‹ Monographie des Esquimaux Tchiglit du Mackenzie et de l'Anderson [microforme]Chapitre 2 sur 8 · LE PORTRAIT DES TOMIGLIT · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DES TOMIGLIT

Les Grands-Esquimaux des bouches du Mackenzie et de l'Anderson sont d'une taille plutôt au dessus qu'au-dessous de la moyenne, Il est parmi eux des hommes fort grands, mais la taille des femmes est généralement petite.

Ils sont robustes, bien proportionnés, larges des épaules, légers dans les exercices gymnastiques, excellents danseurs et mimiques parfaits; mais ils sont enclins à l'obésité, ils ont la tête ronde et volumineuse et le con trop court, Leur force musculaire est très-ordinaire.

On ne trouve point chez eux de métis provenant du mélange avec les Européens ou les Peaux- Rouges. du moins, s’il en existe, ils passent inaperçus ; toutefois l'enfance et le sexe ne sont pas sans avantages extérieurs. Ils jouissent d'un teint rosé, d'un visage potelé et agréable qui me laisserait soupçonner qu'un peu de sang blanc coule dans les veines d’un certain nombre, A l'âge de quinze à seize ans, cet incarnat et ces grâces s'elfacent devant le ton bistré et mat, tirant sur l’olivâtre, qui est la couleur des adultes, et les traits larges et plats de la race mongolique.

J'ai vu parmi eux un homme d’un âge mûr portant une barbe et une chevelure avssi rousses que celles d'un Écossais ou d'un Russe, C'était évidemment un métis provenant des facioreries moscovites de l'ouest.

Les caractères du type purement esçuimau, que j'ai pu observer sur un grand nombre de visages, sont loin d’être séduisants, Un visage plat et presque circulaire, plus large aux pommettes qu'au front, lequel va en se rétrécissant; des joues grosses, potelées, rebondies; un occiput conique, signe de dégradation ; une bouche large, toujours béante, à lèvre inférieure pendante et flanquée de deux jolies jumelles de marbre ou d'ivoire, garnies de verroteries bleues; une petite barbe de bouc, claire et roide comme leur chevelure ; de petits yeux noirs, clignotants, bridés et obliques comme ceux des Chinois, brillant d'un éclat et d’une malice toute ophidienne ; des dents serrées etlimées jusqu'aux gencives ; un nez tantôt carré, tantôt proéminent et fortement aquilin, tantôt absent ou réduit à une forme rudimentaire ; un teint de café au lait; des cheveux gros, plats, cassants et d’un noir d’ébène, coupés carrément au-dessus des yeux et couvrant le front, pour retomber en longues mèches de chaque côté de la face; un air niais lorsqu'il est indifférent, sardonique lorsqu'il veut être aimable, hideux lorsqu'il exprime la colère : voilà ce qu'offre d'attrayant le type du Tehigleek parvenu à l’âge d'homme et qui a déjà perdu toutes les grâces du jeune âge,

Grasses, corpulentes, proprettes, les femn.es ont un teint plus blanc, des joues plus colorées et des traits plus délicats que leurs maris, Leur lèvre supérieure est légèrement retroussée, comme on le représente chez les femmes cosaques et tartares, mais l’inférieure avance en faisant une lippe peu digne. Leur nez est ordinairement court, leur front élevé, leurs yeux petillants et moins bridés que ceux des hommes, Elles relèvent et lient leur chevelure au sommet de la tête, comme les Chinoises et les Japonaises, et y fixent d'énormes chignons dont je parlerai plus tard.

in somme, cette nation annonce de l'intelligence, Son génie inventif, son amour du travail, le

