‹ Monographie des Esquimaux Tchiglit du Mackenzie et de l'Anderson [microforme]Chapitre 6 sur 8 · PTS EN CR EP · texte numérisé non relu

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Dans plusieurs des traditions groënlandaises recueillies par un savant danois, M. H. Rink, traduites en anglais par le D' Robert Brown, et résumées par le savant abbé Morillot, il est fait mention d'une contrée mystérieuse et occidentale située dans l'ouest, au delà de la mer Glaciale, et que plusieurs habitants de la Terre-Verte ! visitèrent, Cette patrie (car ils ne peuvent avoir conservé le souvenir que du berceau de leur nation), ils la nomment Akilinék, mais ils en ignorent la position ; de sorte que le traducteur des légendes ne peut nous renseigner sur ce point.

Je serai peut-être assez heureux pour éclaircir cette question, du moins d’une manière partielle,

J'ai dit en effet que la septième tribu occidentale connue des Esquimaux du Mackenzie se nomme Akilinepgméut, c'est-à-dire habitants d'Akilinegk. Par ce nom ils m'ont paru désigner la contrée comprise entre le cap Lisbonne et le cap des Glaces, côte qui avoisine de fort près le détroit de Bebring et qui est connue sous le nom de Nouvelle-Géorgie.

Voilà donc l'Akilinegk des Groënlandais retrouvé, à moins qu'il n'en existe plusieurs, ce qui est peu probable en raison de son nom même, En effet, ce mot paraît évidemment composé de l’un des adverbes ako ou akugu, au commencement, d'abord, premièrement ; du suflixe nepk, qui, ajouté à un verbe ou à un adverbe, équivaut à la périphrase ce qui est, et en fait un substantif; et enfin de l'afixe / ou ri, qui intercalé dans un mot en fait un verbe substantif. Akilineok signilierait donc : « Ce qui est le commencement, où terre du commencement, terre de l’abord, terre première.

Par un jeu de mots comme il s’en rencontre dans toutes les langues, le mot dette se dit en esquimau Akiliktcaek, de sorte qu’en appliquant le suflixe causatif neok à l’un ou à l’autre de ces deux mots, on pourrait aussi bien appeler la contrée Akilinegk « terre du commencement » que « lieu de la dette. »

Rappelons-nous qu'il y a un combat et une séparation au principe de l’histoire la plus récente des Innoit.

Donc, puisque les Groënlandais ont conservé le souvenir d'Akilinesk, c'est que la dernière étape sinon le berceau de leurs pères, fut le détroit de Behring et les rivages compris entre ce passage et

le cap des Glaces,

Mais nos T'ehiglit du Mackenzie portent la vue rétrospective de leurs souvenirs beaucoup plus loin. Akilinesk est un point relativement voisin pour eux, c’est le lieu d'où durent s'éloigner les dernières hordes de leur nation lorsque, en arrivant sur le continent américain, elles en trouvèrent les abords (Akilinerk) occupés par les premiers émigrants. Mais ceux-ci d'où sont-ils donc vus ? D'après les Tchiglit ce serait de Natépovik. Natégovik est pour les Tchiglit ce qu'est Afkilineek pour les Groënlandais et Nunatagmun pour les Esquimaux centraux. J'ai lu en ellet dans un des récents ouvrages d'exploration arctique publiés par les Anglais, que les Esquimaux des îles de la mer Polaire parlèrent aux Européens de Nunatagmun comme d’une sorte de pays de Cocagne d'où leur venaient les produits européens; ils le plaçaient également dans l’ouest.

Nous retrouvons encore ici ce Nunatagmun, mais parfaitement précisé par nos Tchiglit. Ce sont les abords du détroit de Behring. Nous connaissons donc maintenant Akilineok et Nunatagmun dont les Esquimaux de l’est ignorent la position. Où est donc Watésovik? C’est ce que n’ont su me dire les Tchiglit. Tout ce qu'ils en savent c’est qu'il est loin dans l’ouest, mais cependant pas aussi loin que la grande île de l'Océan d'où partirent les deux frères dont parle leur tradition.

