d r. DES EUMÉNIENS
Art. [. Définition de cette tribu et ses affinités zoologiques.
. Le genre Vespa de Linné, que cet auteur caractérise par la duplicature longitudinale des ailes, forme actuellement la famille des Vespides (1).
Jurine, pour qui cette vaste famille ne forme également qu’un genre (il en excepte les Masariens), ajoute un caractère à la duplicature des ailes ; c’est celui de leur nervation : une cellule radiale et quatre cubitales, mais comme nous ne faisons pas cette distinction, il faut mettre « 3 ou 4 cubitales. » D’après cette définition, nous croyons la famille entièrement déterminée ; mais on peut encore lui assigner les caractères suivants :
Antennes filiformes, ou en massue allongée, arquées de douze articles dans les femelles, de treize dans les mâles; le troisième article étant toujours plus grand que les suivants. Prothorax
(4) Latreille a donné à cette famille le nom de Diploptères, tirant ainsi son nom du caractère général de la famille. Kirby avait proposé qu'on lui substituât celui de Diplopteryges, par le motif très rationnel, que la désinence ptère est usitée pour les ordres; mais je crois, avec M. Spinola, qu'il vaut mieux adopter celui de Vespides, et cela pour les deux raisons suivantes : d’abord, comme je viens de le dire, certains Vespides (les Ceramius en particulier) n’offrent pas le caractère mentionné, et infirment par conséquent la justesse du nom ; ensuite, il est des Hyménoptères qui n’appartiennent pas à la famille des Vespides (les Leucospidiens, par exemple) et qui s’en écartent même notablement, chez lesquels la duplicature des ailes supérieures est parfaitement développée.
Indépendamment, d’ailleurs, de ces considérations, le nom de Vespides serait, selon moi, préférable aux deux autres proposés, parce qu'il satisfait mieux aux exigencesd ‘une nomenclature rationnelle.
La zoologie est peut-être de toutes les sciences celle dont la nomenclature est la plus défectueuse ; ou, pour mieux dire, celle qui en possède le moins et qui la remplace par l'arbitraire le plus complet : Linné a déjà fait faire un grand pas sous ce rapport, en établissant sa nomenclature binaire, et cette base une fois posée, on a quelque peine à comprendre, qu’au jour où nous sommes, on n’ait pas
Il est vrai que l'on rencpife quelq des eplions au caractèré principal : certaines espèces ne présen ent qu’une duplicature des ailes indistincte; mais ces espèces sont fort peu nombreuses ; elles appartiennent à cette classe d’exceptions qui fait le désespoir des naturalistes, et par lesquelles la création contrecarre dans toules les sciences les méthodes de ses observateurs ; elles sont à pour nous démontrer notre laiblesse et notre incapacilé devant l'immensité des faits, mais non pour nous
arrêter sur notre route et nous faire déserter notre tâche.
. M. Westwood a déjà refuté l’idée de Lepeletier de Saint- Fargeau qui partage la famille des Vespides en deux autres, sur la seule considération des mœurs, séparant ainsi les insectes sociaux des solitaires, et réunissant ces derniers en un seul groupe. Or, les classificateurs se sont toujours trouvés dans l'embarras pour établir une distinction entre les Guèêpes solitaires et les sociales, ou du moins pour l’appuyer sur quelque caractère suffisant; cela se comprend assez : il n’y a pas là de limite tranchée, de caractère décisif ; il est donc inadmissible d'introduire une division tout artificielle en séparant des in-
encore complété son ouvrage, en cherchant däns la désinence et la composition des termes un moyen de décharger la mémoire.
Je penSe donc qu'il est bon de s'astreindre du moins aux règles rationnelles qui Sont jusqu'ici parvenues à se faire jour, et dont le but est de faciliter la mémoire en permettant de distinguer rapidement la valeur et le sens d’une dénomination d’après la forme extérieure qu'on lui assigne comme mot, En partant de ce principe, il me semble que M. Kirby détruit une faute en rayant une désinence vicieuse, mais qu’il en commet une autre en lui en substituant une qui ne porté aucune signification. Je pense qu’on doit obéir à la règle qui caractérise les noms de famille par la désinence ides, et ceux de tribus par la désinence iens : il serait rationnel aussi de prendre pour radical du mot le nom du genre principal de la famille qui, à une époque moins avancée de la science, la représentait souvent tout entière. Ainsi, comme l’a fait M. Blanchard, on aura la famille des Vespides composée des trois tribus des Euméniens, des Vespiens et des Masa: riens.
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ré ET x RAY sectes aussi intimement liés; ïilsne peuvent former qu'une famille (1)... *
Les Vespides | assent trois types différents, qui à nos yeux sont ceux de trois tribus.
