ORIGINE ASIATIQUE DES ESQUIMAUX PROUVEE PAR LEUR TÉMOIGNAGE
Les Esquimaux n’ont pas l’idée qu'il puisse exister sur terre d’autres variétés d'hommes que la blanche, la rouge et la leur. Voici donc comment leur tradition raconte à la fois cette distinction dans la couleur, la langue et les coutumes, en même temps que l'origine de l'espèce humaine. Je donne la version écourtée comme elle m'a été donnée, et sa traduction fidèle :
Uavagneg-mun , pamänè, keikegta-mi, kikidjiag-ogk mallæ- | A l'ouest, sur la grande mer, sur une grande ile, le castor gok-innéogtoag o8k, Ilamingnun akkiañgnin kgidjigiliogklutik. ! donc créa deux hommes donc. De la rive opposée sur ce rivage-ci
Arkoidjigilinugublutik ogk, katchagklutik inmiñg-nun. Nukkagéit gogk, aeviklaptosogk, aypa Tehiglinogklunè, aypa Tchubluagaotinogklunè.
ils vinrent tous deux à la chasse des coqs de bruyère. Ces coqs de bruyère ils se les arrachèrent mutuellement des mains, ils se battirent l'un l'autre pour les avoir, Or donc les deux frères
(par suite de leur querelle) se séparèrent. L'un fut le père dus Hommes (les Esquimaux); l’autre fut le père des Souflleurs (les | cétacés, d'où ils supposent que les Européens sont sortis, parce L qu'ils sont arrivés chez eux par mer),
La tradition Innok dédaigne de parler ici des Peaux-Rouges. L'ayant fait observer à mon narrateur Agoiuna : « Oh! me répondit-il, il ne vaut pas la peine d’en parler. Ils naquirent aussi dans l’ouest, sur l'ile du Castor, des larves de nos poux. C'est pourquoi nous les nommons Iukgéléit. Hs sont méprisables, mais les Keablunèt et les Innoit sont frères. »
Nos Esquimaux considèrent donc une grande île de l'océan Indien, à l’ouest de l'Amérique, comme leur patrie originelle, Point n’est besoin de recourir à leurs traditions pour s’en convaincre ; ils m'ont dit clairement être venus de l’ouest à une époque qu'il leur est impossible de préciser, et pour preuve de leur dire ils me demandèrent si je connaissais Oksayéuktuusk où « l'homme qui ne parle pas. » Leur ayant demandé des explications sur cet être qu’ils me représentaient comme habitant dans l'ouest-sud-est, leur ancienne patrie, ils se mirent à contrefaire, par une mimique habile, les allures de l’orang-outang ou de quelque grand quadrumane, marchant sur les pieds et sur les mains, se redressant, S’aidant d'un bâton, grimaçant et sautillant, comme si peu d’instants auparavantils avaient vu l’animal qu'ils dépeignaient et qu’il me fut bien aisé de reconnaître,
Ce seul fait, accompagné de la tradition mentionnée plus haut et du témoignage oral des Tchiglit, me paraîtrait péremptoire pour la :onclusion à l'origine occidentale’ des Innoït, si nous n'avions d’autres preuves.
1, Toutes les fois qu'il est parlé d'Occident et d'Orient dans ces pages, il faut l'entendre relativement à la position
du continent américain. L'Occident, par rapport aux Esquimaux, c’est donc ce que nous appelons en Europe l'extrême Orient; et l'Orient, pour eux, est notre Europe occidentale, Ceci mérite à peine cette note.