‹ Monographie des eaux minérales de WiesbadenChapitre 49 sur 52 · Le régime · texte numérisé non relu

Le régime

Nous entendons par régime la diète, les occupations intellectuelles et l’exercice physique. Presque toutes les maladies chroniques procèdent d’un vice qui a sa cause dans la fausse direction imprimée à l’activité de l’homme dans l’une de ces trois sphères de son existence. Il suit de là qu’en rectifiant cette direction on exerce nécessairement sur les maladies chroniques une action salutaire pour laquelle on ne saurait choisir un moment plus favorable que celui de la cure, parce qu’alors les effets des eaux contribuent au succès en tendant de leur côté à éliminer de l’organisme le principe morbifique. La tâche du médecin est d’abord d’écarter les habitudes pernicieuses qui sont devenues pour le patient une seconde nature; ensuite, d'agir efficacement sur la maladie, en prescrivant le régime convenable, conformément à des principes reconnus.

a) Diète. En général les baigneurs doivent vivre sobrement. Cette règle est facile à poser, mais d’une exécution assez difficile ; la plupart de malades goutteux ou souffrant d’une affection hémorrhoïdale sont des gourmands de premier ordre, et ont de la peine à ne pas succomber à la bonne chère de nos hôtels. On agira donc prudemment en faisant manger à la carte et dans leur chambre ceux qui sont trop faibles pour résister à la tentation. Ce n’est pas seulement sous le rapport de la quantité des aliments que les baigneurs doivent être sobres, mais aussi sous celui de la qualité, et il est de règle qu’ils doivent s’abstenir de toute espèce de mets gras, lourds et épicés. Les prescriptions ultérieures de la diète se déterminent en partie d’après la nature de la maladie et l’individualité du malade, en partie d’après le genre du traitement.

b J Disposition morale. Dans le traitement psychique du malade, le médecin doit également poursuivre un double but: l’éloignement des causes qui exercent une influence fâcheuse sur le moral, et la recherche de celles qui peuvent concourir à la guérison. Pour atteindre le premier, l’absence du foyer domestique contribue déjà beaucoup. Un grand nombre de maladies chroniques se développent par la contention d’esprit et les influences déprimantes inséparables de la vie de tous les jours, et qui cessent d’elle-mêmes grâce au voyage et au séjour dans une ville de bains. Si cependant les mêmes causes malfaisantes continuent d’agir, c’est au médecin de tranquilliser le malade par de sages remontrances. La quiétude de l’âme et la tranquillité de l’esprit sont des conditions indispensables au succès de la cure. Si le baigneur apporte avec lui ses soucis et ses passions, il ne saurait être guéri, et, connue le dit fort bien le vénérable Diehl, „quand la psyché sème incessamment la discorde dans l’harmonie organique, le rôle de l’influence matérielle est fini/' L’occupation intellectuelle doit être appropriée à l’éducation, au tempérament, aux habitudes, au sexe du patient, et à la nature de sa maladie. Le médecin des eaux devient ici le médecin de l’âme: sa

connaissance du coeur humain, sa perspicacité, doivent le guider dans le choix des impressions qui peuvent être salutaires à sont client. L’espoir de la guérison et, plus encore, l’amélioration visible de la santé, agissent puissamment sur le malade. Pour lui éviter une déception fâcheuse, le médecin doit lui révéler à temps les perturbations et les rechutes qui se présentent fréquemment dans les commencements de la cure. On produit encore de bons effets sur le moral du patient en lui montrant d’autres personnes affectées du même mal que le sien, qui sont en voie de guérison. Cette communauté d’efforts vers un même but à l’aide des mêmes moyens lui donne du courage et de la confiance.

La direction à donner aux occupations intellectuelles doit varier selon les dispositions de l’individu. Si la fatigue de l’esprit est préjudiciable, l’ennui ne l’est pas moins, surtout pour les esprits actifs. Aucune ville de bains ne peut rivaliser avec nous sous le rapport des distractions qu’elle offre à ses visiteurs. Nous avons vu dans le premier cahier quelle beauté et quelle richesse offrent les environs de Wiesbaden. Rien n’est plus propre a éclaircir l’esprit et a favoriser la guérison que de séjourner à ces attrayantes places et de contempler les charmes de la nature.

Lorsque le temps vient contrarier ce genre de plaisir, on n’est nullement embarrassé pour y suppléer par les jouissances de l’art. La musique, qui surtout exerce une influence salutaire sur les malades, est cultivée chez nous avec beaucoup de succès. Tous les jours un excellent orchestre exécute au Cursaal des morceaux choisis, et chaque semaine on est à même d’entendre des concerts et des opéras bien réussis.

Il n’est pas prudent d'interdire leurs occupations habituelles aux personnes pour lesquelles l’activité de l’esprit fait le charme de la vie, comme les hommes d’état, les diplomates, les savans. Au contraire, un travail modéré les tiendra en bonne humeur, et les fera persévérer plus volontiers dans le traitement. Tel baigneur se distraira avec de bonnes lectures,

tel autre préférera le spectacle ou les soirées du Cursaal et les jeux; même ces plaisirs sont permis au malade, pourvu qu’il ne s’y livre pas avec passion.

cj Exercice corporel. L’exercice est un puissant auxiliaire de la cure. Il est indispensable à la conservation de l’organisme dont il élève l’activité vitale et stimule la circulation des liquides et les sécrétions. Dans le traitement interne, le mouvement corporel facilite l’assimilation de l’eau, et influe favorablement sur les différentes méthodes usitées pour ce traitement, suivant le genre d’exercice ordonné au patient. Il active les selles, la transpiration, et augmente les parties constituantes des urines, comme nous le voyons par les analyses de Lehmann.

Les baigneurs que leurs incommodités empêchent d’aller à pied pourront, pendant qu’ils boivent les eaux, y suppléer par une promenade à cheval ou à âne. Dans l’après-diner, la promenade est recommandée à tous les patients, que ce soit à pied, à cheval ou en voiture; mais ils doivent éviter la fatigue, à laquelle ils s’exposent trop souvent, en se laissant entraîner par les charmes d’une partie de campagne. Certaines maladies exigent un exercice particulier d’une nature tantôt active, tantôt passive, et qui doit être appliqué en général à la partie affectée. Le mouvement actif, les exercices gymnastiques que dirigent des maîtres spéciaux, sont utiles dans la paralysie et la faiblesse d’un membre; le mouvement passif, dont j’ai obtenu d’excellents effets, convient dans les ankylosés, et consiste en flexions, en tractions et surtout dans le massage, administrés dans le bain ou concurrencent avec des aspersions par des étuvistes instruits pour cet objet.

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