4, Groënland, signifie terre verte en danois.

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Fait singulier, dans toutes les traditions de nos Peaux-Rouges, on retrouve cette légende primitive des deux frères, quoique diversement racontée, Lisez les narrations des voyages en Océanie, vous les y verrez encore seuls sur terre, tout au commencement, L'histoire du premier couple est inscrite en caractères ineffaçables dans le souvenir de tous les peuples. Les deux frères sont bien connus dans tout le nord de l'Amérique. Donc, Natépovik est l'Eldorado de nos Tchiglit comme Akilinesk est celui des Groënlandais. Jamais vous ne verrez ce peuple tourner ses regards vers l'est, c'est-à-dire vers l'Europe ; même après sa mort, sa tête tournée vers l'orient envisage l'occident, le berceau d'où partirent ses pères.

C'est de Natésovik que les Esquimaux du Mackenzie tiennent et l'usage du tabac et la forme de leurs pipes-plateaux et la coupe de leurs bottes les plus coquettes, et la coutume bizarre de se percer les joues pour y introduire les labrets ou futait, et la mode de la tonsure, et celle des énormes chignons de leurs femmes, etc., etc. Le cap Bathurst franchi, vous ne trouvez plus dans l’est ni pipes incrustées, ni bottes finement plissées, ni tonsure bien arrondie, ni putu dans les joues, ni tuglit sur la tête des femmes.

D'où viennent ces grosses rassades bleues? demandez-vous à un Esquimau. Nategralimnin (de Natésovik); telle sera la réponse. Où a été acheté ce chaudron de fer? Nategvaliné, (à Natésovik), toujours Natésovik. Là les jours sont longs, le soleil montre le nez, comme l'expriment les Innoït, la contrée est chaude, les produits européens abondants; de là viennent les grosses verroteries des Russes, les blanches coquilles du Dentalium et de l'Arenicola, les plates et larges carottes de tabac Cavendish, les longues et vieilles lames de seize pouces, défroques des arsenaux de marine.

Le nom de Natésovik semble convenir à l’ancien fort russe Michaëlowski, en ce que la tribu innok la plus voisine de ce poste, vers le nord, est désignée par nos Tchiglit sous le nom d’Aphkwam-méut ou de Sédentaires ; or telle est la position géographique qui convient aux sédentaires Tchukatchis américains, dont la limite la plus septentrionale, selon le capitaine Beechey, est la pointe Barrow.

Les Natesvalinèt seraient donc les Auskutchéwaks où Tchuktchis américains de Von Baër, et les Pisktorméut seraient les Aléoutiens ou les Tchuktchis du golfe d'Anadyr. Quoi qu’il en soit, c’est toujours vers ce point occidental que convergent leurs aspirations, que se trouve leur idéal de la félicité, Eh bien! je dis qu'il faudrait méconnaitre notre propre nature pour refuser de voir dans ces souvenirs rétrospectifs des Esquimaux l'indice évident d'un passé regretté et d’une patrie absente.

Et pourtant Behring ne fut pas certainement le berceau primitif de cette nation, mais seulement le lieu de sa diffusion. La légende de la grande île située si loin à l’ouest-sud-ouest dans la haute mer, nous en est la preuve.

Maintenant que nous avons suivi les Esquimaux d'Akilineek à Nunatagmun et de Nunatagmun à Natésovik au moyen des jalons que nous fournissent leurs souvenirs, il ne reste plus qu’à s'informer, sur la côte occidentale d’Alaska et dans les îles Aléoutiennes, où les Kuskutchewaks ou Tchuktchis américains, les Tchukatchis, les Aléoutes, les Anadyrs et autres tribus de race esquimaude placent la patrie de leurs pères. Nous avons d'avance la confiance, par tout ce que nous avons déjà appris de la bouche des Indiens et des Esquimaux en Amérique, que si un savant de bonne foi veut s'occuper de cette question, son témoignage ne pourra que confirmer tout ce que nous en disons ici.