I. Le premier et le plus distinct est celui des Masariens, il est nettement caractérisé par la présence de trois cellules cubitales seulement, et, comme nous le verrons plus tard, par certaines formes toutes particulières.
IT. La tribu des Vespiens ou des Guëêpes sociales a pour élément caractéristique cet instinct qui lui dicte la construction de nids en commun. De plus, elle possède un signe distinctif dans la présence de quatre cellules cubitales.
III. Les Euméniens forment la tribu des Guêpes solitaires : comme l'indique leur dénomination, elles ne partagent pas les incliations sociales de la tribu précédente, et n’en sont presque
(1) M. Westwood s’est particulièrement attaché à montrer que l'existence ou la non existence d'individus neutres ne suffit pas pour établir une famille, et ne saurait prévaloir contre l’analogie dans l’organisation ; il est évident, du reste, que des considérations tirées d'actes fugitifs dont l'ensemble constitue les mœurs, ne sauraient être de nature à créer ou à infirmer des groupes ; du moins faudrait-il que ces considérations eussent un double fondement et se trouvassent en même temps appuyées sur des différences organiques : dans ces dernières, qui constituent un fait positif et constant, il faut chercher les éléments de la méthode ; c’est en elles que réside la cause première des actes de l'animal, en elles, par consé-
quent, que l’on trouve des caractères dont les mœurs ne sont que la manifestation : ‘
des mœurs différentes non motivées par une organisation différente me paraissent l'œuvre du hasard, ou plutôt l'effet d’un caprice de la nature, qui se plaît à diversifier ses créations en les multipliant à l'infini. Or, comme on le verra dans leg pages qui suivent, aucune différence organique ne peut motiver une séparation des Vespides en solitaires et sociales; au contraire, tout porte à rapprocher en un groupe commun les Euméniens et les Vespiens, et à en écarter les Masariens, que Lepeletier de Saint-Fargeau unit au contraire aux Euméniens.
C'est ici surtout qu’apparaît le vice de sa méthode; il est impossible de donner une diagnose du groupe qu'il forme ainsi, sans qu'elle puisse aussi bien s'appliquer à ses Vespides, qui pour nous ne forment que la tribu des Vespiens : aussi celles qu'il a énoncées sont-elles entièrement insignifiantes (voyez son ouvrage, T. II, p. 584). La première phrase diagnostique s'applique à peu près à tous les Hyménoptères ; la deuxième et Ja troisième sont fausses. 2
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— XX — ÿséparées, du reste, que par ce trait de mœurs : elles ont également quatre cellules cubitales. p
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Il n’est pas possible de confondre les Euméniens et les Masariens ; mais l’affinité la plus intime existe en revanche entre les deux dernières tribus que nous avons mentionnées ; or, comme les mœurs sont d’un fort médiocre secours à l'entomologiste qui travaille dans le fond de son cabinet et cherche à s’yrendre compte des espèces par l'examen de la constitution matérielle des individus, il est nécessaire de porter toute son attention sur les moyens qui peuvent permettre de suivre cette distinction en dehors de l'observation de l'individu vivant.
Les Euméniens offrent, comme l’a démontré M. Wesmaël, les crochets des tarses unidentés, ils sont cependant quelquefois pluridentés , tandis que les Vespiens les ont toujours simples : c’est le caractère le plus général qui existe.
D'une manière générale on peut dire encore que la langue est longue et trifide dans les premiers (PI. IL, fig. 4 a, 2 a, 3 a. PI. IT, fig. 4 a, etc.), courte, ne dépassant pas les mandibules, et quadrilobée dans les seconds; mais ce caractère n’est pas sans offrir de nombreuses transitions.
Nous reconnaissons en outre d’autres caractères, moins généraux peut-être, mais en revanche d’une importance plus pratique ; ce sont les suivants :
Dans la majeure partie des Euméniens, les mandibules (4) sont longues et étroites ; elles se terminent en pointe et forment par leur réunion un bec allongé (PI. X, fig. 5 a, 5 b. PI. IV, fig. 1e, 2 c, Lb). Cette forme ne se retrouve dans aucun Vespien ;
(1) MM. Wesmaël et Spinola disent encore que les Vespiens ont des mandibules aussi larges que longues, tandis que les Euméniens les présentent, au contraire, droites et allongées : cette proposition, vraie pour les Vespides européennes, est loin de l'être pour les exotiques : en effet, les genres Polybia et voisins, qui appartiennent aux Vespiens, ont souvent des mandibules allongées, tandis que nous trouvons, au contraire, des Euméniens qui les ont courtes; je sais que l’on a voulu reléguer ces derniers parmi les Guêpes sociales ; mais à leur tête je trouve les Discælius, dont les mandibules sont fortement tronquées à l'extrémité (voyez PI. TL, fig, 3 c.), et dont les mœurs sont solitaires, comme tout le monde le sait : ces quelques mots appuyés de l'exemple cité suffisent pour établir qu’une division semblable à celles dont il est question ne peut aucunement être admise,
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mais une foule d'Euméniens ne présentent pas eux-mêmes té signe extérieur ; leurs mandibules, tronquées obliquement vers l'extrémité, ne forment par leur réunion qu'un bec obtus, ou sont même trop courtes pour en former un; dans ce cas elles ne font que se superposer horizontalement (PI. {II, fig. Ac, fig. 5 e. PI. IE, fig. 2c, fig. 3c. PI. VIII, fig. 5 a, 6). Ce dernier caractère est commun aux Vespiens et à certains Euméniens, et je le désigne ainsi : mandibules tronquées obliquement à l'extrémité, eten trapèze, ne formant pas un bec aiqu per leur réunion.