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confortable relatif dont jouissent ses membres en témoignent hautement, À part cette ingéniosité, nos Ésquimaux sont peut-être ce qu'il y a de plus sauvage en Amérique. Voleurs, colères, menteurs, soupçonneux, sans foi, ils vous enveloppent d'un orgueil immense, traitent avec vous comme avec des inférieurs ou tout au moins comme avec des égaux, se pavanent comme des rois de théâtre, dans leurs oripeaux emplumés ; ils sont sans pudeur, sans honnêteté, rient avec impertinence de ce que vous dites ou faites, singent vos actions, regardent par dessus votre épaule dans votre livre, viennent saisir vos meubles ou vos vêtements jusque chez vous, vous fouillent avec une effronterie sans nom, s'approchent pour entendre ce qua vous dites à quelqu'un, brisent, détruisent ou dérobent tout ce qui ne leur appartient pas, et sont toujours prêts à donner du co‘teau dans le ventre du premier venu,

Mais je dois m'arrèter, Ne m'accusera-t-on pas de médire de ces pauvres hères, auxquels j'ai voué mon existence et que j'aime et aimerai toute ma vie ? J'espère que non, car après tout je parle de vrais sauvages, qui ne savent pas la centième partie de ce que nous avons appris, qui sont dépourvus des lumières et des secours que dix-huit cents ans de civilisation et de reiicion nous ont donnés. Au demeurant, nous ne sommes peut-être pas meilleurs que beaucoup de sauvages, seulement nous cachons nos vices sous le manteau de la civilisation, tandis qu'eux nous les laissent voir dans toute leur nudité. Au fond, il est fort probable que nous leur paraissiuos aussi mauvais qu'eux-mêmes et plus dignes de pitié, parce qu'ils ignorent l'hypocrisie, Leur cynisme d'enfant mérite donc plus notre indulgence que notre condamnation, d'autant plus qu'ils ont été élevés dans cette voie et n'en connaissent pas d'autre.

D'ailleurs les Esquimaux ont des qualités morales et des vertus humaines. Ils chérissent leurs enfants, ils sont hospitaliers et considèrent comme inviolable tout étranger qui s'est placé sous leur protection ; ils sont braves, susceptibles de bons mouvements et me paraissent avoir plus de cœur que la généralité des Peaux-Rouges, car j'en ai vu pleurer d'attendrissement. Is respectent les moribonds et les défunts et soignent leurs malades. Je n'ai pas appris qu'ils détruisissent leurs enfants, bien qu'on ne leur en voie que fort peu. Ils se souviennent des bienfaits recus, ignorent la jalousie et se ménagent entre eux. Enfin les femmes sont soumises à leurs maris !

Voilà les qualités que je puis reconnaitre aux Zunoit, mais il y a loin de là à dire avec un explorateur arctique moderne, « que les passions les plus violentes de notre nature lui (l'Esquimau) semblent inconnues, » que leur vie « lui à rappelé l'idéal charmant de l'homme tout fraîchement sorti des mains du Créateur, et non encore souillé par le contact de notre civilisation avancée, » Il faut, ou bien que les Esquimaux visités par ce marin soient bien différents des nôtres, ce dont il m'est permis de douter, ou bien qu'il ait une charité immense. En tout cas, ce paragraphe ne saurait convenir aux Tchiglit,

Les maladies auxquelles ils sont le plus ordinairement sujets sont la gastralgie, qui provient des excès dans le manger, les scrofules et autres maladies de la peau, qui ont pour cause une nourriture exclusivement animale, qui charge leur sang d'âcretés et d'humeurs. Les femmes sont sujettes à l’'ophthalmie et à l'aphonie, qui ont probablement pour cause, l’une l'atmosphère fumeuse de leurs demeures souterraines, l’autre l'usage par trop fréquent qu'elles font de l'huile de marsouin, et peut-être aussi le déportement des mœurs.

Les Tchiglit n’ont pas encore embrassé la religion chrétienne; il ny a pas même de catéchumènes parmi eux; mais lorsqu'ils seront convertis, il est fort probable qu'ils seront aussi fervents et aussi forts dans le bien qu'ils sont aujourd’hui enracinés dans la voie adverse, car ils sont doués d’une

volonté énergique, d'un esprit pénétrant et curieux de tout connaitre, et d'une excellente mémoire. Puisse leur heure ne pas tarder longtemps !

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