‹ Monographie des Esquimaux Tchiglit du Mackenzie et de l'Anderson [microforme]Chapitre 1 sur 8 · DES · texte numérisé non relu

DES

ETYMOLOGIE ET DIVISTON.

Le premier auteur qui ait produit le nom d'Esquimaux est le jésuite De Charlevoix, dans son Histoire de la Nouvelle-France, où il nous apprend que les Abénakis, indiens de la famille algonquine qui habitent le golfe Saint-Laurent, appellent ce peuple Eskimantik, c'est-à dire mangeurs de chair crue,

De nos jours encore, les Cris ou Cristénaux ! du lac Athabaskaw, les Algonquins les plus septentrionuux de l'Amérique, les nomment Wiyas-Kimorok, mot qui a la même signification (de wiyas, chair; aski, cru ; mowew, manger), et Ayiskiméwok, c'est-à-dire ceux qui agissent en secret,

On voit par là quelle confiance mérite l'explication que donne du mot Esquimau sir John Richardson. 11 le fait dériver « du français ceur qui miaux (lisez qui miaulent), phrase qui exprime, dit-il, les clameurs teymo! que ce peuple profère lorsqu'il entourait un navire. » (4ret. Search,

ê Sæped., NE, chap. in.) Or ce r ê ae mot tayma, qu'il écrit teymo et qui signifie assez, Hearne le traduit par : Comment vous portez-vous ?

Le nom composé par le R. P. de Charlevoix à été accepté par toutes les nations, Bien que les Anglais emploient quelquefois le mot Æoskys pour désigner les Esquimaux, et qu’un de leurs voyageurs prétende que ce soit un refrain kamstchadale, je lui soupconne fort la même origine que les mots Eskimo, Sukémo, Seymo, par lesquels ce peuple est connu des Anglais et des Orcadiens ; c'est-à-dire d’être une corruption de l’'Eskimau de Charlevoix, qui n'est lui-même qu'un mot algonquin dénaturé, Les Russes appellent également les Samoïèdes mangeurs de chair crue.

1. Ces mots proviennent de la corruption de l'épithète Anistinwwok, donnée aux Eyiniwok, algonquins de l'ouest,

par leurs voisins du sud-est, Il ne faut pas confondre les Cris (en anglais Crees) avec les Cricks où Creeks des États- Unis, qui sont des Têtes-Plates comme les Chérokis. les Katawbas, les Chicasaw, (Vote de l'auteur),

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Les Esquimaux se donnent eux-mêmes le nom général d'Innoit, hommes (/nnok au singulier). En cela, ils partagent complétement l'idée des Chinois, de tous les Peaux-Rouges d'Amérique, des Polynésiens, et probablement aussi de tous les peuples à leur origine ; tous ayant une si hrute idée de leur propre excellence qu'ils ne croient pas pouvoir mieux faire que de résumer l'humanité entière dans leur seule nationalité, à l'exclusion de toutes les autres.

Un orientaliste a dit que le nom propre du peuple de l'empire du Milieu, Thsing-jen, que les Malais prononcent {ching, et dont nous avons fait les mots china, puis chinois et chinaman, ne signifie pas autre chose que « hommes proprement dits ». Les Bornésiens se nomment aussi /daan, c'est-à-dire hommes, et les Tagals ont aussi pour nom propre le titre d'hommes, fano.

Notre nom de Francs n'aurait-il pas la même origine, et n'est-ce pas une idée toute semblable qui porta les Germains à s'appeler Allemands, c'est-à-dire tous les hommes (AU men)? Indépendamment du nom collectif et générique /nnoït qui sert à désigner aussi tout homme, à quelque nation qu'il appartienne, les Esquimaux se donnent d'autres noms qui servent à désigner, les uns les grandes tribus, les autres les petites peuplades. Ainsi les Esquimaux dont il est ici question, et qui, au nombre d'environ deux mille âmes, habitent les bords de la mer Glaciale arctique, entre le cap Bathurst et la rivière Colville, se donnent le nom spécifique de Tehiglit, au singulier Tehiglegk; ceux de la baie d'Hudson qui fréquentent le poste de Churchill se nomment eux-mêmes Akut ou Agut, pluriel Agutit; les Aléoutiens Tagut, les Tehukatchis Tatchut, les Kamstchadales-Tuski Tehuktehit, les Groënlandais Kagalit, ete,

Tous ces noms sont les équivalents de vir, viri (hommes), comme les noms de innok, innoit signifient komo, homines.

Les Loucheux et les Peaux-de-Lièvre nomment les Esquimaux du fleuve Anderson Tchizapéni ; mais ce nom, qui est une corruption de la locution adverbiale tcikdjagni (sur le rivage), est purement arbitraire et n’est point reconnu par les Esquimaux.