Quant aux mâchoires, on peut citer ce caractère, que l’appendice ou galea est en général plus long que la partie basilaire; la languc est très allongée, dépasse ordinairement les mandibules, et présente un lobe médian, bifide à l'extrémité, accompagné de deux lanières latérales ; le lobe médian est susceptible de se diviser en deux; la langue alors devient quadrifide (Synagris, PI. TT, fig. 2 a).
Je ne trouve aucun caractère positif ni dans les antennes (1), ni dans les pattes.
La tête est souvent plate dans les Euméniens; les yeux bombés en couvrent souvent entièrement les côtés ; dans les Vespiens , au contraire, elle présente un renflement en arrière des yeux, qui ne couvrent ainsi que la partie antérieure des côtés.
Dans les Euméniens, les mandibules s’insèrent toujours à la base des yeux et les entament parfois; dans les Vespiens, on : remarque souvent un espace libre entre les yeux et la base des mandibules.
Le thorax est toujours large dans sa partie antérieure, au point où il se joint à la tête, dans les Guêpes solitaires ; dans les Vespiens, je le trouve souvent très sensiblement rétréci.
(4) Latreille donne aux Euméniens des antennes arquées, et aux Vespiens des antennes brisées ; je n'ai pu admettre ce critère de distinction; en effet, un caractère aussi spécieux est difficile à saisir, capable de mille transitions, et le plus souvent impossible à constater, parce qu’il peut résulter d’une simple apparence dépendant de la position dans laquelle l’insecte s’est desséché,
Al. et
Dans les Euméniens, les ailes offrent toujours une deuxième cellule cubitale rétrécie vers la radiale; dans les Vespiens, cette même cellule peut affecter une forme carrée (Jschno-
gaster ). x
Quant à l'abdomen, il est un caractère qui me servira à introduire des subdivisions, soit dans les solitaires, soit dans les sociales ; selon que leurs espèces offriront un abdomen sessile, ou un abdomen pédicellé.
Un œil exercé pourra à première vue distinguer les Euméniens sessiliventres des Vespiens correspondants ; on leur appliquera d’ailleurs le caractère précité des mandibules, qui sont longues, styliformes dans tous les premiers, aussi larges que longues dans les seconds. Dans les pédonculiventres, celte distinction se fait souvent de la même manière, d’autres fois elle est plus difficile; on remarque parfois ce fait, c’est que les Euméniens offrent tous un deuxième segment de l'abdomen, grand, en cloche, emboïtant et recevant les suivants, souvent rétréci en arrière, et toujours le plus considérable de tous, tandis que dans les Vespiens, quoique ce caractère se présente également, il n’a plus la même constance ; souvent le deuxième segment abdominal n’est pas en cloche, mais en entonnoir ; il n’emboîte pas alors les suivants, et présente moins de développement que le troisième, qui emboîte les autres.
Enfin, j'ajouterai que dans les Guêpes sociales, le minimum dans le nombre des articles des palpes labiaux est de quatre, et des palpes maxillaires de cinq, tandis que dans les Euméniens il est de trois pour les labiaux, de trois aussi pour les maxillaires.
Tel est l'ensemble des caractères que nous pouvons reconnaître : d’après ce court exposé, on peut se convaincre que la distinction entre les deux tribus est loin d’être facile à priori; cependant l'observateur éprouvera peut-être moins de difficulté qu'il ne pourrait s'attendre à en rencontrer ; il existe entre les insectes qui les composent un incontestable air de famille, un je. ne sais quoi indéfinissable, mais auquel un œil exercé n'aura garde de se méprendre : avec quelque habitude, c’est même à
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première vue qu’il distinguera les espèces et les genres de ces deux tribus. :
On peut résumer ces considérations dans le tableau suivant :
VESPIENS. EUMÉNIENS.
Crochets des tarses unidentés.
Langue longue, tri ou quadrifide.
(Antennes arquées).
Crochets des tarses simples.
k Langue courte, quadrilobée.
généraux. (Antennes brisées).