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MONOGRAPHIF, 19

ORIGINE ASIATIQUE DES ESQUIMAUX PROUVÉE PAR LA SIMILITUDE PES COUTUMES,

Je n'ai pas épuisé la question d'origine, mais j'en finis avec les considérations qui s'appuient uniquement sur le témoignage oral de nos Z'chiglit.

Celles que j'ai à déduire des coutumes, des mœurs, des traditions et des croyances de ce peuple, concourent également à prouver l'immigration des Esquimaux en Amérique du côté de l'occident, c'est-à-dire par la voie du Pacifique et de Behring. J'en fais l'objet de deux chapitres. Que ce soit de la haute Asie, de l'empire da Milieu, ou de la Malaisie que les Esquimaux aient émigré, c'est ce que l'avenir décidera ; mais à coup sûr ils ne sont pas venus des terres arctiques, car toutes leurs aspirations reportent leur pensée vers l’ouest-sud-ouest,

À mon avis, s'il m'est permis d'en émettre un, les /nnoit ont toujours été un peuple éminemment nautique, et ont dû immigrer de l'Asie par l'archipel aléoutien. Voici ce qui me porte à le croire : ils fuient les bois, ne pénètrent jamais dans les terres, et se contentent d'une étroite zone de steppes arides sur les rivages de la mer. C'est en suivant le littoral, et non pas en traversant le continent qu'ils ont émigré de Behring au Mackenzie, du Mackenzie dans la baie d'Hudson, et de là dans le Labrador jusqu'au détroit de Belle-Isle ; tandis que d’autres, en suivant tes îles arctiques et les bras de mer congelés, allaient aboutir au Groënland d’un côté et aux plages sibériennes de l’autre,

De nos jours encore, les Tchiglit se contentent d’hiverner dans les bouches de la Peel et du Mackenzie, ils ne remontent jamais ce fleuve au delà de la pointe Séparation ; tout au plus vont-ils occasionnellement jusqu'aux remparts naturels du détroit (67° 20’), Le long des fleuves Anderson, Mac Farlane et La Roncière, ils ne dépassent pas le 69° de latitude nord, — Ceux de la Coppermine ne se hasardent pas au delà de Blood-Fall. Les Esquimaux de Repulse-Bay ne remontent la grande rivière Back que jusqu’au lac Franklin.

Les Aggutit de Churchill sont les plus braves. Ils se rendent jusqu'au lac Caribou par la rivière des Phoques; mais il y a longtemps qu'ils ont appris à se confier à la bonne foi des Anglais.

J'ai voyagé en la compagnie des Esquimaux en été et en hiver. Jamais je n'ai pu les persuader de camper dans les bois de sapins, ce qui nous aurait valu une nuit confortable, un air pur, et l'avantage de nous réchauffer à côté d'un bon feu, Non; il leur fallait dresser leurs tentes coniques sur le sable du rivage aride, en été, et en hiver perdre beaucoup de temps à construire sur la glace une de ces huttes de neige durcie, dent j'ai parlé, dans laquelle nous devions nous contenter de notre chaleur naturelle et d’un air charsé de miasmes. Ainsi en ont-ils agi depuis leur arrivée dans cette contrée épouvantable. Ainsi feront-ils probablement jusqu'à leur complète extinction.

La généralité de leurs coutumes, la forme de leurs ustensiles, de leurs armes, semblent les rapprocher parfois des Polynésiens et des Malais, parfois des Hindous et des anciens Égyptiens.

4. En effet les Ostiaks, dont les mœurs, les coutumes . : le costume rappellent ceux des Innoït, s'appellent eux-mêmes Tchoutichis, nom presque identique avec ceux des 7chor ‘tchis et des Tchoukatchis qui sont de race esquimaude.

