliaire de la cure. Il seconde puissament les effets de l’eau thermale par son action excitante sur le système nerveux, et s’emploie dans les paralysies. Nous nous servons à cet effet de l’appareil de rotation, qui est portatif, et agit d’une manière sûre. On applique le magnétisme, soit en dehors des bains, soit, conformément à l’école de Vienne, dans le bain même où l’eau salée en rend les effets plus énergiques. Un homme qui a les instructions nécessaires est chargé de faire fonctionner l’appareil.
Enfin, nous pratiquons, pour aider les effets du traitement, des opérations chirurgicales qui consistent en sections de tendons et en tractions violentes sur des articulations ankylosées.
Cure» préparatoire» et consécutives»
Nous croyons devoir les mentionner ici quoiqu’elles ne reçoivent que rarement leur application à Wiesbaden même, par la raison qn’elles constituent réellement un moyen auxiliaire de la cure. Les traitements préparatoires, de la compétence du médecin de la maison, assurent, quand ils sont ordonnés avec discernement, le succès de la cure en le rendent plus
facile. Ils doivent être dirigés de manière à frortifier l’organisme et à en rectifier les fonctions. Ce résultat s’obtient par l’éloignement des influences nuisibles qui ont engendré la maladie, par un régime plus régulier du corps et de l’esprit, par la prescription de cures d’herbes, de petit-lait, d’eaux minérales, de bains tièdes etc. etc. On fait bien, avant le traitement de nos eaux, de s’abstenir d’autres cures radicales, surtout de l’usage de médicaments. Les patients ne nous arrivent d’ordinaire qu’après avoir essayé vainement de toutes les ressources de la pharmacie. On devra dans ce cas leur interdire toute espèce de médication avant le voyage afin qu’ils ne se trouvent pas en commençant la cure dans un état de faiblesse et d’épuisement. *
On abusait aussi autrefois des cures consécutives, en faisant passer le malade, dans le courant d’un été, par tout un cycle de traitements. En se bornant à trois seulement, on pensait faire preuve de modération. Les baigneurs venaient alors à Wiesbaden pour subir un traitement excitant; de là on les envoyait à Schîangenbad ou à Ems pour les calmer, puis à Schwalbach pour les fortifier.
C’est le résultats de la cure qui doit guider dans le choix d’un traitement consécutif. Si la maladie a complètement cédé, la tâche du médecin consiste à en empêcher le retour, soit en ordonnant un régime convenable afin d’èloigner les influences nuisibles, cause première du mal; soit en fortifiant l’organisme du patient de telle manière que ces influences inévitables n’aient plus à l’avenir les mêmes conséquences. Le premier moyen consiste à faire observer au malade de retour chez lui les prescriptions diététiques; mais pour le second, il est nécessaire de recourir à un traitement fortifiant, dont les effets s’étendent principalement à la peau et au canal intestinal. Le traitement des eaux ferrugineuses convient parfaitement pour fortifier les voies digestives, et nous ordonnons fréquemment pour cet objet les sources voisines de Schwalbach. Pour donner du ton à la peau, l’on prescrit,
outre les bains ferrugineux, des bains à l’eau courante, des bains de mer, des voyages dans des contrées montagneuses, comme la Suisse, le Tyrol, la Forêt-noire, l’Erzgebirg saxon etc. etc. La plupart de nos baigneurs qui ont subi le traitement excitant ont la peau molle et impressionnable, et ont besoin d’une cure supplémentaire fortifiante, si l’on ne veut être exposé à des rechutes prochaines.
Si la maladie n’est qu’amélioré, s’il reste encore un désordre dans les mélanges et les fonctions, le traitement consécutif doit se régler d’après le cas spécial. Parfois on peut laisser retourner le patient dans sa patrie avec l’espoir que les effets consécutifs du traitement thermal lui procureront une guérison complète. Dans d’autres cas, très opinaîtres, quand la constitution du malade est fortement ébranlée, on devra se contenter du résultat obtenu, sauf à recommencer une seconde ou une troisième cure dans la même année ou l’année suivante. Ce n’est pas sans raison que l’on estimait autrefois que plusieurs traitements étaient indispensables pour obtenir la guérison d’un mal invétéré et constitutionnel. Quand la cure doit être interrompue, et le cas s’en présente assez souvent, parce que le malade commence à se ressentir de la saturation, nous prescrivons, pour seconder les effets consécutifs.le riant séjour et les eaux calmantes de Schlangenbad. Eufin, dans d’autres cas, surtout dans les affections du basventre, nous envoyons nos patients aux sources plus purgatives de Soden et de Hombourg, où l’air des montagnes exerce en même temps une action fortifiante sur la peau.
Si la maladie n’a subi aucune modification, et que cependant l’excitation engendrée par le traitement exige que celui-ci soit interrompu, le médecin des eaux est souvent fort embarrassé pour savoir ce qui reste à faire. Le prudent est d’attendre les effets consécutifs et d’y chercher des indications nouvelles. Dans cette circonstance il est à désirer que le malade, en attendant, reste chez nous, sous les influences mêmes qui ont présidé au traitement, et sous la direction du