Les autres noms caractéristiques des peuplades expriment une idée locale où emblématique. Ils varient naturellement avec la tribu qui les a donnés à ses voisins. Voici ceux des tribus esquimaudes connues des Tchiglit du Mackenzie, La marche que j'adopte est de l’ouest à l’est, c'est-à-dire du Kamstchatka à l'embouchure de la rivière du Cuivre :

1° Piktogméut (les habitants de la neige poudrante), tribu située au delà du détroit de Behring, soit en Kamstchatka, soit sur la côte occidentale de l'Amérique. La localité qu'ils habitent se nomme Pisktogk (la poudrerie) ;

2 Natesvalinèt (les habitants de Natésovik), probablement ceux de la baie Norton. Natégovik m'ayant été dépeint comme un poste russe de commerce, il ne peut être que l’ancienne redoute Mikaëlowski ;

3 Tuyogmiyat, ou les habitants du détroit de Behring. Leur contrée a nom Tchikpénéseléok: ;

ke Apkiwaméut (les gens enfermés, sédentaires), Probablement les Tchukatchis sédentaires de Kotzebue Sound, C’est d'eux qu'est venue aux Tchiglit la connaissance d’une sorte de bottes à larges plis, nommées pour cette raison apkwaméogtok, Nos Esquimaux ne cherchent qu'à imiter leurs compatriotes de l'ouest. Ils ne parlent de ceux de l'est et du nord que comme de purs sauvages. Les Aphiwaméut vivent au lieu nommé Asanik (la neige étoilée) ;

5 Nuna-tag-mévt, où ceux qui habitent à Nunatagmun, vers le détroit. On nomme aussi ces parages T'chikoeynég/: kagvisagtchinegk (le soleil montre le bout du nez) ;

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6° Nuvuñg-méut (ies habitants du cap). Ils occupent les environs du cap Lisbonne;

7° Akillinegméut (les habitants d'Akillinesk), entre le cap Lisbonne et le cap des Glaces;

8° Taptog-méut (les habitants de la mer). On les trouve depuis l'ile Herschell jusqu'à la baie Liverpool exclusivement, et dans les bouches du Mackenzie ;

9° Xpamalit, ou Esquimaux du fleuve Anderson :

10° Xpagmalivéit, ou habitants du cap Bathurst;

11° Apavañagtat (habitants de l’est). Ici le nom devient vague et désigne tou les Esquimaux compris entre la baie Franklin et probablement la rivière du Cuivre ou même la presqu'ile Melville ;

12° Añén/git ou Innoït du grand-est. Mot encore plus générique qui convient à tous ceux de la baie d'Hudson, du Labrador et du Groënland ;

18° Enfin Kgëkeotalogméut (les habitants des iles). Sous ce nom sont compris tous les Esquimaux des grandes terres de la mer polaire.

Voici d'autres noms, cités un peu différemment par Richardson, de tribus esquimaudes centrales, c'est-à-dire comprises entre le Mackenzie et la baie d'Hudson, La marche est toujours de l'ouest à l'est, mais les noms appartiennent à la tribu de la baie Liverpool et sont inconnus des Tehiglit du Mackenzie :

14° Kyoteylogéut (les habitants de la montagne des Rennes), à l’est des bouches du Mackenzie :

45° Naggiuktop-méut (les habitants de la Corne), à l'embouchure de la rivière du Cuivre ;

16° Kañep-méut (les habitants parmi les Perdrix blanches), à l'est du cap Alexandre ;

17 Utkutçiki-aliñ-méut (les gens qui se servent de chaudrons de pierre), sur les rivages de golfe de Booth ;

48° Enfin, Ahaknuñèlet (les femmelettes), ils habitent dans les environs de la baie Répulse!,

Les Déne et les Dindjié ont conçu une grande haine et une terreur encore plus grande à l'égard des Esquimaux, qui leur ont massacré des hameaux entiers. Aussi les désignent-ils sous les épithètes injurieuses de Pieds-ennemis (Enna-k'é, anaksen) et d'ennemis du pays découvert (OC'el-nna). Les Peaux-de-Lièvre les nomment aussi dérisoirement Tètes-pelées (A /ivi-dékéri), faisant allusion à leur large tonsure qui les fait ressembler à des bonzes.

Les Innoït, de leur côté, rendent à ces Indiens par le plus profond mépris la monnaie de leur haine. Indignés de s'entendre :ppeler anukpen, mot qu'ils interprètent faussement par anakoæ, qui dans leur langue signifie excrément, ils prodiguent aux Peaux-Rouges les épithètes sanglantes de üthgéléit, c'est-à-dire lentes de vermine, taogtjoit et ogtcho-todjo-cytut, mots qui correspondent au nom que les Romains donnaient dérisoirement aux Juifs : Apelle.

Ils nomment les Européens et en général tous les blancs Ægablunét couronnés), au singulier Kpablunaek. Ces mots dérivent de Kpablut, sourcils, et de Koablunask, os frontal ou coronal; ce qui semblerait indiquer que ce qui les surprit le plus dans les Européens fut leur coiffure. Un chapeau devait être, en effet, un objet de forme très-curieuse pour eux, parce qu'ils lui voyaient couvrir le front jusqu'aux sourcils, tandis qu'eux vont toujours la tête nue ou à peine couverte d’un petit capuchon.

Ils distinguent les métis d'origine canadienne sous le nom de Xsoléäekutrin.

1. On peut voir dans le baron Wrangell les noms de plusieurs tribus kuskutchéwak où innoït de la mer de Behring. Ils sont en tout semblables à ceux que je viens de donner, quant à la finale, ct parfaitement compréhensibles dans le dialecte Tchiglesk quant au sens des mots.

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