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Ainsi, leurs danses diffèrent entièrement de celles de leurs voisins les Déné-dindjié pour imiter les pas mimiques et rhythmés des Taitiens et des Tongiens, décrits par les voyageurs. Au lieu de tourner en rond comme les Peaux-Rouges, la troupe des musiciens et des chanteurs y fait cercle autour des danseurs qui, en petit nombre, gambadent, gesticulent et posent, en affectant une allure tantôt martiale et terrible, tantôt gracieuse ou comique et même burlesque.

Durant l'été ainsi que dans l’intérieur de leurs demeures souterraines, ils vont nus ou à peu près, et ne conçoivent pas plus de honte de cet état que les Japonais et les Chinois. Généralement d'ailleurs parmi les Peaux-Rouges, lanudité estun signe de deuil et d’aflliction, comme chez les anciens Égyptiens.

Nos Esquimaux se saluent et s’embrassent en appuyant nez contre nez. Cet usage, qui a été retrouvé au Groënland et parmi les îles de la mer Polaire, est également propre aux Peaux-de-Lièvre et aux Loucheux. Personne n'’ignore qu’il a cours dans la Nouvelle-Zélande, dans les îles Philippines ‘, et q ‘il est aussi usité en Égypte.

Nos Tchiglit approuvent en froncant le nez à la manière des Thibétains ou bien en branlant la tête de bes en haut. Leurs houes (£ckiklapk) et leurs petites haches (tukiñayopk) sont identiques pour la forme aux boues et aux haches des anciens Égyptiens qui se trouvent au musée du Louvre, et dont on peut voir également la description en consultant l'ouvrage anglais The ancient Egyptians.

Les dards de leurs flèches et de leurs harpons en silex, en os, en ivoire et en jade, revêtent les mêmes formes que l'antiquité nous a léguées.

Leurs longues rames se composent d’une perche, au bout de laquelle est fixée une palette de bois, On retrouve le même modèle chez les bateliers du Gange et chez ceux du Nil.

Ils 5e liment les dents jusqu’au niveau des gencives, comme certaines peuplades malaises dont il est fait mention dans le livre de sir Edw. Beechey, intitulé Voyage du Samarang. À l'instar des Bornésiens ou /duans, ils se servent de harpons à la hampe duquel sont attachées des vessies gonflées.

Ils ont l'habitude d’ornementer les voiles de leurs barques; ils y cousent des bandes d'étolfes multicolores par zones juxtaposées, les décorent de franges, etc. Get usage se retrouve sur les bords du Nil. Leurs voiles, au lieu d’être suspendues à une vergue, sont tendues entre deux mâtereaux obliques.

Les filets de nos Innoït sont toujours montés et fixés par chaque extrémité sur deux panforceaux ou petites perches qui servent à les tendre, usage hindou et égyptien.

Nos Esquimaux se percent la cloison nasale, comme ces mêmes peuples, et y portent des ornements. En Amérique, le même usage se trouve chez les Dindjié où Loucheux, les Peaux-de-Lièvre, les Sauteux ou Chippeways, les Patagons.

Au lieu de se percer le lobe de l'oreille, ils en fendent le cartilage pour y suspendre des pendants. Ils tiennent des Tchukatchis où Aphivamméut la coutume de se percer les joues vers les commissures de la bouche, pour y introduire des ornements circulaires, semblables à nos boutons jumelles. Ces joyaux ou labrets sont en pierre blanche (£chimmisk), ou bien en ivoire et ornés de la moitié d’une grosse verroterie bleue (tutapk).

«ussi bien que les Égyptiens, les Malais, les Chinois et autres occidentaux, ils sont d’habiles voleurs, surtout les enfants et les femmes. Ils ne considèrent point comme une honte d’être convaincus de filouterie et de vol; mais ils rougissent de leur maladresse s'ils sont pris en flagrant délit de larcin et avant de l'avoir accompli. Sur ce point leur code est Lacédémonien.

1. Chroniques franciscaines du R.-P. Gaspard de Saint-Augustin,

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Plusieurs de leurs vêtements ressembient à ceux qui sont représentés sur les bas-reliefs découverts dans les ruines assyriennes par Botta et Layard; surtout une sorte d'habit court et rond par devant, mais qui par derrière descend jusqu'aux talons en forme d'appendice caudal oblong. Les prêtres assyriens portaient quelque chose d’analogue.

Dans leurs scènes de magie, ils balancent un instrument comme nous le faisons de l’encensoir.

Un autre instrument de jonglerie consiste en une boule fixée à un bâton, autour duquel ils enroulent une lanière. Ceci rappelle les fuseaux dorés et tournants des Chaldéens qu’entourait une lanière de bœuf « quos rotantes dæmones inrocabant » dit un auteur ancien,

Un signe de grand étonnement chez eux consiste à se frapper !: cuisse à la manière desorientaux, Plaude super femur tuun, est-il dit dans Ezéchiel (ch, xx, v. 13.)

Les femmes des Tehiglit portent au sommet de la tête un énorme chignon, et de chaque côté des joues deux gros boudins de cheveux entourés de rassades bleues (/glit). Ghignon et boudins se composent des cheveux de leurs maris et, en s’accroissant avec l'âge, ils atteignent bientôt un énorme volume qui exige un capuchon de proportions colossales, La tête d'une femme esquimaude coiffée de son natçagk et flanquée de ses tuglit rappelle assez cell: des sphynx. Les hommes portent la tonsure.

Or nous voyons, par la relation d'un voyageur anglais moderne’, que plusieurs peuplades à demi sauvages de l'Inde portent également de faux cheveux et de faux chignons; telles sont les Chukmas, les Kumis, les Mris, les Khyenges et les Khyugthas. Les Assyriens se rasaient aussi la tête. Les Égyptiens allaient plus loin : on sait qu'ils portaient de faux cheveux et même de fausses barbes, Les Tchiglit tiennent encore des Tehukatchis l'usage du tabac, qu'ils mélangent avec du saule râpé. La forme de leurs pipes, qu'ils tiennent des Esquimaux de la mer de Behring, est presque identique avec celle des Chinois, Elle consiste en un plateau circulaire, percé d'un tout petit trou et supporté par une sorte de pédicule creux, qui le fait communiquer avec un tuyau de bois formé de deux pièces, réunies par une lanière ou par des anneaux de métal. Le fourneau de cette pipe (æwiñesk) est lui-même de métal forgé et décoré d'incrustations en cuivre. Voici comment ils se servent de cet instrument, dont l'invention et l'usage émanent de leur génie.

Ils arrachent à leur blouse en peau de renne une pincée de poils qu'ils introduisent dans le fourneau à l’aide d’une aiguillette, Sur ce petit tampon, qui a pour but d’obturer en partie le diamètre par trop large du tuyau, ils mettent une autre pincée composée de tabac pulvérisé mélangé à de la râclure de saule, Puis ils allument leur pipe, dont ils avalent la fumée jusqu’à la dernière boufée. Gette opération leur procure une demi-ivresse et une agitation nerveuse; ils se précipitent alors sur l'eau froide et en boivent quelques gorgées, après avoir exhalé la fumée contenue dans leur estomac. L'efet de ce narcotique les rend défaits, haletants, empressés à rechercher l'air pur. J'en ai vu chanceler, se coucher à moitié ivres, en s’accrochant où ils pouvaient d’une main tremblante. J'ai vu des enfants et des jeunes filles défuillir complétement après avoir avaléle contenu d'une seule pipe le matin à jeun.

Il est singulier de trouver une mode identique chez un peuple qui habite aux antipodes des Esquimaux, quoique sur le continent américain. En effet, les Patagons, nous dit un voyageur moderne, fument, dans des pipes qu'ils nomment ÆAwitrah, du tabac mélangé avec de la bouse desséchée; comme nos Esquimaux, ils en avalent la fumée qui leur procure le mème genre d'ivresse; puis ils boivent quelques gorgées d'eau tout en demeurant agités de mouvements convulsifs, hale-

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